Les villes où j’ai vécu : Québec (troisième suite)

Depuis sa naissance, Alain a habité dans une dizaine de villes différentes, dont certaines à plus d’une reprise. Bien sûr, ses souvenirs et ses impressions de chacun de ces endroits où il a vécu sont relatifs à l’âge qu’il avait à l’époque et aux activités auxquelles il s’était livré… ainsi que des souvenirs qu’il en a gardés. Voici donc le quinzième article de cette série… qui concerne Québec où il est arrivé en avril 1984 et où il est demeuré trois années… Vous pourrez revoir tous les articles précédents de cette série dans l’onglet « Les villes où j’ai vécu » sous la subdivision « Mes catégories ». Bonne lecture.

par Alain Guilbert

Des anecdotes survenues durant mon séjour à Québec et au Soleil (comme j’en ai évoqué quelques-unes dans mon dernier texte), je pourrais en raconter jusqu’à demain… ce que je ne ferai pas. Mais je vais quand même en ajouter quelques-unes aux précédentes.

Bien sûr, ces anecdotes impliquent « mes » journalistes, dont certains étaient plutôt « spéciaux » (c’est le moins que je puisse dire!). Comme je l’ai mentionné précédemment, Marcel Aubut était une « grande vedette à Québec ». Mais il n’était pas « la seule vedette de la place ». Il y avait aussi André Arthur, « le roi Arthur » comme la plupart des citoyens de Québec le surnommaient. Plus de la moitié de la population de Québec et de la région était quotidiennement branchée sur son émission à CHRC (Québec) alors qu’il dominait outrageusement les cotes d’écoute.

Personne n’échappait à ses critiques acerbes, surtout pas Le Soleil, le « grand journal » de Québec. Toutefois, « mes » journalistes ne l’écoutaient pas… Ils le répétaient régulièrement haut et fort dans la salle de rédaction : « Arthur, jamais je ne l’écoute »… disaient-ils autant l’un que l’autre. Moi, je l’écoutais… car je voulais savoir s’il avait quelque chose à dire contre notre journal ou contre nos journalistes. Je ne voulais pas être pris par surprise. Tous les matins, en compagnie du directeur de l’information (Gilbert Athot), du chef de nouvelles (Gilles Ouellette) et de la secrétaire de la rédaction (Myriam Paquet), nous étions au centre de la salle de rédaction pour réviser notre journal du jour, examiner les autres journaux (le Journal de Québec, La Presse, le Globe and Mail et quelques autres)) et déterminer les suivis à faire ou les événements à « couvrir » ce jour-là. Quand les journalistes faisaient leur entrée dans la salle de rédaction, ils devaient nécessairement passer près de nous. Et lorsque « le roi Arthur » s’en était pris à nous (notre journal) de quelque façon que ce soit, la majorité d’entre eux s’arrêtaient près de nous et disaient : « Avez-vous entendu ce qu’Arthur a raconté à notre sujet? » Et à chaque fois, je ne pouvais m’empêcher de leur répondre : « Comment peux-tu savoir ce qu’il a dit à notre sujet si tu ne l’écoutes jamais? » La plupart du temps, ma remarque mettait fin à l’intervention.

À la suite de leur grève en 1978, les journalistes du Soleil avaient obtenu la semaine de travail de quatre jours à raison de huit heures par jour, soit 32 heures par semaine. Et ce sont les journalistes qui devaient eux-mêmes remplir une feuille de temps attestant leurs heures travaillées. Lorsqu’ils travaillaient plus de huit heures dans une journée ou plus de 32 heures dans une semaine, ils étaient payés « à temps et demi ». Et s’ils travaillaient un sixième ou un septième jour dans une même semaine, les heures supplémentaires étaient alors payées « à temps double ». Inutile de dire que certains d’entre eux se faisaient des salaires dépassant largement le salaire hebdomadaire de base prévu à la convention collective.

Par exemple, les journalistes qui étaient affectés aux Nordiques et qui voyageaient avec l’équipe pouvaient accumuler un grand nombre d’heures supplémentaires. Mais le record de tous les temps appartient sans doute à Alain Bouchard. Un jour qu’il avait accompagné les Nordiques à Edmonton et que le voyage de retour avait été retardé pour cause de problèmes mécaniques avec l’avion, il avait « facturé » 25 heures de travail dans la même journée. Lorsqu’on lui avait demandé comment il avait pu « travailler 25 heures dans une seule journée » il avait expliqué avec le plus grand sérieux du monde (!) qu’il avait travaillé si longtemps à cause du « décalage horaire ». J’en ris encore!

