Justin et Sacha y étaient avec leur père

« C’est à Vankleek Hill dimanche, à l’occasion de la célébration de la St-Jean-Baptiste et du centenaire de la paroisse St-Grégoire, que le Premier ministre Pierre Elliott Trudeau fêtait son sixième anniversaire à la tête du gouvernement du Canada. » C’est le premier paragraphe d’un des nombreux articles dans Le Carillon du 28 juin 1978 et qui fait référence au premier et seul Festival de Prescott-Russell, dans lequel s’inscrivaient les deux événements mentionnés ci-dessus. Plus de 30 000 personnes s’étaient massées dans les petites rues de Vankleek Hill. Trudeau, avec ses fils Justin et Sacha, y était arrivé en hélicoptère. La semaine précédente, il y avait eu une multitude d’activités locales dans presque toutes les communautés des comtés unis. Josée Boileau, de Bourget, avait été couronnée Mlle Prescott-Russell devant 375 personnes au motel Holiday de Hawkesbury le mercredi soir. Mais à Vankleek Hill, c’était le clou de toutes les célébrations. Ceux qui y étaient pour le grand défilé aux nombreux chars allégoriques, ils n’ont sans doute jamais oublié le dernier « char »… une décapotable avec à son bord un illustre méconnu… un conseiller municipal de Cumberland qui aspirait à remplacer Denis Ethier comme député aux Communes… Don Boudria. Il avait eu la visibilité.

* * *

Paul Desrochers est « un homme d’affaires polyvalent et ancien conseiller économique de l’ex-premier ministre Robert Bourassa » qui s’est établi à Hawkesbury en 1977. Il prononce une conférence intitulée « Réflexions sur les profits » devant une quarantaine de membres de la Chambre de commerce de Hawkesbury. Un long texte y fait référence dans le journal du 28 juin 1978. « Il nous appartient de trouver des réponses satisfaisantes aux accusations lancées quotidiennement contre l’entreprise, accusations qui pleuvent souvent à droite et à gauche et qui souvent demeurent sans réponse. » Desrochers ne se doutait pas qu’il y aurait un jour des mouvements « Occupy Wall Street » ou autres protestations étudiantes pour s’en prendre aux entreprises capitalistes. En parlant de profits parfois élevés, Desrochers ajoutait : « C’est drôle comme on entend beaucoup parler des hauts, mais presque jamais des bas. Ce serait également de la plus élémentaire justice que de signaler les courbes descendantes. » En contrepartie aux suggestions que les coopératives sont plus justes, il précise « que les surplus des coopératives et qui appartiennent aux membres de la société, sont une forme déguisée de profits. La seule différence entre l’entreprise coopérative et l’entreprise capitaliste est le vocabulaire utilisé. Dans une coopérative, le résidu d’opération s’appelle surplus et non profit et la rémunération accordée au détenteur du capital s’appelle ristourne et non dividende. » Desrochers avait exhorté les hommes d’affaires à faire en sorte que leur entreprise soit rentable. « Car seule l’entreprise rentable, celle qui fait des profits, garantit à la collectivité qu’elle sera encore meilleure demain et plus profitable pour la société. » J’en conclus que les gens d’affaires avaient profité de ses conseils!

* * *

« Deux bâtisses de ferme écroulées ou endommagées, des arbres déracinés, cinq tours d’électricité fauchées et une endommagée, un toit de maison écroulé, de l’équipement endommagé, des pannes d’électricité, des silos rasés, et un estimé total de près de $1 million de dommages, tel est le bilan de la tornade qui a fait rage dans les régions de Rockland, Clarence et Calédonia. » Monique Castonguay signe un reportage à cet effet dans le journal du 5 juillet 1978.

