Qu’est-ce que je mijote?

Avec la fin de mon « retour sur hier », vous aurez sans doute conclu que mes billets risquent d’être plus espacés sur mon blogue. Mais ce ne sera pas pour longtemps. Il suffit de me trouver un nouveau filon d’idées à exploiter.

Entre temps, j’ai amorcé un projet qui s’annonce plus énorme que j’avais anticipé. Mon blogue, c’est bien beau à lire le matin, mais c’est moins convivial quand vient le temps de retourner en arrière. Je suis donc en train de monter tout ce « Retour en hier » en format livre (en format PDF en fait) et dans l’ordre de publication de mes 563 billets. Il y aura quatre tomes d’environ 150 pages chacun avec index des thèmes traités et des personnes nommées.

J’ai monté le premier tome, mais il faut maintenant l’indexer et le revoir. C’est long… ce ne sera donc pas pour demain. Je vous tiendrai au courant en temps utile.

Entre temps, si vous souhaitez recevoir une copie de ces livres lors de leur parution, dites-le-moi à jeanmauricefilion@gmail.com.

Retour à aujourd’hui

C’était le 2 mars 2011 – eh, oui… deux ans sept mois et 15 jours – que je vous présentais mon « retour sur hier ». Je vous expliquais que je vous ferais vivre la petite histoire de Hawkesbury et de Prescott et Russell pendant les 22 années de ma carrière journalistique avec Le Carillon de Hawkesbury.

Aujourd’hui, après vous avoir présenté pas moins de 571 billets et l’équivalent de plus de 1500 références « historiques » et personnelles, je termine ce volet de mon blogue. Je dis bien « ce volet » parce que mon blogue continue, bien que le rythme soit plus espacé. Je vous reviendrai un peu plus tard avec un volet sur mes 23 années à Postes Canada… une expérience différente de celle du journal, mais tout aussi intéressante.

Dans mes adieux aux lecteurs du journal, je n’avais pas tout expliqué de ma décision. À 40 ans, je travaillais pour une entreprise familiale, et mon ambition, depuis plusieurs années, était d’en assumer un jour la direction. Mais voilà, le propriétaire de l’entreprise, lui, voyait sa famille naviguer la barque. Nous n’avions pas la même compréhension des individus concernés. Quoi qu’il en soit, j’avais compris que ma place n’était plus là et j’avais décidé de partir. Je cherchais depuis plus de cinq années et je cherchais ailleurs que dans le monde journalistique. Dans ce monde-là, j’aurais été un simple valet, alors que j’étais roi dans mon royaume.

André Paquette avait une confiance totale en moi; du moins je le crois. Il lisait le journal en même temps que les lecteurs et souvent, à cause de mes prises de position éditoriale, il s’est retrouvé dans l’embarras auprès de ses amis et de ses connaissances. Mais il comprenait que cette dynamique journalistique qui marquait Le Carillon lui rapportait financièrement. Les lecteurs affluaient chaque semaine et, par conséquent, les annonceurs aussi. J’avais quasiment carte blanche. Il m’est arrivé souvent de faire ajouter quatre pages à la dernière minute un mardi soir pour accommoder le volume de nouvelles que mon équipe et moi avions produites cette semaine-là. Les lecteurs, qui passaient en premier, appréciaient. Les annonceurs le savaient.

Aujourd’hui, j’éprouve parfois de la nostalgie pour cette partie de ma longue carrière dans le monde des communications. Je n’y retournerais pas parce que ce monde a changé et j’y fonctionnerais mal. Par contre, j’ai adopté une autre forme de médias, celle des « médias sociaux » et, particulièrement, la technique du blogue. Je m’y sens parfaitement à l’aise. Vous m’aurez pour encore longtemps, si, comme dirait Yoda, la Force reste avec moi bien sûr!

À tout événement, j’espère que vous aurez aimé ce retour en arrière. Une période de nombreux changements, surtout pour la communauté franco-ontarienne. Quant à Hawkesbury, je m’y reconnais de moins en moins. J’en suis parti depuis trop longtemps maintenant.

Demain : Ça continue, avec un billet sur les vins à moins de 20 $

Les adieux d’un éditorialiste

J’avais écrit, dès le départ et à quelques reprises, que mon « retour sur hier » constituait également mes mémoires personnelles de cette époque de ma vie (1965-1987). C’est pourquoi je reproduis intégralement mon éditorial du 15 avril 1987 dans le journal Le Carillon. Pour moi, c’était la fin d’une période fascinante de ma vie. Je vous en reparle un peu plus lundi.

