Les villes où j’ai vécu : Québec (troisième suite)

Depuis sa naissance, Alain a habité dans une dizaine de villes différentes, dont certaines à plus d’une reprise. Bien sûr, ses souvenirs et ses impressions de chacun de ces endroits où il a vécu sont relatifs à l’âge qu’il avait à l’époque et aux activités auxquelles il s’était livré… ainsi que des souvenirs qu’il en a gardés. Voici donc le quinzième article de cette série… qui concerne Québec où il est arrivé en avril 1984 et où il est demeuré trois années… Vous pourrez revoir tous les articles précédents de cette série dans l’onglet « Les villes où j’ai vécu » sous la subdivision « Mes catégories ». Bonne lecture.

par Alain Guilbert

Des anecdotes survenues durant mon séjour à Québec et au Soleil (comme j’en ai évoqué quelques-unes dans mon dernier texte), je pourrais en raconter jusqu’à demain… ce que je ne ferai pas. Mais je vais quand même en ajouter quelques-unes aux précédentes.

Bien sûr, ces anecdotes impliquent « mes » journalistes, dont certains étaient plutôt « spéciaux » (c’est le moins que je puisse dire!). Comme je l’ai mentionné précédemment, Marcel Aubut était une « grande vedette à Québec ». Mais il n’était pas « la seule vedette de la place ». Il y avait aussi André Arthur, « le roi Arthur » comme la plupart des citoyens de Québec le surnommaient. Plus de la moitié de la population de Québec et de la région était quotidiennement branchée sur son émission à CHRC (Québec) alors qu’il dominait outrageusement les cotes d’écoute.

Personne n’échappait à ses critiques acerbes, surtout pas Le Soleil, le « grand journal » de Québec. Toutefois, « mes » journalistes ne l’écoutaient pas… Ils le répétaient régulièrement haut et fort dans la salle de rédaction : « Arthur, jamais je ne l’écoute »… disaient-ils autant l’un que l’autre. Moi, je l’écoutais… car je voulais savoir s’il avait quelque chose à dire contre notre journal ou contre nos journalistes. Je ne voulais pas être pris par surprise. Tous les matins, en compagnie du directeur de l’information (Gilbert Athot), du chef de nouvelles (Gilles Ouellette) et de la secrétaire de la rédaction (Myriam Paquet), nous étions au centre de la salle de rédaction pour réviser notre journal du jour, examiner les autres journaux (le Journal de Québec, La Presse, le Globe and Mail et quelques autres)) et déterminer les suivis à faire ou les événements à « couvrir » ce jour-là. Quand les journalistes faisaient leur entrée dans la salle de rédaction, ils devaient nécessairement passer près de nous. Et lorsque « le roi Arthur » s’en était pris à nous (notre journal) de quelque façon que ce soit, la majorité d’entre eux s’arrêtaient près de nous et disaient : « Avez-vous entendu ce qu’Arthur a raconté à notre sujet? » Et à chaque fois, je ne pouvais m’empêcher de leur répondre : « Comment peux-tu savoir ce qu’il a dit à notre sujet si tu ne l’écoutes jamais? » La plupart du temps, ma remarque mettait fin à l’intervention.

À la suite de leur grève en 1978, les journalistes du Soleil avaient obtenu la semaine de travail de quatre jours à raison de huit heures par jour, soit 32 heures par semaine. Et ce sont les journalistes qui devaient eux-mêmes remplir une feuille de temps attestant leurs heures travaillées. Lorsqu’ils travaillaient plus de huit heures dans une journée ou plus de 32 heures dans une semaine, ils étaient payés « à temps et demi ». Et s’ils travaillaient un sixième ou un septième jour dans une même semaine, les heures supplémentaires étaient alors payées « à temps double ». Inutile de dire que certains d’entre eux se faisaient des salaires dépassant largement le salaire hebdomadaire de base prévu à la convention collective.

Par exemple, les journalistes qui étaient affectés aux Nordiques et qui voyageaient avec l’équipe pouvaient accumuler un grand nombre d’heures supplémentaires. Mais le record de tous les temps appartient sans doute à Alain Bouchard. Un jour qu’il avait accompagné les Nordiques à Edmonton et que le voyage de retour avait été retardé pour cause de problèmes mécaniques avec l’avion, il avait « facturé » 25 heures de travail dans la même journée. Lorsqu’on lui avait demandé comment il avait pu « travailler 25 heures dans une seule journée » il avait expliqué avec le plus grand sérieux du monde (!) qu’il avait travaillé si longtemps à cause du « décalage horaire ». J’en ris encore!

Un autre journaliste qui était passé maître dans l’art d’accumuler des heures supplémentaires s’appelait André Bellemare. Il était le seul chroniqueur à plein temps dans tout le Québec qui soit affecté exclusivement à la chasse et à la pêche. André aimait bien les voyages de cinq ou six jours… ce qui lui permettait d’accumuler de nombreuses heures supplémentaires, dont certaines « à temps double ». Mais André ne se faisait pas payer en argent… il convertissait ses heures supplémentaires en jours de congé… ce qui lui permettait de travailler entre sept et huit mois par année (pendant la saison de pêche suivie de la saison de chasse) et de prendre entre quatre et cinq mois de vacances.

Quand je suis arrivé au Soleil et que j’ai découvert son truc, je lui ai dit qu’il ne pouvait désormais effectuer de voyages de pêche ou de chasse de plus que quatre jours. « Mais si le voyage est en avion et qu’il dure cinq ou six jours, qu’est-ce que je fais? » m’avait-il demandé. « De deux choses l’une : ou tu refuses le voyage et tu n’y vas pas, ou tu arrêtes de pêcher ou de chasser après quatre jours et tu attends ‘ en congé ‘ que l’avion te ramène », lui avais-je répondu. À partir de ce jour-là, il n’a plus jamais accumulé des heures supplémentaires pour des voyages de pêche ou de chasse.

Une autre anecdote à son sujet. André était plein de trucs ; par exemple, il réclamait comme remboursement de dépenses les achats d’équipements de pêche ou de chasse dont il se servait pour les voyages qu’il faisait dans le cadre de son travail. Il faut le faire! Au début de l’année 1984, alors que j’étais encore à Granby, j’avais été invité à un voyage de pêche au saumon (pour le mois de juillet de la même année). Puisqu’il s’agissait de mon premier voyage de pêche au saumon à vie (un voyage qui devait être suivi de plusieurs dizaines d’autres), je n’avais pas d’équipement, particulièrement je n’avais pas de canne pour moucher le saumon. J’avais donc demandé à André Bellemare s’il me prêterait l’une des siennes. Il avait gentiment accepté de le faire, mais avait insisté pour que je fasse bien attention à « sa » canne. Je lui ai répondu que je considérais un peu « sa » canne comme « notre » canne… puisqu’elle avait été payée par Le Soleil. Il n’a donc pas insisté davantage… et de mon côté, j’ai quand même fait bien attention à « sa » canne avec laquelle j’ai capturé mon premier saumon à vie, en plus de deux autres (et, dois-je ajouter, depuis ce temps, j’ai mes propres cannes!).

L’un des reproches que je faisais parfois aux journalistes du Soleil était le fait que plusieurs d’entre eux (ou elles) étaient davantage intéressés par ce qui se passait sur la scène internationale qu’à Québec même. Pour moi, les lecteurs du journal voulaient d’abord savoir tout ce qui se passait chez eux bien avant ce qui se passait en Iran ou en Israël.

Un matin où, comme tous les autres matins, j’étais à la table centrale de la salle de rédaction (en compagnie du directeur de l’information, du chef des nouvelles et de la secrétaire de rédaction), la responsable de la chronique judiciaire de l’époque, Louise Lemieux, fait son entrée au travail et s’approche de nous en disant que « le procès de Klaus Barbie (Klaus Barbie était accusé d’avoir participé au génocide de milliers de Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale) est sur le point de commencer à Paris et que Le Soleil devrait la dépêcher sur les lieux pour assurer la couverture de l’événement. Le directeur de l’information (lui aussi formé au Soleil) semble presque prêt à lui dire « oui ». En effet, il lui suggère de préparer un plan de couverture et de nous le soumettre. Je m’interpose aussitôt en disant à notre journaliste : « Ne fais pas de plan de couverture, Louise… appelle plutôt 100 lecteurs du Soleil au hasard et si trois d’entre eux peuvent te dire qui est Klaus Barbie je t’envoie immédiatement à Paris ». Inutile de dire que je n’ai plus jamais entendu parler de son projet de reportage.

Je pourrais vous raconter bien d’autres anecdotes survenues au cours de ces trois courtes mais très intenses années au Soleil. Mais ce sera pour une autre fois… peut-être!

Les villes où j’ai vécu : Québec (deuxième suite)

Depuis sa naissance, Alain a habité dans une dizaine de villes différentes, dont certaines à plus d’une reprise. Bien sûr, ses souvenirs et ses impressions de chacun de ces endroits où il a vécu sont relatifs à l’âge qu’il avait à l’époque et aux activités auxquelles il s’était livré… ainsi que des souvenirs qu’il en a gardés. Voici donc le quatorzième article de cette série… qui concerne Québec où il est arrivé en avril 1984 et où il est demeuré trois années… Vous pourrez revoir tous les articles précédents de cette série dans l’onglet « Les villes où j’ai vécu » sous la subdivision « Mes catégories ». Bonne lecture.

par Alain Guilbert

Je ne peux raconter mon séjour à Québec sans vous signaler quelques anecdotes survenues à cette époque.

Commençons par ma rencontre avec l’un des personnages les plus célèbres de Québec (et du Québec), Marcel Aubut… Avant de quitter Granby, j’avais fait de nombreuses démarches afin de pouvoir transmettre sur les ondes de CHEF-radio les matches de hockey du Canadien. CHEF diffusait depuis déjà très longtemps le baseball des Expos (d’autant plus que l’une des « voix » de « nos amours » était Jacques Doucet, un authentique citoyen de Granby). Il me semblait logique d’y ajouter le hockey. Mais il y avait un problème… le fait que le Canadien avait accordé l’exclusivité de ses matches à la radio à une station de Montréal et personne d’autre ne pouvait en faire la diffusion dans un rayon de 50 milles.

La distance entre Granby et Montréal était justement de 50 milles…plus ou moins… selon qu’on mesurait en ligne droite entre les limites des deux villes ou à partir des tours de diffusion des stations concernées. Je croyais pouvoir gagner mon point jusqu’au jour où j’ai reçu un appel de Ronald Corey, alors président du Canadien, qui me demandait de ne pas insister, car cela pourrait lui causer des ennuis avec le diffuseur de Montréal. Il m’avait dit : « J’apprécierais que tu retires ta demande; et si tu le fais, je t’en serai reconnaissant. »

Finalement, CHEF a retiré sa demande… et moi je suis parti pour Québec quelques mois plus tard. À l’automne 1984, à la veille de mon premier hiver dans la Vieille Capitale, le Canadien s’amène à Québec pour y disputer un match à ses « grands rivaux », les Nordiques. Je reçois un appel de Ronald Corey qui m’invite à l’accompagner au Colisée. Bien sûr, j’accepte son invitation… et j’assiste au match en sa compagnie, juste derrière le banc du Canadien.

