Une charte pour l’Ontario… cinq ans avant une charte nationale

« Une charte pour l’Ontario » est le titre d’une grande publicité dans Le Carillon du 1er juin 1977. Le premier ministre William Davis y affirmait ses intentions pour l’avenir de l’Ontario. Nous sommes, ne l’oublions pas, en pleine campagne électorale, mais il est intéressant de revoir les principes de cette charte :

1. La liberté ne peut être sauvegardée qu’au sein d’une société où n’existe aucune discrimination basée sur l’origine raciale, la couleur de la peau, le sexe ou les croyances des citoyens. Et le milieu le plus favorable à la préservation de cette liberté est une société où règnent la justice et la loi, une société vouée aux institutions démocratiques basées sur le système parlementaire britannique.

2. La justice et l’égalité des opportunités offertes aux citoyens ne peuvent être garanties que par un gouvernement prêt à assurer que tout groupe, y compris le gouvernement lui-même, n’utilise pas le pouvoir de façon injuste.

3. La vraie liberté ne peut être réalisée et maintenue que si le gouvernement est prêt à limiter sa propre croissance et ses propres dépenses.

4. La force, la prospérité et l’unité du Canada tout entier sont essentielles au bien-être de tous les citoyens de l’Ontario. Le maintien de cette unité est le tout premier objectif de l’Ontario à l’échelle nationale.

5. Au sein d’une société libre et juste, le gouvernement se doit de définir et de protéger les droits de chaque individu tels que:

a) Le droit de se bâtir un avenir assuré pour lui-même et pour les membres de sa famille.
b) Le droit de rechercher et de gagner un salaire juste et équitable.
c) Le droit de rechercher et de gagner des bénéfices et honoraires justes et équitables.
d) Le droit de travailler dans la paix et la sécurité.
e) Le droit d’être protégé contre toute pratique injuste ou illégale sur le marché ou dans le milieu du travail.
f) Le droit à un système de taxation juste et équitable.
g) Le droit de réaliser ses ambitions personnelles, d’aller de l’avant et de s’améliorer.

Davis prenait ensuite une série d’engagements et énonçait quelques affirmations en conséquence. J’en conclus que cette « charte » n’avait existé que le temps d’une campagne électorale.

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L’Association canadienne-française de l’Ontario (ACFO) « s’est fixé pas moins de 32 objectifs précis afin d’en arriver à une meilleure reconnaissance des droits des Franco-Ontariens ». Ce plan d’action avait été publié dans un rapport intitulé « Les héritiers de Lord Durham II » et comportait trois chapitres : (1) l’ACFO et son histoire; (2) une description de la situation des Franco-Ontariens telle que perçue par l’ACFO; (3) le plan d’action future de l’ACFO. Je me souviens de l’avoir lu, un long document, plus rêveur que réaliste. Ce n’était pas parce que j’étais Franco-Ontarien que je devais adopter aveuglément ces visées de l’ACFO. Certains m’avaient même accusé d’être « un traître »; cela ne changeait rien de mes opinions et le journal couvrait l’ACFO avec rigueur. Peu de journaux, peu de médias en fait, lui accordaient tant d’espace dans ses pages. On en parle dans le journal du 1er juin 1977.