L’assimilation des jeunes délinquants francophones à Alfred

À l’époque, les délinquants se retrouvaient dans des « écoles de réforme » même si ce nom n’était plus utilisé. Mais c’était du pareil au même. Voilà donc que l’Association canadienne-française de l’Ontario, par la voix de son animateur Jean Malavoy, « veut que l’on fasse le jour sur les services offerts aux francophones de l’Ontario au niveau de la délinquance juvénile, particulièrement en se basant sur la situation de l’école Champlain d’Alfred, fondée le 6 août 1933 ». Il en est longuement question à la une de l’édition du 21 juin 1978 du journal Le Carillon. L’ACFO, tant régionale que provinciale, avait préparé un document intitulé « Recherche sur la dimension linguistique et la dimension économique de l’école Champlain d’Alfred » et destiné à l’ombudsman de l’Ontario, Arthur Maloney, et au sous-ministre des Services sociaux et communautaires de l’Ontario, G.R. Thompson.

« La recherche démontre trois dates clés qui ont marqué l’histoire de l’école Champlain. De 1933 à 1965, l’école est gérée par les Frères des écoles chrétiennes. En 1965, la Direction des services correctionnels prend la responsabilité de l’école, mais cette dernière demeure propriété des FEC et garde le statut d’école privée. Le 14 janvier 1974, l’école devient la propriété du gouvernement ontarien et relève du ministre des Service correctionnels. C’est là qu’elle devient l’école Champlain. Le 1er juillet 1977, l’école Champlain devient dépendante du ministère des Services sociaux et communautaires de l’Ontario. » Et elle le restera jusqu’à sa fermeture.

« Lorsqu’on se penche sur la situation linguistique de l’école Champlain, lit-on dans le document, un premier paradoxe vous frappe d’emblée : 95 % du personnel est francophone et 75 % des jeunes délinquants sont anglophones. La population délinquante de l’école a été majoritairement anglophone dès 1940. (…) À l’école Champlain, les jeunes étant en majorité anglophones, le personnel travaille en anglais; les ordres sont donnés en anglais. Par contre, lors d’un contact individuel avec un jeune délinquant francophone, un employé ‘pourra s’exprimer en français’. (…) L’ACFO se demande ‘comment se fait-il que de jeunes délinquants francophones, traités par un personnel presque exclusivement francophone et entourés par un village strictement francophone, soient en voie d’assimilation’. L’ACFO estime que l’influence quotidienne de la majorité des étudiants, unilingues anglophones, est sans doute une raison majeure. ‘Le fait que l’institution, par son statut même, soit une unité de vie fermée à presque toute influence extérieure, dont la population francophone avoisinante, est un élément déterminant’ affirme le document. » La position de l’ACFO n’avait pas soulevé de débat.

* * *

Gérald Leroux est un jeune hockeyeur de St-Bernardin qui évolue avec les Spitfires de Windsor dans la Ligue junior majeure de l’Ontario, la même ligue des 67’s d’Ottawa l’équipe pour laquelle joue Yvan « Puce » Joly de Hawkesbury (j’en ai parlé précédemment). Comme le rapporte le journaliste sportif Yvon Legault dans le journal du 21 juin 1978, Leroux ne sait plus où donner de la tête. Il a été ignoré par toutes les équipes lors du récent repêchage de la Ligue nationale de hockey où 234 jeunes joueurs comme lui avaient pourtant été sélectionnés. « Ma taille m’a certainement nui énormément. Les équipes de la Ligue nationale ont regardé mes cinq pieds et six pouces et elles ont complètement ignoré les 124 points que j’ai récoltés la saison dernière. Je n’aurais probablement par été sélectionné même si j’avais récolté 25 points de plus, a insisté celui qui a terminé au sixième rang des meilleurs marqueurs de la Ligue junior majeure de l’Ontario. » Leroux avait également négligé de retenir les services d’un agent, comme il l’avait reconnu.