Tôt le lendemain matin (je crois qu’il n’était pas encore 8 heures), mon téléphone sonne au Soleil… c’est Marcel Aubut en personne qui m’apostrophe : « Qu’est-ce que tu faisais hier soir en compagnie du président du Canadien. Tu es maintenant un ‘ gars ‘ de Québec. Tu n’as pas à te faire voir avec le président du Canadien. Pourquoi tu n’étais pas avec moi? » Ma réponse a été toute simple : « Marcel, je n’étais pas avec toi parce que tu ne m’as jamais invité. Lui l’a fait. » Le bouillant président des Nordiques a compris le message. À la visite suivante du Canadien à Québec, j’étais avec lui derrière le banc des Nordiques… Le photographe du Soleil a même capté une photo (que j’ai encore) où je suis assis directement derrière Michel Goulet et Dale Hunter en plus de Michel Bergeron, qui est en train d’engueuler un arbitre. Et pour dire que Marcel a toujours su faire les choses en grand, il m’a même invité dans le vestiaire après le match, là où j’ai eu l’occasion de serrer la main de tous les joueurs. À partir de ce jour, j’ai entretenu une relation non seulement professionnelle, mais aussi d’amitié avec Marcel.

D’ailleurs, cela me rappelle un autre incident survenu deux années plus tard et impliquant encore une fois Marcel Aubut. Je dois dire que les journalistes du Soleil (du moins, la plupart d’entre eux) n’aimaient pas celui qu’on surnommait « le kid de la Grande Allée ». Ils ne rataient jamais une occasion d’en faire la preuve. Marcel avait décidé de modifier la formule du match annuel des étoiles de la Ligue nationale pour en faire un affrontement de deux matches entre les étoiles de la LNH et l’équipe de l’Union soviétique. Chose certaine, on ne pourra jamais reprocher à Marcel de ne pas avoir exploré des avenues dans lesquelles personne avant lui n’avait osé s’aventurer. Le « Rendez-vous 87 » en est un exemple parfait… surtout qu’il a été un succès sur toute la ligne. (Cet événement a eu lieu en février 1987, il y a tout juste 25 ans.)

Lorsque Marcel a annoncé la nomination de cinq importantes personnalités à titre d’ambassadeurs de son « Rendez-vous », il y avait deux super vedettes, soit Guy Lafleur et Vladislav Tretiak, un homme d’affaires, Lee Iacocca, alors président de Chrysler, le principal commanditaire de l’événement, le maire de Montréal, Jean Drapeau, et Brian Mulroney, alors premier ministre du Canada. Le titre du texte paru le lendemain dans Le Soleil a failli me jeter par terre. Il s’intitulait : « Aucune femme parmi les ambassadeurs du Rendez-vous 87 ». Quand je l’ai vu (le titre), je n’en croyais pas mes yeux… À l’époque (tout comme aujourd’hui), je ne peux pas voir quelle femme aurait pu être associée au hockey professionnel au point d’en être l’ambassadrice. Bien sûr, il était encore bien tôt ce matin-là quand mon téléphone a sonné et que Marcel a exprimé sa déception devant le titre de notre première page. Je n’ai eu d’autre choix que de lui donner raison… C’est sans doute un peu parce que « mes journalistes le détestaient » que « je l’aimais bien ». Probablement ma façon de compenser un peu.

J’ai mentionné dans un texte précédent que les gens de Québec n’avaient pas beaucoup de relations avec ceux qui venaient de l’extérieur, particulièrement ceux qui venaient de Montréal. Dans chaque ville où j’ai vécu, que ce soit Sherbrooke, Granby, St-Hyacinthe ou même Montréal, je me suis toujours senti « chez moi »… sauf à Québec où je me suis toujours senti comme un « étranger ».

Lors de mes années au Comité organisateur des Jeux olympiques de Montréal, j’avais rencontré l’un des plus grands relationnistes du Québec, un homme très important parmi les gens d’affaires de la Vieille Capitale, Pierre Tremblay. Mon patron à l’époque des Jeux, Jean Loiselle, lui-même un expert en relations publiques et en communications, avait retenu les services des meilleurs relationnistes au Québec pour la durée des Jeux, question d’appuyer nos chefs de presse dans les différents lieux de compétition pour faire face aux imprévus ou même aux crises appréhendées. Puisque j’agissais alors comme chef de presse adjoint, je me suis automatiquement retrouvé à tous les endroits « chauds » des Jeux, là où il y avait des problèmes ou des difficultés avec les médias, mais également (et surtout) des compétitions exceptionnelles. Jean Loiselle m’avait donc jumelé avec Pierre Tremblay à cause de son expérience et de sa versatilité. Pierre a passé les Jeux en ma compagnie. Je l’ai entraîné au bassin de natation où chaque compétition a donné lieu à un nouveau record du monde; au Forum où Nadia Comaneci a réécrit le livre de la gymnastique; au Forum encore (plus tard) où nous avons vu boxer les frères Spinks ainsi que l’un des plus grands de l’histoire, Sugar Ray Leonard; au Stade olympique où les Bruce Jenner, Lasse Virén et combien d’autres ont été les rois de l’athlétisme; au Vélodrome où Daniel Morelon et Anton Tkac se sont disputé un sprint d’anthologie; au stade Étienne-Desmarteaux où le grand (et gros) Vasili Alexeiev a fracassé les records du monde d’haltérophilie et combien d’autres endroits encore. Pierre et moi étions devenus « amis à la vie à la mort ».

Quand je suis arrivé à Québec (huit années plus tard), il est venu me saluer au cocktail de bienvenue organisé à mon intention par les dirigeants du Soleil. Par la suite je l’ai croisé à plusieurs reprises lors de mes activités professionnelles. Il a toujours été poli, voire gentil à mon endroit, mais jamais il ne m’a invité au restaurant, ou encore moins chez lui. Je n’étais malheureusement pas un « Québécois pure laine ». Durant mes trois années à Québec, je n’ai eu qu’une seule invitation à prendre le repas dans une maison privée, et cette invitation venait d’un collègue de travail qui était originaire non pas de Québec, mais de Chicoutimi.

J’ai parlé souvent de cette « phobie » des Québécois à l’endroit des non-Québécois. La plupart ont d’abord nié que mon constat reflétait vraiment la réalité… mais quand ils réfléchissaient davantage sur le sujet, surtout lorsque je demandais à des « Québécois pure laine » s’ils avaient déjà invité des « étrangers » à leur domicile, ils étaient tous, sans exception, incapables de se rappeler l’avoir fait même une seule fois. C’est la seule ville que je connaisse au Québec où les gens ont un tel comportement. (J’ai bien d’autres anecdotes à raconter au sujet de Québec et des Québécois; il y aura donc une autre suite à ce texte.)

Les villes où j’ai vécu : Québec (suite)

Depuis sa naissance, Alain a habité dans une dizaine de villes différentes, dont certaines à plus d’une reprise. Bien sûr, ses souvenirs et ses impressions de chacun de ces endroits où il a vécu sont relatifs à l’âge qu’il avait à l’époque et aux activités auxquelles il s’était livré… ainsi que des souvenirs qu’il en a gardés. Voici donc le treizième article de cette série… qui concerne Québec où il est arrivé en avril 1984 et où il est demeuré trois années… Vous pourrez revoir tous les articles précédents de cette série dans l’onglet « Les villes où j’ai vécu » sous la subdivision « Mes catégories ». Bonne lecture.

par Alain Guilbert

Mon premier contact avec Québec à la mi-avril 1984 aura été plutôt brutal. En effet, quand j’ai quitté Granby en fin de journée le dimanche, il faisait un soleil resplendissant… la neige avait presque totalement fondu… les bourgeons remplissaient les arbres autour de la maison… c’était le printemps. Quand je suis arrivé à Québec en soirée, il faisait froid, les bancs de neige de chaque côté des rues étaient très élevés… c’était l’hiver quoi! Je n’avais apporté qu’un simple manteau de printemps pour ma première semaine puisque je devais retourner à Granby la fin de semaine suivante. Inutile de dire que j’ai eu froid et qu’à mon retour, le dimanche suivant, j’avais changé mon manteau de printemps pour un manteau d’hiver. C’est à ce moment (et les années suivantes également) que j’ai compris que l’hiver à Québec commençait deux à trois semaines plus tôt qu’à Granby et Montréal, et se terminait deux à trois semaines plus tard. Une fois qu’on le sait, on s’ajuste en conséquence.

Sauf pour la météo, mon arrivée à Québec s’est faite relativement en douceur. Bien sûr, les Québécois « détestent » les Montréalais… et n’aiment guère ceux qui viennent de la rive sud du St-Laurent. Il ne s’agit pas d’un préjugé, mais d’une réalité. Ceux (et celles) qui sont nés à Québec le nieront, mais la rumeur veut que ceux dont les grands-parents ne sont pas inhumés dans le cimetière de Sillery ne soient jamais considérés comme de vrais citoyens de la ville de Québec. On tolère ceux (et celles) qui viennent de la rive nord, et plus particulièrement ceux (et celles) qui sont originaires du Saguenay et du Lac St-Jean. Heureusement, je n’arrivais pas de Montréal, mais de Granby… et j’avais beaucoup travaillé dans les Cantons de l’Est… c’était moins mauvais que d’être un Montréalais!

La salle de rédaction du Soleil m’a réservé un accueil plutôt froid, mais correct. Après tout, on se préparait à négocier une nouvelle convention collective et le nouveau rédacteur en chef (à leurs yeux) venait de la « campagne ». Pourrait-il s’adapter à un « grand journal » comme Le Soleil, et à une « grande capitale » comme Québec? Un élément en ma faveur… quelques journalistes avaient déjà travaillé sous ma direction à La Tribune de Sherbrooke… et ils se sont montrés sympathiques à mon endroit. Quant aux dirigeants du Soleil, ils ont été plus que corrects. En effet, quelques jours à peine après mon arrivée, ils avaient organisé une réception de bienvenue au Château Frontenac pour me présenter aux chefs de file de la Capitale. Des représentants de tous les milieux (affaires, universitaires, religieux, politiques, sportifs, communications) étaient sur place pour me souhaiter la bienvenue (et peut-être aussi pour se faire voir du nouveau « patron » au Soleil?).

Quelques semaines après mon arrivée, j’avais rencontré par hasard le « grand patron » de Quebecor, Pierre Péladeau. Lorsqu’on m’a présenté à lui, il m’a simplement dit : « Je constate, monsieur Guilbert, que vous avez changé votre plan de carrière ». J’ai compris que son bras droit, Maurice Custeau, lui avait transmis ma réponse à savoir que « mon plan de carrière ne passait pas par Québec » lorsque j’avais refusé le poste de directeur général du Journal de Québec (voir le texte précédent sur Québec). J’avais apprécié le sens de l’humour de « Monsieur Péladeau », même si je n’ai jamais regretté de ne pas avoir travaillé au sein du groupe Quebecor.

Comme le propriétaire du journal, Jacques Francoeur, me l’avait laissé entendre, il y avait beaucoup de projets dans l’air, et beaucoup de pain sur la planche à mon arrivée au Soleil. Le premier défi consistait à négocier une nouvelle convention collective avec le syndicat considéré comme le plus revendicateur parmi tous les médias du Québec. Aucun des projets du Soleil n’était réalisable sans une entente avec les journalistes, laquelle passait nécessairement par une nouvelle convention collective. Moins d’un mois après mon arrivée, j’ai invité le président du syndicat de l’époque, Georges Angers, à luncher avec moi en tête à tête, question de mieux se connaître. Un lunch qui a duré plus de trois heures, au cours duquel nous avons bu quelques bières, et un lunch qui nous a surtout permis de nous parler franchement et de mettre nos cartes respectives sur la table. Sans aucun doute l’un des lunchs les plus fructueux de ma carrière. Entre autres, Georges et moi avions convenu de toujours nous donner « l’heure juste » sur les enjeux « essentiels » tant pour le syndicat que pour le patronat et de ne jamais nous faire « perdre » la face l’un comme l’autre devant l’exécutif syndical ou devant l’équipe des cadres de la rédaction. En moins de quelques semaines, nous en sommes arrivés à une entente sur une nouvelle convention collective (une entente autant à l’avantage des syndiqués que de la direction), ce qui nous a permis de réaliser la plupart de nos projets. Quelques années plus tôt, en 1978, il avait fallu une grève de 11 mois avant d’en arriver à conclure une convention collective.