Vous me permettrez bien humblement, après avoir utilisé cet espace pendant plus de 750 fois pour des motifs « officiels » d’éditorialiste, de l’emprunter quelques instants… le temps de vous faire mes adieux.

Quand j’ai commencé au journal, en mai 1965, Le Carillon avait alors 18 ans, en plein milieu de son adolescence. J’ose croire que pendant ces 22 années, j’aurai contribué un tant soit peu à le guider honorablement vers l’âge adulte. Résumer en quelques phrases une si longue carrière est pratiquement impossible et je me garderai bien de tenter de le faire. Dans quelques semaines, je quitterai le journal avec le sentiment du devoir accompli, une foule de souvenirs ineffaçables dans un coin bien spécial de mon cœur.

Mon séjour au Carillon – la moitié de ma vie « productive » si l’on peut dire – m’aura permis de tisser des liens d’amitié qui seront inoubliables. Malheureusement, à cause de la nature même de cet ingrat métier d’éditorialiste et de journaliste, il y aura eu également quelques « ennemis ». Si j’ai blessé, offensé quelqu’un au cours ces plus de 750 éditoriaux hebdomadaires, je ne m’en excuse pas. C’est que j’avais jugé, selon les circonstances du moment, que cela devait être écrit. Je souhaite, en partant, que ces lecteurs « blessés » sachent comprendre. Pour moi, la rancune n’est qu’un mot que l’on retrouve quelque part dans les pages d’un dictionnaire.

L’exercice de mon métier n’aurait pas été possible sans la collaboration de tous ceux que j’ai côtoyés au cours de ces 22 dernières années. La collaboration des uns, les judicieux conseils des autres, les encouragements, les critiques constructives, l’appréciation du service rendu auront contribué à faire de cette carrière une expérience à jamais inoubliable. Le service de sa communauté est sûrement l’une des plus belles carrières.

Fraîchement sorti du petit séminaire d’Ottawa, en 1965, André Paquette me fournissait l’occasion de goûter au « plus beau métier du monde »; ce ne devrait être alors qu’un travail d’été, comme tout étudiant de mon temps et d’aujourd’hui le souhaite tant. Le coup de foudre avec le journalisme a été éclatant. J’y suis resté longtemps, du moins jusqu’à ce que la réalité de l’âge et de l’avenir me fasse reconsidérer mes objectifs de vie personnels. Méditer de telles décisions, vous le comprendrez, n’est pas de tout repos. Abandonner ce que l’on aime, les gens que l’on côtoie depuis si longtemps, le milieu dans lequel on évolue quotidiennement n’est pas facile. Les sentiments sont mis à l’épreuve.

Prendre un autre tournant, à l’âge « critique » de 41 ans, est un phénomène que l’on rencontre très souvent; cela fait partie du processus d’apprentissage à la vie; du phénomène d’« actualisation de soi », comme l’affirmerait mon professeur de psychologie. Il n’en reste pas moins que l’expérience peut paraître bouleversante. Je ne m’en cache pas.

Je me console toutefois en pensant que je continuerai dans le journalisme communautaire, mais dans un contexte différent. À compter du 11 mai, je serai au service de cette grande communauté de 63 000 travailleurs de la Société canadienne des postes, dans la fonction de rédacteur-réviseur national aux communications internes. Un titre bien ronflant qui décrit le rôle que j’aurai dans la production bimensuelle des neuf journaux divisionnaires destinés aux employés de Postes Canada d’un océan à l’autre. Tout un défi que j’anticipe avec hâte.

Par contre, je ne quitte pas Hawkesbury. La route ne me faisant pas peur, je ferai la navette quotidienne entre Hawkesbury et le siège social de Postes Canada à Ottawa. Il est donc fort possible qu’une fois parti du journal, j’en profite occasionnellement pour utiliser le « forum communautaire », question de ne pas enterrer une fois pour toutes ce « petit homme court et grognon » qui aura apprécié votre compagnie hebdomadaire pendant toutes ces années.

Je m’en voudrais de ne pas conclure en vous transmettant mes plus sincères remerciements. Cette fidélité à me lire chaque semaine aura été pour moi un stimulant indescriptible.

Je m’en voudrais tout autant de ne pas remercier toute cette équipe formidable qui m’a épaulé au fil des ans et surtout André Paquette pour la confiance qu’il m’a manifestée et sans laquelle le métier aurait été pénible.

