Grève motivée par l’indexation au coût de la vie

Il n’y avait pas eu de grève à cette usine depuis 16 ans quand, le 1er avril 1987, les 350 syndiqués de l’usine de Duplate Canada à Hawkesbury avaient débrayé pour appuyer leurs diverses revendications. Les grévistes demandaient l’indexation au coût de la vie et « un rajustement de salaire tous les trois mois leur permettant de rattraper » justement ce coût de la vie. L’employeur refusait parce qu’aucun employé de leurs usines américaines ne bénéficiait d’une telle indexation, mais offrait quand même « le rajustement à la hausse du coût de la vie pour la première année d’un contrat de trois ans seulement ». Ce n’est pas ce que les syndiqués voulaient. Le Carillon du 8 avril 1987 en parle longuement. La grève durerait de nombreuses semaines.

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Dans ma chronique du 8 avril 1987, je note ceci : « Un vieil ami du Carillon, Adolphe Brunet, de Rockland, est décédé la semaine dernière à l’âge de 75 ans, emporté lui aussi par cet abominable cancer. Sa carrière était longue : il a étudié et enseigné à l’Université d’Ottawa, et a fait affaire à Rockland comme notaire et assureur-vie. Il s’était impliqué dans la politique active et dans nombre d’activités communautaires, surtout celles reliées au développement économique. » Adolphe était aussi le père de la chanteuse Monique Brunet de qui j’ai déjà parlé dans mon blogue.

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Dans cette même chronique, j’écrivais également que « Philippe Sabourin se rappelle encore, comme si c’était hier, le fameux incendie de Brownsburg du 17 avril 1944, alors que théâtre, banque, magasins étaient rasés, sans compter la peur de tous que la CIL y passe. Philippe vous raconte ça comme s’il y était encore. » J’y fais référence parce que sa fille Marjolaine est ma plus fidèle lectrice depuis les débuts de mon blogue en 2011.

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« Après trente années de service, l’ancien diplômé de l’Université de Montréal vient de prendre sa retraite comme gérant de la Commission hydroélectrique de Hawkesbury. Bernard Laframboise a alors confié les rênes à son successeur, Robert G. Yelle, qui travaillait à ses côtés depuis quelques mois déjà. » Comme on peut le lire dans le journal du 8 avril 1987, Yelle était né « à l’ancien hôpital Notre-Dame de Hawkesbury et a grandi à Lefaivre »; en d’autres mots, un gars du coin. Il avait étudié aux États-Unis et avait même servi dans l’armée américaine de 1967-1969. Il avait accumulé une longue expérience dans de nombreuses villes américaines et canadiennes.

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C’était le temps des retraites. Toujours dans cette même édition, il est question de Leslie Higginson, « le surintendant de l’éducation du panel élémentaire du Conseil d’éducation de Prescott-Russell » qui prendra sa retraite à la fin d’août. Originaire de Hawkesbury, « M. Higginson travaille dans le secteur de l’éducation depuis 32 ans. Il a enseigné deux ans à Williamstown, 25 ans à l’École secondaire de Hawkesbury et il a occupé le poste de surintendant de l’éducation durant les cinq dernières années. (…) Il profitera de cette période pour voyager, s’occuper de ses chevaux et de poterie exotique. Il aidera aussi son frère sur la ferme familiale. » Leslie était un homme que je trouvais fort sympathique.

Les années glorieuses de Caledonia Springs

À surveiller dans mon blogue à partir du mercredi 2 octobre jusqu’au mercredi 16 octobre inclusivement.

Je reproduirai un grand reportage sur les années glorieuses de Caledonia Springs réalisé à l’été de 1983 par mes journalistes Monique Castonguay et Yves Rouleau. Ces textes avaient été publiés les 10, 17, 24, 31 août et 7 septembre 1983 dans Le Carillon. Je vous les présente sous forme de feuilleton en 11 épisodes. C’est un brin d’histoire très fascinant que personne d’entre nous n’a connu mais dont nous avons tous un peu entendu parler.

Par la suite, je vous reviens avec la fin de mon « retour sur hier ».