L’un des plus importants projets consistait à convertir Le Soleil, un journal d’après-midi depuis toujours (presque 90 ans), en journal du matin, comme l’étaient alors tous les autres quotidiens au Québec. Cela signifiait que la majorité des équipes de typographes et pressiers travailleraient désormais en soirée et durant la nuit (alors qu’ils avaient toujours travaillé tôt le matin et en après-midi). Tout un changement pour plusieurs de ces employés qui comptaient de très nombreuses années de service. Un autre changement consistait à publier une édition du dimanche, ce qui signifiait quelques journalistes supplémentaires ainsi qu’une réorganisation de la semaine de travail où une majorité de journalistes œuvraient du lundi au vendredi et quelques autres du jeudi au dimanche. Même chose pour des typographes et des pressiers qui devaient désormais travailler les fins de semaine. Quant aux cadres, faut-il le dire, ils devaient travailler cinq jours par semaine, quand ce n’était pas six ou sept. Un autre important changement prévoyait que la section des sports serait présentée en format tabloïd plutôt qu’en grand format (broadsheet) comme elle l’avait toujours été. L’idée de base était de constituer un journal distinct consacré aux sports dans un journal grand format consacré à l’information générale (ce que La Presse avait déjà fait quelques années plus tôt).

Comme nous étions à l’aube de l’été « Mer et monde » à Québec, l’été des Grands voiliers, nous avions proposé de créer une section tabloïd pour les événements reliés à cette célébration « grandiose » qui devait durer tout l’été… question de nous pratiquer à réaliser un format tabloïd quotidiennement… et à transformer ce supplément quotidien de l’été 1984 en section sportive à compter de septembre de cette même année. Personne n’avait prévu que cet été « Mer et monde » serait le fiasco qu’il a été. Disons que bien souvent durant cet été « Mer et personne » à Québec, il a quasiment fallu accomplir des miracles pour remplir un cahier de 24 pages format tabloïd tous les jours.

Il y avait enfin un autre très grand défi à relever au Soleil cet être-là, celui d’informatiser la salle de rédaction. Ceux et celles qui lisent régulièrement mes textes dans la série « Les villes où j’ai vécu… » savent déjà que j’ai dirigé l’informatisation de la salle de rédaction de La Tribune à Sherbrooke, la première salle de rédaction d’un quotidien de langue française au Québec à relever ce défi. Par la suite, j’ai eu l’occasion d’informatiser la salle de rédaction de La Voix de l’Est à Granby, un défi un peu particulier parce que l’ordinateur principal de cette opération était situé à Sherbrooke (La Tribune). Il s’agissait de la première informatisation « à distance » d’un quotidien en Amérique du Nord. Quant au Soleil, il constituait une sorte de « dinosaure » en ce sens qu’à mon arrivée il était le seul quotidien au Québec à ne pas être informatisé. Nombreux étaient les journalistes qui étaient effrayés de faire ce saut dans le monde moderne… ce qui fut finalement fait sans trop de heurts et en consacrant des milliers d’heures à rassurer ceux et celles qui craignaient que tous les malheurs du monde ne s’abattent sur leurs têtes.

C’est donc dire qu’à l’automne 1984, environ cinq mois après ma nomination à Québec, de nombreux obstacles avaient été franchis et tout semblait se dérouler relativement bien… jusqu’au jour où le président du syndicat, Georges Angers, celui avec qui nous avions négocié la mise en place de ces nombreux changements, décidait de quitter son poste et de réintégrer la salle de rédaction à titre de simple journaliste. À cause des relations privilégiées que nous avions établies, cela fut tout un choc pour moi. D’autant plus que le syndicat décida à ce moment d’élire un nouvel exécutif qui soit à la fois féminin et féministe. Quand j’avais accepté de diriger la salle de rédaction du Soleil, j’avais prévu qu’après la période initiale de tous les changements je devrais consacrer à peu près 10 p. cent de mon temps à la gestion de la salle de rédaction, 10 p. cent aux relations du travail et 80 p. cent au contenu éditorial et rédactionnel. Mais dans les faits, ce n’est absolument pas ce qui s’est passé… avec le nouvel exécutif syndical en place, j’ai plutôt consacré, en 1985 et 1986, 80 p. cent de mon temps aux relations du travail, 10 p. cent à la gestion de la rédaction et 10 p. cent à peine au contenu éditorial et rédactionnel. Le moins que je puisse dire, c’est que cette situation ne me rendait pas très heureux.

Et quand au début de l’année 1987, Jacques Francoeur a dépêché son bras droit Jean-Guy Faucher à Québec pour m’annoncer qu’il venait de nommer Gilbert Lacasse à la présidence du Droit à Ottawa (au moment où Robert Bélanger venait d’annoncer sa retraite et que je m’attendais à ce qu’on m’offre son poste comme promis au moment d’accepter la direction de la rédaction du Soleil), je me suis senti comme un peu abandonné. (Incidemment, le choix de Gilbert Lacasse, qui était au Droit depuis longtemps, constituait une excellente décision.) Je me souviens que ce même jour j’avais convoqué mon adjoint administratif, Berthold Landry, à mon bureau et que je lui avais annoncé bien confidentiellement « qu’à compter d’aujourd’hui, je me sens comme un agent entièrement libre ». Mon adjoint m’a pressé de questions, mais j’ai refusé de lui en dévoiler davantage. Ce jour-là, je savais que je quitterais bientôt Le Soleil… et quand quelques semaines plus tard ma décision de rejoindre mes amis du Groupe Everest (à Montréal) a été rendue publique, j’ai dit à Berthold Landry : « Tu comprends maintenant ce que je voulais te dire l’autre jour quand je t’ai dit que j’étais désormais agent libre ». Et le même jour, Jean-Guy Faucher m’a appelé de Montréal pour me dire « qu’il n’était pas surpris de ma décision » et « qu’il l’avait prévue dès le moment où il m’avait annoncé que je n’aurais pas le poste de président et éditeur du Droit ».

Dans un prochain texte, je raconterai quelques anecdotes survenues durant mon séjour à Québec.

Les villes où j’ai vécu : Québec

Depuis sa naissance, Alain a habité dans une dizaine de villes différentes, dont certaines à plus d’une reprise. Bien sûr, ses souvenirs et ses impressions de chacun de ces endroits où il a vécu sont relatifs à l’âge qu’il avait à l’époque et aux activités auxquelles il s’était livré… ainsi que des souvenirs qu’il en a gardés. Voici donc le douzième article de cette série… qui concerne Québec où il est arrivé en avril 1984 et où il est demeuré trois années… Vous pourrez revoir tous les articles précédents de cette série dans l’onglet
« Les villes où j’ai vécu » sous la subdivision « Mes catégories ». Bonne lecture.

par Alain Guilbert

Comment me suis-je retrouvé à Québec, ayant toujours vécu dans l’axe Sherbrooke (Cantons de l’Est) et Montréal depuis ma naissance en 1940? C’est une longue histoire… dont voici les grandes lignes…

En1983, quatre années après mon arrivée à la tête de La Voix de l’Est et de CHEF-radio à Granby, le directeur général des journaux de Quebecor et bras droit de « Monsieur Péladeau », Maurice Custeau m’invite à luncher en sa compagnie au (défunt) Club St-Denis à Montréal. Je m’imagine bien que s’il m’invite à sa table, ce n’est pas pour lui faire la conversation. Effectivement, il m’offre le poste de directeur général au Journal de Québec (ou au Journal DU Québec… comme disent les gens de Québec qui se sont toujours considérés comme le « centre » de la province). L’offre est alléchante, car elle me permet de gravir un échelon de plus dans ma carrière, moi qui souhaitais d’ailleurs participer davantage dans l’ensemble de la gestion des journaux et non uniquement dans leur contenu rédactionnel. Mais je me méfie de Quebecor… Ayant œuvré précédemment avec Power Corporation (les Journaux Trans-Canada), avec Jacques Francoeur (à ce moment devenu le propriétaire d’Unimédia) et en collaboration avec Transcontinental, disons que je considérais depuis longtemps Quebecor davantage comme un « adversaire » que comme un « ami ». Et de plus, j’étais au courant personnellement de « sales tours » qu’on avait joués à certains journalistes à qui on offrait de gros salaires pour les débaucher et à qui on disait quelques semaines plus tard que « les affaires n’étant plus ce qu’on avait prévu, il fallait diminuer leur salaire »… Disons que Quebecor n’avait pas bonne réputation dans le milieu journalistique à cette époque.

Après quelques jours de réflexion, j’ai finalement annoncé à Maurice Custeau que je trouvais son offre intéressante, mais que je préférais la décliner parce que (je me souviens parfaitement des mots que j’avais alors utilisés!!!) « mon plan de carrière ne passait pas par Québec ». Il faut dire que j’étais fort bien traité par Power Corporation et que j’espérais un jour prendre la présidence de La Tribune (Sherbrooke) lorsque mon ancien patron, Yvon Dubé, prendrait sa retraite… ce qui n’était pas nécessairement près de se produire à cette époque.

Une année plus tard, il s’est produit un certain émoi dans les journaux du Québec, quand Claude Masson, alors rédacteur en chef et éditeur adjoint du Soleil à Québec, a annoncé qu’il quittait la Vieille capitale pour aller rejoindre son ami Claude Beauchamp au journal Les Affaires (et autres publications économiques du Groupe Transcontinental), lui-même ayant quitté Le Soleil une couple d’années plus tôt pour joindre ses forces à celles de
Rémi Marcoux.

Un bon matin, alors que je suis toujours à Granby, mon téléphone sonne… c’est Claude Masson, que je comptais parmi mes amis, qui veut m’annoncer « en primeur » son départ prochain et me prévenir que « Jacques Francoeur, le propriétaire et éditeur du Soleil, va t’appeler dans les prochaines heures pour t’offrir le poste que je laisse vacant », me faisant bien sûr promettre de ne dire à personne qu’il m’avait appelé. Et effectivement, ce même jour, Jacques Francoeur m’invitait à rallier les rangs du Soleil… une offre intéressante à de nombreux points de vue. Je pouvais devenir non seulement éditeur adjoint et rédacteur en chef d’un journal important, mais aussi membre de son conseil d’administration, ainsi que membre du conseil d’administration du magazine Perspectives, un supplément de fin de semaine qui appartenait conjointement à tous les journaux qui le distribuaient, soit La Presse, Le Soleil, La Tribune, Le Nouvelliste, La Voix de l’Est, Le Droit et Le Quotidien. Le salaire et les avantages sociaux étaient intéressants. Mais il y avait un « hic »… Le Soleil avait connu une grève de 11 mois en 1977 et les relations du travail de ce journal étaient sans doute les plus difficiles (pour ne pas dire les plus mauvaises) de toute la presse québécoise. La convention collective entre Le Soleil et ses journalistes comptait près de 200 pages et était considérée comme la plus complexe de tout le Québec et peut-être même de tout le Canada.