Lundi: Retour à aujourd’hui

Un détenu obtient son diplôme d’études secondaires

Le texte suivant avait été publié dans le journal Le Carillon du 15 avril 1987. J’ai décidé de reproduire le texte intégralement, y compris le nom de l’individu, parce que 26 ans plus tard, il doit en être encore drôlement fier. Personnellement, je crois qu’il est un exemple de la nécessité et de l’efficacité des programmes de réhabilitation par opposition à l’incarcération à long terme que semble favoriser notre gouvernement conservateur fédéral actuel. Le reportage avait été sous la plume d’Yves Rouleau.

L’ambiance était à la réjouissance lundi midi à la prison de L’Orignal. Et le sujet de la fête, fait rare, était un détenu, Gaston Demers. Fait rare, en effet, car les prisonniers sont davantage habitués à être en marge de la société plutôt que les héros d’une fête.

La direction et les gardiens de la prison, des enseignants, un prêtre, un conseiller scolaire et les médias étaient du party qui soulignait la remise du diplôme de 12e année à Gaston Demers, le premier prisonnier de l’institution à avoir parfait ses études pendant son incarcération. Il y en aura d’autres promettent les concepteurs de ce projet d’enseignement aux détenus.

Gaston Demers a accepté des félicitations d’une sincérité touchante de la part de ceux qui l’ont aidé à obtenir son diplôme. Lui-même a profité d’une allocution pour témoigner de façon émouvante de sa gratitude.

C’est en janvier que Gaston a décidé de s’attaquer à la tâche de décrocher un diplôme de 12e année. Cette possibilité s’est ouverte à lui par le biais d’un projet commun de la prison de L’Orignal et du programme d’école alternative de l’école secondaire régionale de Hawkesbury afin de permettre aux détenus d’améliorer leur scolarité pendant leur détention. Ce projet est inédit en ce sens que les enseignants se rendent à la prison et offrent les cours sur place.

Un peu plus de trois mois plus tard, Gaston Demers a obtenu ses quatre crédits qui lui en donnent 27 et un diplôme d’école secondaire. Il a obtenu deux crédits de français, un d’anglais et un de mathématiques.

Lundi, Gaston Demers, 31 ans, était un homme nerveux. Il vivait d’espoir. Bientôt, il retrouvera sa liberté et cette fois il se promet que ce sera pour de bon. « Je suis pas mal fier d’avoir obtenu ce diplôme », a indiqué le nouveau diplômé lors d’une allocution précédant le dîner en son honneur. « Pour la plupart des gens, un diplôme de 12e année, ce n’est pas ce qu’il y a de plus extraordinaire, mais pour un détenu c’est excellent », a-t-il ajouté.

Dans un vocabulaire restreint, mais dans une forme cohérente, l’élève prisonnier a parlé avec émotion de la joie que lui procurait l’obtention du diplôme. Il n’a pas parlé que pour lui-même, mais aussi pour tous les détenus.

« L’obstacle majeur à la réhabilitation des détenus c’est l’éducation, a-t-il affirmé. Bien sûr, il y a les problèmes de drogue et d’alcool, mais c’est surtout l’éducation. Nous sortons toujours de prison plein de bonnes intentions. Nous partons cogner aux portes pour une job. Notre manque d’éducation nous ferme les portes. Par conséquent, nous nous retrouvons sur le bien-être ou avec un emploi qui rapporte à peine 4 $ l’heure. Beaucoup d’entre nous ont des familles à soutenir. À ce salaire, nous devenons incapables de payer les factures de fin de mois. Nous tenons le mieux que nous pouvons, puis nous n’en pouvons plus. C’est alors que nous décidons ‘d’arrondir’ à notre manière les fins de mois… et que nous nous retrouvons de nouveau derrière les barreaux. »

Gaston Demers n’était pas le seul homme heureux lundi à la prison de L’Orignal. « Je travaille dans des centres de détention depuis longtemps. Il y a eu plusieurs journées que j’aime mieux oublier. Mais cette journée est une des plus heureuses de ma vie dans mon travail », a admis le sergent André Cadieux de la prison, un des promoteurs du projet de parachèvement de l’éducation des détenus.

« Quand j’ai commencé avec le ministère des Services correctionnels, j’avais le rêve d’un programme d’éducation des détenus. Maintenant ce rêve se réalise », a-t-il encore ajouté.

Serge Sauvé est un des deux enseignants qui a accepté de participer à ce projet d’éducation des détenus. Il a trouvé l’expérience des plus enrichissantes. « Je n’avais jamais mis les pieds à la prison, raconte-t-il. J’ai ressenti un drôle de feeling. Je me suis demandé si je pourrais. Puis, lorsque j’ai commencé, ça s’est casé. Je me sentais très à l’aise. L’expérience a été très enrichissante et stimulante professionnellement. »

M. Sauvé a également été étonné de l’attitude enthousiaste des élèves prisonniers. Il a également admiré leur propension à s’entraider.

