Tout est bien qui finit bien!

par Alain Guilbert

Eh oui! La victoire du Canada au hockey masculin ce matin constitue la « cerise sur le sundae ». Quel beau match! On a vu une « gang » de vedettes individuelles disputer le premier match du tournoi contre la Norvège. Puis les choses ont évolué de match en match. Les vedettes individuelles se sont lentement, mais sûrement, transformées en une équipe véritable. Ce qu’on a vu dans cet affrontement avec la Suède n’était peut-être pas « super spectaculaire »… mais quelle performance d’équipe… une équipe où chaque membre a joué le rôle qu’on attendait de lui. Jamais l’expression « victoire d’équipe » n’aura été aussi vraie à mon avis. On a donné les étoiles à Sydney Crosby, Patrice Bergeron et Carey « Jesus » Price, mais on aurait facilement pu donner une étoile à chacun des porte-couleurs de cette équipe. Bravo Canada! Nous sommes vraiment fiers de vous.

Le Canada souhaitait terminer au premier rang des pays participants aux Jeux de Sotchi. Il n’a pas atteint son objectif, mais il n’y a aucune raison de pleurer.

Le classement final (selon les médailles d’or) est le suivant :

Pays              Or    Argent   Bronze   Total
Russie            13         11            9          33
Norvège         11           5          10          26
CANADA       10        10             5          25
États-Unis      9           7           12          28
Pays-Bas         8          7              9          24
Allemagne       8          6              5          19
Suisse               6          3              2          11

Ce classement est calculé en fonction des médailles d’or. On tient compte des autres médailles seulement en cas d’égalité. Si le classement était calculé en fonction du total de toutes les médailles, le Canada aurait plutôt terminé en 4e place pendant que les États-Unis seraient passés au 2e rang et la Norvège au 3e.

En 2010 à Vancouver, le Canada avait obtenu 26 médailles, dont 14 d’or, ce qui lui donnait la 1re place (toujours non officielle). Mais le Comité organisateur avait choisi de faire ses classements en fonction du total des médailles (plutôt que des seules médailles d’or), ce qui nous avait privés d’une 1re place.

Pour 2014, à Sotchi, les attentes du Comité olympique canadien étaient très grandes. On visait 31 médailles au total, en tenant compte que des disciplines additionnelles avaient été ajoutées au programme comparativement à Vancouver.

Voici quelles étaient ces attentes dans chaque sport comparativement aux résultats obtenus (sans tenir compte de la couleur des médailles) :

Sports                     Médailles     Médailles
                                 prévues        obtenues
Ski alpin                            1             1
Biathlon                            0             0
Bobsleigh                          1             1
Ski de fond                        1             0
Curling                               2            2
Patinage artistique          4             3
Ski acrobatique                7              9
Hockey                               2             2
Luge                                    2             0
Combiné nordique            0             0
Patinage courte piste       5              3
Patinage longue piste       2              2
Skeleton                             0              0
Saut à ski                            0              0
Surf des neiges                   4              2

Et maintenant, le détail des médailles canadiennes pour chaque sport; le ski acrobatique est évidemment le grand gagnant :

Sport                                 Or   Argent   Bronze   Total
Ski acrobatique                   4         4            4            9
Curling                                 2          –            –             2
Hockey                                 2         –             –             2
Patinage (courte piste)       1         1            1             3
Bobsleigh                              1         0            0             1
Patinage (artistique)          0         3            0             3
Surf des neiges                    0         1            1             2
Patinage (longue piste)       0         1            1             2
Ski alpin                                0         0            1             1

Soulignons aussi les moments les plus émouvants de ces Jeux pour les Canadiens, et plus particulièrement pour les Québécois :

La victoire des filles au hockey avec leur retour tout simplement incroyable en toute fin de match!
– Le doublé or-argent des sœurs Justine et Chloé Dufour-Lapointe dans l’épreuve de bosses du ski acrobatique.
– Le doublé or-argent d’Alexandre Bilodeau et Mikaël Kingsbury, aussi dans l’épreuve de bosses du ski acrobatique.
– La médaille d’argent des patineurs artistiques canadiens dans la toute nouvelle épreuve par équipe, des athlètes habitués depuis toujours à compétitionner individuellement et qui, soudainement, doivent unir leurs forces et leur talent pour compétitionner en équipe. Très intéressant!
– Le geste de Gilmore Junio qui cède sa place à Denny Morrison aux 1000 mètres de patinage de vitesse longue piste, et Morrison, qui obtient une médaille d’argent sous les applaudissements de Junio assis dans les gradins. Quel grand geste!
– Et, bien sûr, la médaille de l’équipe masculine de hockey, une médaille attendue, bien sûr, mais non sans que nous ayons assisté au cours des 10 derniers jours à la transformation d’une bande de joueurs individuels en une formidable équipe devenue invincible. Bravo au coach Babcock!

En bref…

Dans ses commentaires d’après Jeux, le président du Comité olympique canadien, Marcel Aubut, ne semblait pas trop déçu que « son » équipe olympique (l’équipe canadienne) n’ait pas atteint « son » objectif de terminer en première place à Sotchi. Il réalise que certains pays (comme les pays scandinaves) se spécialisent uniquement dans un ou deux sports comme le ski de fond ou le patinage de vitesse sur longue piste, des sports où leurs athlètes peuvent obtenir jusqu’à 10 ou 12 médailles (un peu comme le Canada qui réussit tout un exploit avec ses neuf médailles en ski acrobatique). Aux Jeux de Turin, par exemple, le Canada avait obtenu huit médailles en patinage de vitesse longue piste, dont cinq par une seule patineuse, Cindy Klassen. Cette année, le Canada a dû se contenter de deux médailles dans cette discipline. Selon le principal programme canadien de financement à l’endroit du sport d’élite, « Own the Podium » (« À nous le podium »), les sommes d’argent attribuées aux fédérations sportives le sont en fonction des médailles obtenues aux Jeux olympiques. Est-ce à dire que les fédérations moins performantes sont condamnées à le rester pendant longtemps?

Un mot au sujet des cérémonies d’ouverture et de clôture de ces Jeux, cérémonies qui nous ont fait connaître plus de choses sur l’histoire et la culture de la Russie que nous en avions apprises au cours de toute notre vie. Quels spectacles extraordinaires (avec l’aide de quelques spécialistes de la mise en scène québécois)!

Incidemment, Radio-Canada a compris qu’elle n’avait pas besoin d’un chroniqueur politique (qui ne connaissait rien aux sports olympiques et à l’olympisme) pour commenter une cérémonie de cette envergure. Après l’échec de l’ouverture, Radio-Canada s’est fort bien reprise à la clôture en faisant appel à Marie-Josée Turcotte, aidée de Nathalie Lambert et Dominick Gauthier, deux ex-athlètes qui ont vécu de nombreux Jeux. Tous trois ont fait preuve de retenue et de sobriété dans leurs interventions. Ils ont été très peu interrompus par des messages commerciaux (surtout qu’ils avaient été diffusés à de bien mauvais moments lors de l’ouverture). Somme toute, un « bien beau job » par Radio-Canada, une « job » qui nous fait oublier les bévues de l’ouverture.

Dans mes commentaires d’hier, j’ai traité des coûts des Jeux olympiques, et j’ai souligné que les médias d’information avaient tendance à considérer toutes les dépenses faites à l’occasion des Jeux comme faisant partie du coût des Jeux. À Vancouver, par exemple, on avait profité de cet événement international pour refaire la route (à travers les Rocheuses) et la voie ferrée entre Vancouver et Whistler, des travaux qui s’imposaient depuis bien des années. Il aurait fallu les faire un jour ou l’autre, Jeux olympiques ou pas. Pourquoi alors attribuer les coûts de ces travaux à ceux des Jeux. À Pyeongchang (Corée du Sud), on dit déjà que les Jeux coûteront 7 milliards de dollars. Mais déjà on sait que quatre de ces sept milliards serviront à construire une liaison rapide entre Séoul (la capitale) et Pyeongchang, une liaison qu’on se devait de faire un jour ou l’autre. Pourquoi inclure ces travaux dans le coût des Jeux? Montréal a perdu une belle occasion lors des Jeux de 1976 en ne créant pas ce lien rapide entre le centre-ville et l’aéroport. Une superbe opportunité ratée? Quand Montréal l’aura-t-elle, ce lien rapide? Quand nous serons tous morts… sans doute!

(En principe, les commentaires que vous venez de lire devraient être mes derniers au sujet des Jeux de Sotchi. Prochain rendez-vous pour les Jeux de Rio en 2016!)

Des succès et des échecs

par Alain Guilbert

Alors qu’il reste moins de 24 heures avant que la flamme olympique ne s’éteigne à Sotchi (Russie) pour se rallumer dans deux ans au Brésil (Jeux d’été) et dans quatre ans seulement en Corée du Sud (Jeux d’hiver), nous pouvons commencer à dresser un premier bilan de ces XXIIes Jeux d’hiver.

Le Canada terminera probablement en 3e position du classement non officiel. Le Comité international olympique ne fait aucun classement, je vous l’ai déjà dit, mais les médias aiment bien (exigent même) un classement. Alors, les comités organisateurs de même que les comités olympiques des pays où les Jeux ont lieu en font un. Traditionnellement, le pays qui obtient le plus grand nombre de médailles d’or est le premier. Aux Jeux de Vancouver, en 2010, on avait préféré diffuser un classement en vertu du total des médailles (toutes couleurs incluses). Si on avait considéré uniquement les médailles d’or, le Canada aurait terminé premier avec 14 de ces médailles en métal si précieux. Mais avec son total de 26 médailles (incluant argent et bronze), il n’était que troisième.

À Sotchi, le Comité organisateur est revenu à la méthode des médailles d’or; au moment d’écrire ces lignes, le Canada est au troisième rang avec neuf de ces médailles (soit cinq de moins qu’à Vancouver). La Russie et la Norvège en ont 11 chacune, la Russie étant considérée comme en première place à cause de son total de 29 et la Norvège en 2e place avec ses 26. Bien sûr, le Canada peut encore gagner la médaille d’or au hockey demain matin (à 7 heures pour les lève-tôt), mais, s’il réussit l’exploit, cela ne lui en fera que 10, donc, toujours pour la 3e place. Si on établissait le classement en fonction du total de toutes les médailles, le Canada chuterait en 4e place, parce que les États-Unis en ont 27 à date (trois de plus que le Canada au total, dont neuf médailles d’or comme le Canada).

Quelques mots de nos succès et de nos échecs (le Canada, évidemment)…

Nos succès :

– le ski acrobatique (au moins six médailles : trois doublés or-argent en bosses (hommes), en bosses (femmes), en ski cross (femmes);
– le curling : deux médailles d’or sur les seules deux possibles;
– le hockey sur glace : avec une médaille d’or (femmes) et une médaille d’or ou d’argent (selon le résultat du match de demain matin) (et seulement deux possibles);
– le patinage artistique : avec nos médailles d’argent dans la compétition par équipe et l’autre médaille d’argent obtenue par Patrick Chan. Ce n’est pas facile d’évoluer dans un sport où l’on doute de l’honnêteté des juges. Avez-vous déjà vu cela dans un autre sport, où un juge est le conjoint d’un athlète qu’il doit juger?

