Qu’est-ce que je mijote?

Avec la fin de mon « retour sur hier », vous aurez sans doute conclu que mes billets risquent d’être plus espacés sur mon blogue. Mais ce ne sera pas pour longtemps. Il suffit de me trouver un nouveau filon d’idées à exploiter.

Entre temps, j’ai amorcé un projet qui s’annonce plus énorme que j’avais anticipé. Mon blogue, c’est bien beau à lire le matin, mais c’est moins convivial quand vient le temps de retourner en arrière. Je suis donc en train de monter tout ce « Retour en hier » en format livre (en format PDF en fait) et dans l’ordre de publication de mes 563 billets. Il y aura quatre tomes d’environ 150 pages chacun avec index des thèmes traités et des personnes nommées.

J’ai monté le premier tome, mais il faut maintenant l’indexer et le revoir. C’est long… ce ne sera donc pas pour demain. Je vous tiendrai au courant en temps utile.

Entre temps, si vous souhaitez recevoir une copie de ces livres lors de leur parution, dites-le-moi à jeanmauricefilion@gmail.com.

Vins à moins de 20 $ – Les suggestions d’Alain

par Alain Guilbert

Voici donc quelques vins intéressants dans la fourchette de 20 $ (ce qui demeure un prix très raisonnable pour une « bonne bouteille » :

Dans les blancs, mon coup de cœur va pour les Saint-Bris… Vous ne connaissez pas? Les Saint-Bris sont des vins blancs de Bourgogne fabriqués uniquement avec du sauvignon blanc dans la région d’Auxerre. Ces sont les seuls Bourgogne blancs qui sont fabriqués avec du sauvignon … et il n’y a qu’une trentaine de producteurs dans le village de Saint-Bris, dont William Fèvre, Goinot, Bailly-Lapierre et la Chablisienne, les quelques producteurs qui en produisent suffisamment pour l’exporter. Ces vins ne se trouvent pas très souvent sur les tablettes de la SAQ et encore moins souvent sur celles de la LCBO. Si vous en voyez, côté Québec ou côté Ontario (les prix peuvent varier légèrement d’un côté ou de l’autre… et s’inscrivent dans une fourchette de 16 $ à 22 $, le tout en fonction du producteur, ne ratez pas l’occasion de les essayer). Si vous en trouvez lors d’une visite à la SAQ ou à LCBO, n’hésitez pas… et achetez-les. Ils se servent frais (aux environs de 13 degrés C) et sont délicieux comme apéritifs, tout comme ils accompagnent très bien les poissons et les fruits de mer.

À noter que la Nouvelle-Zélande produit aussi de bons sauvignons blancs à des prix plutôt doux, entre 15 $ et 18 $ environ. La plus grande qualité de ces vins de Nouvelle-Zélande est leur acidité.

J’aime bien aussi les Chablis, qui sont assez près des Sauvignons blancs, mais plus faciles à trouver autant à la LCBO qu’à la SAQ. Par exemple le Petit Chablis de Bouchard, Père & Fils, est délicieux (19,95 $ à la LCBO) de même que le Chablis Drouhin-Vaudon et le Chablis William Fèvre (eux aussi à 19,95 $ à la LCBO).

Un autre passe-partout dans les vins blancs, c’est le Riesling, qui demeure le meilleur cépage de l’Alsace. La plupart des producteurs alsaciens offrent des Rieslings… ils sont presque tous aussi bons les uns que les autres. Mon préféré est le Riesling Réserve de Willm à 15,95 $ la bouteille (prix de la LCBO).

Dans les rouges à « bon petit prix » (soit à moins de 20 $ la bouteille), je vous suggère de tourner vos yeux vers la section Italie (tant à la SAQ qu’à la LCBO). Souvenez-vous d’une chose toutefois au sujet des Chiantis. Les Chiantis à appellation Chianti seulement ne sont généralement pas très bons. Cela me fait penser aux Beaujolais… les appellations « Beaujolais » ne sont généralement pas très bonnes. Les « bons Beaujolais » proviennent des Beaujolais-Villages… il y en a 10 seulement. Leurs noms : Fleurie, St-Amour, Julenias, Chenas, Moulin-à-Vent, Chiroubles, Morgon, Régnié, Côte de Brouilly et Brouilly. On en trouve autant au Québec qu’en Ontario. Ils se vendent presque tous sous la barre de 20 $. Les deux meilleurs, à mon avis, sont le Moulin-à-Vent et le Morgon. Tous deux peuvent se garder quelques années (pas trop cependant). Attention toutefois… il y a plusieurs producteurs de chacune de ces appellations… et certains sont bien meilleurs que d’autres.

Donc, pour revenir aux vins de Chianti, les bons doivent être des Chianti Classico ou même des Chianti Classico Riserva. Ces derniers ont été conservés en barils (ou en bouteilles) plus de deux ans (comme les bons Bordeaux) avant d’être mis sur le marché. Le Chianti Classico ou le Chianti Classico Riserva opère sur le modèle de la Bourgogne. Il y a plusieurs producteurs qui se partagent des parties d’un même clos; donc, la qualité et le goût de ces vins varient selon la personne ou l’entreprise qui le fait. Parmi les bons producteurs de Chianti classique, il y a Antinori, Castellare, Fontodi, Isole, Monsanto, Poggio, Ruffino, San Felice, Volpaia, et d’autres.