Mais revenons un peu en arrière pour comprendre le contexte dans lequel évoluaient les journaux de l’époque. J’avais connu Jacques Francoeur quand il avait fait équipe avec
Paul Desmarais (Power Corporation) dans l’acquisition de La Tribune (et plus tard du Nouvelliste, puis de La Voix de l’Est). Par la suite, Paul Desmarais avait fait l’acquisition de La Presse, mais celle-ci était régie par une loi privée de l’Assemblée nationale, et pour conclure la transaction, Power avait dû procéder à la création d’une nouvelle entité totalement indépendante des autres journaux, soit Gesca. Cette société était propriétaire de La Presse alors que sa filiale Journaux Trans-Canada était propriétaire des quotidiens de Sherbrooke, Trois-Rivières et Granby. Et encore plus tard, quand le groupe Desmarais-Francoeur a voulu faire l’acquisition du Soleil, le premier ministre de l’époque, Robert Bourassa, s’y est fortement opposé afin de prévenir une concentration trop importante de journaux quotidiens dans les mains d’une même entreprise. C’est alors que Paul Desmarais et Jacques Francoeur se sont séparés à l’amiable, le premier conservant les quatre quotidiens mentionnés précédemment et le second reprenant ses hebdos métropolitains, son Dimanche-Matin (ces publications faisaient alors partie des Journaux Trans-Canada) ce qui lui a permis de faire l’acquisition du Soleil et du Quotidien à Chicoutimi (puis, plus tard, du Droit à Ottawa). Tous les journaux de M. Francoeur ont été regroupés au sein de la société Unimédia, celle-là même qui m’offrait le poste à Québec.

Il faut dire que quelques mois auparavant, quand Jacques Francoeur avait fait l’acquisition du Droit (à Ottawa), je l’avais appelé pour lui offrir mes services comme président et éditeur quand l’éditeur en place, Robert Bélanger, prendrait sa retraite. Donc, lorsqu’il m’a offert de diriger Le Soleil, je lui ai demandé de me dire ce que j’aurais à gagner en occupant un poste aussi difficile, alors que j’étais davantage intéressé par la gestion générale plutôt que par la rédaction. Il m’avait répondu qu’il y avait de nombreux changements en vue au Soleil, dont la négociation d’une nouvelle convention collective, le passage d’un journal d’après-midi à un journal du matin, la création d’une section sportive en format tabloïd et un été 1984 « mer et monde » avec la venue des Grands Voiliers à Québec. « Les prochains mois seront vraiment intéressants », m’a-t-il assuré… et il avait raison. « Monsieur Guilbert, a-t-il ajouté, faites-moi deux ou trois bonnes années au Soleil, mettez les grands changements en marche… et je vous offrirai ensuite la présidence du Droit. Après de longues hésitations et de nombreuses discussions avec mes patrons de Power Corporation qui me laissaient miroiter la présidence possible du Nouvelliste à Trois-Rivières, j’ai finalement opté pour Le Soleil.

Pendant cette période de négociations avec Jacques Francoeur et Unimédia, une lutte interne se déroulait à l’intérieur du groupe des journaux de Power Corporation alors que le président de La Presse de l’époque, Roger D. Landry, voulait aussi placer sous son aile la direction des quotidiens de Sherbrooke, Trois-Rivières et Granby, une lutte qu’il devait finalement remporter aux dépens de mes patrons des Journaux Trans-Canada, ceux qui étaient prêts à me nommer à Trois-Rivières. J’ai avisé de mon départ de Granby pour Québec quelques heures avant que la nomination de Roger D. Landry à la tête des Journaux Trans-Canada (en plus de La Presse) ne soit annoncée, ce qui me confirmait que j’avais pris la bonne décision.

Quand Roger D. Landry a pris les rênes des journaux de Sherbrooke, Trois-Rivières et Granby, deux postes de direction se sont libérés au même moment, celui de Granby, puisque je venais de confirmer mon départ, et celui de Trois-Rivières, parce que le président de l’époque, Charles D’Amour (celui que j’aurais possiblement remplacé), a annoncé qu’il préférait prendre sa retraite plutôt que « de recommencer sous un nouveau patron ». C’est à ce moment que Roger D. Landry a offert la direction du Nouvelliste à Claude Masson, avant que celui-ci ne rejoigne son ex-patron et ami Claude Beauchamp. Et après quelques années à Trois-Rivières, Claude est devenu éditeur adjoint et rédacteur en chef de La Presse où il a fait un travail admirable, bien secondé par le regretté Marcel Desjardins, un ancien du Droit que Claude était allé chercher à la salle de nouvelles de Radio-Canada (que Marcel dirigeait). Et mon poste à Granby a été rapidement pourvu par Guy Crevier, que j’avais chaudement recommandé. J’avais dit à Roger D. Landry que s’il ne le nommait pas, je l’amènerais avec moi à Québec. Guy a rapidement obtenu mon ancien poste, et après quelques années et aussi des détours par TVA, Vidéotron et Téléglobe, il s’est finalement retrouvé à la tête de La Presse (puis de tous les journaux du Groupe Power), poste qu’il occupe encore aujourd’hui. Quant à Claude Masson, il a connu une mort tragique en compagnie de son épouse Jeannine, lorsque l’avion qui devait les amener en Égypte, un pays qu’il rêvait de visiter depuis plusieurs années, s’est écrasé dans l’Atlantique après son départ de New York à la fin d’octobre 1999. Le pilote de cet avion a plongé son appareil dans l’océan pour se donner la mort, entraînant avec lui 217 passagers, dont Claude et Jeannine.

De mon côté, j’ai entrepris en avril 1984 un séjour de trois années au Soleil, trois années bien remplies dont je vous parlerai dans un (ou plus d’un) prochain texte.

Les villes où j’ai vécu : Granby (3e partie)

Depuis sa naissance, Alain a habité dans une dizaine de villes différentes, dont certaines à plus d’une reprise. Bien sûr, ses souvenirs et ses impressions de chacun de ces endroits où il a vécu sont relatifs à l’âge qu’il avait à l’époque et aux activités auxquelles il s’était livré… ainsi que des souvenirs qu’il en a gardés. Voici donc le onzième article de cette série… qui concerne Granby où il est arrivé en avril 1979 et a quitté en 1984… Vous pourrez revoir tous les articles précédents de cette série dans l’onglet « Les villes où j’ai vécu » sous la subdivision « Mes catégories ». Bonne lecture.

par Alain Guilbert

Dans mon billet précédent (celui du 19 mars), je disais y avoir connu beaucoup de satisfaction tant sur le plan professionnel que le plan personnel. Ce texte traitait davantage des défis que j’ai relevés au journal. Aujourd’hui, je veux spécialement parler de « ma gang », les nombreux amis que je m’y suis fait. En faisant le classement de mes « vieux » documents, j’ai retrouvé une lettre que j’avais écrite en décembre 1984 à l’intention de ceux que j’avais quitté quelques mois plus tôt, une lettre qui résume assez bien le plaisir qui avait été le mien au cours de ces cinq années passées dans la « Princesse des Cantons de l’Est », comme on l’appelait à l’époque.

Huit mois et quelques jours déjà ont passé depuis que j’ai quitté Granby pour occuper de nouvelles fonctions à Québec, « dans le Grand village », comme disent les Montréalais, une expression sur laquelle il ne faut pas trop insister lorsqu’on s’adresse à des Québécois. Huit mois de travail intense (et dans mon cas, je laisse à chacun le soin d’interpréter ce que signifie « intense ») qui m’ont permis de réaliser plusieurs choses à Québec, plus particulièrement au Soleil : négociation d’une convention collective, un été « mer et (sans) monde », des élections fédérales, la visite du pape, la transformation du Soleil de journal d’après-midi en journal du matin, l’ajout d’une édition du dimanche (ce qui me permet maintenant de dire que Le Soleil se lève tous les jours pour moi, même le dimanche), la présentation de la section sportive en format tabloïd, une nouvelle toilette graphique du journal, le réaménagement de l’espace rédactionnel, etc.

Ces huit mois ont donc passé très rapidement… je n’ai jamais eu une minute pour m’ennuyer. Même si le temps et les circonstances ne m’ont guère permis de me rendre à Granby (c’est à peine si j’ai pu me rendre trois fois à mon chalet de Magog), je n’en ai pas pour autant oublié mes amis de Granby. J’ai passé parmi vous cinq années (avril 1979 à avril 1984) trop heureuses, je me suis fait des amis trop précieux, pour que cela puisse s’effacer rapidement. Depuis longtemps, j’aurais voulu (vous) donner signe de vie, mais le temps m’a manqué… J’ai donc pensé que la façon la plus efficace consistait à faire ce que je fais présentement, c’est-à-dire écrire une lettre collective que j’expédierai en plusieurs copies. C’est sûrement un plus impersonnel qu’une lettre individuelle, mais c’est sûrement beaucoup mieux que « pas de nouvelles du tout ».

Même si je ne vous vois pas souvent, j’ai quand mêmes des nouvelles régulièrement de l’un ou de l’autre, particulièrement par mon ami « Lefty » (Roger Auger) avec qui j’ai eu le plaisir et le privilège de faire un voyage en Europe à la mi-novembre. Nous avons eu beaucoup de plaisir, mais nous avons aussi failli ne pas revenir des « vieux pays » puisque nous sommes arrivés à Paris le même jour que le Beaujolais nouveau et que nous avons failli nous noyer dedans!!! Heureusement, nous en sommes sortis sains et saufs.

J’ai également eu le plaisir de participer à mon excursion de pêche annuelle au club Coronet (en haut de La Tuque) à la fin de l’été grâce à l’invitation de Gérald Scott. Avec Gérald, « Lefty », Denis Robidoux (un autre très proche ami), Alain Guay et aussi notre « chef » Louis Cabana, nous avons réussi à survivre encore une fois. Nous avions des « vers » et des « verres » en quantité, ce qui nous a permis d’attraper suffisamment de truites, et aussi d’en manger et d’en ramener juste ce qu’il faut. Chose certaine, nous en avions assez pour faire une crevaison en pleine forêt avec le « beau petit camion bleu de Gérald », sur lequel je ne suis jamais parvenu à trouver le « jack ». C’est finalement « Lefty » qui nous a sauvés d’une nuit à la belle étoile. (Une note personnelle pour dire qu’après ces années de pêche à la truite, nous avons réalisé une dizaine de voyages de pêche au saumon par la suite… Gérald, Denis Robidoux, Alain Guay, Gaétan Marquis, André Hamel et moi – et à l’occasion « Lefty » et Richard Gosselin… je pourrais écrire un volume complet sur ces voyages extraordinaires… j’y reviendrai sûrement un de ces jours!!!).

(Et maintenant, revenons à Québec…) J’ai eu l’occasion d’écrire un éditorial favorable à Brian Mulroney quelques jours avant les élections, ce qui m’a valu les félicitations de Gérald. Pour une fois que nous étions d’accord (moi qui ai été plutôt libéral presque toute ma vie!!!).

À ma grande surprise, Raymond Héroux m’a rendu une visite personnelle à Québec pour payer un lunch qu’il me devait à la suite d’un pari que nous avions fait deux ans plus tôt. Merci Raymond… les bons comptes font les bons amis… et on se reverra sans doute sur les pentes du Mont Ste-Anne cet hiver… Je ne voudrais pas oublier Jacques Dubois qui, pour s’excuser de n’avoir pu assister à mon party de départ de Granby m’avait promis un lunch chez Serge Bruyère (la meilleure table de Québec… l’équivalent de Chez Plumet à Granby). Le jour où il est venu, Serge Bruyère était fermé…mais il a quand même payé la bouffe dans un autre très bon restaurant. Promesse tenue…

Je n’ai pas voulu manquer le Festival gastronomique de Granby (même en vivant à Québec). Je me suis donc rendu à la soirée de fermeture Chez (Jean-Pierre) Plumet en compagnie de Denis Robidoux, Gérald Scott, Réal Charland, Denis Dumas, Sarto Bernard, leurs compagnes (et la mienne), ainsi que de nombreuses autres connaissances qui se trouvaient à d’autres tables. Heureusement que je n’avais pas à revenir à Québec ce soir-là, mais seulement à Magog. Même là, j’ai trouvé la route plutôt longue (Il faut dire que si la bouffe était exquise, le vin l’était tout autant.)