Le deuxième enseignant à participer au projet, Yves Séguin, a également été emballé de l’attitude positive des détenus. « Ils s’employaient tous à réussir leurs travaux. On m’a raconté que certains d’entre eux exécutaient leurs travaux le soir dans leurs cellules dans la pénombre », a relaté M. Séguin.

Ce dernier a par ailleurs insisté. « N’allez pas croire que nous faisons aux détenus cadeau de leur diplôme. Les cours aux détenus sont les mêmes qu’offerts aux autres élèves de l’école alternative », a-t-il indiqué.

Gaston Demers a pour sa part retourné le compliment aux deux enseignants.

« Pour que le programme fonctionne, il fallait que les détenus aient confiance aux deux enseignants sinon ce n’aurait pas fonctionné. Nous avons tout de suite senti que les enseignants nous respectaient. Ce n’est pas n’importe lesquels enseignants qui auraient pu faire ce travail », a-t-il souligné.

Contents de leur premier résultat positif, les deux enseignants continuent leur travail auprès des détenus de L’Orignal. Ils se rendent à la prison quatre jours par semaine. Ils s’installent dans la cellule commune et s’adressent aux élèves prisonniers dont les pupitres sont presque les uns sur les autres. Les conditions ne sont pas très bonnes. Mais ce qui est plus important c’est que la grande majorité des détenus accepte de suivre les cours, puis ils sont emballés. Il y aura d’autres remises de diplôme à la prison de L’Orignal assurent prisonniers et enseignants.

(Note du blogueur : Ce reportage était publié dans la même édition dans laquelle je faisais mes adieux aux lecteurs. Je ne sais pas s’il y a eu d’autres diplômés, bien que j’imagine que oui.)

Demain : mes adieux à mes lecteurs du journal Le Carillon

Feuilleton sur une époque longtemps disparue (11)

Caledonia Springs condamné à s’abîmer

Caledonia Springs aménagé en site touristique d’envergure. Voilà une vision à faire rêver tous les apôtres – et ils sont de plus en plus nombreux – du tourisme dans Prescott-Russell. Malheureusement, les chances d’un tel développement sont plutôt minces si l’on en croit des personnes concernées par le développement touristique dans le comté ainsi que ses principaux politiciens.

Et c’est l’argent, encore l’argent, qui semble le principal obstacle à un quelconque développement de l’ancien emplacement des sources de Caledonia. « Il s’agirait d’un projet de très grande envergure puisqu’à ce que j’en sais, il ne reste pratiquement plus rien des anciennes installations. Par conséquent, le travail de reconstitution serait considérable. Et de tels travaux nécessiteraient beaucoup, beaucoup d’argent », estime pour sa part le député provincial de Prescott-Russell, Don Boudria.

Mais si, dans son esprit, les sources suscitaient de l’intérêt chez les touristes à cause du caractère inusité du sujet, M. Boudria ne croit pas que les autorités gouvernementales doivent, pour autant, investir aveuglément dans un tel projet. Il considère qu’une étude de viabilité sera nécessaire auparavant. À partir de cette étape, qui sait, soutient M. Boudria.

Le député fédéral de Glengarry-Prescott-Russell, Denis Ethier, doute que son palier de gouvernement soit prêt à investir dans un projet de restauration de Caledonia Springs. « Surtout dans le contexte économique actuel alors que les fonds sont requis à d’autres fins », précise M. Ethier. Toutefois, il croit qu’un tel projet pourrait intéresser l’industrie privée.

Le président du comité de l’industrie et du tourisme des comtés unis de Prescott-Russell, M. Roma Beaulieu, est lui plus optimiste. Il estime qu’une ébauche adroitement conçue et convaincante ferait peut-être fléchir le gouvernement. Surtout si un tel projet comportait un lieu de séjour pour touristes visitant Ottawa et Montréal, soutient pour sa part un des membres fondateurs du Comité de développement de Prescott-Russell, comité qui, lui-même, parraine l’Association touristique de Prescott-Russell, M. Roger Pommainville.