Nos succès mitigés :

– le patinage de vitesse sur longue piste avec deux médailles seulement (une argent et une bronze); l’équipe en avait obtenu cinq à Vancouver;
– le patinage de vitesse sur courte piste avec trois médailles seulement (une or et deux bronze); l’équipe en avait aussi obtenu cinq à Vancouver, et surtout en promettait encore plus à Sotchi.

Nos échecs :

– le surf en ski (planche à ski) : tous nos jeunes « flyés » des X-Games nous promettaient des miracles, mais ces miracles ont tourné en catastrophe dans les épreuves « slopestyle » (obstacles) la majorité de nos planchistes n’ont même pas obtenu la moitié des points possibles. « C’est la faute des juges », ont-ils dit. Et en surf des neiges plus traditionnel, Jason Jay Anderson, qui avait pris sa retraite après sa médaille aux Jeux de Vancouver, mais qui a décidé un an plus tard de revenir à la compétition, n’a pu se qualifier pour la finale de son épreuve. « C’est la faute des dirigeants de notre sport », a-t-il dit. Peut-être aurait-il été mieux de rester à la retraite;
– le ski de fond : peut-être nos athlètes ont-ils « peaké » (atteint le sommet de leur forme) trop vite, mais on s’attendait à plus de leur part, particulièrement d’Alex Harvey; peut-être avait-on mis trop de poids sur ses épaules;
– le biathlon : mais on n’attendait rien de ce sport.

En bref…

Juste un mot du match Finlande-É.-U. au hockey. Les États-Unis s’attendaient à la médaille d’or; leur moral est tombé à plat après leur défaite contre le Canada. Ils n’avaient plus aucune « motivation » pour la médaille de bronze. Quand tu vises l’or, et que tu le rates, ton moral s’en va dans tes talons. La Finlande, de son côté, considérée comme la 4e ou 5e équipe en importance aux Jeux (après le Canada, les États-Unis, la Russie et la Suède) visait le bronze, médaille que ce pays a d’ailleurs obtenue quatre fois au cours des cinq derniers Jeux d’hiver. Les Finlandais étaient vraiment motivés aujourd’hui et cela a paru dès le départ, ce qui explique la raclée subie par les Américains qui auraient préféré quitter Sotchi après leur défaite contre le Canada. Teemu Selanne a démontré une fois de plus quel grand joueur il était… le joueur de hockey le plus âgé à mériter une médaille olympique dans ce sport, à 43 ans!

Je ne vous ai pas offert souvent d’images ou de dessins depuis le début de mes commentaires. Mais j’ai pensé faire exception aujourd’hui en vous transmettant une caricature publiée dans le Vancouver Sun. C’est l’instructeur de l’équipe canadienne (hommes) de hockey qui se prépare à affronter la Suède pour la médaille d’or. Préparez-vous à sourire :

https://plus.google.com/app/basic/stream/z12qtxiqrmjkt505s04cg5lakznvv105gv40k

Et tant qu’à être dans les images, pourquoi pas une courte vidéo d’environ trois minutes. La plupart d’entre vous (ceux et celles qui lisent mes commentaires) ont probablement découvert les Jeux olympiques à Montréal en 1976. À cette époque, vous connaissiez les noms des grands joueurs de hockey comme Maurice Richard, Jean Béliveau, Guy Lafleur, Gordie Howe, Bobby Orr et quelques autres, mais vous n’aviez sans doute jamais entendu parler de Lasse Viren (Finlande), Bruce Jenner (États-Unis), Greg Joy (Canada), Nadia Comaneci (Roumanie), Nellie Kim (Union Soviétique), Sugar Ray Leonard et les frères Spinks (États-Unis), Anton Tak (Tchécoslovaquie), Daniel Morelon (France) et bien d’autres.

Vous aviez entendu parler des coûts du Stade olympique et de ses problèmes de construction, mais personne ne vous parlait des athlètes – les vraies vedettes des Jeux. À tous les Jeux, c’est la même histoire : pendant quatre, cinq ou six ans avant « la fête », on vous parle de leurs coûts, des délais dans les constructions, des problèmes d’organisation, mais jamais (ou presque) des athlètes. Ce n’est qu’une fois la flamme allumée dans le stade principal, que les athlètes prennent toute la place et vous éblouissent par leurs performances. Aujourd’hui, vous pouvez probablement nommer des dizaines d’athlètes olympiques dans toutes sortes de sports (été et hiver), mais en 1976 vous auriez probablement été incapable d’en nommer deux ou trois, tous sports confondus. Il aura seulement fallu qu’une toute petite adolescente roumaine se présente sur le plateau de gymnastique situé dans le vieux Forum de Montréal pour que vous deveniez « accros » des Jeux. Et depuis presque 40 ans, le même phénomène se reproduit tous les quatre ans (et maintenant tous les deux ans depuis qu’on a désynchronisé les Jeux d’été et les Jeux d’hiver). Vous vous retrouvez devant votre télé ou (dans un monde de nouvelles technologies) devant votre téléphone intelligent, votre ordinateur ou votre tablette, et vous voilà « accros » une fois de plus.

Regardez la vidéo suivante et cela vous rappellera les moments où vous avez été (très probablement) séduits pour la première fois de votre vie par les Jeux olympiques :

http://www.youtube.com/watch?v=Yi_5xbd5xdE&feature=player_embedded

Maintenant que j’ai ouvert la porte en parlant des coûts des Jeux dans le paragraphe précédent, autant continuer sur le sujet. Tous les commentaires disent que les Jeux de Sotchi sont extravagants parce qu’ils auraient entraîné des dépenses de 50 milliards $. Mais est-ce vraiment le coût des Jeux? Habituellement, quand un pays, ou une ville avec l’appui du gouvernement de son pays soumet sa candidature pour obtenir les Jeux, c’est que le pays (ou la région, ou la ville en question) souhaite profiter d’un tel événement, l’un des plus spectaculaires au monde, pour se doter d’installations et d’infrastructures. Ce ne sont pas les Jeux qui coûtent si cher, ce sont les installations et les infrastructures, ce qui sera laissé en héritage par les Jeux. Revenons un instant aux derniers Jeux d’hiver à Vancouver. Leur coût a été estimé à 7 milliards $. Mais qu’est-ce qu’on inclut dans cette somme? Entre autres, le coût pour refaire la route Vancouver-Whistler, une route sinueuse et extrêmement dangereuse qui causait des dizaines de morts accidentelles chaque année, qui a été remplacée par une autoroute moderne à travers les montagnes Rocheuses. Tout un défi à relever. Ceux qui ont déjà circulé sur l’ancienne route pour aller skier à Whistler, surtout après le coucher du soleil, se souviennent très bien des dangers encourus. Par ailleurs, le village olympique construit à Vancouver a permis de résoudre en grande partie les problèmes de logement du centre-ville. Le village des athlètes de Whistler a aussi servi à accroître le nombre de visiteurs dans la plus belle et la plus grande station de ski au Canada. Le Centre de conférence construit à Vancouver pour les Jeux est maintenant un atout majeur pour la ville. Et que dire du système de transport rapide qui a été réalisé pour relier l’aéroport international de Vancouver au centre-ville en quelques minutes à peine. Les Montréalais rêvent depuis longtemps d’une liaison de ce genre avec leur aéroport et devront un jour payer des centaines de millions, voire quelques milliards, pour en réaliser une. Les Jeux de Vancouver eux-mêmes ont-ils coûté 7 milliards $? Bien sûr que non. Les Jeux n’ont été qu’une occasion pour réaliser tous ces autres projets qui profitent maintenant, et pour longtemps encore, à Vancouver, à la Colombie-Britannique et d’une certaine façon à l’ensemble du Canada.

Et si on revenait à Montréal pour un instant. Le maire Drapeau avait dit que les Jeux s’autofinanceraient avec la loterie, la monnaie et les timbres olympiques. Le budget initial des Jeux de 1976 avait été estimé à 310 millions $, soit 250 millions $ pour les constructions et 60 millions $ pour l’organisation. Le Parc olympique à lui seul (le Stade, les piscines, le vélodrome, ainsi que la rénovation de l’aréna Maurice-Richard et du Centre Maisonneuve) aurait coûté presque 3 milliards $ selon les médias. Mais c’est bien loin de la vérité. Toutes les installations ensemble ont coûté aux environs d’un milliard de dollars, somme qui devait être payée par les programmes olympiques (loterie, monnaie et timbres). Ceux-ci ont rapporté plus de 550 millions $, soit presque le double des prévisions initiales. Le gouvernement du Québec, qui avait pris le contrôle du Parc olympique quelques mois avant les Jeux, a choisi d’imposer une taxe sur le tabac pour payer le déficit. Mais pendant des années et des années, le même gouvernement n’a versé qu’une infime partie de cette taxe sur la dette olympique. Il a plutôt utilisé les revenus de cette taxe dans son fonds consolidé pour ses opérations courantes (éducation, santé, etc.). Quand une personne achète une maison de 325 000 $ qu’elle souhaite payer à l’aide d’une hypothèque étalée sur 20 ans, sa maison lui aura probablement coûté dans les 700 à 750 000 dollars quand l’hypothèque aura été remboursée au complet. Cette personne dira-t-elle que sa maison lui a coûté 750 000 dollars ou bien 325 000? La réponse est évidente. Pourquoi le coût du Parc olympique serait-il estimé de façon différente tout simplement parce que le gouvernement du Québec préférait payer de l’intérêt sur le coût original plutôt que de rembourser la dette.

En Russie, où l’économie est dominée par la mafia et par la collusion (rien de nouveau sous le soleil pour ceux et celles qui suivent le déroulement de la Commission Charbonneau – la collusion a existé de tout temps dans presque tous les pays), on dit que les malversations à elles seules représentent plus de la moitié des 50 milliards. Une autre partie de ces 50 milliards a permis de renouveler ou accroître les infrastructures de la ville considérée comme la station balnéaire par excellence de l’Europe de l’Est. Le coût des Jeux à 50 milliards $, ça ne tient pas debout. Et à Montréal à l’époque des Jeux de 76, vous croyez peut-être qu’il n’y avait pas de collusion entre les firmes d’ingénieurs, les entrepreneurs, les syndicats, le crime organisé? Libre à chacun de penser ce qu’il voudra. Pour moi, le coût des Jeux (dans quelque ville ou pays que ce soit), tel que rapporté dans les médias, me laisse toujours un peu de doute par rapport à la réalité.

À la prochaine…

Quand l’or coule à flots…

par Alain Guilbert

À tous ceux (et celles) qui ne croient pas encore que Carey Price est le meilleur gardien de but au monde… j’espère que vous avez bien vu le match d’aujourd’hui.

