Les adieux d’un éditorialiste

J’avais écrit, dès le départ et à quelques reprises, que mon « retour sur hier » constituait également mes mémoires personnelles de cette époque de ma vie (1965-1987). C’est pourquoi je reproduis intégralement mon éditorial du 15 avril 1987 dans le journal Le Carillon. Pour moi, c’était la fin d’une période fascinante de ma vie. Je vous en reparle un peu plus lundi.

Vous me permettrez bien humblement, après avoir utilisé cet espace pendant plus de 750 fois pour des motifs « officiels » d’éditorialiste, de l’emprunter quelques instants… le temps de vous faire mes adieux.

Quand j’ai commencé au journal, en mai 1965, Le Carillon avait alors 18 ans, en plein milieu de son adolescence. J’ose croire que pendant ces 22 années, j’aurai contribué un tant soit peu à le guider honorablement vers l’âge adulte. Résumer en quelques phrases une si longue carrière est pratiquement impossible et je me garderai bien de tenter de le faire. Dans quelques semaines, je quitterai le journal avec le sentiment du devoir accompli, une foule de souvenirs ineffaçables dans un coin bien spécial de mon cœur.

Mon séjour au Carillon – la moitié de ma vie « productive » si l’on peut dire – m’aura permis de tisser des liens d’amitié qui seront inoubliables. Malheureusement, à cause de la nature même de cet ingrat métier d’éditorialiste et de journaliste, il y aura eu également quelques « ennemis ». Si j’ai blessé, offensé quelqu’un au cours ces plus de 750 éditoriaux hebdomadaires, je ne m’en excuse pas. C’est que j’avais jugé, selon les circonstances du moment, que cela devait être écrit. Je souhaite, en partant, que ces lecteurs « blessés » sachent comprendre. Pour moi, la rancune n’est qu’un mot que l’on retrouve quelque part dans les pages d’un dictionnaire.

L’exercice de mon métier n’aurait pas été possible sans la collaboration de tous ceux que j’ai côtoyés au cours de ces 22 dernières années. La collaboration des uns, les judicieux conseils des autres, les encouragements, les critiques constructives, l’appréciation du service rendu auront contribué à faire de cette carrière une expérience à jamais inoubliable. Le service de sa communauté est sûrement l’une des plus belles carrières.

Fraîchement sorti du petit séminaire d’Ottawa, en 1965, André Paquette me fournissait l’occasion de goûter au « plus beau métier du monde »; ce ne devrait être alors qu’un travail d’été, comme tout étudiant de mon temps et d’aujourd’hui le souhaite tant. Le coup de foudre avec le journalisme a été éclatant. J’y suis resté longtemps, du moins jusqu’à ce que la réalité de l’âge et de l’avenir me fasse reconsidérer mes objectifs de vie personnels. Méditer de telles décisions, vous le comprendrez, n’est pas de tout repos. Abandonner ce que l’on aime, les gens que l’on côtoie depuis si longtemps, le milieu dans lequel on évolue quotidiennement n’est pas facile. Les sentiments sont mis à l’épreuve.

Prendre un autre tournant, à l’âge « critique » de 41 ans, est un phénomène que l’on rencontre très souvent; cela fait partie du processus d’apprentissage à la vie; du phénomène d’« actualisation de soi », comme l’affirmerait mon professeur de psychologie. Il n’en reste pas moins que l’expérience peut paraître bouleversante. Je ne m’en cache pas.

Je me console toutefois en pensant que je continuerai dans le journalisme communautaire, mais dans un contexte différent. À compter du 11 mai, je serai au service de cette grande communauté de 63 000 travailleurs de la Société canadienne des postes, dans la fonction de rédacteur-réviseur national aux communications internes. Un titre bien ronflant qui décrit le rôle que j’aurai dans la production bimensuelle des neuf journaux divisionnaires destinés aux employés de Postes Canada d’un océan à l’autre. Tout un défi que j’anticipe avec hâte.

Par contre, je ne quitte pas Hawkesbury. La route ne me faisant pas peur, je ferai la navette quotidienne entre Hawkesbury et le siège social de Postes Canada à Ottawa. Il est donc fort possible qu’une fois parti du journal, j’en profite occasionnellement pour utiliser le « forum communautaire », question de ne pas enterrer une fois pour toutes ce « petit homme court et grognon » qui aura apprécié votre compagnie hebdomadaire pendant toutes ces années.

Je m’en voudrais de ne pas conclure en vous transmettant mes plus sincères remerciements. Cette fidélité à me lire chaque semaine aura été pour moi un stimulant indescriptible.

Je m’en voudrais tout autant de ne pas remercier toute cette équipe formidable qui m’a épaulé au fil des ans et surtout André Paquette pour la confiance qu’il m’a manifestée et sans laquelle le métier aurait été pénible.

Lundi: Retour à aujourd’hui

2 réflexions sur “Les adieux d’un éditorialiste

  1. En passant, l’expression « petit homme court et grognon » provenait d’une lettre de Rolland Saumure, de Bourget, ex-conseiller scolaire qui aurait aimé être député conservateur et un de mes plus virulents critiques. C’était devenu une sorte de « running gag » dans la salle de rédaction. J’en ris encore.

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