Je suis régulièrement les déplacements (et les bons coups) de tous et chacun via La Voix de l’Est que je lis toujours, parfois avec quelques jours de retard à cause du mauvais service postal (Bien sûr, c’était bien avant que je ne travaille à Postes Canada!!!). Je me réjouis d’ailleurs des succès du journal et de la radio (CHEF) sous la direction de Guy Crevier et son équipe.

En lisant le journal, j’ai constaté que La Voix de l’Est s’intéressait toujours à Paul-O. (le maire Paul-O. Trépanier), que Gérald s’y intéressait également de même qu’au Grand Prix de Granby. J’ai appris que Guy Bussières préparait un voyage de golf au Portugal. La Virginie n’était sans doute pas assez loin pour lui? Que Bob Lambert se trouvait trop vieux pour être candidat à la mairie. Que Louis Cabana avait tenté de sauver la barque d’Ogis. Que Paul Labrecque avait quitté le Bureau de tourisme avant la tempête qui se prépare. Que l’eau de Granby goûtait à peu près la même chose qu’autrefois malgré la belle usine d’épuration pour laquelle vous commencerez à payer en 1985 (ah!!!ah!!!).

Malgré l’été de voile à Québec, je n’en ai guère profité, « because » j’avais vendu mon bateau et aussi « because » le manque de temps. J’ai toutefois pu en faire sur le lac Memphrémagog avec le bateau de Réal, que je remercie encore une fois. J’ai failli avoir la visite à Québec d’un groupe de Granby, la « gang du lundi midi », Marcel Maheu et cie. J’avais réservé à leur intention une vingtaine de billets pour leur permettre d’applaudir « nos » Nordiques, mais une « toute petite tempête » de neige les a retenus à Granby. J’en ai pourtant connu qu’une « petite tempête » n’arrêtait pas aussi facilement; n’est-ce pas André « Achim » Hamel et Alain Guay.

Je pourrais continuer encore longtemps. Vous connaissez ma grande capacité à écrire…et parfois aussi à écrire. Je voudrais profiter de cette lettre pour tous vous remercier individuellement, amis et collègues de travail, pour toutes les marques concrètes d’amitié et d’affection que vous m’avez manifestées lors de mon départ de Granby. Quand je m’ennuie trop de vous et de Granby, je regarde le livre de Granby que Paul-O. m’a donné lors de mon départ, vous savez ce livre qui se vend à 24,95 $ l’unité et dont seulement trois exemplaires ont été vendus jusqu’à maintenant!

Et j’oubliais de vous dire que via le journal (Le Soleil) j’ai réussi à m’accrocher comme il faut avec le maire de Québec (Jean Pelletier). Après tout, il fallait bien que je soutienne ma réputation: après mes démêlés avec le maire de Sherbrooke, puis celui de Granby, il fallait bien que celui de Québec y passe aussi. Malgré tout, nous réussissons à nous parler gentiment (ou presque).

Donc, encore une fois, je termine… et je vous rappelle que je serai toujours content de vous accueillir si vos affaires ou vos loisirs vous amènent dans le « Grand village ».

Les villes où j’ai vécu : Granby (2e partie)

Depuis sa naissance, Alain a habité dans une dizaine de villes différentes, dont certaines à plus d’une reprise. Bien sûr, ses souvenirs et ses impressions de chacun de ces endroits où il a vécu sont relatifs à l’âge qu’il avait à l’époque et aux activités auxquelles il s’était livré… ainsi que des souvenirs qu’il en a gardés. Voici donc le dixième article de cette série… qui concerne Granby où il est arrivé en avril 1979… Il s’agit du second texte sur cette ville. Vous pourrez revoir tous les articles précédents de cette série dans l’onglet « Les villes où j’ai vécu » sous la subdivision « Mes catégories ». Bonne lecture.

par Alain Guilbert

Granby, c’est l’un des endroits où j’ai été le plus heureux de toute ma vie, tant au point de vue professionnel que personnel.

Commençons par l’aspect professionnel. Quand j’ai été nommé président et éditeur de La Voix de l’Est, disons que le journal était à l’agonie ou presque. Son tirage dépassait à peine 10 000 copies quotidiennes. Deux ou trois jours par semaine, le journal ne comptait que huit pages grand format, soit deux cahiers de quatre pages (quatre pages ne représentant qu’une seule feuille de papier par cahier… c’est plutôt mince!) et les nouvelles locales ou régionales y étaient aussi rares que l’eau dans le désert. À quoi peut bien servir un quotidien régional, et plus spécialement un « tout petit » quotidien régional s’il ne se consacre pas prioritairement à l’information locale et régionale dans sa quasi-totalité? Il s’agissait de mon premier grand défi dans ma nouvelle fonction.

Heureusement, les Journaux Trans-Canada, une filiale de la puissante Power Corporation, croyaient suffisamment dans l’avenir de ce journal pour y investir des sous; je devrais plutôt dire des dollars. Première étape : informatiser la salle de rédaction. Comme je l’ai déjà raconté dans un texte précédent, j’ai été responsable de l’informatisation de la salle de rédaction de La Tribune (Sherbrooke) lors de mon retour dans cette ville après les Jeux olympiques de Montréal. La Tribune aura été le tout premier journal quotidien au Québec à informatiser sa salle de rédaction en 1977. Dans le cas de La Voix de l’Est, le défi était encore plus grand puisqu’il s’agissait du premier quotidien au Canada à être informatisé « à distance » (ou, selon l’expression anglaise, en « remote »). Ce que cela voulait dire : c’est bien simple, les terminaux sur lesquels travailleraient les journalistes et les éditeurs se trouveraient à Granby, mais l’ordinateur principal auquel ces terminaux seraient reliés serait celui de La Tribune à Sherbrooke. Avec les dollars de Power Corporation et l’aide d’un expert en informatique qui s’appelait Jacques Leduc, nous avons relevé le défi avec succès. La Voix de l’Est a donc informatisé sa salle de rédaction en 1980; mais nous sommes en même temps presque devenus « prisonniers » de La Tribune parce que c’est là que se trouvait le « cœur » (ou le moteur, si vous préférez) de notre entreprise.

Cette dépendance à La Tribune, nous l’avons réalisée pleinement au printemps de 1982 lorsqu’un conflit de travail entre La Tribune et ses employés a provoqué la fermeture du quotidien de Sherbrooke pendant quatre mois. Du jour au lendemain, nos terminaux étaient devenus totalement inutiles. Ils n’étaient plus reliés à rien. Il a fallu de toute urgence trouver des machines à écrire et nos journalistes ont repris les habitudes qu’ils avaient abandonnées 18 mois plus tôt. Même les « plus vieux » qui ne voulaient pas abandonner leur machine à écrire en 1980 s’étaient habitués à leur nouvel outil et n’étaient pas très heureux de retourner à une machine à écrire. Mais nous n’avions pas le choix.

Du jour au lendemain ou presque (La Tribune ayant fermé ses portes dans la nuit du Jeudi au Vendredi saint de 1982), avec la collaboration d’une jeune imprimerie montréalaise qui devait devenir un joyau de l’entreprenariat québécois avec les années (j’ai nommé l’Imprimerie Transcontinental et son président fondateur Rémi Marcoux), nous avons imprimé et distribué un journal de 64 pages le Samedi saint au matin. Nous avons continué à publier six jours par semaine, sans interruption, ne laissant jamais tomber nos fidèles lecteurs au cours de ces quatre longs mois de conflit … et cela grâce aux tours de magie que Transcontinental a souvent dû accomplir pour produire notre journal quotidien. Je dois dire qu’entre le moment de l’informatisation de la salle de rédaction à Granby et le conflit de travail à La Tribune, il s’était produit un événement extrêmement important pour l’avenir du quotidien de Granby. En effet, nous l’avions transformé de grand format à format tabloïd à la fin de février 1982.

J’ai noté plus haut qu’à mon arrivée à Granby le journal ne comptait que huit pages grand format certains jours de la semaine et ne contenait parfois aucune nouvelle locale ou régionale. Je m’étais mis dans la tête de « frapper un grand coup » en transformant complètement la présentation du journal. Des études et des projections en matière de volumes de publicité et aussi de tirage semblaient m’indiquer que c’était la bonne décision à prendre. Toutefois mes « patrons à Montréal », particulièrement Denis Lacasse, un comptable de formation qui gardait un œil vigilant sur les résultats financiers des quotidiens régionaux appartenant à Power Corporation, exprimaient des doutes quant aux chances de succès de ce projet. Denis n’était pas convaincu que nous pouvions faire mieux avec un « tabloïd » qu’avec un « broadsheet ». Quelques mois plus tôt, Le Quotidien de Chicoutimi, qui appartenait à un autre groupe de presse (Unimédia, dont le principal actionnaire était Jacques Francoeur – et pour qui je travaillerai plus tard), avait justement réussi cette transformation de grand format à tabloïd et semblait connaître du succès dans cette aventure.

J’ai donc convaincu Denis Lacasse de m’accompagner à Chicoutimi pour y rencontrer les directeurs de la publicité, du tirage et de la rédaction du Quotidien, question de vérifier sur place l’étendue de leur succès (ou de leur échec). Le directeur de la publicité, pour un, avait confié à Denis Lacasse qu’il s’était battu de toutes ses forces « contre le changement »… mais qu’il avait tort. S’il avait à se retrouver dans la même situation, nous a-t-il avoué, il serait en faveur dès le départ et procéderait au changement beaucoup plus rapidement qu’il ne l’avait fait. Quant au directeur de la rédaction, Denis Tremblay, qui est devenu par la suite un ami et qui l’est encore aujourd’hui, m’avait dit qu’il ne fallait pas hésiter à faire le changement. Il m’avait aussi donné quelques conseils qui se sont avérés très précieux. Son premier conseil : adopter le style « tabloïd » non seulement dans le format, mais aussi dans les textes et les photos dès le premier jour du changement. Dans un journal de « petit format », les textes doivent être nécessairement plus courts et les photos plus grandes! Son deuxième conseil : donner tout l’espace possible à l’information locale et régionale. Son troisième conseil : embaucher une personne « totalement dédiée » à ce projet.

J’ai suivi ses conseils à la lettre. Et je savais où trouver la personne qui pourrait assurer le succès de cette aventure. Il s’agissait de Guy Crevier, que j’avais embauché à La Tribune quelques années plus tôt et avec qui j’étais resté en contact. Je connaissais sa soif d’apprendre, son ambition, sa volonté de réussir tout ce qu’il entreprenait. Comme il travaillait dans un journal faisant partie de la même « famille » que La Voix de l’Est, je ne pouvais l’embaucher sans en avoir obtenu la permission de son patron, soit mon ancien patron, Yvon Dubé, qui après une certaine hésitation m’a donné sa bénédiction. Et Guy (qui est aujourd’hui le « grand patron » de La Presse, après avoir aussi été le « grand patron » de TVA) s’est amené à Granby où il a mené cette transformation de La Voix de l’Est d’une main de maître.