Selon M. Pommainville, la situation géographique de Caledonia Springs constitue un de ses principaux attributs, ce patelin étant situé à peu près à mi-chemin entre Montréal et Ottawa. Or, estime M. Pommainville, les touristes pourraient effectuer une halte à Caledonia Springs entre leurs visites dans les deux importantes villes. Pendant leur séjour, dont la durée pourrait varier, ils visiteraient sans doute également l’ensemble des comtés. Éventuellement, le site touristique pourrait prendre de l’ampleur, croit M. Pommainville, de telle sorte que les particularités de jadis des lieux pourraient être reconstituées. Celles-ci, estime d’ailleurs le membre fondateur du CRPR, revêtent un attrait incontestable parce qu’elles sont uniques.

L’actuel président du Comité de développement de Prescott-Russell, M. Montcalm Houle, est convaincu de l’intérêt que susciterait une reconstitution à quelque degré que ce soit des sources. Il cite pour appuyer ses dires l’exemple d’une exposition de photos d’époque des comtés unis l’an dernier à l’Expo d’Ottawa. Or, ce sont les photos des facilités de Caledonia Springs qui attirèrent davantage l’attention. Les observateurs s’attardaient longtemps à les regarder et posaient beaucoup de questions, affirme M. Houle. Enfin, il souligne qu’en reconstituant les bains, les promoteurs d’un projet d’aménagement d’un site touristique à Caledonia Springs attireraient une forte clientèle d’amateurs qui sont obligés de s’exiler dans d’autres provinces canadiennes et même aux États-Unis pour satisfaire leurs goûts.

Et comme le concluaient les journalistes Monique M. Castonguay et Yves Rouleau à l’époque :

« En réalité, Caledonia Springs est aujourd’hui le simple nom d’un emplacement pratiquement inhabité au sud-est d’Alfred. Il y subsiste quelques ruines qui rappellent un passé grandiose. »

Feuilleton sur une époque longtemps disparue (10)

Le cheminement de l’usine de Hawkesbury

Le directeur général de l’entreprise de Hawkesbury, M. Dicaire, a raconté que M. Arthur Tessier, père de Maurice, avait suivi le cheminement de l’usine d’embouteillage tout au long de son histoire, de leurs propriétaires et de leurs différentes adresses. Son métier d’embouteilleur consistait entre autres à mesurer la quantité de gaz contenue dans l’eau au moment de poser la capsule, surveiller le nettoyage des bouteilles effectué partiellement à la main, et l’embouteillage comme tel. Les bouteilles étaient enfilées manuellement sur des brosses actionnées par des machines pour le nettoyage. Un gicleur effectuait le rinçage lorsque les bouteilles y étaient acheminées.

La compagnie a compté jusqu’à 29 employés : des étudiants de l’école secondaire y travaillaient aussi le soit pour coller les étiquettes sur les anciennes bouteilles.

Après l’installation d’une pompe sur place à l’ancienne usine de Gurd’s, l’eau était déversée dans quelque six barils de cuivre par jour. Chacun d’eux contenait 45 gallons, ce qui constituait le travail de toute une journée.

M. Dicaire a énuméré six différentes liqueurs douces embouteillées chez-lui à un moment ou à un autre, soit le Kik, Gurd’s, Orange Crush, Hit, John Collin’s, 7-Up, sans compter le Cream Soda, et la bière d’épinette, ainsi que le Nectar de différentes compagnies.

C’était à son entreprise à veiller à la mise en marché de son produit et en faire la distribution. Son territoire comprenait Prescott et Russell, en Ontario, ainsi que le comté de Soulanges au Québec, et la région comprise entre Brownsburg, St-Placide et Duhamel-Thurso de l’autre côté de la rivière Outaouais. À titre de promotion, plusieurs bicyclettes ont été tirées au sort parmi les clients, sans oublier que durant quelque temps, trois capsules de liqueur douce valaient un laissez-passer pour la présentation d’un film le vendredi soir.

L’Orange Crush a toujours été un produit en demande pour l’entreprise de Hawkesbury; M. Sabourin avait refusé en 1936 la franchise de Coca-Cola parce qu’à cette époque, une caisse de Coke était vendue pour chaque sept caisses d’orangeade.

L’entrepôt de Caledonia Springs a été vendu à M. Cameron de Vankleek Hill en 1963 pour être démoli il y a cinq ou six ans. Retourné récemment sur le terrain, M. Dicaire a reconnu les pins importés de Glasgow en Écosse par M. Gurd à l’époque, ainsi que la pompe manuelle à deux hommes, toujours en place près du puits.