Le nouveau serait mieux que l’ancien

Ce sera un bon prétexte pour moderniser. « L’ancienne partie du mail Hawkesbury Centre de la rue Principale à Hawkesbury a été rasée par un violent incendie dimanche soir. Dans la journée de mardi, les dommages étaient évalués à trois millions de dollars. » C’est ce qu’on peut lire à la une du journal Le Carillon du 25 février 1987. « Les magasins Woodhouse et Giant Tiger ont été anéantis, de même qu’une partie des bureaux de la firme de comptables Touche-Ross située à l’étage, ceux du courtier en immobilier Remax, et de la firme d’assurances Bonin-Cayen. » Le pire, le centre avait de nouveaux propriétaires depuis à peine deux jours. « Les propriétaires du centre d’achats, Bill Harden, Wayne Assaly et Jules Bélisle, qui venaient incidemment tout juste de s’en porter acquéreurs vendredi, envisagent tout de même l’avenir avec optimisme. (…) Les propriétaires affirment que le nouveau centre d’achats sera mieux qu’avant l’incendie. » Et c’est ce qui s’est produit. Sauf qu’aujourd’hui, avec l’exode des bannières populaires de la rue Principale vers la route 17, le centre-ville de Hawkesbury n’est plus aussi attirant.

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Cette même fin de semaine, « quelque 800 raquetteurs venus de l’Ontario, du Québec et des États-Unis participaient au congrès national des raquetteurs, dans le cadre du carnaval d’hiver de Hawkesbury ». Le rassemblement avait été qualifié de grand succès et avait eu un impact financier fort intéressant pour les commerces locaux. Nous y avions consacré une pleine page dans le journal du 25 février 1987.

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En 1986, le journal avait acheté la plus récente technologie de mise en page pour les journaux… le système Mac d’Apple et son imprimante laser haute performance. L’utilisation de cette technologie nous permettait d’innover dans la présentation graphique du journal et au début de 1987, nous étions en mesure de présenter aux lecteurs des tableaux de toutes sortes. Tout ça grâce à Steve Jobs et sa gang. L’ordinateur personnel n’était pas omniprésent par contre. Pour ça, il faudra patienter encore quelques années.

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Il n’avait que 51 ans et était populaire. C’est lui, par exemple, qui présentait des conférences sur la sexualité lors des cours de préparation au mariage. « Le Dr Jean-Jacques Maynard est décédé le lundi 23 mars 1987 à l’âge de 51 ans. Il était un diplômé en médecine de l’Université de Montréal. Il s’établit à Hawkesbury en 1961 où il y pratiquait la médecine générale depuis 26 ans. » La nécrologie est publiée dans le journal du 25 mars 1987.

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L’expérience d’une saison et demie n’avait pas été concluante pour lui et il avait décidé de quitter son poste d’entraîneur des Hawks de Hawkesbury, de la Ligue centrale. Yvan ‘Puce’ Joly avait pourtant tout essayé; ça n’avait pas fonctionné.

Il était plus qu’un policier

Il avait été coulé dans le même moule que son prédécesseur Rémi Lecôt. « Il était de l’ancienne génération de policiers, celle où la simple stature et l’uniforme suffisaient à imposer le respect après des citoyens et, surtout, des délinquants jeunes et adultes. Wilfrid Villeneuve, policier pendant 37 ans au service de la population de Hawkesbury, dont les sept dernières comme directeur de la Sûreté municipale, est décédé dimanche à l’Hôpital général de Hawkesbury où il luttait depuis quelque cinq mois contre le cancer. » Wilfrid, né à Vankleek Hill le 18 novembre 1906, avait épousé Laurette Sabourin; les deux ont eu onze enfants, « dont huit sont toujours vivants ». Mais il n’était pas que policier. Comme le rapporte Le Carillon du 11 février 1987, « une autre forme de service communautaire accaparait ses temps libres, le travail bénévole auprès de divers organismes locaux et régionaux. Il a été président de la Croix-Rouge, président du Club de l’âge d’or 50, cofondateur et pendant longtemps gérant du Comptoir populaire, membre de l’ordre des Quatrièmes degrés des Chevaliers de Colomb, président de l’association des résidants des appartements de la rue Spence, sans oublier sa présence au conseil d’administration de la Caisse populaire de Hawkesbury. » Pour ses funérailles, il avait eu droit à tous les honneurs.