Un artisan de la première heure quitte après 28 ans

Bernard Danis était au service du journal Le Carillon depuis 28 ans. Il y était arrivé en 1950, à peine trois ans après la fondation du journal par André Paquette. Un fidèle artisan de la première heure donc. À ses 25 ans de service, il avait eu droit à une pleine page de publicité hommage dans le journal. Après en avoir été le directeur général, il était devenu adjoint au président-éditeur. Il cherchait ailleurs depuis quelque temps. Dans ma chronique du 31 mai 1978, j’écris que Bernard quitte le journal pour « occuper le poste de directeur de la publicité à l’hebdomadaire spécialisé ‘La Terre de Chez-nous’, le plus gros hebdo agricole en Amérique du Nord. Ce journal existe depuis maintenant 50 ans et Bernard en sera le troisième directeur de publicité. » Il y a restera pendant quelques années, avant de décéder. Je rencontre de temps en temps sa femme Murielle. Bernard était le frère de Jean-Robert, un autre ancien du Carillon et du journal Le Droit et fondateur du journal L’Express de Hawkesbury, acquis plus tard par les Éditions André-Paquette. Bernard était le beau-frère de Marcel Desjardins, un ancien du Carillon qui était alors au quotidien montréalais La Presse.

* * *

J’en avais parlé dans un billet précédent. Le directeur des loisirs William Jermyn avait remis sa démission et fait ses adieux au début de juin. En relisant son entrevue reproduite dans Le Carillon du 7 juin 1978, il est clair qu’il n’avait rien compris. « Son incapacité à parler le français n’a pas été un problème majeur durant son stage de près de deux ans au poste de directeur du Services des loisirs de Hawkesbury. Selon lui, ce léger inconvénient a été un problème majeur pour ceux qui l’ont voulu. » Même après avoir constaté que son travail devenait impossible, il ne reconnaissant toujours pas l’absurdité d’avoir un directeur de loisirs unilingue dans une communauté à très fort dominance francophone.

* * *

Le Conseil d’éducation de Prescott-Russell n’était jamais le premier à appuyer les questions des droits des francophones ou de tout ce qui s’éloignait de leur sacro-saint principe du bilinguisme à tout prix. Ainsi, comme on peut le lire dans l’édition du 21 juin 1978, le CEPR « composé en majorité de francophones a rejeté mercredi soir le principe d’un conseil scolaire homogène de langue française pour la région d’Ottawa-Carleton ». Ce projet de conseil était le plus récent cheval de bataille de Franco-Ontariens dans la région de la capitale et qui avait forcément des répercussions dans les comtés voisins de Prescott et Russell. Paul Vivarais, qui était président du Comité consultatif de langue française de Prescott-Russell, et en réaction à la décision du premier ministre Bill Davis de retirer un projet de loi sur les services en français dans la province, avait « traité les membres du CEPR de ‘mitaines’ et cette déclaration, reproduite dans les journaux, a certainement influencé le vote », était en colère après la décision des conseillers scolaires. « Ils veulent la guerre, eh bien! ils vont l’avoir, a-t-il déclaré en coulisse à l’issue de la réunion. Selon lui, des conseillers francophones, en plus d’être indifférents à la question de l’enseignement en langue française, sont intimidés par la présence de leurs six collègues anglophones à la table du conseil. » Je pense qu’il avait raison.

Pourtant, lors de cette même réunion, les membres du CEPR avaient été unanimes dans leur condamnation de Bill Davis et de sa décision de ne pas donner suite au projet de loi privé du député Albert Roy, qui avait reçu l’appui unanime des députés ontariens en deuxième lecture. Il n’en fallait pas plus pour déclencher un long débat aux quatre coins de la province.

Denis Ethier n’apprécie pas la FFHQ… moi non plus

En cette fin des années 70, la Fédération des francophones hors Québec (la FFHQ) était un organisme assez récent. L’organisme regroupait essentiellement des associations locales ou provinciales de francophones. Le député fédéral de Glengarry-Prescott-Russell, Denis Ethier, ne tenait pas cet organisme dans son cœur. Le député Ethier « veut que l’Association canadienne-française de l’Ontario se dissocie de la Fédération des francophones hors Québec » peut-on lire dans l’édition du 10 mai 1978 du journal Le Carillon. Ethier avait mentionné « qu’il ne se considérerait plus membre de l’Association canadienne-française de l’Ontario si l’ACFO demeurait membre de la FFHQ et continuait à endosser les idées de cet organisme ».