Ses souvenirs et les informations qu’il a obtenues de bouche à oreille relatent que durant l’époque de la prohibition en Ontario, les wagons chargés de whisky étaient repérés durant une halte sur la voie ferrée, perforés à l’aide d’un vilebrequin sous les tonneaux, vidés dans d’autres contenants pour être revendus en fraude sous une capsule de Cream Soda aux amateurs du coin.

Demain : Caledonia Springs condamné à s’abîmer

Feuilleton sur une époque longtemps disparue (9)

L’embouteillage des eaux : autant de compagnies que d’hôtels

par Monique M. Castonguay

S’il existait trois hôtels à Caledonia Springs, il n’en était pas moins que trois usines d’embouteillage tiraient des revenus des sources à la fin du siècle dernier. La Hawkesbury Bottling Works a survécu aux deux autres pour finalement s’éteindre dans les années soixante.

Le dernier embouteilleur de cette compagnie, M. Eugène Dicaire, réside toujours à l’emplacement de la dernière usine d’embouteillage, rue Hampden à Hawkesbury.

En fouillant dans ses souvenirs, il a établi que Canada Dry a embouteillé sous le nom d’Adanac Waters dans des installations au sous-sol du Grand Hôtel et a cessé ses opérations complètes à Caledonia Springs en 1938. Gurd’s Mineral Water Co. Ltd embouteillait de l’autre côté de la route, près de la voie ferrée, a vendu sa compagnie à Émile Paré de Hull en 1940 qui a embouteillé sous le nom de Régal, et Hawkesbury Bottling devait en faire l’acquisition en 1947 pour l’amalgamer à sa compagnie et fermer ses portes en 1963. Seule la compagnie de Hawkesbury, commencée sous la direction de M. Amédée Sabourin alors maire de Hawkesbury, devait embouteiller à l’extérieur du début à la fin.

Ses premiers locaux ont été dans l’hôtel appartenant au Canadian National Railroad à Hawkesbury, édifice remplacé par l’ancien Hôpital Notre-Dame ou annexe B. On y embouteillait l’eau Maple Leaf sous la compagnie « The Maple Leaf Aerated Water Co. ». L’entreprise a été vendue à ses deux fils, Philippe et Charlemagne, qui l’ont revendue à leurs oncles, Antoine et André Sabourin (frères d’Amédée). Antoine, beau-père de M. Dicaire, a racheté la part d’André dans l’entreprise en 1936, et sa fille, Émilienne Sabourin-Dicaire devait en hériter en 1942.

M. Dicaire a révélé que son entreprise s’approvisionnait d’une autre source d’eau gazeuse que celle qui était connue par le Grand Hôtel. Elle était sur le terrain de M. Gauthier, qui a déménagé depuis, à proximité de l’école, à droite du chemin. L’eau y jaillissait à trois pieds de terre.

Une autre source d’eau minérale existait aussi sur le terrain de M. Carrière au bout d’un cul-de-sac dans la terre noire près du Lost Creek; l’eau sort dans un jet à deux pieds de terre et certaines personnes s’y approvisionneraient encore.

L’usine d’embouteillage de Hawkesbury allait chercher son eau avec des barils de bois toute l’année. Les chevaux facilitaient le transport durant l’hiver. Les locaux de l’usine ont ensuite été construits sur la rue Atlantic, là même où Le Carillon tient ses bureaux actuellement. Un puits d’eau douce potable avait été creusé pour s’assurer un approvisionnement autre que l’eau de la rivière qui montrait déjà des signes de pollution. Ce local a été vendu pour déménager sur la rue Principale en face des forges Vachon et près de l’ancien restaurant Duplantie. Plus tard, la rue Régent était l’hôte de l’usine d’embouteillage, dans le local qui a servi plus tard à l’imprimerie Régent de feu Gérard Millette. Finalement, la compagnie a élu domicile sur la rue Hampden en 1938 pour y rester; un puits avait aussi été creusé à cet endroit.

M. Dicaire a expliqué que de son côté, Adanac embouteillait sur place. Gurd’s avait bâti un entrepôt de deux étages et les employés étaient logés au deuxième plancher. L’eau était pompée à proximité par une pompe manuelle qui devait être opérée par deux hommes. Les barils d’eau étaient ensuite transportés par train à Montréal.

Demain : Le cheminement de l’usine de Hawkesbury

Feuilleton sur une époque longtemps disparue (8)

On y vient encore

Caledonia Springs n’est plus que le fantôme d’autrefois. De sa magnificence, il ne reste plus qu’un réseau de trottoirs, un pavillon des sources et les structures d’un barrage et de l’embouteillage. Mais la renommée est longue à décrépir. Il y vient encore parfois des gens d’aussi loin que les États-Unis qui s’informent auprès des résidents de l’emplacement des sources qu’ils croient, du reste, encore en bon état.