À tous ceux (et celles) qui croient encore que le Canadien a fait une erreur en ne gardant pas Jaroslav Halak au lieu de Carey « Jesus » Price, j’imagine que tous vos doutes sont maintenant balayés.

Quand l’équipe du Canada a défait la Norvège par le mince pointage de 3 à 1 lors du premier match du tournoi olympique, il y avait des raisons de nous inquiéter. Même chose au second match du tournoi quand l’équipe canadienne l’a emporté 6 à 0 contre l’Autriche.

L’équipe canadienne ne compte pas beaucoup de buts, seulement 14 depuis le début du tournoi. Souvent, dans les Jeux d’il y a une douzaine d’années ou plus, le Canada comptait 14 buts dans un seul match. Mais les choses sont différentes aujourd’hui, les autres se sont améliorés. Cette victoire d’aujourd’hui sur les Américains par la plus mince des marges (1 à 0) est fantastique; elle amène « notre équipe » à la grande finale olympique. Nous sommes maintenant assurés de la médaille d’argent… ou même de la médaille d’or. Nos adversaires seront les Suédois, une superbe équipe aussi. L’important ne sera pas de compter quatre ou cinq buts contre la Suède, mais seulement « un but » de plus qu’eux, comme aujourd’hui. Gagner 5 à 0 ou 1 à 0? Quelle est la différence? Je pense encore que la victoire par un but a encore plus de mérite que celle par quatre ou cinq buts.

Nous verrons bien dimanche ce qui se produira, mais je suis certain que s’il n’en tient qu’à Carey Price, ses coéquipiers (et lui) repartiront de Sotchi avec de l’or dans leurs bagages!

Juste une remarque en passant : je ne sais pas qui à Radio-Canada a fait le choix des étoiles du match Canada-É.-U. aujourd’hui, mais ceux qui ont décidé de ne pas accorder une étoile à Carey Price devaient sûrement être en train de regarder les « chutes » des Canadiens en patinage de vitesse courte piste plutôt que le match de hockey!

Autre très grande médaille d’or, aujourd’hui : celle de l’équipe masculine du Canada au curling. Impossible de faire mieux – médaille d’or pour les filles et médaille d’or pour les gars… Super!

Autre très grand exploit, le doublé « or et argent » des filles en ski cross. C’est le quatrième doublé or-argent réussi par le Canada depuis le début des Jeux, un exploit sans précédent pour nos athlètes, Jeux d’hiver et Jeux d’été confondus. À titre de rappel, voici nos quatre doublés or et argent :

– les sœurs Justine et Chloé Dufour-Lapointe en ski acrobatique (bosses);
– Alexandre Bilodeau et Mikaël Kingsbury aussi en ski acrobatique (bosses);
– Kaillie Humphries et Heather Moyse en bobsleigh (à deux);
– (et ce matin) Marielle Thompson et Kelsey Serwa en ski cross (femmes).

Et voilà aussi que le Canada réussit à obtenir les deux médailles d’or de curling – hommes et femmes – et que nous pouvons maintenant rêver des deux médailles d’or en hockey; les filles ont déjà accompli l’exploit et les gars sont sur le point de le faire.

Au moment d’écrire ces lignes (le vendredi 21 février), le Canada est en troisième place, quelle que soit la façon dont on compte les médailles. La vraie façon « non officielle » est basée sur le nombre de médailles d’or, et s’il y a égalité, selon les médailles d’argent, et s’il y a encore égalité, selon les médailles de bronze.

Le classement actuel est donc le suivant :

Pays                  Or     Argent  Bronze  Total
1– Norvège        10          4             8           22
2– Russie             9        10             7           26
3– Canada            9        10             5           24
4– États-Unis      9          7            11           27
5– Allemagne       8          4             4           16
6– Pays-Bas         6          7             9           22

Comment cela se terminera-t-il? À Vancouver, le Canada avait obtenu 26 médailles, dont 14 d’or. C’est maintenant impossible d’en obtenir autant (des médailles d’or) à Sotchi. Mais en ce qui concerne le total de toutes les médailles confondues, le Canada pourrait se rendre à 26 (comme à Vancouver) où même davantage. Comme je vous l’avais expliqué au moment d’entreprendre cette série de commentaires sur les Jeux, il y avait 255 médailles en jeu à Vancouver. Avec ses 26, le Canada avait accumulé 10,2 % du total. Mais à Sotchi, des épreuves ont été ajoutées et il y maintenant 294 médailles en Jeux (sans compter les égalités). Il faudrait donc que le Canada termine avec 30 médailles au moins pour égaler son pourcentage de 10,2 % de Vancouver. Cela n’arrivera pas.

Mais nous n’avons aucune raison de ne pas être fiers de nos athlètes et de leurs performances. Nous avons vécu des déceptions dans certains sports, particulièrement en patinage de vitesse sur courte piste, où nos espoirs étaient grands. Peut-être trop! Nous avons eu aussi des déceptions en ski de fond, en ski alpin (sauf pour la médaille de bronze de Jan Hudek). Mais quand le bilan final sera fait, Marcel Aubut sera sûrement déçu que le Canada n’ait pas terminé premier, mais nous (les spectateurs) aurons des tonnes de raisons d’être fiers et de pavoiser. Nos exploits auront été beaucoup plus nombreux que nos échecs.

En bref…

Je ne peux m’empêcher de souligner les commentaires de Nathalie Lambert, l’une des grandes athlètes en patinage de vitesse sur courte piste à travers les années. Elle se dit extrêmement déçue du comportement de certains athlètes coréens qui bloquent la route à leurs adversaires aux courses à relais, de certains athlètes chinois qui ralentissement volontairement certaines courses pour favoriser leurs coéquipiers, et ainsi de suite. Nathalie n’ose pas critiquer le sport où elle a tellement brillé, elle dénonce seulement le comportement de certains athlètes. Mais c’est exactement là le problème du patinage de vitesse coure piste qui ressemble parfois (souvent?) à du « roller derby ».

Dans La Presse d’hier, le journaliste Simon Drouin, un spécialiste du ski (alpin et nordique) citait le grand Pierre Harvey. Celui-ci disait que « le sport de haut niveau est un univers ultra-compétitif, mais jamais autant qu’aux JO ». Et il ajoutait : « Il y a peut-être 40 gars qui ont gagné une coupe du monde au cours des quatre dernières années. Ces 40 gars-là, ils se disent tous – si je suis chanceux, si je ‘peake’ au bon moment, je peux gagner une médaille olympique. Regardez Erik Guay : il était super hot, tout le monde croisait les doigts. Des Erik Guay et des Alex Harvey (son propre fils), il y en a 50 dans le monde dans chacun de ces sports-là. Il y en a juste un qui va être chanceux »… Puis quand les Jeux sont terminés, c’est toujours Pierre Harvey qui parle : « Que reste-t-il à faire? On va pleurer pendant trois jours, puis on va recommencer! »

C’est la loi du sport de compétition, une loi bien cruelle… mais combien fantastique quand vous repartez des Jeux avec une médaille autour du cou – quelle que soit sa couleur!

À la prochaine…

Deux incroyables médailles d’or pour le Canada

par Alain Guilbert

Le match de hockey féminin pour la médaille d’or disputé aujourd’hui à Sotchi passera sûrement à l’histoire comme l’un des plus extraordinaires de tous les temps… hockey masculin et féminin confondu.

Il restait à peine trois minutes à jouer et les Canadiennes tiraient de l’arrière par deux buts (2 à 0). Le match était à toutes fins utiles terminé et la médaille d’or partie à destination des États-Unis. Mais comme disait le célèbre Yogi Berra à l’époque, « It’s not over till it’s over! » On avait bien ri quand il avait prononcé la phrase qui l’a rendu célèbre, mais c’était pourtant la pure vérité. Les Canadiennes comptent finalement leur premier but. Elles tirent alors de l’arrière par un seul but avec un peu plus de trois minutes à jouer. L’espoir renaît et avec une minute à jouer, Marie-Philip Poulin égalise les chances 2 à 2. C’est l’euphorie à Sotchi, mais aussi dans des millions de « chaumières » canadiennes. L’incroyable vient de se produire. Nos joueuses viennent de réussir l’un des plus grands retours de l’histoire. Les Américaines sont assommées, je dirais même « abasourdies ». Le match s’en va en période supplémentaire et l’incroyable se produit encore une fois. Marie-Philip Poulin compte un autre but qui « nous » donne la médaille d’or. Incroyable… tout simplement incroyable. Nous ne le répéterons jamais assez.

Cette Marie-Philip Poulin, pour ceux et celles qui ont le moindrement de mémoire, avait accompli le même exploit de compter deux buts lors du match de médaille d’or (remportée aussi par les Canadiennes) aux Jeux de Vancouver. C’est la quatrième médaille d’or de suite pour les Canadiennes; elles l’ont obtenue à Salt Lake City (2002), à Turin (2006), à Vancouver (2010) et aujourd’hui à Sotchi (2014).

Trois des joueuses de l’équipe canadienne en étaient aussi à leur quatrième médaille olympique en hockey. Il s’agit (comme vous le savez sans doute) d’Hayley Wickenheiser, de Caroline Ouellette et de Jayna Hefford.

Combien d’athlètes ont gagné des médailles d’or à quatre Jeux olympiques consécutifs différents? Très, très peu. On peut probablement les compter sur les doigts de la main. Je me souviens d’Al Oerter, un Américain spécialisé dans le lancer du disque, qui a réussi l’exploit en 1956 à Melbourne, en 1960 à Rome, en 1964 à Tokyo et en 1968 à Mexico. Il y a eu aussi Carl Lewis qui a aussi réussi l’exploit en saut en longueur à Los Angeles en 1984, Séoul en 1988, Barcelone en 1992 et Atlanta en 1996. Il existe des athlètes qui ont gagné bien plus de médailles d’or au total parce qu’ils pratiquaient des disciplines où ils pouvaient gagner jusqu’à six ou sept médailles d’or dans les mêmes Jeux (comme la natation, le patinage de vitesse). Mais au hockey (comme au lancer du disque et du saut en longueur), il n’y a qu’une seule médaille d’or par Jeux olympiques; ce qui ajoute encore beaucoup de valeur à cette incroyable (je sais que je me répète) équipe féminine de hockey et à ses « vétérantes »!

Reste à souhaiter que la performance de « nos filles » au hockey inspire « nos gars » à répéter l’exploit!