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La nouvelle du 18 février 1987 avait fait sursauter. « L’école secondaire d’Embrun est actuellement aux prises avec un grave exode de sa population scolaire vers l’école secondaire catholique Samuel-Genest, d’Ottawa, si bien que si l’hémorragie continue, le Conseil d’éducation de Prescott-Russell pourrait être forcé de fermer éventuellement l’école. » Selon le directeur général du CEPR, Robert Pilon, « en 1985, la population de l’école était de 301 élèves; celle population a chuté à 286 en septembre de cette année et des projections indiquent que cette inscription ne sera plus que de 258 en septembre prochain ». Selon Pilon, « les parents choisissent pour leurs enfants cette école parce qu’on y offre des cours de religion crédités et parce que l’école est considérée comme élitiste ». Évidemment, l’école secondaire d’Embrun est toujours là et elle accueille maintenant les élèves de septième et huitième année, en plus des quatre niveaux secondaires.

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Le débat était devenu tellement chaud que le gouvernement ontarien avait décidé de créer un « Comité spécial sur les heures d’ouverture des commerces de détail ». À l’époque, les commerces pouvaient ouvrir le dimanche uniquement dans certaines zones touristiques. Une publicité dans le journal du 18 février 1987 explique que « le Comité spécial sur les heures d’ouverture des commerces de détail, un comité de l’Assemblée législative de l’Ontario qui se compose de députés de tous les partis, se réunira pour examiner la question de la fermeture des commerces le dimanche et des heures d’ouverture des commerces de détail. Il traitera plus particulièrement des modifications à apporter à la Loi sur les jours fériés dans le commerce de détail, quant à l’ouverture des commerces les dimanches et jours fériés, aux cas d’exception et à la protection des employés et aux sanctions. » Le comité tiendrait des audiences un peu partout en février. Bien sûr, aujourd’hui, l’ouverture des magasins les dimanches et jours fériés est monnaie courante, tant en Ontario qu’au Québec et ailleurs. Le mouvement de l’époque était irréversible.

Eh oui, un autre beau projet!

C’était un autre beau projet. Je vous ai souvent parlé de beaux projets dans mon blogue, mais celui-ci semblait tellement plus réalisable. Il ne l’a pas été. Mais le projet de salle de spectacle décrit dans Le Carillon du 4 février 1987 permettait de mieux rêver.

« Les quelque 35 promoteurs de la scène locale et régionale qui ont assisté à la présentation par la firme Rhéal Leroux, de l’étude de faisabilité pour l’implantation d’une salle de spectacle permanente pour Hawkesbury et la région, mercredi soir dernier à l’hôtel de ville sont retournés chez eux avec du pain sur la planche pour quelques années. » Les Entreprises Rhéal-Leroux avaient proposé le réaménagement du Centre culturel Le Chenail pour y ajouter une salle de spectacle de 650 places et on prévoyait même un balcon. Le projet était évalué à environ deux millions de dollars et aurait pu bénéficier de diverses subventions, notamment dans le cadre du programme ‘Destination Est’ du gouvernement ontarien. » Les promoteurs entrevoyaient même du théâtre d’été comme attraction touristique estivale à Hawkesbury et la région. Si tout avait bien fonctionné, la construction aurait commencé en avril 1989 pour une première présentation en septembre 1990.

Le journal y avait consacré une page complète. En éditorial, j’avais commenté qu’une « telle initiative servirait de catalyseur à un développement économique plus intéressant pour la ville de Hawkesbury et l’arrondissement immédiat ». J’ajoutais qu’il ne restait « donc plus qu’à trouver le financement nécessaire ». J’avais souhaité que « Le Chenail sache obtenir l’appui de l’ensemble de la population et qu’il pourra finalement réaliser un vieux rêve que tous les amateurs de théâtre et de culture en général souhaitent depuis tellement d’années déjà, autant du côté francophone que chez nos concitoyens anglophones. » Un semblant de salle de spectacle sera aménagé au sous-sol du Centre Le Chenail (l’ancienne école Christ-Roi), mais rien de l’envergure de la salle proposée par Rhéal Leroux.

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« Le conflit avait pris naissance le 10 octobre (1986) alors que la partie patronale avait décrété le lock-out. » Les quatre employés syndiqués de la Commission d’hydro de Hawkesbury avaient anticipé, à un certain moment, que le lock-out pourrait durer six mois; il en aura duré quatre. Dans Le Carillon du 4 février 1987, on apprend que « les employés rentreront au travail lundi ». Le conflit avait fait les manchettes à plusieurs reprises et c’est l’intervention du maire Lucien Berniquez qui avait apparemment débloqué les négociations. « L’employeur accusait les syndiqués d’avoir volé les clés des compteurs d’électricité, ce que ces derniers ont toujours démenti. » De leur côté, « les syndiqués affirmaient que des commissaires de l’Hydro avaient accompli leurs tâches pendant le lock-out. » La situation n’avait pas été des plus roses.