Le propriétaire d’une partie du terrain où se trouvaient autrefois érigées les plus impressionnantes installations de Caledonia Springs, M. Reynald Leduc, raconte qu’il a reçu il y a quelques années la visite d’une femme dont le docteur à Kingston avait recommandé une cure à Caledonia Springs pour soulager ses malaises rhumatismaux. Elle fut évidemment très désappointée d’apprendre qu’on ne traitait plus les malades à Caledonia Springs.

Lorsque Le Carillon s’est rendu au pavillon des sources, deux hommes d’Alfred s’y trouvaient. MM. Philippe Arcand et René Bourdon étaient venus recueillir quelques cruches d’eau qu’ils entendaient goûter au cours des jours suivants. Les deux hommes sont d’abord des amateurs d’eau de source. Mais ils sont aussi des rêveurs. Lorsqu’ils s’y rendent, ils se laissent aller à s’imaginer la splendeur qui a pu émaner de Caledonia Springs.

« Ça ne ressemble en rien à ce que ce fut autrefois. Pourtant, je suis captivé à chaque fois que je viens ici, soutient M. Bourdon. Je m’imagine parfois Caledonia Springs avec son aspect d’autrefois et je suis fasciné. Cependant, à chaque fois que j’y reviens, il me semble que tout s’est détérioré davantage et cela me chagrine. Bientôt, il ne restera plus rien et c’est dommage, car restaurer Caledonia Springs pourrait constituer une grande attraction touristique. Il y a partout des musées fort populaires dont les thèmes sont beaucoup moins intéressants que Caledonia Springs. »

« Moi, je viens surtout pour l’eau, raconte M. Arcand. Je ramène une cruche d’eau salée et une autre d’eau sulfureuse. J’en bois une très petite quantité par jour de sorte que ma réserve dure longtemps. Il me semble que je me sens mieux lorsque je bois cette eau. Ma digestion entre autres se fait plus facilement. J’aime également me promener un peu aux alentours. Je me fis souvent que les gens qui venaient séjourner ici devaient être très importants et fortunés. »

Lundi: L’embouteillage des eaux

Feuilleton sur une époque longtemps disparue (7)

Qui a fermé le Grand Hôtel?

Toutes les recherches effectuées jusqu’à maintenant, et même les livres d’histoire omettent de mentionner la raison exacte de la fermeture du Grand Hôtel, à Caledonia Springs, événement qui a marqué le début de la fin de l’heure de gloire du site de villégiature jusqu’alors tellement populaire.

De plus, le Canadian Pacific qui était propriétaire de l’établissement à cette époque n’a ouvert d’archives qu’en 1973, selon la recherche effectuée pour les comtés unis en 1981.

Le CP a annoncé officiellement la fermeture de l’établissement principal de Caledonia Springs en 1915, et a démoli l’installation au cours des années suivantes. Des témoins disent que la fermeture avait eu lieu en 1914, et les recherches font état de travaux onéreux incomplets effectués à l’automne de 1913.

Le rapport de l’ingénieur sur ces travaux adressé au CP en janvier 1914, insiste sur la nécessité pour la compagnie de s’assurer de la rentabilité de l’embouteillage de l’eau des sources avant d’aller de l’avant avec les prochaines étapes. Durant l’année, une distance de cinq mille de longueur de tuyaux avait été installée sous la terre pour acheminer l’eau à l’usine d’embouteillage. L’ingénieur y signale un début de quelque 27 gallons à la minute ou 14 200 000 gallons à l’année. L’embouteillage avec les méthodes les plus modernes nécessitait une dépense additionnelle de quelque 35 000 $, et le projet de 1913 avait déjà coûté à l’époque 30 000 $.

D’autre part, le premier conflit mondial était déclaré en juin 1914. Les pays alliés se sont joints à ceux impliqués dans cette guerre en mai 1915, ce qui pourrait avoir influencé l’ordre des priorités à la compagnie de chemins de fer canadienne. Les recherches ont aussi révélé que le bois des bâtisses démolies avait été récupéré et transporté ailleurs.

