Feuilleton sur une époque longtemps disparue (10)

Le cheminement de l’usine de Hawkesbury

Le directeur général de l’entreprise de Hawkesbury, M. Dicaire, a raconté que M. Arthur Tessier, père de Maurice, avait suivi le cheminement de l’usine d’embouteillage tout au long de son histoire, de leurs propriétaires et de leurs différentes adresses. Son métier d’embouteilleur consistait entre autres à mesurer la quantité de gaz contenue dans l’eau au moment de poser la capsule, surveiller le nettoyage des bouteilles effectué partiellement à la main, et l’embouteillage comme tel. Les bouteilles étaient enfilées manuellement sur des brosses actionnées par des machines pour le nettoyage. Un gicleur effectuait le rinçage lorsque les bouteilles y étaient acheminées.

La compagnie a compté jusqu’à 29 employés : des étudiants de l’école secondaire y travaillaient aussi le soit pour coller les étiquettes sur les anciennes bouteilles.

Après l’installation d’une pompe sur place à l’ancienne usine de Gurd’s, l’eau était déversée dans quelque six barils de cuivre par jour. Chacun d’eux contenait 45 gallons, ce qui constituait le travail de toute une journée.

M. Dicaire a énuméré six différentes liqueurs douces embouteillées chez-lui à un moment ou à un autre, soit le Kik, Gurd’s, Orange Crush, Hit, John Collin’s, 7-Up, sans compter le Cream Soda, et la bière d’épinette, ainsi que le Nectar de différentes compagnies.

C’était à son entreprise à veiller à la mise en marché de son produit et en faire la distribution. Son territoire comprenait Prescott et Russell, en Ontario, ainsi que le comté de Soulanges au Québec, et la région comprise entre Brownsburg, St-Placide et Duhamel-Thurso de l’autre côté de la rivière Outaouais. À titre de promotion, plusieurs bicyclettes ont été tirées au sort parmi les clients, sans oublier que durant quelque temps, trois capsules de liqueur douce valaient un laissez-passer pour la présentation d’un film le vendredi soir.

L’Orange Crush a toujours été un produit en demande pour l’entreprise de Hawkesbury; M. Sabourin avait refusé en 1936 la franchise de Coca-Cola parce qu’à cette époque, une caisse de Coke était vendue pour chaque sept caisses d’orangeade.

L’entrepôt de Caledonia Springs a été vendu à M. Cameron de Vankleek Hill en 1963 pour être démoli il y a cinq ou six ans. Retourné récemment sur le terrain, M. Dicaire a reconnu les pins importés de Glasgow en Écosse par M. Gurd à l’époque, ainsi que la pompe manuelle à deux hommes, toujours en place près du puits.

Ses souvenirs et les informations qu’il a obtenues de bouche à oreille relatent que durant l’époque de la prohibition en Ontario, les wagons chargés de whisky étaient repérés durant une halte sur la voie ferrée, perforés à l’aide d’un vilebrequin sous les tonneaux, vidés dans d’autres contenants pour être revendus en fraude sous une capsule de Cream Soda aux amateurs du coin.

Demain : Caledonia Springs condamné à s’abîmer