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Le Restaurant LeDuc du 812 de la rue Principale, dans le secteur est de Hawkesbury, était un casse-croûte réputé, notamment pour la qualité de ses frites. Dans le journal du 28 janvier 1987, on nous annonce que les frères Leduc ont vendu leur établissement à Yves Drouin, qui « y avait déjà travaillé de 1968 à 1977 ».

La Dame repose finalement en paix

« L’annonce que le corps de la Dame de la Nation a été enseveli sans que l’on ait levé le voile sur son identité, onze ans après son repêchage des eaux de la rivière Nation près de Casselman, a suscité un vif regain d’intérêt pour le cas. » Le récit se retrouve dans l’édition du 21 janvier 1987 du journal Le Carillon. La Sûreté provinciale avait reçu huit appels téléphoniques après cette annonce. « La semaine dernière, la morgue de Toronto a fait savoir que le corps de la mystérieuse Dame de la Nation avait été enterré dans un cimetière de la ville. Le corps a été congelé pendant 11 ans à la morgue de Toronto pendant que l’enquête piétinait au début puis, faute de pistes, a été laissée en veilleuse. » Le corps de la Dame de la Nation avait été repêché le 3 mai 1975 après avoir été dans l’eau pendant une dizaine de jours, selon les rapports de l’époque. Complètement nue, elle « avait les mains et les pieds liés par des cravates ».

Malgré les nouveaux appels, la police était prudente, « car l’affaire de la Dame de la Nation a pratiquement pris la proportion d’une légende dans la région de Casselman. Une victime d’accident automobile a déjà raconté avoir perdu la maîtrise de son véhicule après avoir vu une femme marcher sur la Nation. Des camionneurs, probablement des adeptes de récits d’histoires à faire peur, ont raconté qu’ils avaient maintes fois, au volant de leur bolide durant la nuit, fait le mirage de heurter une femme debout en plein milieu de la chaussé, sur la 417, à la hauteur du pont de la Nation où a été retrouvé le corps en 1975. Ces camionneurs affirmaient même qu’ils avaient été tellement effrayés par ces visions qu’ils préféraient dorénavant emprunter le 17 plutôt que la 417. » Voilà, en 2013, c’est toujours une bonne histoire à raconter… et le crime n’a pas encore été résolu.

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En 1987, ils avaient même un dimanche bien à eux. Aujourd’hui, le film Ben-Hur et les références à Mère Teresa les ramènent dans nos pensées, mais c’est à peu près tout. Je tiens pour acquis que cette terrible maladie n’a pas encore été totalement éradiquée. « Les fidèles des diverses paroisses de Prescott et Russell seront invités à contribuer à la cause du Secours aux lépreux, dimanche (25 janvier) », peut-on lire dans l’édition du 21 janvier 1987. Le thème de la campagne était « Oui, les lépreux, ça existe encore… il ne faut pas les oublier ». Les chiffres étaient quand même éloquents. « Le Secours aux lépreux, à qui seront versées les contributions de dimanche, est une société sans but lucratif, intermédiaire entre 75 000 donneurs canadiens et 15 millions de victimes. En 1985, par exemple, l’organisme a distribué plus de 2 500 000 $ dans 30 pays, par 65 programmes, aidant environ 200 000 lépreux et leurs familles. »

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Encore dernièrement, Postes Canada se plaignait de sa pauvre situation financière. Ce n’est pas nouveau. Dans le journal du 28 janvier 1987, le député libéral fédéral de Glengarry-Prescott-Russell, Don Boudria, faisait référence à la pétition qu’il faisait circuler afin de stopper les plus récentes initiatives de rationalisation de la société d’État. Boudria avait « critiqué les plans visant à ne plus offrir le service de livraison à domicile pour les nouvelles résidences en zones urbaines, à la fermeture de 1 700 bureaux ruraux et à la privatisation de 3 521 autres, à l’élimination de la distribution rurale aux clients demeurant à moins de deux kilomètres d’un bureau de poste et à l’augmentation des taux d’affranchissement. » Une des premières décisions des libéraux, quand ils prendront le pouvoir six ans plus tard, sera justement de décréter un moratoire sur la fermeture des bureaux de poste, moratoire qui sera étrangement maintenu par les conservateurs plusieurs années plus tard alors que c’est sous leur règne que les postes avaient commencé leur transformation. Et si Postes Canada, à partir de 1987, avait pu réaliser ses projets de rationalisation comme une entreprise commerciale ordinaire, la société d’État serait-elle aujourd’hui en si piètre position financière?

