La nécrologie nous réserve (parfois) de mauvaises surprises

par Alain Guilbert

Depuis quelques années, je vérifie systématiquement les pages nécrologiques dans les différents journaux que je lis. Pourquoi? Parce qu’à mon âge, il m’arrive régulièrement d’y trouver les noms (et les photos) de personnes que je connais. Parfois, ce sont des nouvelles auxquelles je m’attendais… Parfois, ce sont des surprises, je dirais même de très mauvaises surprises.

Cette semaine, par exemple, en consultant la liste des décès dans La Presse, j’ai été totalement stupéfié en y apercevant la photo et le nom d’un ami de très longue date, Charles Meunier.

J’ai rencontré Charles pour la première fois de ma vie en 1974 alors que j’occupais le poste de directeur de l’information au Comité organisateur des Jeux olympiques (COJO) de Montréal 1976. Je devais procéder à la réorganisation du service d’information et j’étais à la recherche de candidats possibles pour intégrer mon équipe. J’avais reçu de nombreux curriculum vitae provenant de personnes qui, sans être particulièrement spécialisées dans les disciplines olympiques, exprimaient leur intérêt de participer à cette merveilleuse aventure que sont les Jeux. L’un des CV qui avait plus spécialement attiré mon attention était celui de Charles Meunier que je ne connaissais « ni d’Ève, ni d’Adam ».

Je le convoque donc en entrevue et je passe au moins une heure à l’interroger sur ses expériences précédentes, sur ses réalisations, sur ses objectifs. La routine, quoi! Et je suis fortement impressionné par ce qui m’apparaît être un communicateur de grande classe. Il correspond parfaitement au profil des personnes avec qui j’ai envie de travailler. Je lui exprime donc mon intérêt à l’embaucher dans les meilleurs délais et lui, de son côté, me semble très enthousiaste à l’idée de se joindre à mon équipe.

Il y a toutefois un hic… Pour ceux qui se souviennent des Jeux de Munich en 1972, vous savez que cet événement grandiose avait été assombri par un attentat terroriste dirigé contre les athlètes israéliens. Cette tragédie avait amené les responsables du Comité organisateur de Montréal, de même que les autorités politiques canadiennes, à mettre en place un dispositif de sécurité sans précédent pour assurer la sécurité des athlètes et autres invités des Jeux de Montréal. Un Comité de sécurité, dirigé par un officier supérieur de la police de Montréal, Guy Toupin, et comptant dans ses rangs des représentants non seulement de la police de Montréal, mais aussi de la Gendarmerie royale du Canada et de la Sûreté du Québec, avait été mis en place. Les forces armées canadiennes avaient aussi été mises à contribution dans cette opération.

Nous avions été bien prévenus que le dossier de toute personne que nous souhaitions embaucher au COJO devait être soumis à ce comité pour approbation. On nous avait dit clairement qu’il fallait un délai d’une semaine à ce comité pour vérifier le passé d’un candidat à un emploi, et de ne procéder à aucune embauche avant l’expiration de ce délai. Si nous n’avions rien entendu ou reçu de la part de la Sécurité après une semaine, cela signifiait que notre candidat était accepté automatiquement et que nous pouvions retenir ses services.

Donc, 10 jours après avoir soumis le dossier de Charles Meunier au Service de sécurité et n’ayant reçu aucune nouvelle de sa part, j’appelle mon candidat et lui dit qu’il a obtenu l’emploi convoité, ce que je lui confirme formellement dans une lettre qui précise sa date d’entrée de même que ses conditions de travail monétaires et autres. Je suis heureux… Il est heureux… Sauf que trois jours après lui avoir posté la lettre confirmant son emploi, je suis convoqué au Service de sécurité qui me dit que je ne peux embaucher Charles Meunier. Évidemment, je veux savoir pourquoi, surtout que le délai d’une semaine est expiré depuis longtemps, et on me dit qu’il compte parmi ses amis des felquistes connus comme Pierre Vallières et Jacques Larue-Langlois.

Je suis extrêmement déçu de cette décision que je tente de faire renverser, mais en vain, J’ai beau dire qu’être l’ami d’un felquiste ne fait pas de lui un felquiste… et autres arguments du genre, mais je reçois un NON catégorique. Il ne me reste plus qu’à prévenir Charles de cette décision hors de mon contrôle. Je prends mon courage à deux mains et je l’appelle. Bien sûr, il est révolté de la décision du Service de sécurité. Il menace de dévoiler toute cette histoire sur la place publique (c’est-à-dire dans les médias) et même d’intenter des poursuites contre le COJO. Je demeure calme et lui dit que je suis aussi frustré qu’il peut l’être lui-même. Je lui dis qu’il peut faire appel aux médias, ce qui lui vaudra un jour ou deux de « gloire » et qu’il peut intenter une poursuite judiciaire qu’il gagnera sans doute, mais qui ne lui donnera pas d’emploi pour autant et qui pourrait même lui fermer la porte d’autres employeurs potentiels. J’ajoute que si je ne peux l’embaucher à plein temps je pourrai sans problème lui confier des mandats à la pige (ce que m’avait confirmé le Service de sécurité) et qu’on pourrait ainsi transformer une situation « perdante » en une situation « quasi gagnante », ce qu’il finit par accepter.

