Feuilleton sur une époque longtemps disparue (2)

Le Grand Hôtel

Entre la découverte du site par l’homme blanc et l’érection d’un premier hôtel, trente années ne se sont pas écoulées.

Alexander Grant avait suivi un sentier qui l’a mené aux sources durant une expédition de chasse en 1806. Des signes hiéroglyphiques avaient été gravés sur les arbres par les Indiens pour y indiquer l’emplacement des sources et leur « magie ». Un compagnon, M. Kellog, n’a pas tardé à y construire une cabane durant les années qui ont suivi, exigeant des visiteurs une somme d’argent pour profiter des sources.

Celui-ci bâtit bientôt une maison pour les malades et les visiteurs. Le Canada House y est construit en 1835 par Samuel Cushing; on peut accueillir dans cet hôtel quelque 100 personnes. William Parker l’achète et installe en plus un pavillon à chaque source.

Entre temps, en 1837, le terrain est arpenté et divisé en lots pour le village, et la vente des lots se fait par tirage au sort à Montréal vers 1840. Une route carrossable qui conduit jusqu’à la localité est aménagée à la même époque.

Un journal publié à l’intention des visiteurs et touristes voir le jour : « Life at the Springs », paraissant tous les samedis entre mai et octobre. « The Springs Mercury and Ottawa Advocate » fait une unique parution, en novembre 1840.

Le Canada House compte alors deux étages, une large véranda, une fontaine et un carrousel. Le commerce de l’eau à 4 sous le gallon commence, inauguré par J.L. Wilkinson qui fait l’acquisition de l’hôtel peu de temps après. Il le revend après à T. Crawford, qui lui s’en départit auprès de MM. Cushing et Shepard. Ceux-ci érigent un hôtel de pierre qui est la proie des flammes quelque temps après.

MM. Bowie et Gouin reconstruisent : cette fois, l’hôtel offre des bains pour les rhumatisants. La Compagnie Grand Hotel englobe le tout. Des centaines d’invalides et de malades s’inscrivent chaque année au registre pour venir y être guéris grâce aux quatre sources. Construit en bois dans un style qui s’apparente à celui de La Nouvelle-Orléans, l’hôtel y gagne bientôt une annexe pour y offrir le plus de services.

La compagnie tente de restreindre l’usage des sources à ses clients en 1877, en vain en raison des réactions de la population locale.

Caledonia Springs devient le rendez-vous mondain. Pour 3 $ par jour au Grand Hôtel, on y offre le chauffage à la vapeur, l’éclairage au gaz, des foyers, un ascenseur, le téléphone à chaque chambre, une véranda de quelque 20 pieds tout autour, un coup d’œil sur le paysage, le ruisseau et les Laurentides au loin. Il est possible de faire les arrangements pour avoir un bain privé pour sa chambre.

L’aménagement offre des trottoirs et sentiers paysagers, un court de tennis, un terrain de golf, un jeu de croquet, une salle de billard, des allées de quilles, une bibliothèque, un parquet de danse, une estrade, une salle de musique, les services religieux catholiques et anglicans dans les chapelles de la localité. La saison estivale est d’ailleurs inaugurée par un tournoi de golf. On y a signalé aussi des courses de chevaux.

Les activités d’hiver sont plus restreintes. L’étang aménagé dans le ruisseau par une digue est transformé en patinoire; les glissades en traînes-sauvages y sont aussi populaires, ainsi que les promenades en traîneaux et le retour au chaud près du foyer.

Le Canadian Pacific achète les 482 acres de terrain de l’Hôtel et des sources le 21 juillet 1905 avec droit de revendre l’eau des sources. Des travaux sont entrepris à l’automne 1913 pour moderniser l’usine d’embouteillage. L’Hôtel ferme ses portes et l’opération du site est officiellement abandonnée en 1915. L’édifice est démoli en 1920 et Canada Dry Ginger Ale cesse d’y embouteiller pour déménager à Montréal.

La propriété passe aux mains de J. Ubald Leduc le 20 avril 1943, et le site devient presque uniquement une ferme. Les édifices sont démolis un à un. Il ne reste rien de la beurrerie, du poulailler, de la bergerie, de la porcherie, ni de la grande qui servaient à alimenter l’Hôtel et quelques fortunés clients.

Le chalet abritant les sources demeure barricadé durant plusieurs années, mais ses carreaux vitrés sont bientôt la proie des vandales.

Le fils du propriétaire, M. Reynald Leduc, profite de l’affluence des touristes amenés par l’Expo 67 pour y ouvrir un par cet un terrain de camping entre 1965 et 1967. L’entreprise est bientôt abandonnée devant l’exigence des campeurs pour les différents services. Les enseignes routières sont maintenues et plusieurs personnes viennent encore s’approvisionner aux sources de temps à autre.

Les archives répertoriées et compilées au bureau central des Comtés unis de Prescott et Russell lors d’un projet d’été en 1980, où plusieurs des informations de la présente série d’articles ont été puisées, montrent qu’à ce moment-là, seules les sources sulfureuses et salines étaient considérées comme potables. La source gazeuse et intermittente dite Duncan contient trop de colibacilles fécaux pour permettre la consommation humaine.

Demain : La légende des sources

4 réflexions sur “Feuilleton sur une époque longtemps disparue (2)

  1. En lisant sur Caledonia Springs, ça m’a donné le goût de feuilleter à nouveau mon livre : « Pointe-Fortune : Au fil du temps », écrit par Lorraine Auerbach Chevrier en 2004, l’année du décès de ma mère. Il y a une section sur les Cousineau, la famille de ma mère, dans le livre. On y parle de son grand-père, son père, ses tantes, ses oncles, dont un, le frère de mon grand-père Victor Cousineau, le Dr Azarie Cousineau, mort dans un accident d’avion avec deux autres médecins, le pilote et un guide. Ils revenaient d’une excursion de chasse. On y mentionne comment mon arrière-grand-mère est morte, Christine, la femme de Dolphus Cousineau, suite à un accident en traversant la rivière des Outaouais sur la glace, en charette tirée par un cheval. Retour sur hier…

  2. Dans l’arbre généalogique que ma cousine Christianne (Kékine) Morris (née Sabourin) a fait faire, il est indiqué que mon arrière-grand-père s’appelait Amédée Sabourin (c’était le père de mon grand-père Albert, qui appartenait le dépanneur avec ma grand-mère, sur la rue Catherine, à Hawkesbury). Amédée a épousé Marguerite Bellefeuille à St-Eugène en 1882. Il était le fils d’André Sabourin, marié à Véronique Villeneuve en 1848, et veuf d’Edesse Vallée. Je ne sais pas s’il s’agit d’eux dans le 9e épisode. Ç’est intrigant!

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