Il faut également accorder beaucoup d’importance à l’autre extraordinaire médaille d’or remportée aujourd’hui au curling par Jennifer Jones et son quatuor. Jennifer Jones a réussi un exploit sans précédent au curling féminin, en gagnant tous les matches sans exception disputés dans le cadre du tournoi olympique (préliminaires, demi-finale et finale). C’est la première fois qu’une équipe féminine réussit un tel parcours « sans faute » depuis l’introduction de ce sport aux Jeux olympiques (qu’il ait été sport officiel ou sport de démonstration). Sans la « skip » Jennifer Jones, le Canada aurait probablement été éliminé il y a bien longtemps. C’est elle qui a porté son équipe au bout de ses bras (ou plutôt de son bras)! C’était un moment attendu depuis fort longtemps. La dernière fois que le Canada avait remporté une médaille d’or en curling féminin remonte aux Jeux de Nagano en 1998, soit il y a 16 ans. L’équipe canadienne de l’époque était dirigée par la très grande Sandra Schmirler, qui s’était emparée de l’or olympique après avoir remporté deux championnats du monde. Son exploit lui avait valu à elle et son quatuor d’être choisi l’équipe de l’année au Canada en 1998 par la Presse canadienne. Schmirler s’était attiré l’admiration de tous les Canadiens à la suite de son exploit. Mais elle devait décéder deux années plus tard, soit le 2 mars 2000, à la suite d’un cancer très agressif. Elle n’avait que 36 ans, mais elle est passée à l’histoire comme l’une des plus grandes athlètes canadiennes de tous les temps. Sans aucun doute, Jennifer Jones, qui comptait déjà un championnat canadien et un championnat du monde avant sa médaille d’or d’aujourd’hui, rejoindra Schmirler comme l’une des plus grandes du sport canadien.

En passant, pour ceux et celles qui auraient tendance à croire que le curling n’est pas un vrai sport, je vous invite à disputer un ou deux matches pour votre plaisir. Si vous réussissez à placer une pierre dans la « maison » ou si vous réussissez à faire dévier la trajectoire d’une pierre en balayant la glace devant la pierre, faites-le-moi savoir. Je ne m’attends pas à recevoir beaucoup d’appels! Incidemment, le curling n’a pas toujours eu la vie facile comme discipline olympique. Il est apparu aux premiers Jeux d’hiver de l’histoire en 1924 à Chamonix, avant de subir une longue éclipse jusqu’en 1932, puis il est encore une fois disparu du programme. Il est revenu comme sport de démonstration en 1988 à Calgary et en 1992 à Albertville. Ce n’est qu’en 2006 à Turin qu’il est redevenu un sport officiel. Parions qu’il le restera encore longtemps.

En bref…

En faisant le bilan des médailles décernées jusqu’à maintenant aux Jeux de Sotchi, je constate qu’il en manque au moins deux et, ce qui est plus grave, c’est qu’il s’agit de deux médailles d’or, celles qui auraient dû être décernées à Vladimir Poutine et à Marcel Aubut pour leur performance respective « en culture de leur image de soi »!

Qu’est-ce qui va le plus vite aux Jeux olympiques d’hiver. L’équipe de Radio-Canada a réalisé cette recherche et en est arrivée aux résultats suivants : en patinage de vitesse, longue piste, on peut obtenir des vitesses tout près de 50 km/heure et ainsi de suite en passant par de nombreux sports jusqu’au ski alpin (épreuve de descente) où on peut atteindre plus de 160 km/heure. Mais il y a quelque chose de plus vite encore. Non, ce ne sont pas des athlètes qui atteignent cette vitesse supérieure à 180 km/heure, mais les rondelles projetées par lancers frappés au hockey sur glace. Je présume qu’on a mesuré le lancer de Shea Weber!

J’ai mentionné à quelques reprises que les joueurs canadiens (et cela vaut aussi pour les joueurs américains) avaient de la difficulté à s’adapter à la dimension des patinoires européennes par rapport aux patinoires nord-américaines. Quelqu’un m’a demandé quelle était la différence entre les deux. Alors voici : les dimensions des patinoires nord-américaines sont généralement de 200 pieds de longueur par 85 pieds de largeur (soit 17 000 pieds carrés). Les dimensions des patinoires européennes mesurent généralement 210 pieds en longueur et 98 pieds en largeur (soit 20 580 pieds carrés), une différence énorme de 21 %. Une autre différence, moindre celle-là, se situe au niveau de la ligne des buts qui est à 11 pieds de la bande en Amérique du Nord et à 13 pieds de la bande en Europe. Résultat net de ces différences, c’est que les joueurs canadiens et américains ont de la difficulté à pratiquer le jeu d’accrochage qui est à la base de leurs succès dans la Ligue nationale.

À la prochaine…

Les surprises (bonnes et mauvaises) du sport!

par Alain Guilbert

On était en milieu de la 3e période dans le match de hockey Canada-Lettonie, le compte était 1 à 1. « Incroyable » disaient les commentateurs qui n’en revenaient absolument pas. Ce match ne devait être qu’une simple formalité, les meilleurs joueurs de la Ligue nationale (oui, la crème de la crème – Sydney Crosby en tête) contre la Lettonie. Vous avez cru une seule seconde que la Lettonie pouvait tenir tête aux étoiles de la Ligue nationale? Mais non, tout à fait impossible. Pourtant à sept minutes de la fin, c’était encore 1 à 1. C’est à son 54e lancer du match que le Canada a finalement réussi à transpercer la carapace du gardien de la Lettonie pour se donner une « toute maigre » avance de 2 à 1. Et c’est ainsi que le match s’est terminé… un « maigre » but de plus que la Lettonie.

Depuis le début du tournoi, le Canada n’a obtenu que de « très courtes » victoires contre la Norvège, contre l’Autriche, contre la Finlande (en supplémentaire) et contre la Lettonie. Malgré tout, je crois encore aux chances du Canada de quitter Sotchi avec la médaille d’or. Mais comme disait Claude « le vieux Piton » Ruel à l’époque, il n’y en aura pas de facile. Il reste deux matches à jouer pour le Canada; ne nous faisons pas d’illusions, ils seront très serrés, même très, très serrés. La demi-finale opposera le Canada et les États-Unis, une grande rivalité, mais surtout une très bonne équipe. Je crois malgré tout que « nous » l’emporterons encore, mais vous aurez tous des sueurs (froides ou chaudes) tout au long du match… et ce sera par la peau des dents. Surveillez bien Jonathan Toews, Sydney Crosby et Carey Price. Le meilleur est à venir! Mais, ce pourrait aussi être une catastrophe; je ne parierais pas un gros montant sur le résultat de ce match… 1 $ ou 2 $ peut-être!

Plus tôt dans la journée, un autre match qui ne devait être qu’une formalité, la Russie contre la Finlande. Combien d’entre vous auriez parié sur les chances de la Finlande? Le match était joué en Russie devant une très grande majorité de partisans russes. La Russie n’avait qu’un objectif, rencontrer le Canada en grande finale pour la médaille d’or et faire oublier son échec aux mains des Canadiens lors des Jeux de Vancouver il y a quatre ans. Et pourtant, la Finlande s’est sauvée avec une victoire convaincante. S’il s’était agi d’une série quatre de sept, les Russes l’auraient probablement emporté plutôt facilement. Mais un seul match! N’importe quoi peut se produire et ce sont les Finlandais. Cette défaite est un drame en Russie, où les amateurs ne s’attendaient à rien de moins que la médaille d’or. Comme ce sera un drame au Canada si jamais « notre équipe » s’avouait vaincue face aux Américains… et si, pire encore, elle ne réussissait pas à s’emparer de la médaille de bronze lors du match de consolation entre les deux perdants des demi-finales.

Vous imaginez la dimension du drame que nous aurions vécu au Canada si notre équipe avait perdu aux mains de la Lettonie? Si cela s’était produit, j’ai l’impression que nos joueurs auraient été mieux de rester en Russie plutôt que de revenir à la maison.

Ce qui rend le sport en général si merveilleux, c’est que n’importe quel jour un « plus faible » peut l’emporter sur un plus « fort » qu’il s’agisse d’un sport individuel ou d’un sport par équipe. Tout comme moi, vous avez pu observer les déboires de nos patineurs de vitesse courte piste, ainsi que plusieurs de nos surfeurs et de nos skieurs. Depuis des années, les Charles Hamelin de ce monde, tout comme sa conjointe Marianne St-Gelais, ont remporté médaille après médaille dans toutes sortes de compétitions internationales. Nombreux étaient ceux qui prévoyaient trois ou même quatre médailles à Charles Hamelin et deux ou même trois à sa souriante conjointe. Mais les deux ont trébuché (dans tous les sens du mot) à deux reprises, et leurs plus beaux rêves se sont terminés en cauchemars.

Ce serait facile de nommer des dizaines d’athlètes qui ont n’ont pas « performé » au niveau où nous l’espérions. Pourquoi? Bien difficile à dire. Comme je vous ai expliqué le principe de la pyramide dans des commentaires précédents, vous savez qu’il y a d’énormes différences entre être le meilleur de son village, puis de sa région, puis de sa province, puis de son pays… puis du monde entier.

On peut atteindre de très grands sommets dans des coupes du monde. Ce sont une série d’épreuves, une dizaine par année dans de nombreux sports; si vous êtes le meilleur dans l’ensemble de ces épreuves, même si vous en perdez quelques-unes, vous êtes couronné champion de la coupe du monde. Nombreux sont ceux qui confondent un champion de la Coupe du monde avec un champion du monde. Un championnat du monde n’a lieu qu’une fois par année, ou dans certains sports, une fois par deux années. Lorsqu’on est champion du monde, on l’est pour toujours. Et les Jeux olympiques, eux, n’arrivent qu’une seule fois par quatre ans. La télévision du monde entier est présente sur place; des milliers de journalistes sont aussi présents; les feux de la rampe sont à un maximum comme les athlètes ne les ont jamais vus.

Quand je m’occupais du ski acrobatique, il y avait deux ou trois journalistes qui assistaient à une épreuve de Coupe du monde à Mont-Gabriel (dans les Laurentides) ou à Apex Mountain quelque part entre l’Alberta et la Colombie-Britannique. La télévision consistait seulement aux images que l’organisation transmettait aux réseaux de télévision. Le tout se déroulait comme un pique-nique de famille. Et soudain, tous les quatre ans, voilà les Jeux olympiques. Tous les journalistes que vous n’avez jamais vus à l’une de vos compétitions nationales ou même internationales, tous les réseaux de télévision que vous n’avez jamais vus non plus, et dont vous n’avez jamais entendu parler, sont là. Ils veulent tous vous rencontrer, rencontrer votre père, votre mère, votre sœur, votre frère (surtout s’il souffre d’une déficience physique), votre instructeur, vos amis proches, vos grands-parents même. Des gens dont vous n’avez jamais entendu parler de votre vie vous appellent et vous harcèlent pour obtenir des billets permettant d’assister à vos compétitions, des entreprises dont vous n’avez pas non plus entendu parler sont après vous pour tenter d’obtenir vos services pour moins que rien et vous devez à travers tout ce « micmac » incroyable offrir la meilleure performance de votre vie. Pas surprenant que plusieurs de nos athlètes croulent sous la pression. Il faut vraiment être « fort » pour ne pas se laisser influencer par cette atmosphère de folie autour de vous.