La prohibition

Autre hypothèse intéressante : la prohibition. Entre 1914 et 1916, quelque 502 des 835 municipalités de l’Ontario ont soumis au vote populaire la question de la prohibition. Caledonia aurait à cette époque emboîté le pas vers la restriction de toute vente de boissons alcoolisées dans ses limites, puisqu’en 1978, lors des élections municipales, la population devait se prononcer à nouveau sur la question de légaliser la vente d’alcool dans la municipalité. La population a voté à 93 % en faveur de la législation, ce qui donnait le feu vert au bar du nouveau centre communautaire, ainsi qu’à tout établissement éventuel et conforme aux règlements provinciaux. L’une des dernières municipalités à le faire, après 64 ans, Caledonia n’était plus sèche.

Selon l’historien Joseph Shull, dans son livre « Ontario since 1867 », le débat était poussé principalement par la population rurale, les femmes, le clergé et le parti libéral à l’opposition. On présentait alors la question comme suit aux masses : « Chrétienté versus alcool ».

La prohibition a eu pour effet de centraliser les débits de boisson dans les grands centres urbains, et pour l’Est de l’Ontario, dans la province de Québec. La taxe et le contrôle de la province sur les permis et la qualité des produits sont apparus en 1927, tout comme au Nouveau-Brunswick.

La tendance à la contrebande a vite fait son apparition après la prohibition. Cette période marque aussi un changement radical des exploitations commerciales avec l’avènement de la mécanisation dans tous les domaines et des moyens de transport motorisés. Nous étions à peu de temps des « Années folles » et à quelques mois de la Première Guerre mondiale.

Tenir un hôtel ouvert sans alcool aurait été difficilement rentable.

Demain : On y vient encore

Feuilleton sur une époque longtemps disparue (6)

L’Adanac ferme

Les sources continuèrent à accueillir des visiteurs plusieurs années après la fermeture de l’attrayant Grand Hôtel toutefois. Et lorsque M. Leduc acheta la propriété du CPR, un hôtel opérait encore, souligne M. Leduc. Il s’agissait de l’Adanac Inn, géré par M. Arthur Dubois, celui-là qui avait agi en tant que caddie au terrain de golf du Grand Hôtel. L’Adanac n’avait pas cependant l’attrait mondain de son prestigieux prédécesseur. On y venait d’abord et, surtout, pour soigner des malaises rhumatismaux.

Finalement, en 1947 après la guerre, l’appauvrissement général de la population, la fin de la mode contribuèrent à la fermeture de l’Adanac et la fin de l’exploitation commerciale des sources.

À l’Adanac Inn, Rutherford faisait sa cure de bain chaque année

Tous les ans, Raymond Rutherford, un riche aviculteur du Connecticut arrivait l’été pour un séjour à l’Adanac Inn, courbaturé, vieilli, traînant de la patte et béquille sous le bras. Après trois semaines de bains répétés dans les « eaux » magiques de sources de Caledonia Springs, c’était un tout nouvel homme qui sautait dans le train pour les États-Unis.

« Il faisait vraiment pitié à voir lorsqu’il nous arrivait chaque année, relate M. Arthur Dubois, qui a été propriétaire du dernier hôtel de Caledonia Springs, l’Adanac Inn. Mais nos traitements ne manquaient jamais de le revigorer. Au bout de quelques jours, il suspendait ses béquilles et allait et venait comme un homme dans la fleur de l’âge. Il était un fervent inconditionnel des sources et croyait fermement en ses propriétés curatives.

M. Dubois se souvient particulièrement de M. Rutherford, qui avec son épouse, étaient parmi les meilleurs clients de l’Adanac Inn. Mais il y en avait plusieurs comme eux pendant les années 30 et jusqu’à la fin des opérations en 1947.

Les clients, qui à cette époque, étaient devenus presque des patients en quête d’une fontaine de jouvence, réservaient habituellement pour une semaine. Ceux comme M. et Mme Rutherford, qui venaient de loin, se réservaient une chambre pour deux ou trois semaines. Aussitôt le dépaquetage de leurs affaires terminées, ils se dirigeaient vers la chambre des bains, relate M. Dubois. Là ils s’étendaient dans un bain contenant de l’eau chauffée à environ 100 degrés Fahrenheit et parfois plus, après avoir ingurgité à intervalles réguliers des tasses d’eau sulfureuse.

M. Dubois exerçait une surveillance constante sur les baigneurs pour éviter qu’ils ne se décontractent trop. Après une quinzaine de minutes, il aidait le client affaibli par le laps de temps couché dans les eaux chaudes à se relever et lui entourait soigneusement le corps d’épaisses couvertures de laine pour l’amener à suer à pleins pores.

Telle était la fontaine de jouvence des vieillards, rhumatisants ou simples gens soucieux d’afficher une jeunesse éternelle.

Demain : Qui a fermé le Grand Hôtel?