Plusieurs anniversaires franco-ontariens en 1987

L’année 1987 marquerait le 40e anniversaire du journal Le Carillon, mais Paul-François Sylvestre, dont j’ai reproduit plusieurs textes dans mon blogue, rappelait à nos lecteurs, dans l’édition du 14 janvier 1987, que plusieurs autres anniversaires seraient soulignés au cours de l’année.

« Une nouvelle année commence et c’est l’occasion pour moi de vous signaler quelques anniversaires qu’on pourrait célébrer au cours des prochains douze moi. Certains touchent une région en particulier, d’autres concernent tout l’Ontario français, d’autres encore débordent notre frontière.

350e d’un patron, 300e d’un explorateur

Il y a trois siècles et demi, le 19 mars 1637, saint Joseph était choisi premier saint patron du Canada. Exactement cinquante ans plus tard, le 19 mars 1687, mourait René Robert Cavelier, sieur de La Salle. Un 300e anniversaire qu’il faudra sûrement souligner, d’autant plus qu’un village du Sud-Ouest porte son nom et qu’on doit à cet explorateur le toponyme ‘lac Sainte-Claire’.

Anniversaires religieux et scolaires

Deux siècles et demi passés, une des communautés religieuses les plus actives en Ontario voyait le jour; il s’agit des Sœurs Grises de la Croix (31 décembre 1737). Outre Ottawa et les environ, les filles de Mère d’Youville œuvreront de Windsor à Moosonee, en passant par les régions de Hamilton, Hawkesbury, Cornwall, Pembroke, Mattawa, Sudbury et Sault-Ste-Marie. En cette année 1987, il importe aussi de mentionner le bicentenaire de la naissance du premier évêque francophone de l’Ontario; Mgr Rémi Gaulin, de Kingston, naquit le 30 juin 1787. Au fil des ans, quarante autres prélats d’expression française suivirent ses traces en Ontario.

L’année dernière marquait le bicentenaire de la première école paroissiale en Ontario; en 1987, ce sera le 150e anniversaire de la première école française à Ottawa, alors appelée Bytown (note du blogueur : je n’ai pu trouver aucune référence au nom de cette première école). Elle ouvre ses portes le 6 septembre 1837, sous la direction de Zoé Masson. Une autre institution est fondée 20 ans plus tard, à Sandwich/Windsor; il s’agit du Collège de l’Assomption inauguré le 10 février 1837. Cette année marque aussi le 75e anniversaire de la bénédiction de la pierre angulaire du Collège du Sacré-Cœur, de Sudbury, le 25 août 1912.

Centenaires politiques

Le Sud-Ouest ontarien célèbre trois centenaires politiques en 1987 et l’un d’eux rejaillit sur toute la province puisqu’il s’agit de la nomination du premier sénateur franco-ontarien dans la personne du docteur Charles-Eusèbe Casgrain, de Windsor; il fait son entrée à la chambre haute le 9 janvier 1887. Le même mois naît Raymond Ducharme Morand, qui deviendra premier député fédéral francophone du Sud-Ouest. Puis, le 25 juillet de cette même année 1887, Paul Poisson voit le jour à Belle Rivière; il deviendra premier maire de Tecumseh, puis député et ministre provincial.

Triste 75e

Il y a 75 ans, en 1912, l’Ontario français vivait des heures dramatiques. C’est en effet le triste anniversaire du Règlement 17, annoncé le 13 avril par le premier ministre Whitney et entré en vigueur le lendemain de la Saint-Jean-Baptiste. Pendant quinze ans, l’enseignement du français en Ontario sera banni, sinon sévèrement limité. Pour combattre cette ignominie, Jules Tremblay fondera le journal La Justice, le 1er juin 1912.

On pourrait aussi souligner deux autres tristes événements, soit le 65e anniversaire de l’incendie de Haileybury et les environs, le 4 octobre 1922, et la mort de l’évêque de ce même endroit quelques mois plus tard, Mgr Élie-Anicet Latulipe, grand patriote et porte-parole des francophones catholiques de l’Ontario, s’éteint le 14 décembre 1922 à Cobalt.