À l’époque du baron Pierre de Coubertin, celui qui a recréé les Jeux modernes en 1896, on disait que « l’important n’était pas de gagner… mais de participer ». Il y a bien longtemps qu’on n’en est plus là. Si vous gagnez une médaille olympique, vous êtes un héros… si vous la ratez par quelques dixièmes de secondes ou de points, vous êtes un zéro! Notre « gros » Marcel Aubut, lui, président du Comité olympique du Canada, dit que « la seule chose qui compte, c’est de gagner ». En disant une niaiserie de ce genre, il n’aide pas les athlètes; au contraire, il leur nuit en mettant sur eux et elles plus de pression qu’ils ou elles ont déjà à supporter. Dans la plupart des cas, le financement qu’ils obtiennent pour subvenir aux coûts d’entraînement et de voyages pour les différentes compétitions nationales et internationales est directement relié à leur performance aux Jeux olympiques.

À quelques jours de la fin des Jeux, je dis déjà un immense Bravo! à tous nos athlètes – médailles au cou ou pas!

À la prochaine…

Le grand moment approche rapidement

par Alain Guilbert

Le grand moment des Jeux olympiques de 2014 approche à grands pas. Ce sera, bien entendu, la finale du hockey sur glace pour hommes, surtout si l’équipe du Canada atteint cette finale.

Ce ne sera évidemment pas chose facile. Même si nos porte-couleurs ont eu des matches faciles pour commencer le tournoi (Norvège et Autriche), ils n’ont encore rien prouvé. Leur 3e match contre la Finlande a dû aller en supplémentaire avant que nous sortions de la patinoire avec une très courte victoire de 2 à 1. Et ce ne sera pas très difficile d’affronter la Lettonie en quart de finale pour atteindre la demi-finale. C’est à partir de là que les choses se corseront. Si tout va comme prévu, les quatre dernières équipes en lice seront le Canada, les États-Unis, la Russie et la Suède. Qui l’emportera? Bien difficile à prédire. Si la logique est respectée, ce devrait être le Canada contre les Américains en grande finale.

Et malgré mes doutes, je prédis une victoire difficile du Canada (par un seul but… et peut-être même en supplémentaire). Je choisis déjà les trois joueurs qui seront les vedettes de cet affrontement; ce seront Jonathan Toews (1er), Sydney Crosby (2e) et Carey « Jesus » Price (3e). Si ce sont les Américains qui ont le dernier, leur héros sera probablement Phil Kessel. L’une des raisons pourquoi je prévois une finale Canada-É.-U., ce sont les instructeurs des deux équipes. Ce sont sans doute les deux meilleurs de la Ligue nationale et ils savent exactement ce qu’ils font. L’important, c’est d’atteindre son « peak » au bon moment et je crois sincèrement que c’est ce qui est en train de se passer avec ces deux équipes.

J’ai rarement vu un tournoi olympique où les prévisions sont tellement difficiles à faire. Les Américains sont au même point que les Canadiens au sujet des grandes patinoires européennes. L’avantage à ce sujet est définitivement en faveur des Russes et des Suédois. Mais le Canada et les États-Unis sont super bien « coachés » avec Babcock d’un côté et Bystma de l’autre, ce qui à mon avis fera la différence. Tous les Canadiens et les Américains pratiquent le même style de hockey; tous les joueurs évoluent dans la Ligue nationale. Pour les Russes et les Suédois, il y a des joueurs de la LNH, mais aussi des joueurs locaux et les deux styles de jeu ne s’adaptent pas toujours; ce qui pourrait faire une différence à la fin.

J’aurai sûrement l’occasion d’en reparler avant le « grand match »… mais pour l’instant, je m’en tiens au Canada comme favori, même si je ne pariais pas tout ce que j’ai sur cette prédiction.

Un mot additionnel au sujet du hockey féminin. Le président de la Fédération internationale de hockey a affirmé plus tôt aujourd’hui que le hockey féminin était aux Jeux olympiques pour de bon (même si la ‘vraie’ compétition se limite à deux pays : Canada et États-Unis). Vous en voulez une preuve : Hayley Wickenheiser totalise 51 points (buts et assistances) dans les Jeux olympiques (elle en est à sa 4e participation). Le Japon, de son côté, a compté son premier but (oui… son premier) depuis qu’il participe aux Jeux olympiques. 51 points pour une seule joueuse contre 1 but pour toute une équipe! Cela ne produit pas du hockey très compétitif.

En bref…

Il y a des événements dans la vie qui sont complètement imprévisibles. Coïncidence. Hasard. Destinée? Qui sait. Impossible de le savoir. Deux enfants sont nés à Red Deer (Alberta), une relativement petite ville située à mi-chemin entre Edmonton et Calgary, l’un en août 1981 et l’autre en février 1982. Ils ont donc tous deux 32 ans présentement. L’un s’appelle Jan Hudec, l’autre, Deidra Dionne. Vous commencez déjà à me voir venir? Non? Tous deux ont fait partie de l’école de ski Nancy Greene (du nom de notre très grande championne olympique) quand ils avaient 4 ans – oui, 4 ans seulement. Après l’école Nancy Greene, tous deux ont poursuivi une carrière dans le domaine du ski… Hudec en ski alpin et Dionne en ski acrobatique, dans la discipline des sauts (« aerials »). Lors des Jeux de Salt Lake City, en 2002, Deidra a remporté une superbe médaille de bronze, derrière la médaille d’argent de sa coéquipière Veronica Brenner. À la suite de son exploit, Postes Canada l’a commanditée pour une période de quatre années afin de lui permettre de poursuivre sa carrière jusqu’aux Jeux de Turin. C’est au cours de ces années que je l’ai bien connue. Malheureusement, un grave accident de ski survenu en Australie (avant les Jeux de Turin), alors qu’elle a subi une fracture de la colonne cervicale, a, à toutes fins utiles, mis fin à sa carrière.

Jan Hudec, lui, a poursuivi sa carrière jusqu’à aujourd’hui. Il y a trois jours à peine, il méritait à son tour une spectaculaire médaille de bronze en slalom géant à Sotchi. À huit années d’intervalles, les deux enfants de 4 ans qui faisaient partie de la même école de ski Nancy Greene à Canyon (Alberta), le centre de ski le plus près de Red Deer, une ville située en terrain plat, remportent tous deux une médaille olympique de bronze sous les couleurs du Canada. Croyez-vous vraiment que l’instructeur de cette classe de ski à l’hiver 1984-1985 avait prévu que deux de ses élèves, alors, âgés de 4 ans se rendraient aux Jeux olympiques et se couvriraient de gloire avec chacun une médaille? Sans doute pas. La vie nous réserve parfois de belles surprises! Incidemment, Deidra Dionne est maintenant avocate après avoir fait ses études de droit à l’Université d’Ottawa et elle est impliquée sérieusement tant au sein du Comité international olympique (CIO) que du Comité olympique du Canada (COC) comme représentante des athlètes. Une très grande dame! Bravo à elle et Bravo à Jan Hudec. Les contes de fées n’existent pas seulement dans les livres pour enfants.

Quelques mots encore au sujet de la médaille d’argent obtenue en patinage artistique par le couple canadien Virtue-Moir. Bien difficile de dire si les juges ont « pipé les dés » ou non. Chose certaine, le grand quotidien de sport L’Équipe – sans doute la plus grande autorité au monde dans tout ce qui concerne les sports olympiques – avait écrit avant l’ouverture des Jeux de Sotchi qu’il y avait collusion (tous ceux qui suivent la Commission Charbonneau savent ce que signifie le mot collusion) entre certains juges pour que les Russes gagnent la médaille d’or de l’épreuve par équipe de patinage artistique et que les Américains gagnent la médaille d’or dans l’épreuve de danse en couple. Bien sûr, les autorités ont nié qu’il y avait collusion. Mais chose curieuse, les Russes ont gagné l’épreuve par équipe (où les Canadiens ont fini en deuxième place) et les Américains ont gagné l’épreuve de danse en couple (où les Canadiens ont encore une fois fini en deuxième place). Coïncidence? Hasard? Nous ne le saurons sans doute jamais. Mais après ce qui s’était passé à Salt Lake City avec le couple canadien Salé-Pelletier, rien ne peut me surprendre dans ce sport où à peu près personne, incluant les juges eux-mêmes, ne sait comment les notes sont attribuées. Rappelez-vous que le journal L’Équipe a été le premier à affirmer que Lance Armstrong était dopé lors des victoires au Tour de France, ce que l’Américain a nié avec véhémence. Il a même intenté plusieurs poursuites contre L’Équipe… mais à la fin, qui avait raison?

De mon côté, j’ai un souvenir personnel avec L’Équipe. Lors des Jeux de Montréal en 1976, l’Allemand de l’Est Vladolav Cirpinsky avait remporté le marathon, probablement la discipline la plus exigeante de tous les Jeux. Le lendemain de la victoire de Cirpinsky, le Journal de Montréal, dont les journalistes ne connaissent à peu près rien dans les sports, pas même dans le hockey, avait écrit : « Un inconnu gagne le marathon de Montréal ». La veille du marathon, le quotidien L’Équipe avait écrit : « Cirpinsky, le grand favori pour gagner le marathon de Montréal ». D’ailleurs, L’Équipe avait prédit correctement les 10 premiers au marathon, dont l’un des grands héros des Jeux de Montréal, le Finlandais Lasse Viren, qui avait remporté la médaille d’or du 5000 et du 10 000 mètres et qui avait terminé 5e au marathon, comme prédit par L’Équipe. Je ne serais pas surpris que le quotidien français ait encore une fois raison quand il parle de « truquage » des résultats en patinage artistique.

Marcel Aubut, notre « cher » président du Comité olympique du Canada, aurait pu se garder une petite gêne lorsque Vladimir Poutine, le président de la Russie, a payé une visite imprévue à la Maison du Canada. Marcel l’a accueilli comme un « rock star » en le tenant par le cou et en allant jusqu’à lui faire de nombreuses accolades. C’est tout juste s’il ne l’a pas embrassé. Après tout, Poutine n’est pas un modèle à suivre à titre d’un leader où les droits de la personne sont constamment bafoués… pas le droit d’être homosexuel… pas le droit de manifester… pas le droit de s’exprimer librement… pas le droit d’être en désaccord. Voyons Marcel, un peu de retenue s.v.p.!

Nos patineurs de vitesse sur courte piste ont encore eu des difficultés aujourd’hui. Quelques chutes imprévues, mais ne vous en faites pas, ce n’est pas leur faute… ce sont des chutes causées par la glace.

J’ai souligné dans mes commentaires d’hier qu’Alex Harvey avait peut-être remporté trop d’épreuves avant les Jeux, qu’il aurait peut-être atteint son « peak » comme athlète trop rapidement, ce qui expliquerait ses déboires à Sotchi plutôt que de présumés problèmes de fartage. Certains de mes lecteurs réguliers se sont dits d’accord avec cette théorie. L’un d’entre eux me demande s’il n’y aurait pas lieu d’annuler toutes les grandes compétitions internationales dans les semaines précédant les Jeux. Je ne le crois pas… du moins dans la plupart des sports. Je ne crois pas que des épreuves de bosses ou de sauts en ski acrobatique aient un effet négatif sur le moment où l’athlète qui pratique ce sport atteint son « peak » (le sommet de sa forme). Même chose probablement en ski, en hockey, en curling, en surf des neiges, en « slopestyle », en luge, en skeleton, en bobsleigh, etc. Ce ralentissement de grandes compétitions avant les Jeux devraient plutôt se produire dans les sports qui exigent de puiser au fond de l’énergie des athlètes, comme le ski de fond, le patinage de vitesse sur longue piste et le ski alpin. C’est une question d’équilibre pour les athlètes et les instructeurs entre « se vider » de toute leur énergie… ou arriver aux Jeux olympiques au sommet de leur forme physique.