Sans lui, je doute que nous n’ayons réussi aussi bien que nous l’avons fait. En écrivant ce texte, j’ai retrouvé dans mes dossiers un communiqué de presse diffusé en mai 1982 et dont je vous cite quelques extraits : « Dix semaines après la transformation du quotidien La Voix de l’Est de grand format à format tabloïd, le président et éditeur Alain Guilbert rapporte une hausse de 19 % du tirage du journal. La moyenne de ventes quotidiennes de La Voix de l’Est pour la semaine se terminant le 20 février 1982, soit la dernière semaine où le journal a été publié dans le grand format, s’établissait à 10 789 exemplaires. Dix semaines plus tard, soit pour la semaine se terminant le 8 mai 1982, cette même moyenne s’établissait à 12 869 exemplaires, soit une hausse de 2 080 exemplaires ». Nous avions relevé le défi avec succès. Par la suite, le tirage hebdomadaire devait atteindre 16 000 exemplaires par semaine… et même 18 000 exemplaires par semaine peu après mon départ en 1984. L’avenir de La Voix de l’Est était maintenant assuré. À ma connaissance, le journal est encore en santé en 2012. Ce que je retiens de cette merveilleuse aventure : c’est que pour réussir n’importe quel projet d’envergure dans la vie, il faut s’entourer de personnes exceptionnelles, de personnes qui peuvent faire mieux que nous-mêmes. (À suivre)

Les villes où j’ai vécu : Granby

Depuis sa naissance, Alain a habité dans une dizaine de villes différentes, dont certaines à plus d’une reprise. Bien sûr, ses souvenirs et ses impressions de chacun de ces endroits où il a vécu sont relatifs à l’âge qu’il avait à l’époque et aux activités auxquelles il s’était livré… ainsi que des souvenirs qu’il en a gardés. Voici donc le neuvième article de cette série… qui concerne Granby où il est arrivé en avril 1979… Vous pourrez revoir tous les articles précédents de cette série dans l’onglet « Les villes où j’ai vécu » sous la subdivision « Mes catégories ». Bonne lecture.

par Alain Guilbert

Quand j’avais accepté de retourner à Sherbrooke à la fin des Jeux olympiques de Montréal, j’avais clairement indiqué à mes patrons de l’époque (Yvon Dubé, le président de La Tribune, et John Rae, un vice-président de Power Corporation) que l’étape suivante pour moi devrait être l’administration. J’avais déjà fait le tour d’une salle de rédaction, et je souhaitais aller plus loin dans les journaux, un milieu qui me passionnait. L’occasion s’est présentée à l’automne lorsqu’on m’a offert la présidence de La Voix de l’Est, « le plus petit quotidien de langue française en Amérique du Nord », avais-je l’habitude de dire, de même que la présidence de CHEF-radio, une station radiophonique qui appartenait au journal. Je n’ai jamais hésité à dire « oui ». Dans mon esprit, il y avait deux façons de voir les choses: devenir « curé en campagne » ou demeurer « vicaire en ville ». Je comprends que le choix peut varier d’une personne à une autre, mais dans mon cas, il n’y avait aucun doute. Autrement dit, j’aimais mieux être « un gros poisson dans un petit bocal qu’un petit poisson dans un immense aquarium ».

Je n’ai jamais caché cette façon de voir les choses. Quelques années plus tard, lorsque je deviendrai éditeur adjoint et rédacteur en chef du Soleil (à Québec), le président de l’agence Presse canadienne, dont le siège social était à Toronto, Keith Kincaid, qui se rappelait m’avoir entendu parler « du poisson et du bocal » m’avait fait parvenir un mot de félicitations en me disant « after having been a big fish in a small bowl, you have find a way to become a big fish in a big bowl ». J’avais sans doute modifié ma façon de voir les choses. Mais pour l’instant, restons-en à Granby… Je reviendrai plus tard sur Québec.

Je fais donc mon entrée à Granby au printemps de 1979. J’habite alors le domaine Chéribourg, dans la région de Magog, au pied du Mont Orford. Je décide donc, du moins pour ma première année, de conserver mon pied à terre au Mont Orford et de voyager soir et matin entre le domaine Chéribourg et Granby, une promenade de 30 minutes au maximum. Et coup de chance providentiel, mon premier hiver à voyage entre Chéribourg et Granby, l’hiver 1979-1980, est celui où il n’a pas neigé une seule fois avant la fin du mois de février. Je me souviens même que nous avions joué au tennis à l’extérieur (dehors!!!) à Granby en février 1980, quelques jours avant qu’il ne neige pour la première fois de l’hiver et avant que nous fassions du ski à Orford pour la première fois de la saison… la saison la plus tardive dans l’histoire du Mont Orford. Une autre façon de se rappeler cet hiver plutôt spécial, c’est la conférence que Laurent Beaudoin, le président de Bombardier, avait prononcé à Montréal à cette période – conférence au cours de laquelle il avait affirmé solennellement que la société Bombardier était assurée de vendre des motoneiges autant qu’il était assuré qu’il tomberait de la neige sur le Québec chaque hiver. Il s’en est fallu de quelques semaines à peine pour qu’il ne neige pas une seule fois cet hiver-là… J’établirai finalement ma résidence à Granby à l’été 1980.

Peu après mon arrivée à Granby, nous sommes plongés en pleine campagne électorale. À Granby (qui se trouve dans le comté fédéral de Shefford), les deux principaux candidats sont le très jeune libéral Jean Lapierre, un étudiant originaire des Îles-de-la-Madeleine, et le conservateur Gérald Scott, un ingénieur et homme d’affaires bien établi dans la région. Avant mon arrivée, je ne connaissais ni l’un, ni l’autre… mais la lutte était féroce… et tous les coups semblaient permis. Je ne suis pas en poste que depuis quelques mois quand je reçois une « lettre personnelle » du candidat Gérald Scott qui dénonce de façon assez subtile le traitement que lui réserve La Voix de l’Est, le quotidien de la région (la seule « petite » région de tout le Québec à avoir un journal quotidien à son service). Le candidat conservateur ne se sent pas « favorisé » par le quotidien local. Il n’aime pas ce qu’il appelle « le manque d’objectivité » du journal.

Puis il s’adresse à moi plus personnellement : « Pourtant M. Gilbert (sic…Gérald… tu as oublié le « u ») lorsque je vous rencontre, vous m’avez l’air tellement sympathique. Dommage que vous ne puissiez transmettre à tous ceux qui font votre mise en page et à quelques-uns de vos journalistes qui ne l’ont pas ce sens de l’objectivité et de l’équité qu’on devrait retrouver normalement dans un journal. (….) Si jamais vous en avez l’envie, j’accepterais avec plaisir votre invitation à dîner afin que l’on parle plus longuement du sujet »… Remarquez bien : ce n’est pas lui qui m’invite. Il m’invite plutôt à l’inviter!!! Il était vraiment habile. Bien sûr, je l’ai appelé et bien sûr, nous sommes allées dîner (au Lemonde 400, une grilladerie bien connue à Granby à l’époque), et bien sûr (vous l’aviez sans doute deviné) nous sommes devenus amis, de très bons amis… une amitié qui dure encore presque 33 ans plus tard. Gérald Scott n’a pas été élu député conservateur de Shefford – les conservateurs n’ont pas formé le gouvernement cette année-là – mais « mon ami » Gérald Scott, ainsi qu’un autre homme d’affaires avec qui j’avais établi une relation privilégiée, Roger « Lefty » Auger m’ont tous deux ouvert de très nombreuses portes à Granby… En m’introduisant dans leur cercle d’amis, ils m’ont permis de rencontrer des personnes exceptionnelles… comme Denis Robidoux, Gaétan Marquis, Alain Guay, André Hamel, Raymond Héroux… et combien d’autres… et l’un des plus importants, un ami à tous, le Dr Richard Gosselin. Plusieurs de ces personnes mériteraient que je leur consacre chacune un texte complet, sinon davantage – je le ferai peut-être un jour (si je vis assez longtemps pour écrire l’histoire de ma vie en quelques volumes). Sans toutes ces personnes, qui sont demeurées des amis tout au long des années, et qui le sont encore, jamais je n’aurais autant apprécié cette ville qu’on surnomme affectueusement « la Princesse des Cantons de l’Est ». J’ai constaté par moi-même au cours de mon séjour de cinq années à Granby que ce sont les gens qui y vivent qui en font sa richesse et sa beauté.

Granby… c’est une ville exceptionnelle… Pas trop petite pour être ennuyante… et en même temps pas trop grande pour n’avoir pas de dimension humaine… Juste assez loin de Montréal pour avoir son identité propre… et juste assez près de Montréal pour profiter des avantages d’une grande métropole… ses équipes sportives professionnelles, sa vie culturelle, ses grands événements et quoi encore. Granby, pour moi, c’est le meilleur des mondes… une ville assez petite pour y connaître beaucoup de personnes et y avoir de nombreux amis, pour y sentir une chaleur humaine de tous instants… une ville assez grande pour s’y développer et s’épanouir pleinement. C’est donc cette ville, aux rênes d’un tout petit quotidien (qui n’en est pas moins grand pour la population qu’il sert) et d’une toute petite station radiophonique (qui a depuis fermé ses portes), que je suis devenu un « patron » de presse, ce que j’ai continué à être tout au cours de ma vie professionnelle.

J’ai quitté Granby pour Québec au printemps de 1984 – mais je crois que même aujourd’hui je me sens encore un citoyen de Granby.

Les villes où j’ai vécu : Sherbrooke (encore!)

Depuis sa naissance, Alain a habité dans une dizaine de villes différentes, dont certaines à plus d’une reprise. Bien sûr, ses souvenirs et ses impressions de chacun de ces endroits où il a vécu sont relatifs à l’âge qu’il avait à l’époque et aux activités auxquelles il s’était livré… ainsi que des souvenirs qu’il en a gardés. Voici donc le huitième article de cette série… qui concerne Sherbrooke où il avait déjà vécu de 1959 à 1972 et où il s’est retrouvé pour y vivre à nouveau en 1976. Vous pourrez revoir tous les articles précédents de cette série dans l’onglet « Les villes où j’ai vécu », sous la subdivision « Mes catégories ». Bonne lecture.

par Alain Guilbert

Quand j’ai quitté Sherbrooke en 1972 pour travailler à Montréal, d’abord au magazine Actualité, puis au Comité organisateur des Jeux olympiques de Montréal (COJO 1976), je dois avouer que je n’avais pas vraiment quitté Sherbrooke. En effet, Céline y enseignait toujours au cégep et les enfants, Alain H. et Anne, y fréquentaient l’école. Et de mon côté, j’y revenais toutes les fins de semaine. J’étais un résident de Montréal cinq jours par semaine et un résident de Sherbrooke les fins de semaine.

Une couple de mois avant les Jeux olympiques de 1976, le gouvernement du Québec avait annoncé son intention de créer un Institut des sports, lequel devait s’établir physiquement au Centre Claude-Robillard, à Montréal, un complexe sportif construit spécialement à l’occasion des Jeux, et avoir pour mission de développer et promouvoir le sport d’élite. J’y avais soumis ma candidature comme directeur des communications, et, devinez quoi, j’ai obtenu le poste. Je devais entrer en fonction à l’automne 1976. Mais entretemps, mon ancien patron de La Tribune, Yvon Dubé, ainsi que mon ancien patron chez Power Corporation, John Rae, m’ont proposé de retourner à Sherbrooke à titre d’éditeur adjoint et de rédacteur en chef. Après y avoir réfléchi intensément pendant une couple de semaines, j’ai finalement décidé de rentrer à Sherbrooke, parce que le poste qu’on me proposait représentait un pas en avant dans ma carrière, et aussi (et beaucoup) parce que je me rapprochais de Céline et des enfants.