Du côté des Bordeaux, un incontournable qu’on retrouve tant sur les tablettes de la SAQ que de la LCBO est le Merlot produit par Christian Moueix. Il se vend 14,95 $ à la LCBO et guère plus cher du côté du Québec. Rapport qualité-prix, c’est ce que je connais de mieux. Attention: Christian Moueix produit aussi un Pomerol et un Saint-Émilion génériques. Ils sont tous les deux très bons… mais tous deux un peu au-dessus de 20 $.

Christian Moueix est le fils de Jean-Pierre qui produit le Château Pétrus… considéré par la plupart des experts comme l’un des trois ou quatre plus grands vins au monde (sinon le plus grand). Imaginez que si quelqu’un peut produire le meilleur vin au monde avec des raisins de grande qualité, il peut aussi produire de super petits vins avec des raisins d’un niveau légèrement inférieur.

Vous pouvez aussi essayer le Pomerol et le Saint-Émilion… vous les adorerez même s’ils sont légèrement plus dispendieux que le Merlot. Mais rapport qualité-prix, rien ne bat le Merlot Christian Moueix.

Enfin, je ne peux résister à la tentation de vous suggérer un ou deux vins canadiens, même s’ils sont au-delà du prix de 20 $. Si vous recevez des amis « étrangers », des Français particulièrement, faites leur goûter le Osooyos-Larose, un cabernet sauvignon produit dans la vallée de l’Okanagan (Colombie-Britannique), un vin qui se compare facilement à de très bons Bordeaux. Vos amis Français, si vous leur faites goûter l’Osooyos-Larose « à l’aveugle » seront convaincus qu’ils goûtent un « grand Bordeaux ».

Du côté de la péninsule du Niagara (Ontario), on produit de l’excellent Pinot noir, particulièrement le Clos Jordanne. Il en existe quatre ou cinq différents dont les prix varient entre 30 $ et 70 $. Ils sont tous très bons… et n’hésitez pas à acheter celui à 30 $; il est aussi bon que tous les autres qui se vendent plus cher. Pascal Marchand, qui a été le premier maître de chai québécois à produire du vin en France (le Pommard du Clos des Epeneaux du comte Armand), l’un des meilleurs vins de Pommard à l’époque, puis qui a travaillé chez l’un des plus grands producteurs de Bourgogne, Jean-Claude Boisset, où il a créé la collection la Rougeraie, a fabriqué les premiers Clos Jordanne. On les trouve facilement en Ontario et à l’occasion au Québec.

Tout cela pour vous dire qu’il n’est pas nécessaire de dépenser des fortunes pour boire du bon vin!

Des vins intéressants à moins de 20 $

par Alain Guilbert

Il y a au moins deux ans et demi (février 2011), quand je collaborais régulièrement au blogue de mon ami Jean-Maurice Fillion (ce que j’ai fait pendant quelques mois en rédigeant une soixantaine de textes), j’en avais écrit un où j’expliquais comment mes goûts avaient évolué dans mon apprentissage du vin. Depuis ce moment, près de 400 personnes ont consulté ce texte. Je n’en reviens tout simplement pas.

Comme beaucoup de gens de ma génération (je suis même légèrement en avant des « baby-boomers »), j’ai commencé avec des vins qui n’étaient peut-être pas très chers… mais qui ne valaient même pas le prix qu’il fallait débourser pour les acquérir à l’époque.

Mon premier vin de tout aura été… un Manoir St-David à 0,77 cent la bouteille (oui, oui, moins d’un dollar)… Puis j’ai enchaîné avec des Chiantis (la bouteille recouverte de paille), des Liebfraumilch (vraiment trop sucrés), tout comme des Black Tower, avant d’arriver au Clos St-Odile (évidemment nous étions alors dans les « blancs »). Dans les « rouges », il y avait les Beaujolais (pas très bons), particulièrement les Beaujolais « nouveaux » (nous ne connaissions vraiment rien aux vrais vins pour nous précipiter sur ces primeurs chaque mi-novembre), le Ben Afnam, un vin algérien (supposément) qui contenait un peu de « pétrole », avant de montrer notre esprit nationaliste en buvant la Cuvée des Patriotes (ouais)!!!!

Avec les années, j’ai appris… J’ai suivi des cours sur la dégustation du vin et j’ai appris à distinguer le bon vin de la vulgaire « piquette ». J’ai lu des guides… J’ai acheté des livres… J’en ai eu en cadeaux… Quand je travaillais encore et que mes revenus me le permettaient, j’ai commencé à acheter de bien meilleurs vins. J’avais une couple d’amis à la SAQ et quand les « primeurs » (« futures » en anglais) étaient mises en vente, il était assez facile d’obtenir ceux que nous voulions. C’est ainsi que j’ai découvert les Bordeaux « crus bourgeois ». Ce n’était pas des « grands crus », mais quand même d’excellents vins. Il s’agissait, avec l’aide de bons conseillers à la SAQ, de dénicher les « crus bourgeois » des « bonnes années », des vins qui pouvaient facilement se garder en cellier pendant quelques années (cinq ou six, même plus parfois et surtout gardés dans de bonnes conditions), et qu’on pouvait obtenir pour moins de 20 $ par bouteille. Quelques-uns des meilleurs étaient un peu plus chers. Je me souviens d’avoir acheté entre autres des Sociando-Mallet 1990 (une super année) pour moins de 30 $. Le Sociando-Mallet, qui se vend maintenant dans les 55 $ en « primeur », a depuis bien longtemps été mon vin fétiche, et le demeure encore. C’est d’ailleurs le seul vin « cher » que je me paye depuis que je suis à la retraite.