À la prochaine…

De véritables sports olympiques?

par Alain Guilbert

Les Jeux olympiques n’ont lieu que tous les quatre ans, voilà pourquoi ils sont si importants. L’attention du monde entier est fixée sur cet événement.

Malheureusement, il y a encore des doutes sur la « validité » de certains des sports au programme.

Par exemple, le hockey pour les femmes. Comme je l’ai déjà expliqué dans un commentaire précédent, pour qu’un sport d’hiver soit considéré comme « un véritable » sport olympique, il doit être « largement » pratiqué dans 25 pays sur trois continents. Alors, vous croyez que le hockey féminin est largement pratiqué dans 25 pays sur trois continents? Mais non! Il n’y a que deux vraies équipes aux Jeux depuis que le hockey féminin est devenu officiel – le Canada et les États-Unis. On peut bien dire que cette fois la Suisse et la Suède se disputeront la médaille de bronze, mais on savait déjà, bien avant que le tournoi ne commence, que la médaille d’or serait disputée entre le Canada et les États-Unis. Aucun autre pays (et ils ne sont pas 25) ne pouvait espérer monter sur le podium.

Bien sûr, nous nous réjouirons de la médaille d’or du Canada… ou nous nous consolerons de sa médaille d’argent. Mais honnêtement, il faut bien admettre qu’aucun autre pays n’avait la moindre chance de se retrouver dans cette finale. Un vrai sport olympique? Qu’en pensez-vous?

L’autre sport qui m’agace, c’est le patinage artistique. Ce sport réunit sans problème 25 pays sur trois continents où il est largement pratiqué. Ce n’est pas là le problème. Le problème est dans l’évaluation des performances. Tout le monde se souvient du « scandale » de Salt Lake City quand la juge française avait été « corrompue » et avait accordé son plus haut pointage au couple russe au détriment du couple canadien Jamie Salé-David Pelletier. Cette « tricherie » était tellement évidente que le jour suivant la compétition, le Comité international olympique était intervenu et avait infirmé la décision des juges pour accorder la médaille d’or au couple Salé-Pelletier.

Mais le patinage artistique ne semble pas avoir appris de cette mésaventure (voire de ce scandale). En effet, la même chose vient de se reproduire cette année. Au moment où j’écris ce texte (lundi en fin d’après-midi), il n’y a aucune évidence de juges corrompus. Mais tous les experts, avec Alain Goldberg en tête, l’analyste exceptionnel de Radio-Canada, n’en reviennent pas du score accordé au couple canadien Virtue-Moir lors de son programme court. Incompétence des juges? Tricherie? Complot pour favoriser un pays en particulier? Nous ne le saurons peut-être jamais. Mais où est donc le « fairness » de l’olympisme.

Il y a d’autres sports d’hiver « jugés »…, particulièrement le ski acrobatique tant en bosses qu’en sauts. Mais jamais, au grand jamais, au cours des années, je n’ai entendu une critique au sujet des notes accordées par les juges. Je me souviens de nombreuses compétitions internationales (championnat canadien, coupe du monde ou championnat du monde) auxquelles j’assistais en compagnie d’un sauteur « déjà éliminé », parfois Nicolas Fontaine, parfois Jeff Bean, parfois même un « bosseur » qui avait terminé sa compétition, et ceux-ci, après chaque saut de leurs coéquipiers, pouvaient me prédire leur pointage à un ou deux dixièmes de point près avant même que les juges ne fassent connaître le pointage officiel. Je n’ai jamais entendu une critique contre les décisions des juges. Pourquoi y en a-t-il tellement contre les juges du patinage artistique? Ces juges sont en train de détruire, lentement, mais sûrement, ce sport pourtant si spectaculaire.

Cela n’enlève rien dans mon esprit et dans mon cœur à la performance du couple Virtue-Moir – tout à fait exceptionnelle. Impossible de faire mieux, même si la décision des juges essaie de nous le faire croire.

En bref…

Quelques mots d’un sport que j’adore, même si ce n’est pas le plus grand sport au monde, le ski acrobatique, qui comportait historiquement deux épreuves : les sauts et les bosses. Ce sport s’est imposé d’abord avec les sauts avec la Canadian Air Force. Les Lloyd Langlois, Nicolas Fontaine et autres. Chez les filles, Veronica Brenner (surnommée Big V), Veronica Bauer (surnommée Little V) et Deidra Dionne. Puis, les épreuves de bosses ont pris la tête d’affiche. Tout le monde connaît les Jean-Luc Brassard, Jennifer Heil, Alexandre Bilodeau, Mikaël Kingsbury, les sœurs Dufour-Lapointe. Le ski acrobatique sortira d’ailleurs comme l’un des plus grands gagnants des Jeux de Sotchi. Pourquoi? Tout simplement parce que les sommes d’argent accordées aux différentes fédérations sportives canadiennes en vertu du programme « Own the podium » (Emparons-nous du podium) sont directement proportionnelles au nombre des médailles obtenues aux Jeux olympiques. Le grand perdant de ces Jeux à ce chapitre sera vraisemblablement le patinage de vitesse courte piste, lequel avait obtenu cinq médailles aux Jeux de Vancouver.

Incidemment une autre médaille prévue pour le Canada nous a échappé en ski acrobatique, épreuve de saut, aujourd’hui. Travis Gerrits, 2e au Championnat du monde l’an dernier, faisait partie des médailles « espérées » par Marcel Aubut qui avait prédit que le Canada serait premier tant pour les médailles d’or que pour le total des médailles. Il pourrait nous en manquer quelques-unes lorsque les Jeux prendront fin.

J’ai entendu une théorie intéressante aujourd’hui au sujet des « non-performances » d’Alex Harvey en ski de fond. Selon cette théorie, avec laquelle je serais pas mal d’accord, c’est qu’Alex a gagné trop d’épreuves internationales au cours des deux ou trois mois précédant les Jeux olympiques. Dans l’entraînement des athlètes, en vue des grands événements (comme les Jeux olympiques), il y a une théorie voulant qu’il ne faut pas « peaker » (atteindre le sommet de sa forme) trop vite. Alex, lui, était au sommet de sa forme il y a six, quatre et deux semaines avant les Jeux. Une fois rendu à Sotchi, il n’avait plus la même énergie. Ses problèmes seraient peut-être moins reliés à des problèmes de « fartage de ses skis » qu’à un problème de mauvais « timing » pour atteindre le sommet de sa forme. Une théorie bien plausible.

À la prochaine…

Le Canada atteindra-t-il son objectif?

par Alain Guilbert

Nous en sommes un peu plus qu’à la moitié des Jeux olympiques de 2014. L’objectif du Canada était (et est encore) de surpasser sa performance de 2010 à Vancouver, alors que « nos athlètes » avaient obtenu 26 médailles, dont 14 d’or – ce qui avait procuré la première place au Canada si l’on ne tient compte que des médailles d’or, mais la 3e place seulement si on tient compte de l’ensemble des médailles (toutes couleurs confondues). Même s’il n’existe aucun classement officiel des pays, le classement « non officiel » a toujours été basé sur le nombre des médailles d’or, du moins jusqu’aux Jeux de Vancouver. Lors des Jeux de 2010, le comité organisateur de Vancouver et le Comité olympique canadien (avec Marcel Aubut à sa tête) avaient choisi de diffuser le classement « non officiel » en fonction du total des médailles, en croyant que le Canada, qui obtenait historiquement plus de médailles d’argent et de bronze, serait favorisé. Mais tout ne s’est pas déroulé comme prévu. Selon « l’ancien » système, le Canada aurait terminé premier avec ses 14 médailles d’or, mais, selon le classement non officiel « nouvelle façon », il a terminé au 3e rang parce que les Allemands et les Américains, même s’ils avaient moins de médailles d’or que le Canada, en avaient au total respectivement 32 et 30 (par rapport à « nos » 26).

Au moment d’écrire ces commentaires (après toutes les compétitions de ce dimanche 16 février), le Canada en est à 14 médailles, dont quatre d’or seulement. Bien sûr, il nous reste encore plein de chances pour atteindre le total de 26 médailles. Mais combien seront d’or? En date d’aujourd’hui, nous n’en avons que quatre (en or). Et il ne faut pas oublier qu’un total de 255 médailles avaient été décernées à Vancouver (2010), mais que, cette année, il y en aura 294 (ou un peu plus à cause des égalités) à cause des sports ou épreuves ajoutées au programme olympique, ce qui signifie que, pour égaler sa performance de 2010, le Canada doit obtenir 30 médailles (au lieu de 26). Est-ce possible? J’en ai toujours douté et j’en doute encore. Nos patineurs et patineuses en avaient obtenu 10 au total (cinq en longue piste et cinq en courte piste). On en attendait au moins autant, sinon plus, de leur part cette année. Mais jusqu’à aujourd’hui, nos patineurs sont en deçà des attentes que nous avions. Ce sont eux (et elles) qui pourraient signifier la différence au bilan final. Atteindra-t-on l’objectif de Marcel? Peu probable.

En bref…

Les deux nouvelles médailles obtenues aujourd’hui sont vraiment intéressantes. Celle de bronze de Jan Hubek au slalom géant de ski alpin est d’autant extraordinaire que le ski alpin est l’une des plus importantes disciplines aux Jeux olympiques (et au monde) et que c’est la première médaille canadienne aux Jeux olympiques depuis 20 ans (soit depuis Eddie Podivinsky aux Jeux de 1994 à Lillehammer). À noter également que notre compatriote Hubek s’est classé à égalité avec Bode Miller, un Américain considéré comme l’un des meilleurs skieurs de tous les temps. C’est donc la deuxième fois à ces Jeux que deux athlètes terminent à égalité (chez les filles en descente – deux médailles d’or) et chez les hommes en slalom géant (Hudek et Miller). Notre autre médaille, celle en argent de Dominique Maltais au « snowcross » est d’autant plus intéressante qu’on l’attendait à Vancouver. Maltais, considérée comme l’une des meilleures au monde dans sa discipline, avait éprouvé de nombreuses difficultés et terminé en 20e place. Ses quatre dernières années depuis les Jeux de Vancouver ont été entièrement consacrées à faire oublier ce qu’elle considérait comme un échec. Sa médaille d’argent obtenue aujourd’hui équivaut à toutes fins utiles à une médaille d’or (du moins symboliquement).