C’est quand même avec un certain pincement au cœur que j’ai fait connaître ma décision aux responsables de l’Institut des sports. J’étais passionné (et je le suis toujours) par les athlètes et les sports, particulièrement les athlètes et les sports olympiques. J’ai donc effectué ma rentrée à La Tribunepar la grande porte à la fin de septembre 1976, au moment précis où le journal quittait ses vieux locaux de la rue Dufferin (au centre-ville) pour se retrouver dans un édifice « flambant neuf » situé rue Roy, dans le quartier ouest, à proximité de l’Université.

J’ai compris quelques mois plus tard que j’avais pris la bonne décision. En effet, pour ceux et celles qui s’intéressent à la politique, vous vous rappellerez sans doute qu’il y avait eu des élections mémorables au Québec le 15 novembre 1976 et que le Parti Québécois de René Lévesque avait remporté une victoire historique sur le Parti libéral de Robert Bourassa. Et l’un des premiers gestes posés par le gouvernement péquiste aura consisté à abolir le « futur » Institut des sports pour donner la priorité non pas au sport d’élite, mais au sport de masse… ou sport pour tout le monde. Ce qui à mon point de vue constituait une erreur majeure et signifiait qu’on mettait les dames, les fers à cheval et le bridge au même niveau que l’athlétisme, la gymnastique, le cyclisme, etc. À mon avis, ce sont les Nadia Comaneci et les Greg Joy de ce monde qui incitent les jeunes à pratiquer le sport… et non pas le contraire. Si j’avais encore des doutes quant à ma décision de revenir à Sherbrooke, ils se sont tous envolés le jour où l’heure du glas a sonné pour l’Institut des sports.

Mon retour à Sherbrooke m’aura procuré de nombreuses satisfactions. L’un de mes premiers défis à relever aura été d’informatiser le journal. Cela peut paraître bien simple aujourd’hui, alors que l’ordinateur est devenu omniprésent dans nos vies. Mais à cette époque-là (ce n’est pas si loin que cela… 36 ans à peine), La Tribuneétait le premier journal quotidien au Québec (oui, oui, le premier au Québec) à relever le défi de l’automatisation. Aujourd’hui, tout le monde ou presque se promène avec des ordinateurs portables, des blocs-notes électroniques ou des téléphones intelligents, des appareils qu’on peut tenir dans la main et qui dépassent en capacité l’ordinateur principal que nous avions à l’époque. Cet ordinateur occupait une pièce entière d’environ quatre mètres par trois mètres, une pièce qu’il fallait climatiser de façon permanente pour éviter que l’ordinateur ne surchauffe. Et bien sûr, nous n’avions pas encore d’appareils-photo numériques, et nos premiers ordinateurs portables (les TRS 8, puis 16) ne pouvaient afficher à l’écran que huit ou 16 lignes. Et leur mémoire était limitée à une trentaine de lignes de texte. Pour transmettre un texte à distance, il fallait avoir un téléphone avec fil, enlever le couvercle du récepteur et relier manuellement les fils du téléphone à notre ordinateur. On en était à la préhistoire de l’informatique, mais le défi à relever était quand même passionnant.

Une autre grande satisfaction que j’ai éprouvée à mon retour à Sherbrooke est venue de l’équipe de « jeunes » cadres qui travaillaient sous ma direction. Je voudrais en mentionner trois en particulier, soit André Préfontaine, Pierre Francoeur et Guy Crevier. André Préfontaine, qui n’avait que 23 ans à mon retour à Sherbrooke, était déjà chef des nouvelles. Quelques mois plus tard, je l’ai promu au poste de directeur de l’information. Pierre Francoeur, qui a été embauché comme journaliste, est vite devenu chef des nouvelles. Et Guy Crevier, que j’avais rencontré par hasard alors qu’il vivait sur une ferme à Cookshire, a d’abord été embauché comme correspondant régional, avant d’obtenir un emploi à plein temps à Sherbrooke, puis d’accéder rapidement au poste de chef de pupitre.  Quelle équipe!!! Quelques années plus tard, André Préfontaine, après avoir occupé des postes de responsabilité à la Presse canadienne, tant à Montréal qu’à Toronto, et avoir agi comme éditeur de journaux à London et à Windsor pour le groupe Southam, est devenu président des Publications Transcontinental. Pierre Francoeur, quant à lui, a été chef des nouvelles et directeur de l’information au Journal de Montréal, avant de devenir le « grand patron » de tous les journaux du Groupe Quebecor. Et Guy Crevier, qui m’a suivi à Granby (cela fera l’objet d’un autre article), est devenu vice-président de l’information et des affaires publiques à TVA, puis président de TVA, avant de devenir (et je saute quelques étapes) président de La Presse,puis de tous les quotidiens appartenant à Power Corporation. Voici donc des cas où tous les élèves ont dépassé le maître!!! Ce qui a toujours été une grande satisfaction pour moi… et un objet de grande fierté aussi.

Mon patron de l’époque, tant à mon premier séjour à La Tribunequ’au second, m’avait un jour donné une grande leçon qui m’a bien servi tout le reste de ma vie. Après être devenu directeur de l’information vers la fin des années 60, je lui soulignais un jour que j’avais beaucoup trop de travail. Et il avait alors pris le temps de m’expliquer la différence entre un employé, ce que j’étais auparavant, et un patron, ce que j’étais devenu. « Maintenant que tu es un patron, tu essaies de faire ‘ta job de patron’ et de faire en même temps celle que tu faisais comme employé. C’est trop. Comme patron, au lieu de ‘faire les choses toi-même’ tu dois les ‘faire faire par d’autres’ et ces choses doivent être aussi bien faites que si tu les avais faites toi-même. » Dans le fond, il m’avait enseigné le grand principe de la délégation de pouvoir… une leçon qui m’a servi durant toute ma carrière… Et je lui en suis encore reconnaissant… et en me souvenant de lui, j’ai transmis cette leçon de vie à de nombreuses personnes qui ont œuvré au sein de mes équipes par la suite.

Après avoir connu pendant quatre années la vie trépidante de Montréal, et celle plus particulièrement du Comité organisateur des Jeux olympiques, je trouvais parfois que la vie était trop calme à La Tribune. Tout en faisant mon travail quotidien, je n’ai pas hésité à relever quelques autres défis au passage, dont celui de directeur des communications et chef de presse des Jeux du Québec, qui ont eu lieu à Sherbrooke à l’été 1977, les premiers après les Jeux Olympiques. Puis celui de conseiller spécial du vice-président de direction et chef de presse adjoint aux Jeux du Commonwealth à Edmonton à l’été 1978.

Puis au printemps 1979, quand mes patrons m’ont offert un nouveau défi, celui de devenir président du quotidien La Voix de l’Est et de la station radiophonique CHEF, j’étais prêt à transporter mes pénates à Granby (ce qui fera l’objet du prochain texte dans la série « les villes où j’ai vécu »).

Les villes où j’ai vécu : Montréal (suite)

Depuis sa naissance, Alain a habité dans une dizaine de villes différentes, dont certaines à plus d’une reprise. Bien sûr, ses souvenirs et ses impressions de chacun de ces endroits où il a vécu sont relatifs à l’âge qu’il avait à l’époque et aux activités auxquelles il s’était livré… ainsi que des souvenirs qu’il en a gardés. Voici donc le septième article de cette série… qui concerne Montréal où il avait déjà vécu le temps d’un emploi d’été en 1958… et où il s’est retrouvé pour y vivre en 1972. Vous pourrez revoir tous les articles précédents de cette série dans l’onglet « Les villes où j’ai vécu » du blogue, sous les « Grands thèmes ». Bonne lecture.

par Alain Guilbert

Après 13 années à Sherbrooke pour y étudier à la Faculté de droit de l’université locale et pour compléter mon apprentissage à La Tribune, où j’ai gravi tous les échelons de la salle de rédaction, j’avais l’impression d’avoir fait le tour du jardin et me sentais prêt pour évoluer sous d’autres cieux. Comme je l’ai raconté dans un texte précédent, après avoir refusé plusieurs offres d’emploi pour évoluer au bureau régional de La Presse, ou au comité organisateur des célébrations du Centenaire de la Confédération canadienne ou même à titre de recherchiste au Parti libéral du Canada (une offre de mon ex-confrère de classe à l’université qui allait plus tard devenir un ami très cher, André Ouellet), j’accepte enfin le poste de rédacteur en chef du magazine L’Actualité à l’automne 1972. Cette aventure n’aura pas été particulièrement heureuse pour moi, parce qu’ayant pris les habitudes et le rythme d’un journal quotidien j’avais beaucoup de difficulté à m’adapter au contexte d’une publication mensuelle où il fallait planifier les textes des mois d’avance pour une publication qui avait une durée de vie de plusieurs semaines, voire de mois. Aucune comparaison avec un quotidien qui vit au jour le jour et qui permet de revenir sur une information dès le lendemain de sa publication, de la compléter, même de la corriger et de la réorienter le plus facilement du monde, ce qui est totalement impossible dans un mensuel.

J’ai toujours admiré Jean Paré, alors rédacteur en chef du magazine Maclean français pour sa capacité quasi incroyable à planifier des éditoriaux des semaines à l’avance et qui seraient encore fort à propos plusieurs semaines plus tard : un exploit qui n’était guère à ma portée. Après 18 mois au magazine, le seul véritable exploit, dont je suis encore fier aujourd’hui, 40 ans plus tard, est l’entrevue exclusive que j’avais obtenue de Paul Desmarais, le grand patron de Power Corporation. Cette entrevue, la seule qu’il n’ait jamais accordée jusqu’à ce moment à un média de langue française, a souvent servi de référence à plusieurs autres médias, particulièrement au sujet de sa position sur le phénomène de la concentration de la presse. Power, via ses filiales Gesca et Journaux Trans-Canada, était alors propriétaire de La Presse (Montréal), de La Tribune (Sherbrooke), du Nouvelliste (Trois-Rivières) et de La Voix de l’Est (Granby). Le Soleil (Québec), le Quotidien (Chicoutimi) et Le Droit (Ottawa) devaient joindre ce groupe plus tard.

Donc, après 18 mois au magazine, je reçois un appel de Rénald Savoie, alors directeur général adjoint des communications au Comité organisateur des Jeux olympiques de Montréal 1976 (COJO) qui m’explique qu’on est à restructurer toute la division des communications et qu’il désire me confier la direction de l’information. Ma décision a été prise en moins de temps qu’il ne faut pour la confirmer… J’en avais assez du magazine et de ses bureaux poussiéreux à l’angle des rues Hochelaga et Pie IX dans l’est de Montréal, à deux pas de ce qui allait devenir le parc Olympique.

Lors de ma première rencontre avec Rénald Savoie, je lui ai demandé pourquoi il m’avait choisi pour ce poste au COJO. Selon lui, la guerre était féroce entre les médias de Montréal et il craignait que si son directeur de l’information provenait de la Métropole, il risquait de favoriser un média au détriment des autres. Il m’avait dit que « son candidat idéal » avait fait son apprentissage des médias en région (comme Sherbrooke par exemple) et qu’il se trouvait probablement à la tête d’une publication mensuelle qui n’avait rien à voir avec les quotidiens ou les stations de radio et de télévision de Montréal… donc moi! Et voilà comment du jour au lendemain, je suis passé d’un magazine où je n’étais plus heureux à un endroit où j’allais connaître la plus belle expérience de ma vie. Nous étions en mars 1974, deux ans et demi avant l’ouverture officielle des Jeux qui allaient se dérouler du 17 juillet au 1er août 1976. À ceux qui me demandaient pourquoi j’avais accepté un poste temporaire et ce que j’allais devenir après les Jeux, je répondais immanquablement que c’était une question qui ne m’était jamais venue à l’esprit. Alors dans la mi-trentaine, je me trouvais bien jeune et deux années et demie en avant de moi me paraissaient une éternité.