Bien sûr, n’importe quelle personne relativement à l’aise peut acheter de grands crus de Bordeaux comme les châteaux Pétrus, Margaux, Lafite Rothschild, Mouton-Rothschild, Haut-Brion, Cheval Blanc, Ausone et autres… ainsi que de grands crus de Bourgogne, comme La Tache, la Romanée-Conti et autres à 500 $, 1 000 $, 1 500 $ et même 2 000 $ la bouteille. Bien sûr, tous ces vins comptent parmi les meilleurs au monde. Mais seuls les « très riches » peuvent se les offrir.

Comme je n’ai pas les moyens de me payer ces vins (ainsi que la plupart de ceux qui me lisent), mon vrai plaisir consiste encore à trouver de bons petits vins à moins de 20 $ autant que possible et à les trouver aussi bons (ou presque) que certains grands crus. Après tout, le vin demeure et demeurera toujours une affaire de goût.

Je dis souvent à des amis qui ne sont pas trop familiers avec les vins d’en acheter dans la catégorie de 15 $ à 20 $ et de les essayer. Il faut en essayer beaucoup… des blancs, des rouges, etc., et il faut prendre des notes quand on les trouve à notre goût, quand on les aime… et ceux-là (qu’on trouve à notre goût et qu’on aime) il faut en racheter… tout en continuant à en essayer régulièrement des nouveaux.

Il est important de noter l’année de production des vins qu’on a aimés… car, ils n’ont pas le même goût ou les mêmes qualités d’une année à l’autre… et de noter aussi les caractéristiques des vins qu’on a aimés : couleur, robe, intensité, saveurs, etc. Le vin est une question de goût. Certains l’aiment corsé, ou sec, ou doux, ou sucré, ou amer, ou long en bouche. Ce n’est pas parce que j’aime un vin que vous allez nécessairement l’aimer. Mon ami Jacques Pronovost, le président et éditeur du quotidien Le Droit, qui ne connaissait pas beaucoup les vins à son arrivée à Ottawa, est tombé en amour avec le Château Timberlay, un Bordeaux qui se vend au prix modeste de 14,95 $ à la LCBO (la SAQ de l’Ontario). Et pourquoi pas? Il ne s’agit pas d’un grand vin… mais s’il satisfait notre goût pourquoi pas? Ce n’est pas parce qu’un vin coûte 100 $ ou 200 $ qu’il est meilleur qu’un autre de 20 $ ou 25 $… Le vin n’est pas affaire de prix… mais de goût… ne l’oubliez jamais!

Demain : Les suggestions d’Alain

Retour à aujourd’hui

C’était le 2 mars 2011 – eh, oui… deux ans sept mois et 15 jours – que je vous présentais mon « retour sur hier ». Je vous expliquais que je vous ferais vivre la petite histoire de Hawkesbury et de Prescott et Russell pendant les 22 années de ma carrière journalistique avec Le Carillon de Hawkesbury.

Aujourd’hui, après vous avoir présenté pas moins de 571 billets et l’équivalent de plus de 1500 références « historiques » et personnelles, je termine ce volet de mon blogue. Je dis bien « ce volet » parce que mon blogue continue, bien que le rythme soit plus espacé. Je vous reviendrai un peu plus tard avec un volet sur mes 23 années à Postes Canada… une expérience différente de celle du journal, mais tout aussi intéressante.

Dans mes adieux aux lecteurs du journal, je n’avais pas tout expliqué de ma décision. À 40 ans, je travaillais pour une entreprise familiale, et mon ambition, depuis plusieurs années, était d’en assumer un jour la direction. Mais voilà, le propriétaire de l’entreprise, lui, voyait sa famille naviguer la barque. Nous n’avions pas la même compréhension des individus concernés. Quoi qu’il en soit, j’avais compris que ma place n’était plus là et j’avais décidé de partir. Je cherchais depuis plus de cinq années et je cherchais ailleurs que dans le monde journalistique. Dans ce monde-là, j’aurais été un simple valet, alors que j’étais roi dans mon royaume.

André Paquette avait une confiance totale en moi; du moins je le crois. Il lisait le journal en même temps que les lecteurs et souvent, à cause de mes prises de position éditoriale, il s’est retrouvé dans l’embarras auprès de ses amis et de ses connaissances. Mais il comprenait que cette dynamique journalistique qui marquait Le Carillon lui rapportait financièrement. Les lecteurs affluaient chaque semaine et, par conséquent, les annonceurs aussi. J’avais quasiment carte blanche. Il m’est arrivé souvent de faire ajouter quatre pages à la dernière minute un mardi soir pour accommoder le volume de nouvelles que mon équipe et moi avions produites cette semaine-là. Les lecteurs, qui passaient en premier, appréciaient. Les annonceurs le savaient.