Sudbury à l’honneur

Deux personnalités originaires de Sudbury célèbrent cette année leurs 60 ans. Ce fut le cas le 4 janvier pour Paul Desmarais, hommes d’affaires et président de Power Corporation. Et ce sera au tour de Mgr Roger Despaties le 12 avril prochain. Ce dernier, comme on le sait, fut évêque auxiliaire de Sault-Ste-Marie avant d’occuper son actuelle fonction épiscopale à Hearst.

Trois institutions sises à Sudbury seront en fête cette année. Ce sera le 45e anniversaire de la Société historique du Nouvel-Ontario, le 30 mars; le Centre franco-ontarien de folklore célébrera ses 35 ans le 5 février et l’Institut franco-ontarien aura 10 ans le 1er février.

Trois cinquantenaires

L’année 1987 nous rappelle le 50e anniversaire de la mort de deux grands Franco-Ontariens de la trempe de Mgr Latulipe. Il s’agit de Samuel Genest, mort le 26 avril 1937, et d’Alfred Longpré, décédé le 9 novembre suivant. Le premier fut président des écoles séparées d’Ottawa pendant dix-huit ans et le maître d’œuvre de la résistance au Règlement 17 à Ottawa; le second orchestra la résistance à Pembroke, autour de l’école libre dirigée par Jeanne Lajoie.

Cette année marque aussi le cinquantenaire de la fondation du Conseil de la Vie française en Amérique. Celui-ci décerne, entre autres, les prix Champlain (littérature) et Aurèle-Séguin (musique) chez les francophones hors Québec.

En communication

Ce sera sans doute fête à Hawkesbury le 20 novembre, du moins dans les bureaux de l’hebdomadaire Le Carillon, qui célébrera alors son 40e anniversaire de fondation. À Timmins, CFCL atteint 35 années de service, le poste de radio étant entré en ondes le 14 janvier 1952. (En passant, CHNO-Sudbury fut le premier poste bilingue de la province, diffusant dès le 24 juin 1947, soit exactement 40 ans passés.)

Deux autres anniversaires de plus récente date ne doivent pas être oubliés; il s’agit des 15 ans du journal Le Goût de vivre (Penetang) et des 10 ans du Journal de Cornwall.

Anniversaires culturels

Enfin, pour clore ce tour d’horizon de dates historiques, voici quelques anniversaires culturels. Il y a vingt ans, le 8 mai 1967, le premier ministre Robarts instituait une commission d’enquête sur la vie culturelle des Franco-Ontariens, présidée par Roger Saint-Denis. Elle devait donner naissance au Bureau franco-ontarien du Conseil des Arts de l’Ontario.

Cette année, Théâtre-Action fête ses 15 ans (7 mai); la Fédération des élèves du secondaire franco-ontarien aura 10 ans le 1er novembre, tout comme la Fédération culturelle des Canadiens-français (10 juillet). »

Appelez-le Monseigneur

« L’étudiant de 19 ans, Daniel Berniquez, de Hawkesbury, pense sérieusement depuis deux ans à orienter ses études en fonction de la prêtrise », peut-on lire dans l’édition du 31 décembre 1986 du journal Le Carillon. « Daniel éprouve le besoin de servir les autres. La grande foi de ses parents, Gérard et Thérèse Berniquez, et son travail à l’église St-Alphonse-de-Liguori depuis plus de sept ans, ont été des éléments favorables à sa vocation. (…) ‘J’ai encore un an d’étude en philosophie et quatre années de théologie à faire. J’espère que ces années me permettront de discerner ma vraie vocation avant le matin de mon ordination.’ » J’en conclus que toutes ces années n’ont pas été inutiles; Daniel est aujourd’hui prélat et vicaire épiscopal du diocèse d’Ottawa. On l’appelle Monseigneur et il est toujours aussi sympathique qu’à l’époque.