« Le député Ethier réagissait ainsi au refus des délégués au forum national des francophones hors Québec, tenu samedi et dimanche à Ottawa, d’adopter comme principe politique fondamental l’hymne national ‘O Canada’. M. Ethier reproche à la FFHQ d’être une organisation axée sur la destruction plutôt que la construction et soutient que ses dirigeants sont des agitateurs qui n’ont qu’une idée derrière la tête. Le député de Glengarry-Prescott-Russell a signalé avoir invité le secrétaire général de la FFHQ, M. Hubert Gauthier, à venir le rencontrer aux Communes pour discuter de la question, mais que celui-ci n’a même pas daigné accuser réception de son invitation. M. Ethier n’ pas aimé, également, qu’on lui ait refusé, comme Franco-Ontarien, de participer au forum national des francophones, sous prétexte que les politiciens n’étaient pas les bienvenus. »

J’avais participé à ce forum national de la FFHQ sur le campus de l’Université d’Ottawa et j’avais rapporté le plus fidèlement possible ce qui s’y était passé, les résolutions qui avaient été formulées et l’essentiel des discussions. En éditorial de la même édition, j’affirme pourtant que « je suis revenu tout à fait dégoûté et écœuré du forum national organisé par la FFHQ sur le campus de l’Université d’Ottawa, une université qui constitue à mon avis le symbole de ce que les francophones de l’Ontario ont acquis au cours de leur histoire ». Moi non plus je n’avais pas aimé le débat sur l’hymne national. Le Dr Laurent Isabelle, le président du Collège Algonquin, ne jugeait pas que l’hymne national fût approprié « alors que la Fédération exclut le Québec, qui fait partie du Canada ». Pourtant, de mon point de vue, je croyais que l’objectif de la FFHQ était justement de valoriser la francophonie à l’échelle du pays, sans utiliser la « carte de la francophonie québécoise ». J’avais eu l’impression que la FFHQ privilégiait parfois la philosophie que si nous voulions survivre, il fallait « vivre dans un Québec clos où il n’y a qu’une seule langue parlée ». J’étais reparti du forum avec l’impression que la FFHQ n’était finalement qu’une autre organisation au crochet des subventions gouvernementales. Évidemment, les représentants et partisans de la FFHQ n’avaient pas apprécié mes observations.

* * *

« Les parents des élèves de l’école St-Joseph de Russell rejettent l’idée de la construction d’une nouvelle école à Embrun. » C’est ce qu’on peut lire dans le journal du 10 mai 1978. L’article faisait état d’une rencontre publique entre des parents et des représentants du Conseil des écoles catholiques de Prescott-Russell. « Les parents dans la salle ont exprimé leur préférence pour la construction d’une école à Russell, et ne pas envoyer leurs enfants à Embrun. De plus, ils ont même insisté pour conserver les élèves des deux langues officielles sous le toit de la même école, afin de ‘conserver le cachet spécial de Russell’: des enfants bilingues. » Ils ont gagné leur point et une nouvelle école St-Joseph a été construite. Encore aujourd’hui, l’école est connue pour le grand nombre d’élèves de parents anglophones qui la fréquentent. Ma femme y a enseigné de 1989 à 1998.