Aujourd’hui, j’éprouve parfois de la nostalgie pour cette partie de ma longue carrière dans le monde des communications. Je n’y retournerais pas parce que ce monde a changé et j’y fonctionnerais mal. Par contre, j’ai adopté une autre forme de médias, celle des « médias sociaux » et, particulièrement, la technique du blogue. Je m’y sens parfaitement à l’aise. Vous m’aurez pour encore longtemps, si, comme dirait Yoda, la Force reste avec moi bien sûr!

À tout événement, j’espère que vous aurez aimé ce retour en arrière. Une période de nombreux changements, surtout pour la communauté franco-ontarienne. Quant à Hawkesbury, je m’y reconnais de moins en moins. J’en suis parti depuis trop longtemps maintenant.

Demain : Ça continue, avec un billet sur les vins à moins de 20 $

Les adieux d’un éditorialiste

J’avais écrit, dès le départ et à quelques reprises, que mon « retour sur hier » constituait également mes mémoires personnelles de cette époque de ma vie (1965-1987). C’est pourquoi je reproduis intégralement mon éditorial du 15 avril 1987 dans le journal Le Carillon. Pour moi, c’était la fin d’une période fascinante de ma vie. Je vous en reparle un peu plus lundi.

Vous me permettrez bien humblement, après avoir utilisé cet espace pendant plus de 750 fois pour des motifs « officiels » d’éditorialiste, de l’emprunter quelques instants… le temps de vous faire mes adieux.

Quand j’ai commencé au journal, en mai 1965, Le Carillon avait alors 18 ans, en plein milieu de son adolescence. J’ose croire que pendant ces 22 années, j’aurai contribué un tant soit peu à le guider honorablement vers l’âge adulte. Résumer en quelques phrases une si longue carrière est pratiquement impossible et je me garderai bien de tenter de le faire. Dans quelques semaines, je quitterai le journal avec le sentiment du devoir accompli, une foule de souvenirs ineffaçables dans un coin bien spécial de mon cœur.

Mon séjour au Carillon – la moitié de ma vie « productive » si l’on peut dire – m’aura permis de tisser des liens d’amitié qui seront inoubliables. Malheureusement, à cause de la nature même de cet ingrat métier d’éditorialiste et de journaliste, il y aura eu également quelques « ennemis ». Si j’ai blessé, offensé quelqu’un au cours ces plus de 750 éditoriaux hebdomadaires, je ne m’en excuse pas. C’est que j’avais jugé, selon les circonstances du moment, que cela devait être écrit. Je souhaite, en partant, que ces lecteurs « blessés » sachent comprendre. Pour moi, la rancune n’est qu’un mot que l’on retrouve quelque part dans les pages d’un dictionnaire.

L’exercice de mon métier n’aurait pas été possible sans la collaboration de tous ceux que j’ai côtoyés au cours de ces 22 dernières années. La collaboration des uns, les judicieux conseils des autres, les encouragements, les critiques constructives, l’appréciation du service rendu auront contribué à faire de cette carrière une expérience à jamais inoubliable. Le service de sa communauté est sûrement l’une des plus belles carrières.

Fraîchement sorti du petit séminaire d’Ottawa, en 1965, André Paquette me fournissait l’occasion de goûter au « plus beau métier du monde »; ce ne devrait être alors qu’un travail d’été, comme tout étudiant de mon temps et d’aujourd’hui le souhaite tant. Le coup de foudre avec le journalisme a été éclatant. J’y suis resté longtemps, du moins jusqu’à ce que la réalité de l’âge et de l’avenir me fasse reconsidérer mes objectifs de vie personnels. Méditer de telles décisions, vous le comprendrez, n’est pas de tout repos. Abandonner ce que l’on aime, les gens que l’on côtoie depuis si longtemps, le milieu dans lequel on évolue quotidiennement n’est pas facile. Les sentiments sont mis à l’épreuve.

Prendre un autre tournant, à l’âge « critique » de 41 ans, est un phénomène que l’on rencontre très souvent; cela fait partie du processus d’apprentissage à la vie; du phénomène d’« actualisation de soi », comme l’affirmerait mon professeur de psychologie. Il n’en reste pas moins que l’expérience peut paraître bouleversante. Je ne m’en cache pas.

Je me console toutefois en pensant que je continuerai dans le journalisme communautaire, mais dans un contexte différent. À compter du 11 mai, je serai au service de cette grande communauté de 63 000 travailleurs de la Société canadienne des postes, dans la fonction de rédacteur-réviseur national aux communications internes. Un titre bien ronflant qui décrit le rôle que j’aurai dans la production bimensuelle des neuf journaux divisionnaires destinés aux employés de Postes Canada d’un océan à l’autre. Tout un défi que j’anticipe avec hâte.

Par contre, je ne quitte pas Hawkesbury. La route ne me faisant pas peur, je ferai la navette quotidienne entre Hawkesbury et le siège social de Postes Canada à Ottawa. Il est donc fort possible qu’une fois parti du journal, j’en profite occasionnellement pour utiliser le « forum communautaire », question de ne pas enterrer une fois pour toutes ce « petit homme court et grognon » qui aura apprécié votre compagnie hebdomadaire pendant toutes ces années.