Et c’est comme cela que nous avons commencé à travailler ensemble… et que nous sommes devenus amis. Bien sûr, il n’a pas fait autant d’argent que s’il avait été un employé à plein temps du COJO, mais je lui ai confié plusieurs mandats passablement lucratifs. Et plusieurs années après les Jeux olympiques, quand j’ai créé une division de relations publiques au sein du Groupe Everest, et que je n’avais pas de rédacteurs à plein temps à mon service, j’ai repris contact avec lui et j’ai continué à lui confier de nombreux mandats.

Il était un communicateur exceptionnel, l’un des meilleurs que j’aie rencontrés au cours de ma longue carrière dans les médias et dans les communications. Il maîtrisait la langue française à la perfection. Il écrivait merveilleusement bien, sans jamais commettre de fautes. Il était parfois lent à remettre ses textes… mais j’avais trouvé un truc pour bien paraître auprès de mes clients. Si je lui confiais un mandat de rédaction le premier du mois et que j’avais besoin de ses textes le 20 du mois, je lui disais que mon heure de tombée était le 10 du mois. Bien sûr, les textes n’étaient jamais terminés pour le 10 du mois, mais en lui poussant un peu dans le dos avec des appels téléphoniques quotidiens, j’avais toujours mes textes pour la date désirée. Je ne lui ai jamais avoué que mes délais étaient plus étendus que ceux que je lui donnais.

Au cours des années, nous nous sommes toujours revus avec plaisir. Il a dirigé les communications de nombreuses organisations dans les domaines de la culture et de la santé, et s’en est toujours très bien tiré. Il faisait partie de cette « race » de communicateurs qui sont de plus en plus difficiles à trouver. Depuis quelques années, soit depuis le moment de ma retraite, j’ai été moins en contact avec lui, mais je pensais souvent à lui. Je ne savais pas qu’il était malade… voilà pourquoi j’ai été tellement stupéfié d’apprendre son décès dans les pages de La Presse. Cher Charles, des « comme toi », il n’y en pas beaucoup. Tu nous manqueras!

Une guerre a des répercussions partout

Dans l’édition du journal Le Carillon du 8 juin 1967, les lecteurs apprennent que « le premier conflit israélo-arabe dans le monde a obligé de nombreux Canadiens, tant civils que militaires, à se réfugier dans un pays plus sûr ». L’article fait référence à Angéline Legault-Rochon, de Sarsfield, « qui dut quitter son mari, officier de sécurité au service civil de l’Organisation des Nations Unies à Jérusalem ». Tout avait commencé quand le président égyptien Gamal Abdel Nasser avait refusé l’accès aux pétroliers israéliens dans le golfe d’Aquaba, la Jordanie, l’Égypte et quelques autres pays. Nasser avait obligé tous les Canadiens et les Américains à quitter Jérusalem dans les quarante-huit heures. Les conflits dans cette région du monde n’ont jamais réellement cessé.

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Dans la même édition, un bas de vignette mentionne que « Gilles Gratton, fils de M, et Mme Eugène Gratton, de Casselman, a reçu son diplôme récemment de l’école de médecine vétérinaire de l’Université de Guelph ». Gilles Gratton, d’Embrun, a reçu le Prix Richelieu de la Francophonie 2010 ainsi que la médaille du Président du Richelieu International. Il s’agit des deux plus grandes distinctions de l’organisme voué à la jeunesse et à la Francophonie.

Au cours de sa longue carrière de vétérinaire à Embrun, de 1967 à 1996, Gilles a toujours été tenace dans la défense des services en français. Il a joué un rôle important lors de la fondation du premier collège francophone d’agriculture en Ontario, le Collège d’Alfred. Gilles a également participé à la relance du Banquet de la Francophonie de Prescott et Russell en 2007.

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Je vous en ai parlé dans un billet précédent (celui du 24 mars). Ainsi, la manchette du journal Le Carillon du 15 juin 1967 reflète l’aboutissement de longs mois de démarches de la part de divers niveaux, depuis les gens d’affaires locaux jusqu’au député fédéral Viateur Éthier, en passant par le Conseil municipal. Le ministre canadien de l’Industrie, James Drury, annonce que la ville de Hawkesbury et sa région immédiate a officiellement été proclamée « zone défavorisée ». C’est ce que le Conseil municipal souhaitait, surtout depuis l’élection des membres de la Ligue du réveil civique. Ils avaient toujours jugé que le progrès de la ville dépendait d’une telle désignation à cause des avantages fiscaux pour les entreprises qui en découleraient.

En fait, aussitôt dit aussitôt fait. Le Conseil veut doter la ville d’un parc industriel le plus rapidement possible, ce qui permettrait d’offrir aux industries intéressées à s’installer à Hawkesbury un choix de terrains sur-le-champ. La ferme Cameron, au sud de la ville, est choisie et « la ville pourrait acheter ladite ferme pour le somme de 70 000 $, sans intérêts, et payable à raison de 10 000 $ annuellement ». La ferme représente une superficie de 225 acres. Essayez d’acheter un tel terrain pour cette somme aujourd’hui.