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Toujours dans cette même édition du 31 décembre 1986 : « Un employé municipal n’oubliera pas de sitôt le jour où il aura pris sa retraite du Service de la voirie. Doris Myre venait à peine d’entreprendre sa dernière journée de travail, vendredi, et répétait simplement un geste routinier qu’il effectuait depuis tellement longtemps: partir déneiger les rues avec la souffleuse. Mais voilà qu’à une dizaine de pieds de la sortie du garage municipal, sa souffleuse a heurté un couvercle de trou d’homme et est restée coincée. Il a débarqué de sa machine, mais a perdu équilibre et son pied s’est retrouvé à proximité de l’hélice. Le bout métallique de sa bottine de sécurité a rapidement été sectionné par la souffleuse, mais M. Myre n’a pas été blessé. Ce qui ne l’a pas empêché de connaître la peur de sa vie, le jour même de sa retraite. Il va sans dire que l’occasion de se répètera pas. » Une raison de plus pour apprécier sa retraite.

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Je parlais de lui dans ma chronique du 7 janvier 1987. « Notre ‘historien’ régional, Lucien Brault, est décédé samedi à l’âge de 82 ans. Ancien professeur d’histoire à l’Université d’Ottawa et au Collège militaire royal de Kingston, c’est lui qui avait rédigé l’histoire des comtés unis de Prescott et Russell en 1977. Il avait publié son premier livre, sur l’histoire de Gaspé, il y a plus de cinquante ans. »

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Je l’avais embauché comme rédacteur sportif onze ans plus tôt. Dans ma chronique du 14 janvier 1987, j’annonce que Yvon ‘Togo’ Legault a été promu au poste de rédacteur en chef adjoint. Il continue évidemment son rôle de rédacteur sportif. Je commence à préparer le terrain…

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La publicité était celle du ministère ontarien du Logement et elle était publiée dans le journal du 14 janvier 1987. « Le gouvernement de l’Ontario s’est engagé de façon particulière à assurer le financement de 3 000 nouveaux logements à but non lucratif destinés principalement aux personnes démunies. Ce programme s’adresse d’abord aux handicapés physiques et mentaux et aux personnes atteintes de troubles psychiatriques de même qu’aux femmes victimes de violence familiale, aux personnes sans foyer et aux autres citoyennes et citoyens socialement démunis. » Je dois avouer n’avoir aucune idée du succès qu’aura connu ce programme et si de tels logements avaient été aménagés dans Prescott et Russell puisque j’avais quitté le journal au moment où les projets auraient été approuvés et réalisés.

Une chaîne française pour les Francos en Ontario

TVOntario existait depuis de nombreuses années et le gouvernement ontarien avait décidé qu’il y aurait une chaîne française distincte pour desservir les Franco-Ontariens et les francophiles. Le Carillon du 17 décembre 1986 explique que TVOntario commencera à diffuser « environ 70 heures de programmation française par semaine » à compter de janvier 1987. « Les émissions, à caractère éducatif, seront réparties en trois secteurs distincts: enfance-jeunesse, grand public et formation à distance. » La véritable chaîne française, TFO, ne démarrerait qu’en septembre 1987.

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Francine Aubertin-Roy, jusque-là au service à temps partiel du journal, était devenue permanente après les départs de Monique Castonguay et de Charles Burroughs, et Sylvain Landriault devenait lui aussi journaliste et photographe. Dans le journal du 17 décembre 1986, on peut lire que « l’Association canadienne de patin artistique vient de nommer Francine Aubertin-Roy, de Hawkesbury, en tant que juge au niveau canadien pour les catégories en simple (hommes et femmes) ainsi qu’en danses. Francine juge les tests et les compétitions de patinage artistique depuis plus de 17 ans. Elle est membre du CPA Montréal et patineuse au club de Hawkesbury. » Voilà pour les talents locaux. « En 1987, elle jugera les championnats de division centrale à Brandon (Manitoba) en janvier et les Jeux du Canada à Sydney (Nouvelle-Écosse) au mois de février. »

Francine est décédée il y a quelques années, tandis que Sylvain a éventuellement changé de carrière pour devenir enseignant, comme son père Fernand.

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En passant, 1986 avait été proclamée l’Année internationale de la Paix. Plusieurs pays du monde ont sûrement mal compris.