Je m’en voudrais de ne pas conclure en vous transmettant mes plus sincères remerciements. Cette fidélité à me lire chaque semaine aura été pour moi un stimulant indescriptible.

Je m’en voudrais tout autant de ne pas remercier toute cette équipe formidable qui m’a épaulé au fil des ans et surtout André Paquette pour la confiance qu’il m’a manifestée et sans laquelle le métier aurait été pénible.

Lundi: Retour à aujourd’hui

Un détenu obtient son diplôme d’études secondaires

Le texte suivant avait été publié dans le journal Le Carillon du 15 avril 1987. J’ai décidé de reproduire le texte intégralement, y compris le nom de l’individu, parce que 26 ans plus tard, il doit en être encore drôlement fier. Personnellement, je crois qu’il est un exemple de la nécessité et de l’efficacité des programmes de réhabilitation par opposition à l’incarcération à long terme que semble favoriser notre gouvernement conservateur fédéral actuel. Le reportage avait été sous la plume d’Yves Rouleau.

L’ambiance était à la réjouissance lundi midi à la prison de L’Orignal. Et le sujet de la fête, fait rare, était un détenu, Gaston Demers. Fait rare, en effet, car les prisonniers sont davantage habitués à être en marge de la société plutôt que les héros d’une fête.

La direction et les gardiens de la prison, des enseignants, un prêtre, un conseiller scolaire et les médias étaient du party qui soulignait la remise du diplôme de 12e année à Gaston Demers, le premier prisonnier de l’institution à avoir parfait ses études pendant son incarcération. Il y en aura d’autres promettent les concepteurs de ce projet d’enseignement aux détenus.

Gaston Demers a accepté des félicitations d’une sincérité touchante de la part de ceux qui l’ont aidé à obtenir son diplôme. Lui-même a profité d’une allocution pour témoigner de façon émouvante de sa gratitude.

C’est en janvier que Gaston a décidé de s’attaquer à la tâche de décrocher un diplôme de 12e année. Cette possibilité s’est ouverte à lui par le biais d’un projet commun de la prison de L’Orignal et du programme d’école alternative de l’école secondaire régionale de Hawkesbury afin de permettre aux détenus d’améliorer leur scolarité pendant leur détention. Ce projet est inédit en ce sens que les enseignants se rendent à la prison et offrent les cours sur place.

Un peu plus de trois mois plus tard, Gaston Demers a obtenu ses quatre crédits qui lui en donnent 27 et un diplôme d’école secondaire. Il a obtenu deux crédits de français, un d’anglais et un de mathématiques.

Lundi, Gaston Demers, 31 ans, était un homme nerveux. Il vivait d’espoir. Bientôt, il retrouvera sa liberté et cette fois il se promet que ce sera pour de bon. « Je suis pas mal fier d’avoir obtenu ce diplôme », a indiqué le nouveau diplômé lors d’une allocution précédant le dîner en son honneur. « Pour la plupart des gens, un diplôme de 12e année, ce n’est pas ce qu’il y a de plus extraordinaire, mais pour un détenu c’est excellent », a-t-il ajouté.

Dans un vocabulaire restreint, mais dans une forme cohérente, l’élève prisonnier a parlé avec émotion de la joie que lui procurait l’obtention du diplôme. Il n’a pas parlé que pour lui-même, mais aussi pour tous les détenus.

« L’obstacle majeur à la réhabilitation des détenus c’est l’éducation, a-t-il affirmé. Bien sûr, il y a les problèmes de drogue et d’alcool, mais c’est surtout l’éducation. Nous sortons toujours de prison plein de bonnes intentions. Nous partons cogner aux portes pour une job. Notre manque d’éducation nous ferme les portes. Par conséquent, nous nous retrouvons sur le bien-être ou avec un emploi qui rapporte à peine 4 $ l’heure. Beaucoup d’entre nous ont des familles à soutenir. À ce salaire, nous devenons incapables de payer les factures de fin de mois. Nous tenons le mieux que nous pouvons, puis nous n’en pouvons plus. C’est alors que nous décidons ‘d’arrondir’ à notre manière les fins de mois… et que nous nous retrouvons de nouveau derrière les barreaux. »

Gaston Demers n’était pas le seul homme heureux lundi à la prison de L’Orignal. « Je travaille dans des centres de détention depuis longtemps. Il y a eu plusieurs journées que j’aime mieux oublier. Mais cette journée est une des plus heureuses de ma vie dans mon travail », a admis le sergent André Cadieux de la prison, un des promoteurs du projet de parachèvement de l’éducation des détenus.

« Quand j’ai commencé avec le ministère des Services correctionnels, j’avais le rêve d’un programme d’éducation des détenus. Maintenant ce rêve se réalise », a-t-il encore ajouté.

Serge Sauvé est un des deux enseignants qui a accepté de participer à ce projet d’éducation des détenus. Il a trouvé l’expérience des plus enrichissantes. « Je n’avais jamais mis les pieds à la prison, raconte-t-il. J’ai ressenti un drôle de feeling. Je me suis demandé si je pourrais. Puis, lorsque j’ai commencé, ça s’est casé. Je me sentais très à l’aise. L’expérience a été très enrichissante et stimulante professionnellement. »

M. Sauvé a également été étonné de l’attitude enthousiaste des élèves prisonniers. Il a également admiré leur propension à s’entraider.