Parlant de patinage de vitesse sur courte piste, je ne semble pas très admiratif pour ce sport dans mes commentaires. Mais cela n’a rien à voir avec les athlètes, c’est surtout le sport lui-même, et ses règles, qui me dérangent. Le patinage de vitesse courte piste a d’abord été populaire au Canada et aux États-Unis il y a moins de 50 ans. C’est ce qu’on appelle un « jeune sport ». Les premiers championnats de cette discipline ont eu lieu en 1981 et le sport a été admis aux Jeux olympiques de Calgary en 1988 comme sport de démonstration. Il est devenu un sport officiel lors des Jeux d’Albertville en 1992. Au Canada, ce sport est surtout pratiqué au Québec – qui a produit les meilleurs athlètes depuis toujours –, pensons particulièrement à Sylvie Daigle, Maryse Perreault, Nathalie Lambert, Isabelle Charest, Marc Gagnon et, plus récemment, Charles Hamelin. Je n’ai rien contre ces athlètes, bien au contraire, je les admire; mon problème est avec le sport lui-même et ses règles. Cela ressemble trop souvent à du « Roller Derby » et Isabelle Charest, l’une des « grandes » de ce sport avec des médailles olympiques obtenues dans trois Jeux olympiques différents (Lillehammer, Nagano et Salt Lake City), rappelait cette semaine à la télévision un incident survenu il y a plusieurs années alors qu’elle s’était retrouvée comme la seule participante dans une finale B olympique (qui ne donne accès à aucune médaille). Toutes les autres concurrentes avaient été disqualifiées. Vous imaginez une course avec une seule participante? Un sport dont les règles permettent une course où il n’y a qu’une seule athlète en piste m’apparaît comme un sport malade.

Un exploit rare… un Japonais qui participait à l’une des épreuves en saut à skis a obtenu la médaille d’argent aujourd’hui. Rien de spécial dans un tel cas me direz-vous. Mais oui, il y a quelque chose de spécial à cet exploit – le Japonais en question avait gagné une médaille dans cette même épreuve de saut à skis aux Jeux de Lillehammer, il y a 20 ans. Il faut le faire – deux médailles dans la même discipline à 20 ans d’intervalle. Un exploit très rare.

À la suite de l’extraordinaire médaille d’argent obtenue par Patrick Chan en patinage artistique il y a deux jours, mon ami Jean-Maurice Filion a souligné avec beaucoup d’à-propos que le jeune Japonais qui a obtenu la médaille d’or avait Brian Orser, l’un des plus grands patineurs canadiens de tous les temps, comme entraîneur, ce qui jusqu’à un certain point permet au Canada de revendiquer et la médaille d’or et la médaille d’argent de ce concours. Pourquoi pas? Sauf que cette médaille d’or ne comptera jamais dans « nos » statistiques officielles!

Tout juste quelques mots au sujet du match de hockey Canada-Finlande, le Canada l’a emporté de justesse 2 à 1 en période supplémentaire. Mais la grande surprise de ce match a été la décision de l’instructeur Mike Babcock d’utiliser Carey Price comme gardien de but, alors que tout le monde s’attendait à Luongo. Mais « Jesus » Price n’a déçu ni son coach ni les amateurs canadiens avec l’arrêt incroyable qu’il a effectué en période supplémentaire juste quelques instants avant que le Canada n’enregistre le but gagnant.

À la prochaine…

Les Jeux de « Sotchi »… ou les Jeux de « S…Oshie »?

par Alain Guilbert

Quel match de hockey! Sans doute l’un des meilleurs de toute l’histoire olympique. Ce match disputé aujourd’hui entre la Russie et les États-Unis m’a rappelé le célèbre match entre l’Union soviétique et les États-Unis lors des Jeux de Lake Placid en 1980, match remporté par une bande d’amateurs américains, match qui a par la suite été considéré comme le plus grand événement sportif du XXe siècle par le grand magazine Sports Illustrated.

Bien sûr, la page de la guerre froide entre l’URSS et les É.-U. a été tournée depuis bien longtemps. L’URSS n’existe plus. Son noyau principal est redevenu la Russie. Une dizaine de « républiques socialistes soviétiques » qui étaient alors regroupées au sein de l’URSS sont devenues des pays indépendants. Mais la rivalité sportive demeure. La plupart des meilleurs joueurs russes évoluent dans la Ligue nationale pour différentes équipes; par exemple, Datsyuk à Détroit, Ovechkin à Washington, Malkin à Pittsburgh, Markov à Montréal. Mais pour les Jeux, tous ces joueurs se retrouvent dans la même équipe, celle de leur pays, incluant aussi quelques excellents joueurs qui évoluent dans la Ligue nationale de Russie.

Du côté des États-Unis, c’est un peu la même chose; on forme une équipe avec les meilleurs joueurs américains qui proviennent d’un peu partout dans la Ligue nationale. T.J. Oshie aura été l’un des derniers choix de l’équipe américaine. Il évolue pour les Blues de St-Louis. La seule raison pour laquelle il a été choisi dans l’équipe américaine, c’est son aptitude à compter des buts lors des tirs de barrage (« shootouts ») – il en a déjà réussi sept cette saison.

Quand le temps réglementaire du match époustouflant USA-Russie a pris fin, le compte était de 2 à 2. Une période supplémentaire de cinq minutes n’a pu départager les deux équipes. On est donc passé aux tirs de barrage. Le premier joueur américain choisi pour tenter de briser l’égalité a été (devinez qui?) T.J. Oshie, et (devinez quoi) il a compté. Il aura fallu attendre l’essai d’Ilya Kovalchuck, le 3e tireur russe, pour égaler la marque encore une fois. Bilan : un but de chaque côté en tirs de barrage, donc il faut poursuivre les tirs de barrage.

Mais après les trois premiers tirs, si le compte est encore égal, les règles olympiques permettent aux équipes de réutiliser les joueurs de leur choix pour poursuivre les tirs de barrage, même s’ils ont déjà tenté leur chance auparavant. L’instructeur américain Dan Bylsma (qui, incidemment, est l’instructeur des Pingouins de Pittsburgh) a décidé de choisir à nouveau T.S. Oshie pour le 4e tir de barrage de son équipe. But… pas de but… et finalement il a fallu huit tirs de barrage de chaque côté pour briser l’égalité. À chaque nouveau tir de barrage pour les Américains, Bylsma a choisi Oshie… pour le 4e, pour le 5e, pour le 6e, pour le 7e, et aussi pour le 8e. Oshie a donc eu six occasions de compter, et croyez-le ou non, il a réussi l’exploit quatre fois au total… et finalement donné la victoire à son équipe. Jamais on n’aurait pu espérer un scénario aussi spectaculaire, aussi dramatique. L’instructeur russe, de son côté, n’a utilisé que deux joueurs pour les tirs additionnels, soit Datsyuk et Kovalchuk, qui lui aussi a compté à plusieurs reprises, mais une fois de moins que le joueur américain – ce qui a fait toute la différence.

Une fin de match extrêmement dramatique comme on n’en avait pas vu depuis longtemps. Cette stratégie aura été un véritable coup de dés de la part de l’instructeur Bylsma, celle de faire appel à Oshie six fois (sur huit tentatives). Je n’ose imaginer les critiques qui auraient été dirigées à son endroit si sa stratégie n’avait pas fonctionné. Mais heureusement pour lui, elle a tourné à son avantage.

Tout simplement fantastique!

En bref…

Avez-vous noté qu’on parle de moins en moins de la domination des Québécois. Si les Québécois ont accroché plusieurs médailles autour de leur cou au début des Jeux (je pense aux sœurs Dufour-Lapointe, à Alex Bilodeau, à Mikaël Kingsbury, à Charles Hamelin) et que plusieurs commentateurs se laissaient aller à dire que le Québec n’avait pas besoin du Canada pour se classer avantageusement aux Jeux olympiques, depuis quelques jours le vent semble en train de tourner… et plusieurs de nos « espoirs québécois » sont, à mon avis, en train de s’écraser. Je pense à Alex Harvey (en ski de fond); bien sûr, ce n’est pas sa faute (!), mais la faute de ceux qui ont choisi la mauvaise cire pour ses skis. (?) Je pense aux chutes des frères Hamelin, l’un dans le relais 1500 mètres et l’autre dans le 1000 mètres; je pense aux piètres performances de Marianne St-Gelais et des autres filles en patinage de vitesse courte piste; ces patineurs et patineuses sont excellents sur le « bla-bla-bla-bla », mais les médailles se font plutôt rares dans un sport où la compétition n’est pas tellement forte après tout. Une patineuse comme Marie-Ève Drolet (une fort gentille personne) s’était retrouvée en finale B (une course sans médaille) il y a 12 ans (oui, vous avez bien lu, il y a 12 ans!). Elle a alors pris sa retraite, puis est revenue à « son » sport 12 ans plus tard, et elle s’est encore une fois arrêtée à la finale B (celle qui ne donne pas de médaille). Ce qui prouve que ce sport n’a guère évolué. Comment pouviez-vous être l’une des meilleures au monde en 2002 et l’être encore en 2014 (à moins d’être un cavalier aux sports équestres ou un archer au tir à l’arc)? Vous vous souviendrez peut-être du commentaire de Ronald King (La Presse) qui écrivait en décembre dernier, en parlant du patinage de vitesse courte piste : « Vous n’avez qu’à attendre que les deux petits Coréens s’enfargent et vous passez au podium comme dans du beurre! » Mais ce ne sont pas les deux petits Coréens qui se sont enfargés ces jours-ci, mais plutôt les deux petits Canadiens! Savoir performer quand ça compte, c’est là la clé du succès dans le sport. Les deux médailles de Denny Morrison en patinage de vitesse sur longue piste sont tout à fait extraordinaires (argent au 1000 mètres et bronze au 1500 mètres). Incidemment, Morrison n’a pas eu besoin que son coéquipier Gilmore Junio lui cède sa place dans cette épreuve. Les deux médailles d’argent de Patrick Chan au patinage artistique par équipe et individuel sont tout simplement fabuleuses. Je ne croyais pas avant les Jeux que le Canada pouvait surpasser sa performance de Vancouver, soit 26 médailles au total dont 14 d’or – et il me semble bien que cet objectif ne sera pas atteint.

Dans mes commentaires diffusés hier, je commentais les différentes politiques visant à favoriser le sport d’élite par rapport au « sport » de masse… ou vice versa. Mélanie Turgeon, l’une de nos meilleures skieuses, soutient que l’élite attire la masse « à cause de la puissance de l’inspiration ». Combien de skieurs acrobatiques ont été inspirés par Jean-Luc Brossard; combien de patineurs de vitesse (courte et longue piste) l’ont été par Gaétan Boucher; combien d’Alex Harvey (et autres skieurs de fond) ont été inspirés par Pierre Harvey (le père d’Alex). Je me souviens d’un programme qui avait été institué au début des années 1970 et qui s’appelait Québec 76; ce programme avait pour objectif que les athlètes québécois forment 30 % de la délégation canadienne aux Jeux d’été de Montréal en 1976. Aux Jeux précédents, à Munich, ils n’étaient que 20 %. L’objectif pour 1976 était ambitieux et n’avait finalement pas été atteint. Cette année, aux Jeux de Sotchi, les athlètes québécois représentent 40 % de la délégation canadienne. C’est un immense chemin parcouru au cours des années, grâce à ceux et celles qui ont ouvert la voie. Mais de là à se prétendre « plus fort que le reste du Canada », c’est un pas que je n’oserais pas franchir.