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Décidément, des parents de Russell ne lâchent pas prise facilement. « Le groupe de parents de Russell mécontents du statut linguistique de l’école St-Joseph a finalement déposé une plainte à la Commission des langues d’enseignement de la province, sept mois après avoir fait mention une première fois d’une telle éventualité. » L’article du 24 décembre 1986 cite Claude Séguin, le président du groupe des parents, qui soulignait que « les politiques et les pratiques du Conseil des écoles catholiques privent les élèves francophones de la zone scolaire du hameau de Russell de l’exercice de leurs droits juridiques et constitutionnels ». Par contre, le conseil scolaire avait réalisé un sondage qui « révélait qu’une grande majorité des parents sont satisfaits de l’enseignement fourni par cette institution et ont l’intention de laisser leurs enfants continuer à la fréquenter ». Selon ce sondage, « 293 élèves sur 306 actuellement inscrits à St-Joseph y reviendront l’an prochain. Seulement 13 élèves ne seront pas inscrits l’an prochain. Et de ce nombre, beaucoup ne le seront pas parce qu’ils ont terminé leur élémentaire. » Et comme l’article précise, « il faut indiquer cependant que les parents de 29 élèves n’ont pas répondu. On ne sait pas s’il s’agit de parents qui sont insatisfaits du statut de l’école. » En fin de compte, la Commission des langues d’enseignement avait décidé que la situation ne relevait pas de sa compétence étant donné que le CECPR était un conseil formé d’élus et de dirigeants francophones, alors que la commission se préoccupait des situations où la minorité n’était pas bien desservir par la majorité. Quoi qu’il en soit, le statut de cette école en 2013 est toujours le même qu’à l’époque.

Ça, c’était une vraie chicane de clôture

Des chicanes de clôture, une expression consacrée, mais elles existent véritablement et dans les années 80, une telle chicane avait dû être tranchée par la Cour suprême du Canada, rien de moins. La saga est racontée dans Le Carillon du 3 décembre 1986. Sans oublier qu’en fin de compte, cette clôture a coûté très cher. Je vous raconte parce que l’histoire est à la fois drôle et triste. Contrairement à mon habitude, j’utiliserai des initiales plutôt que les véritables noms des intervenants.

« Une dispute entre voisins de Bourget au sujet d’une clôture a connu un dénouement, vendredi, lorsqu’un juge de la Cour suprême du Canada a rejeté la requête de N.C. pour la tenue d’un nouveau procès.

Le juge Willard Estey a décrété que les motifs évoqués par le requérant pour demander un procès étaient invalides. Dans sa requête, lundi, N.C. prétendait que certains documents importants n’avaient pas été soumis lors du procès devant la Cour d’appel de l’Ontario.

Cette affaire de dispute de clôture entre les deux voisins de Bourget remonte à 1980. N.C. avait érigé une clôture sur ce qu’il croyait être sa propriété. Toutefois, son voisin, M.L., soutenait que la clôture était plutôt sur sa propriété et demanda à la Cour de comté une injonction pour la faire enlever, ce qu’il obtint. C’est alors que l’affaire rebondit devant les tribunaux, plus précisément en Cour de comté. Depuis ce temps, la dispute a eu des échos en Cour d’appel de l’Ontario et en Cour suprême du Canada.

En rejetant la cause de N.C., le juge a indiqué que les documents qui avaient été ignorés lors de l’audience en Cour d’appel de l’Ontario n’étaient pas pertinents à la cause.

En plus de perdre la chance d’un dernier recours, N.C. devra débourser des frais d’avocats et juridiques s’élevant à environ 40 000 $. À la suite de la décision du juge, N.C. a affirmé qu’il ne paierait pas cette somme, qu’il faudrait aux créanciers qu’ils saisissent sa propriété pour être payés.

N.C. se dit convaincu d’avoir été la victime d’une injustice. Il a d’ailleurs l’intention d’aller manifester sur la colline parlementaire pour faire connaître son point de vue.

Cette longue dispute devant les tribunaux n’a pas que coûté une somme substantielle d’argent à N.C. Elle lui a également fait perdre son emploi de plombier. Il affirme que son employeur l’a remercié à cause de ses absences répétées.

Quant au second parti impliqué, le sexagénaire M.L., victime d’une crise cardiaque au cours de cette odyssée juridique, il s’est dit enchanté que l’affaire soit enfin terminée, car il estime que cela lui permettra de vendre sa propriété et de déménager. Il va sans dire qu’il se trouvait dans l’impossibilité de vendre tant que l’affaire était en cour.

M.L. a gagné sa cause en Cour de comté et en Cour d’appel en présentant des titres indiquant les limites de sa propriété. Quant à N.C. et ses avocats, ils utilisaient des contre-arguments que les différents paliers de cour ont considérés comme des principes de droit mal interprétés. En Cour suprême, N.C. avait l’intention de se représenter lui-même. »