Le deuxième enseignant à participer au projet, Yves Séguin, a également été emballé de l’attitude positive des détenus. « Ils s’employaient tous à réussir leurs travaux. On m’a raconté que certains d’entre eux exécutaient leurs travaux le soir dans leurs cellules dans la pénombre », a relaté M. Séguin.

Ce dernier a par ailleurs insisté. « N’allez pas croire que nous faisons aux détenus cadeau de leur diplôme. Les cours aux détenus sont les mêmes qu’offerts aux autres élèves de l’école alternative », a-t-il indiqué.

Gaston Demers a pour sa part retourné le compliment aux deux enseignants.

« Pour que le programme fonctionne, il fallait que les détenus aient confiance aux deux enseignants sinon ce n’aurait pas fonctionné. Nous avons tout de suite senti que les enseignants nous respectaient. Ce n’est pas n’importe lesquels enseignants qui auraient pu faire ce travail », a-t-il souligné.

Contents de leur premier résultat positif, les deux enseignants continuent leur travail auprès des détenus de L’Orignal. Ils se rendent à la prison quatre jours par semaine. Ils s’installent dans la cellule commune et s’adressent aux élèves prisonniers dont les pupitres sont presque les uns sur les autres. Les conditions ne sont pas très bonnes. Mais ce qui est plus important c’est que la grande majorité des détenus accepte de suivre les cours, puis ils sont emballés. Il y aura d’autres remises de diplôme à la prison de L’Orignal assurent prisonniers et enseignants.

(Note du blogueur : Ce reportage était publié dans la même édition dans laquelle je faisais mes adieux aux lecteurs. Je ne sais pas s’il y a eu d’autres diplômés, bien que j’imagine que oui.)

Demain : mes adieux à mes lecteurs du journal Le Carillon

Feuilleton sur une époque longtemps disparue (11)

Caledonia Springs condamné à s’abîmer

Caledonia Springs aménagé en site touristique d’envergure. Voilà une vision à faire rêver tous les apôtres – et ils sont de plus en plus nombreux – du tourisme dans Prescott-Russell. Malheureusement, les chances d’un tel développement sont plutôt minces si l’on en croit des personnes concernées par le développement touristique dans le comté ainsi que ses principaux politiciens.

Et c’est l’argent, encore l’argent, qui semble le principal obstacle à un quelconque développement de l’ancien emplacement des sources de Caledonia. « Il s’agirait d’un projet de très grande envergure puisqu’à ce que j’en sais, il ne reste pratiquement plus rien des anciennes installations. Par conséquent, le travail de reconstitution serait considérable. Et de tels travaux nécessiteraient beaucoup, beaucoup d’argent », estime pour sa part le député provincial de Prescott-Russell, Don Boudria.

Mais si, dans son esprit, les sources suscitaient de l’intérêt chez les touristes à cause du caractère inusité du sujet, M. Boudria ne croit pas que les autorités gouvernementales doivent, pour autant, investir aveuglément dans un tel projet. Il considère qu’une étude de viabilité sera nécessaire auparavant. À partir de cette étape, qui sait, soutient M. Boudria.

Le député fédéral de Glengarry-Prescott-Russell, Denis Ethier, doute que son palier de gouvernement soit prêt à investir dans un projet de restauration de Caledonia Springs. « Surtout dans le contexte économique actuel alors que les fonds sont requis à d’autres fins », précise M. Ethier. Toutefois, il croit qu’un tel projet pourrait intéresser l’industrie privée.

Le président du comité de l’industrie et du tourisme des comtés unis de Prescott-Russell, M. Roma Beaulieu, est lui plus optimiste. Il estime qu’une ébauche adroitement conçue et convaincante ferait peut-être fléchir le gouvernement. Surtout si un tel projet comportait un lieu de séjour pour touristes visitant Ottawa et Montréal, soutient pour sa part un des membres fondateurs du Comité de développement de Prescott-Russell, comité qui, lui-même, parraine l’Association touristique de Prescott-Russell, M. Roger Pommainville.

Selon M. Pommainville, la situation géographique de Caledonia Springs constitue un de ses principaux attributs, ce patelin étant situé à peu près à mi-chemin entre Montréal et Ottawa. Or, estime M. Pommainville, les touristes pourraient effectuer une halte à Caledonia Springs entre leurs visites dans les deux importantes villes. Pendant leur séjour, dont la durée pourrait varier, ils visiteraient sans doute également l’ensemble des comtés. Éventuellement, le site touristique pourrait prendre de l’ampleur, croit M. Pommainville, de telle sorte que les particularités de jadis des lieux pourraient être reconstituées. Celles-ci, estime d’ailleurs le membre fondateur du CRPR, revêtent un attrait incontestable parce qu’elles sont uniques.