L’expérience des Jeux aura été fantastique… de mon premier jour jusqu’à mon départ à la fin de l’été 1976. Imaginez le défi que nous avions à relever. À mon arrivée en mars 1974, le COJO comptait moins de 200 employés. En décembre 1974, nous étions passés à 450. En décembre 1975, à 900. En avril 1976, nous étions 1200 et en mai de la même année, 2000. En juillet, pour la tenue des Jeux, nous étions 22 000, et ce sans compter les milliers de militaires, d’agents de la Gendarmerie royale du Canada, de la Sureté du Québec, de la police provinciale de l’Ontario et de la police de Montréal chargés d’assurer la sécurité sur tous les sites de compétition et d’entraînement. Pendant bien des années, et encore parfois aujourd’hui, je rencontre des gens qui me disent avoir œuvré aux Jeux olympiques de Montréal eux aussi. Quand je ne les connais pas, je devine tout de suite qu’ils se sont joints à nous pour quelques semaines seulement ou peut-être quelques mois. En effet, jusqu’au moment où nous avons été 1200 employés ou moins, je les connaissais tous par leurs noms et leurs fonctions, à quelques exceptions près.

Tout au long de ce séjour au COJO, j’ai vécu des expériences fort enrichissantes. Par exemple, j’ai eu l’occasion de voyager, tant au Canada qu’à l’étranger. J’ai eu le privilège de séjourner trois semaines complètes en Iran – c’était encore l’époque où le Shah (famille Pahlavi) régnait sur le pays – pour assister aux 7es Jeux asiatiques (où la Chine participait à une compétition internationale pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale). Ce voyage avait été précédé d’un arrêt à Rome où se tenaient les Championnats du monde d’athlétisme. Plus tard, je me suis rendu à Vienne pour assister à une réunion du Comité international olympique, où le COJO devait soumettre un rapport d’étape relativement aux préparatifs des Jeux de Montréal. Par la suite, je me suis rendu en Europe de l’Est, dont la République démocratique allemande (Allemagne de l’Est) et la Yougoslavie pour y organiser des conférences de presse et informer les journalistes de ces pays sur « nos » Jeux. Arrêt à Paris au retour. Tout au long de mon aventure olympique, j’ai établi des contacts privilégiés avec toutes sortes d’organisation, dont le Comité organisateur des Jeux olympiques d’hiver de Lake Placid (1980) et celui des Jeux du Commonwealth à Edmonton (1978). J’ai eu le plaisir plus tard, directement à cause des contacts établis au COJO, de travailler comme chef de presse adjoint à Edmonton et comme consultant à Lake Placid. Tous ces voyages et toutes ces rencontres ont été marqués d’anecdotes qui pourraient faire partie d’autres textes à venir plus tard.

Au COJO, les journées de travail étaient longues, mais enthousiasmantes. Le défi à relever était de taille, préparer « les meilleurs Jeux olympiques de l’Histoire » et ils l’ont été! Bien sûr, les médias ont accordé beaucoup plus d’importance aux coûts et aux embûches concernant les constructions et les aménagements des lieux olympiques. Mais il faut bien retenir que le mandat du Comité organisateur était bel et bien d’organiser les Jeux. Le mandat de construire les installations (spécialement les nouvelles – comme le Stade, la piscine, le vélodrome, les centres Claude-Robillard et Etienne-Desmarteau, le village) était celui de la ville de Montréal (et non pas du COJO). Devant les difficultés rencontrées par Montréal dans la réalisation de son mandat, c’est le gouvernement du Québec qui est intervenu pour compléter le Parc olympique. Les Jeux de Montréal ont été un succès extraordinaire : des exploits sans précédent y ont été réalisés: pensons entre autres à Nadia Comaneci (gymnastique), Vasilii Alexiev (haltérophilie), Lasse Viren, 5000 et 10000 mètres, Cornelia Ender (natation), les frères Spinks et Sugar Ray Leonard (boxe), Bruce Jenner (décathlon), Greg Joy (saut en hauteur), Anton Tkac et Daniel Morelon (cyclisme), Alberto Juantorena (400 et 800 mètres), et combien d’autres. Plusieurs nouveaux records du monde ont été réalisés quotidiennement. Pendant toute la durée de mon séjour au COJO, je m’y suis fait des amis pour la vie… Nous avons même formé un groupe d’anciens du COJO qui porte le nom de Cojerie. Nous nous voyons régulièrement plusieurs fois par année depuis plus de 35 ans. Certains nous ont quittés pour un monde meilleur… mais ils continuent à être « présents » lors de toutes nos réunions. Je ne connais pas beaucoup de regroupements « informels » qui ont résisté aussi longtemps à l’usure du temps.

Assurément, le COJO aura été, peut-être à cause de la brièveté du mandat, mais aussi à cause de son intensité et de sa dimension planétaire, l’aventure professionnelle la plus exaltante de ma vie. Même après tout ce temps, les larmes me viennent encore aux yeux quand j’écoute la musique de la cérémonie d’ouverture, ce que je fais habituellement le 17 juillet de chaque année. Une expérience que je n’oublierai jamais et que relativement peu de gens ont eu le bonheur de vivre. (Je reviendrai plus tard sur le COJO et les Jeux de Montréal.)

Les villes où j’ai vécu : Sherbrooke (suite)

(Depuis sa naissance, Alain a habité dans une dizaine de villes différentes, dont certaines à plus d’une reprise. Bien sûr, ses souvenirs et ses impressions de chacun de ces endroits où il a vécu sont relatives à l’âge qu’il avait à l’époque et aux activités auxquelles il s’était livré… ainsi que des souvenirs qu’il en a gardés. Voici donc le sixième article de cette série. Cet article représente la suite d’un précédent texte. Vous les retrouverez tous  dans l’onglet « Les villes où j’ai vécu » sous les « Grands thèmes » de mon blogue. Bonne lecture.)

par Alain Guilbert

Dans un récent texte de la série « les villes où j’ai vécu », j’ai raconté mon arrivée à Sherbrooke à l’été 1959 pour y étudier le droit à l’université en plus d’y travailler au quotidien La Tribune.

Sherbrooke a été une ville très importante dans ma vie, celle de mes débuts professionnels, celle de ma rencontre avec Céline et de mon mariage, celle de la naissance de mes enfants et bien d’autre. Je pourrais probablement écrire un livre au complet en lien avec la « Reine des Cantons de l’Est », mais je me contenterai, du moins pour l’instant, de faire une suite à mon premier texte consacré à Sherbrooke.

Donc, j’ai rencontré Céline pour la première fois en 1961, mais il aura fallu deux autres années pour que nous « cliquions » vraiment ensemble. Notre véritable aventure a donc débuté le 25 juin 1963. Je me souviens de cette première rencontre comme si c’était hier (c’était pourtant il y a presque 50 ans). Nous étions (sa sœur Luce et son ami Claude Gamache, Céline et moi) allés au ciné-parc à Newport, dans l’état du Vermont. Les ciné-parcs étaient encore prohibés à cette époque au Canada. Sur la route du retour, nous avions fait escale au Ripplecove Inn à Ayers Cliff pour un « night cap ». Nous nous sommes fréquentés pendant deux années complètes à tous les jours, presque sans exception, jusqu’au jour de notre mariage le 10 juillet 1965.

Notre fils Alain est né à l’hôpital St-Vincent-de-Paul le 4 juillet 1967, l’année de l’Expo! Notre fille Anne, elle, est née deux ans et demi plus tard, le 28 novembre 1969, au Centre hospitalier universitaire (CHUS), qui venait à peine d’ouvrir ses portes.

Notre premier logement était situé sur la 8e Avenue Sud, dans le quartier est de Sherbrooke, un édifice qui appartenait à mes beaux-parents et dont ils occupaient eux-mêmes un logement. Quand les enfants sont nés, cela ne nous faisait pas très loin pour dénicher une gardienne, soit « grand maman » ou « tante Luce »! Mais avec deux enfants qui grandissaient rapidement, notre quatre pièces devenait de toute évidence trop étroit pour quatre personnes, et nous sommes déménagés dans un cinq pièces (c’est quand même 20 % de plus que quatre!) au Jardin des Sables, dans le quartier nord de Sherbrooke. Ce déménagement nous a permis d’élargir notre espace de vie, et il nous a aussi rapproché de l’école élémentaire Hélène-Boullé, qui était alors dirigée par Jean-Jacques Bégin, établissement reconnu comme la « meilleure » école primaire de toute la ville de Sherbrooke. Bien sûr, notre fils y a complété ses études élémentaires et notre fille y a fait ses quatre premières années, études qu’elle a poursuivies à Granby… sujet dont je traiterai dans un autre texte de la série « les villes où j’ai vécu ».

À la fin de l’année 1972, après moultes hésitations, j’ai finalement accepté un travail à Montréal à titre de rédacteur en chef du magazine L’Actualité. Il faut dire qu’au cours de mes 13 premières années à La Tribune (1959-1972), j’ai eu souvent des propositions pour aller travailler ailleurs. Mais de promotion en promotion, ainsi que d’augmentation de salaire en augmentation de salaire, je finissais toujours par « rester » à Sherbrooke. Il faut dire aussi que je me sentais bien à l’aide à La Tribune où j’avais grandi professionnellement en occupant tour à tour, ou simultanément dans certains cas, des postes de pupitreur, journaliste, chef des nouvelles, chef de l’information, directeur de l’information et directeur de la page éditoriale. Mais après toutes ces années, j’avais l’impression d’avoir fait « le tour du jardin  et j’avais aussi envie d’aller voir ailleurs de ce qui s’y passait. D’ailleurs, mon patron de l’époque, Yvon Dubé, qui avait accédé à la présidence du journal, m’avait souligné que son seul regret professionnel était de n’avoir jamais œuvré ailleurs qu’à La Tribune, ce qui lui aurait permis de découvrir d’autres façons de faire, quitte à revenir à Sherbrooke plus tard. Son message n’était pas tombé dans l’oreille d’un sourd.

L’offre du magazine L’Actualité était intéressante, tant au point de vue professionnel que financier. Lors de ma première rencontre avec le directeur de la publication, il m’avait montré mon « futur » bureau au sixième étage d’un édifice moderne situé angle Sherbrooke et De Lorimier à Montréal, l’édifice le plus élevé de ce secteur de la ville (du moins à cette époque). Mon bureau comptait deux murs en verre, ce qui me donnait une vue imprenable sur le fleuve St-Laurent et l’Île Ste-Hélène, de même que sur l’est de la Métropole. J’étais tombé « en amour » avec ce bureau… mais je devais connaître une grande déception quelques mois plus tard lorsque notre patron nous a annoncé que pour des raisons d’économie nous devions quitter cet édifice et déménager au deuxième étage d’un édifice plutôt vétuste angle Pie IX et Hochelaga, ce qui devait finalement s’avérer un véritable cauchemar (j’y reviendrai).

C’est à regret que j’ai quitté Sherbrooke, une ville que j’adorais vraiment au point de la considérer comme ma ville d’adoption, et une ville où, grâce à mes études et à mon travail, je me suis fait d’innombrables amis. Mes fonctions à La Tribune, particulièrement à partir du moment où je suis devenu un « petit boss », m’ont permis d’être associé directement ou indirectement à tout ce qui bougeait, non seulement à Sherbrooke mais aussi dans toute la région des Cantons de l’Est. Une façon pratique de rencontrer bien des gens.

La fin de l’année 1972 a signifié que j’arrivais à Montréal pour la deuxième fois de ma vie après y avoir passé l’été 1959. J’y reviendrai dans un prochain texte.