Le Canada n’a pas gagné une seule médaille olympique en ski alpin depuis 20 ans. La série « non gagnante » risque de se poursuivre pour, encore quatre autres années.

Vous avez sans doute (tout comme moi) remarqué la vasque de la flamme olympique aux Jeux de Sotchi. Cette structure ressemble étrangement à la tour du Stade olympique de Montréal. Je me demande s’il n’y a pas un peu de Roger Taillibert dans ce « design ».

À la prochaine…

L’art de la récupération politique

par Alain Guilbert

S’il y a un « art » que les politiciens maîtrisent relativement bien de nos jours, c’est bien celui de la « récupération ». Cet art consiste à se donner du prestige politique, à tout le moins de la visibilité, c’est-à-dire à se « faire voir » quand un événement tragique ou spectaculaire se produit et qu’il s’y trouve beaucoup de caméras et beaucoup de médias – surtout quand on peut croire que ces caméras et ces médias seront sur place pendant plusieurs jours consécutifs.

Les politiciens ont appris avec les années qu’il fallait être là… même s’ils n’ont rien à dire, même si l’événement où ils veulent être vus ne les concerne pas. L’important, c’est d’y aller et de se « braquer » devant les caméras. Nous avons tous pu observer ce phénomène de la récupération politique lors du désastreux accident de train à Lac-Mégantic. Les deux parlements (à Québec et à Ottawa) venaient d’ajourner pour la saison estivale. Tous les réseaux de télévision du pays étaient sur place. On a vu les politiciens arriver sur les lieux à la même vitesse où la misère se jette sur le pauvre monde. Les ministres québécois se sont retrouvés à Lac-Mégantic à quatre, cinq ou six à la fois. La première ministre « Pauline » s’y est rendue à au moins trois reprises. Même le premier ministre du Canada y a été aperçu à deux reprises sans compter les fois où on a pu voir Denis Lebel ainsi que l’ex-ministre de la région de Thetford Mines, sans oublier tous les députés du coin (tant au provincial qu’au fédéral) et même le chef de la CAQ.

Même scénario lors du tragique incendie dans un centre d’accueil pour personnes âgées à L’Isle-Verte, près de Rivière-du-Loup. Nous les avons tous vus, Stephen Harper, Pauline Marois ainsi qu’une dizaine de ministres, surtout du Québec, mais quelques-uns aussi d’Ottawa, à maintes reprises.

Les politiciens qui ont été absents lors de grandes tragédies ou lors de grands événements ont payé cher pour apprendre qu’il fallait être sur place. Tout le monde se souvient sans doute de l’ex-maire de Montréal qui avait éventuellement perdu le respect de la population parce qu’il n’était pas revenu de vacances lorsqu’un orage hors de l’ordinaire avait causé des inondations à la grandeur de la ville et que la ville était à toutes fins utiles en état d’urgence.

Tout ce long préambule pour vous dire que les politiciens tentent de « tout récupérer », même les Jeux olympiques auxquels ils n’assistent pas. Plus tôt cette semaine, un « farceur » a utilisé une photo des sœurs Dufour-Lapointe (médailles d’or et d’argent dans l’épreuve de bosses du ski acrobatique), photo sur laquelle on voyait très bien les feuilles d’érable « canadiennes » sur leurs mitaines. Notre « farceur » a modifié la photo en remplaçant les feuilles d’érable « canadiennes » sur les mitaines par des fleurs de lys « québécoises » et a fait circuler cette photo modifiée sur les médias sociaux. Le « jeune ministre » Pierre Duchesne, un ex-journaliste d’expérience, mais un ministre beaucoup moins expérimenté, a retransmis cette photo modifiée sur les médias sociaux (genre Facebook et Twitter) en y ajoutant le commentaire « superbe ». Bien sûr, il voulait « récupérer » l’exploit olympique au profit des sentiments souverainistes dont la fleur de lys est le symbole.

Mais par sa tentative de récupération politique d’un événement tout simplement sportif, il est devenu en quelque sorte le dindon de la farce.

Pour un, je crois sincèrement que le gouvernement péquiste et ses porte-parole devraient se garder une « petite gêne » quand il est question de sport d’élite au Québec.

Je me souviens très bien qu’à la suite des Jeux de Montréal en 1976, le Centre Claude-Robillard (tout près de l’autoroute métropolitaine à Montréal), probablement l’un des plus extraordinaires centres sportifs au monde à cette époque, construit spécialement pour les Jeux, devait devenir la résidence du sport d’élite québécois. Avec ses facilités pour l’athlétisme (courses, lancers et sauts), la gymnastique, la natation (incluant plongeon et water-polo), le basketball, le handball, le volleyball, le tennis, le badminton et une foule d’autres sports, cette exceptionnelle réalisation devait héberger l’Institut des sports du Québec, lequel avait pour mandat de promouvoir le sport d’élite dans la province.

La théorie dans le sport est simple… il faut des vedettes pour entraîner la masse. Il faut des Nadia Comaneci pour inciter des jeunes filles à faire de la gymnastique; il faut des Jean Béliveau, des Mario Lemieux, des Wayne Gretzky, des Guy Lafleur, des Sydney Crosby pour inciter des jeunes à jouer au hockey. Il faut des Gaétan Boucher pour inciter des jeunes à pratiquer le patinage de vitesse; il faut des Jean-Luc Brassard, des Jennifer Heil et des Nicolas Fontaine, des Alexandre Bilodeau et des Mikaël Kingsbury, de même que des Justine et Chloé Dufour-Lapointe, pour entraîner des jeunes vers le ski acrobatique… et ainsi de suite. C’était là le mandat de l’Institut des sports du Québec qui devait voir le jour officiellement le 1er janvier 1977 (alors que les Jeux olympiques de Montréal avaient pris fin le 1er août 1976).

Mais entre la fin des Jeux olympiques de Montréal et le lancement officiel de l’Institut des sports du Québec, il s’est produit un événement important au Québec le 15 novembre 1976. Le Parti Québécois et son chef René Lévesque ont formé le premier gouvernement péquiste de l’histoire du Québec. Pour ce parti politique, favoriser l’élite sportive, c’était la mauvaise route à suivre; c’était favoriser quelques-uns au détriment du grand nombre. Le Parti Québécois favorisait surtout les activités de masse – les activités comme la marche en solitaire, les dames, les échecs, le ballon-balai et autres, des activités auxquelles monsieur et madame Tout-le-Monde ainsi que leurs enfants pouvaient participer. Pour le nouveau gouvernement, c’était quasiment un crime de favoriser le sport d’élite. Personne dans ce groupe n’avait compris que c’est l’élite qui entraîne la masse, et non le contraire. Et comme résultat, l’Institut des sports n’a pas vu le jour… et l’élite a été abandonnée à son propre sort.

Pendant des années et des années, le Québec a traîné de la patte dans les sports au niveau national et international. Les champions ou championnes du Québec ont été à ce point rares qu’on pouvait les compter sur les doigts de la main. À part Gaétan Boucher à Sarajevo en 1984 et Jean-Luc Brassard à Lillehammer en 1994, les médailles olympiques d’or ont été plutôt rares pour les Québécois parce que pendant des années il n’existait aucun programme spécial à l’endroit de l’élite sportive. Il aura fallu de grands programmes canadiens comme « À nous le podium » et de grands commanditaires comme la Banque Royale et autres pour venir en aide à nos athlètes d’élite et les ramener sous les feux de la rampe.

Si j’étais le Parti Québécois, je n’essaierais pas trop fort de « récupérer » à mon profit les succès des athlètes québécois aux Jeux olympiques de Vancouver et Sotchi.

Je connais bien la « non-histoire » de l’Institut des sports du Québec « qui n’a jamais vu le jour » parce que j’avais été choisi comme son premier directeur des communications après les Jeux de Montréal. Je m’en suis consolé en poursuivant une fructueuse carrière dans les médias et dans les communications, tout en ayant toujours conservé mon intérêt marqué, pour ne pas dire mon amour, à l’endroit du sport en général et du sport amateur plus particulièrement.

J’oubliais – en parlant de « récupération » – il n’y a pas uniquement les politiciens qui pratiquent cet art. Marcel Aubut, le président du Comité olympique canadien, se promène constamment avec un photographe à Sotchi, question de se faire prendre en photos avec tous les athlètes et toutes les personnalités, incluant même Vladimir Poutine. Parions qu’on verra beaucoup de ces photos éventuellement.

En bref…

– Le Canada a mieux fait aujourd’hui au hockey en l’emportant 6 à 0 contre l’Autriche. C’est meilleur que la victoire de 3 à 1 contre la Norvège. Mais « notre » équipe devra en donner beaucoup plus si elle veut triompher des Suédois, des Américains et surtout des Russes.

– J’ai des amis qui n’ont jamais digéré que le Canadien échange Jaroslav Halak après sa performance des séries éliminatoires il y a une couple d’années et garde Carey Price comme son gardien no 1. Disons qu’hier, quand j’ai vu Halak donner cinq buts en une période, j’ai eu une autre confirmation que le CH avait fait le bon choix.

– Ce qu’on exige aujourd’hui des patineurs artistiques est quasiment impossible. Patrick Chan qui a « touché » la glace avec ses mains à trois reprises lors de son programme long, devra se contenter d’une médaille d’argent, ce qui est une grande déception pour lui. Mais cette médaille d’argent vaut bien des médailles d’or qui ont été attribuées dans certaines disciplines au cours des derniers jours. Il y a des médailles qui valent plus que d’autres!

– Comme je l’ai mentionné à quelques reprises depuis le début de mes commentaires, certains jours, les médailles peuvent sembler faciles à gagner, certains jours… pas. Parlez-en à Alex Harvey, le meilleur skieur de fond canadien depuis son père Pierre. Alex est toujours à la recherche d’une première médaille olympique. D’ailleurs, aucun homme canadien n’a obtenu une médaille en ski de fond depuis le début des Jeux d’hiver en 1924.

– Dans l’une de ses toujours intéressantes chroniques qui sont publiées quotidiennement dans La Presse, Yves Boisvert parlait hier de la compétition des filles en planche à neige slopestyle. Voici ce qu’il écrivait : « Selon les propres critères de ce sport, les juges de slopestyle ont dit à sept des  participantes à la finale que leur deuxième descente ne passait pas la rampe et de beaucoup. Ouch! C’est plate à dire, tout ça est encore un peu trop foireux. L’entrée (de ce sport) aux Jeux a l’air prématuré ». En fait sept des 12 finalistes ont eu moins de 40 % des points, dont trois ont eu moins de 30 %. Ça tombait de partout… et il s’agissait de la crème de la compétition.12? Imaginez-vous les autres! Je suis tout à fait d’accord avec lui.

À la prochaine…