L’actuel président du Comité de développement de Prescott-Russell, M. Montcalm Houle, est convaincu de l’intérêt que susciterait une reconstitution à quelque degré que ce soit des sources. Il cite pour appuyer ses dires l’exemple d’une exposition de photos d’époque des comtés unis l’an dernier à l’Expo d’Ottawa. Or, ce sont les photos des facilités de Caledonia Springs qui attirèrent davantage l’attention. Les observateurs s’attardaient longtemps à les regarder et posaient beaucoup de questions, affirme M. Houle. Enfin, il souligne qu’en reconstituant les bains, les promoteurs d’un projet d’aménagement d’un site touristique à Caledonia Springs attireraient une forte clientèle d’amateurs qui sont obligés de s’exiler dans d’autres provinces canadiennes et même aux États-Unis pour satisfaire leurs goûts.

Et comme le concluaient les journalistes Monique M. Castonguay et Yves Rouleau à l’époque :

« En réalité, Caledonia Springs est aujourd’hui le simple nom d’un emplacement pratiquement inhabité au sud-est d’Alfred. Il y subsiste quelques ruines qui rappellent un passé grandiose. »

Feuilleton sur une époque longtemps disparue (10)

Le cheminement de l’usine de Hawkesbury

Le directeur général de l’entreprise de Hawkesbury, M. Dicaire, a raconté que M. Arthur Tessier, père de Maurice, avait suivi le cheminement de l’usine d’embouteillage tout au long de son histoire, de leurs propriétaires et de leurs différentes adresses. Son métier d’embouteilleur consistait entre autres à mesurer la quantité de gaz contenue dans l’eau au moment de poser la capsule, surveiller le nettoyage des bouteilles effectué partiellement à la main, et l’embouteillage comme tel. Les bouteilles étaient enfilées manuellement sur des brosses actionnées par des machines pour le nettoyage. Un gicleur effectuait le rinçage lorsque les bouteilles y étaient acheminées.

La compagnie a compté jusqu’à 29 employés : des étudiants de l’école secondaire y travaillaient aussi le soit pour coller les étiquettes sur les anciennes bouteilles.

Après l’installation d’une pompe sur place à l’ancienne usine de Gurd’s, l’eau était déversée dans quelque six barils de cuivre par jour. Chacun d’eux contenait 45 gallons, ce qui constituait le travail de toute une journée.

M. Dicaire a énuméré six différentes liqueurs douces embouteillées chez-lui à un moment ou à un autre, soit le Kik, Gurd’s, Orange Crush, Hit, John Collin’s, 7-Up, sans compter le Cream Soda, et la bière d’épinette, ainsi que le Nectar de différentes compagnies.

C’était à son entreprise à veiller à la mise en marché de son produit et en faire la distribution. Son territoire comprenait Prescott et Russell, en Ontario, ainsi que le comté de Soulanges au Québec, et la région comprise entre Brownsburg, St-Placide et Duhamel-Thurso de l’autre côté de la rivière Outaouais. À titre de promotion, plusieurs bicyclettes ont été tirées au sort parmi les clients, sans oublier que durant quelque temps, trois capsules de liqueur douce valaient un laissez-passer pour la présentation d’un film le vendredi soir.

L’Orange Crush a toujours été un produit en demande pour l’entreprise de Hawkesbury; M. Sabourin avait refusé en 1936 la franchise de Coca-Cola parce qu’à cette époque, une caisse de Coke était vendue pour chaque sept caisses d’orangeade.

L’entrepôt de Caledonia Springs a été vendu à M. Cameron de Vankleek Hill en 1963 pour être démoli il y a cinq ou six ans. Retourné récemment sur le terrain, M. Dicaire a reconnu les pins importés de Glasgow en Écosse par M. Gurd à l’époque, ainsi que la pompe manuelle à deux hommes, toujours en place près du puits.

Ses souvenirs et les informations qu’il a obtenues de bouche à oreille relatent que durant l’époque de la prohibition en Ontario, les wagons chargés de whisky étaient repérés durant une halte sur la voie ferrée, perforés à l’aide d’un vilebrequin sous les tonneaux, vidés dans d’autres contenants pour être revendus en fraude sous une capsule de Cream Soda aux amateurs du coin.

Demain : Caledonia Springs condamné à s’abîmer

Feuilleton sur une époque longtemps disparue (9)

L’embouteillage des eaux : autant de compagnies que d’hôtels

par Monique M. Castonguay

S’il existait trois hôtels à Caledonia Springs, il n’en était pas moins que trois usines d’embouteillage tiraient des revenus des sources à la fin du siècle dernier. La Hawkesbury Bottling Works a survécu aux deux autres pour finalement s’éteindre dans les années soixante.

Le dernier embouteilleur de cette compagnie, M. Eugène Dicaire, réside toujours à l’emplacement de la dernière usine d’embouteillage, rue Hampden à Hawkesbury.

En fouillant dans ses souvenirs, il a établi que Canada Dry a embouteillé sous le nom d’Adanac Waters dans des installations au sous-sol du Grand Hôtel et a cessé ses opérations complètes à Caledonia Springs en 1938. Gurd’s Mineral Water Co. Ltd embouteillait de l’autre côté de la route, près de la voie ferrée, a vendu sa compagnie à Émile Paré de Hull en 1940 qui a embouteillé sous le nom de Régal, et Hawkesbury Bottling devait en faire l’acquisition en 1947 pour l’amalgamer à sa compagnie et fermer ses portes en 1963. Seule la compagnie de Hawkesbury, commencée sous la direction de M. Amédée Sabourin alors maire de Hawkesbury, devait embouteiller à l’extérieur du début à la fin.