Un autre journaliste qui était passé maître dans l’art d’accumuler des heures supplémentaires s’appelait André Bellemare. Il était le seul chroniqueur à plein temps dans tout le Québec qui soit affecté exclusivement à la chasse et à la pêche. André aimait bien les voyages de cinq ou six jours… ce qui lui permettait d’accumuler de nombreuses heures supplémentaires, dont certaines « à temps double ». Mais André ne se faisait pas payer en argent… il convertissait ses heures supplémentaires en jours de congé… ce qui lui permettait de travailler entre sept et huit mois par année (pendant la saison de pêche suivie de la saison de chasse) et de prendre entre quatre et cinq mois de vacances.

Quand je suis arrivé au Soleil et que j’ai découvert son truc, je lui ai dit qu’il ne pouvait désormais effectuer de voyages de pêche ou de chasse de plus que quatre jours. « Mais si le voyage est en avion et qu’il dure cinq ou six jours, qu’est-ce que je fais? » m’avait-il demandé. « De deux choses l’une : ou tu refuses le voyage et tu n’y vas pas, ou tu arrêtes de pêcher ou de chasser après quatre jours et tu attends ‘ en congé ‘ que l’avion te ramène », lui avais-je répondu. À partir de ce jour-là, il n’a plus jamais accumulé des heures supplémentaires pour des voyages de pêche ou de chasse.

Une autre anecdote à son sujet. André était plein de trucs ; par exemple, il réclamait comme remboursement de dépenses les achats d’équipements de pêche ou de chasse dont il se servait pour les voyages qu’il faisait dans le cadre de son travail. Il faut le faire! Au début de l’année 1984, alors que j’étais encore à Granby, j’avais été invité à un voyage de pêche au saumon (pour le mois de juillet de la même année). Puisqu’il s’agissait de mon premier voyage de pêche au saumon à vie (un voyage qui devait être suivi de plusieurs dizaines d’autres), je n’avais pas d’équipement, particulièrement je n’avais pas de canne pour moucher le saumon. J’avais donc demandé à André Bellemare s’il me prêterait l’une des siennes. Il avait gentiment accepté de le faire, mais avait insisté pour que je fasse bien attention à « sa » canne. Je lui ai répondu que je considérais un peu « sa » canne comme « notre » canne… puisqu’elle avait été payée par Le Soleil. Il n’a donc pas insisté davantage… et de mon côté, j’ai quand même fait bien attention à « sa » canne avec laquelle j’ai capturé mon premier saumon à vie, en plus de deux autres (et, dois-je ajouter, depuis ce temps, j’ai mes propres cannes!).

L’un des reproches que je faisais parfois aux journalistes du Soleil était le fait que plusieurs d’entre eux (ou elles) étaient davantage intéressés par ce qui se passait sur la scène internationale qu’à Québec même. Pour moi, les lecteurs du journal voulaient d’abord savoir tout ce qui se passait chez eux bien avant ce qui se passait en Iran ou en Israël.

Un matin où, comme tous les autres matins, j’étais à la table centrale de la salle de rédaction (en compagnie du directeur de l’information, du chef des nouvelles et de la secrétaire de rédaction), la responsable de la chronique judiciaire de l’époque, Louise Lemieux, fait son entrée au travail et s’approche de nous en disant que « le procès de Klaus Barbie (Klaus Barbie était accusé d’avoir participé au génocide de milliers de Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale) est sur le point de commencer à Paris et que Le Soleil devrait la dépêcher sur les lieux pour assurer la couverture de l’événement. Le directeur de l’information (lui aussi formé au Soleil) semble presque prêt à lui dire « oui ». En effet, il lui suggère de préparer un plan de couverture et de nous le soumettre. Je m’interpose aussitôt en disant à notre journaliste : « Ne fais pas de plan de couverture, Louise… appelle plutôt 100 lecteurs du Soleil au hasard et si trois d’entre eux peuvent te dire qui est Klaus Barbie je t’envoie immédiatement à Paris ». Inutile de dire que je n’ai plus jamais entendu parler de son projet de reportage.

Je pourrais vous raconter bien d’autres anecdotes survenues au cours de ces trois courtes mais très intenses années au Soleil. Mais ce sera pour une autre fois… peut-être!

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