Ses premiers locaux ont été dans l’hôtel appartenant au Canadian National Railroad à Hawkesbury, édifice remplacé par l’ancien Hôpital Notre-Dame ou annexe B. On y embouteillait l’eau Maple Leaf sous la compagnie « The Maple Leaf Aerated Water Co. ». L’entreprise a été vendue à ses deux fils, Philippe et Charlemagne, qui l’ont revendue à leurs oncles, Antoine et André Sabourin (frères d’Amédée). Antoine, beau-père de M. Dicaire, a racheté la part d’André dans l’entreprise en 1936, et sa fille, Émilienne Sabourin-Dicaire devait en hériter en 1942.

M. Dicaire a révélé que son entreprise s’approvisionnait d’une autre source d’eau gazeuse que celle qui était connue par le Grand Hôtel. Elle était sur le terrain de M. Gauthier, qui a déménagé depuis, à proximité de l’école, à droite du chemin. L’eau y jaillissait à trois pieds de terre.

Une autre source d’eau minérale existait aussi sur le terrain de M. Carrière au bout d’un cul-de-sac dans la terre noire près du Lost Creek; l’eau sort dans un jet à deux pieds de terre et certaines personnes s’y approvisionneraient encore.

L’usine d’embouteillage de Hawkesbury allait chercher son eau avec des barils de bois toute l’année. Les chevaux facilitaient le transport durant l’hiver. Les locaux de l’usine ont ensuite été construits sur la rue Atlantic, là même où Le Carillon tient ses bureaux actuellement. Un puits d’eau douce potable avait été creusé pour s’assurer un approvisionnement autre que l’eau de la rivière qui montrait déjà des signes de pollution. Ce local a été vendu pour déménager sur la rue Principale en face des forges Vachon et près de l’ancien restaurant Duplantie. Plus tard, la rue Régent était l’hôte de l’usine d’embouteillage, dans le local qui a servi plus tard à l’imprimerie Régent de feu Gérard Millette. Finalement, la compagnie a élu domicile sur la rue Hampden en 1938 pour y rester; un puits avait aussi été creusé à cet endroit.

M. Dicaire a expliqué que de son côté, Adanac embouteillait sur place. Gurd’s avait bâti un entrepôt de deux étages et les employés étaient logés au deuxième plancher. L’eau était pompée à proximité par une pompe manuelle qui devait être opérée par deux hommes. Les barils d’eau étaient ensuite transportés par train à Montréal.

Demain : Le cheminement de l’usine de Hawkesbury

Feuilleton sur une époque longtemps disparue (8)

On y vient encore

Caledonia Springs n’est plus que le fantôme d’autrefois. De sa magnificence, il ne reste plus qu’un réseau de trottoirs, un pavillon des sources et les structures d’un barrage et de l’embouteillage. Mais la renommée est longue à décrépir. Il y vient encore parfois des gens d’aussi loin que les États-Unis qui s’informent auprès des résidents de l’emplacement des sources qu’ils croient, du reste, encore en bon état.

Le propriétaire d’une partie du terrain où se trouvaient autrefois érigées les plus impressionnantes installations de Caledonia Springs, M. Reynald Leduc, raconte qu’il a reçu il y a quelques années la visite d’une femme dont le docteur à Kingston avait recommandé une cure à Caledonia Springs pour soulager ses malaises rhumatismaux. Elle fut évidemment très désappointée d’apprendre qu’on ne traitait plus les malades à Caledonia Springs.

Lorsque Le Carillon s’est rendu au pavillon des sources, deux hommes d’Alfred s’y trouvaient. MM. Philippe Arcand et René Bourdon étaient venus recueillir quelques cruches d’eau qu’ils entendaient goûter au cours des jours suivants. Les deux hommes sont d’abord des amateurs d’eau de source. Mais ils sont aussi des rêveurs. Lorsqu’ils s’y rendent, ils se laissent aller à s’imaginer la splendeur qui a pu émaner de Caledonia Springs.

« Ça ne ressemble en rien à ce que ce fut autrefois. Pourtant, je suis captivé à chaque fois que je viens ici, soutient M. Bourdon. Je m’imagine parfois Caledonia Springs avec son aspect d’autrefois et je suis fasciné. Cependant, à chaque fois que j’y reviens, il me semble que tout s’est détérioré davantage et cela me chagrine. Bientôt, il ne restera plus rien et c’est dommage, car restaurer Caledonia Springs pourrait constituer une grande attraction touristique. Il y a partout des musées fort populaires dont les thèmes sont beaucoup moins intéressants que Caledonia Springs. »

« Moi, je viens surtout pour l’eau, raconte M. Arcand. Je ramène une cruche d’eau salée et une autre d’eau sulfureuse. J’en bois une très petite quantité par jour de sorte que ma réserve dure longtemps. Il me semble que je me sens mieux lorsque je bois cette eau. Ma digestion entre autres se fait plus facilement. J’aime également me promener un peu aux alentours. Je me fis souvent que les gens qui venaient séjourner ici devaient être très importants et fortunés. »

Lundi: L’embouteillage des eaux