« Nous vous avons engagés comme vous êtes »

Richard Hudon, un animateur communautaire au service du Collège Algonquin à Hawkesbury, intervenait régulièrement dans les pages du journal et je retiens une lettre de lui que nous avions publiée dans Le Carillon du 3 mai 1978. Cette lettre était liée à la fête des travailleurs du 1er mai et il y reprenait un « mémo tiré du journal TUA Action d’avril 1978 », les TUA étant bien sûr les Travailleurs unis de l’automobile. Ce mémo n’a jamais été réel, mais inventé manifestement pour attirer l’attention sur les abus que pouvaient subir les travailleurs chez certains employeurs. Sa lettre m’avait fait rire à l’époque et a le même effet aujourd’hui. Je vous reproduis le mémo en question… pour vous faire rire tout autant :

OBJET : Absences trop fréquentes

EN VIGUEUR : Immédiatement

Dû à un nombre excessif d’absences, les règles suivantes devront être prises en considération à compter d’aujourd’hui.

MALADIE : Aucune excuse ne sera valable. Nous n’acceptons plus une attestation de votre médecin comme preuve de maladie. Nous croyons que si vous êtes assez bien pour aller visiter votre médecin, vous êtes assez bien pour venir travailler.

MARIAGE : Étant donné que notre société accepte facilement les échanges d’époux ou d’épouses, vous pouvez vous faire remplacer par un amant ou une amante, donc inutile de vous absenter de votre travail pour vous marier. La fin de semaine qui suit la date de votre mariage est toute indiquée pour rejoindre votre nouvel(le) époux(se). (Absence non motivée.)

MORTALITÉ : (Autre que la vôtre.) La mortalité n’est pas une excuse valable car il n’y a rien que vous puissiez faire pour les disparus et ils ne peuvent rien faire pour vous. Quelqu’un de votre famille, occupant une position inférieure à la vôtre, pourra s’occuper des arrangements nécessaires. Par contre, si les funérailles peuvent avoir lieu en fin d’après-midi, nous serons heureux de vous laisser libre une heure plus tôt, sachant que votre travail est complété et que l’on peut se passer de vos services jusqu’au lendemain matin.

OPÉRATION : Les absences pour opération chirurgicale sont maintenant interdites. Nous tenons à vous décourager si vous avez une idée quelconque de vous faire opérer, car nous croyons qu’aussi longtemps que vous serez en fonction ici, vous avez besoin de tout ce que vous avez et que vous ne devez pas avoir quoi que ce soit en moins. Nous vous avons engagés comme vous êtes et le fait de vous faire enlever un morceau pourrait laisser croire que votre valeur est diminuée.

MORT : (La vôtre.) Celle-ci sera acceptée comme excuse à la condition que vous laissiez un avis de deux (2) semaines. C’est votre devoir d’entraîner un subalterne à faire votre travail.

TOILETTES : De plus, un temps précieux est perdu à la salle de toilettes. À l’avenir, vous procéderez comme suit : Ceux dont le nom commence par la lettre « A » iront de 8 h 30 à 8 h 35; pour la lettre « B », de 8 h 35 à 8 h 40 et ainsi de suite. S’il vous est impossible d’y aller à l’heure convenue, vous devrez attendre au lendemain.

L’école Christ-Roi… un souvenir pour quelques générations

C’était ma première école. J’y avais fait mon « jardin d’enfants », comme on disait à l’époque et ma dernière avant mon départ pour le petit séminaire. « Le Conseil des écoles catholiques de Prescott et Russell a décidé de fermer les portes de l’école Christ-Roi à compter de septembre 1978. Cette décision a été prise en raison de la baisse des inscriptions dans les écoles de Hawkesbury et du mauvais état de l’école, Les parents des élèves de l’école n’ont pas été consultés, selon le directeur général M. Jean Léveillé. » Le terrain de l’école avait été aménagé en 1973 pour les compétitions de piste et pelouse et pourrait sans doute encore servir aux étudiants. « Les neuf classes seront relocalisées dans les écoles Paul VI et St-Jean-Bosco, et les élèves seront répartis selon la distance de l’école. » L’école Christ-Roi avait été construite en 1939 et bénite par l’archevêque d’Ottawa, Mgr Alexandre Vachon, en 1946. « À cette époque, l’école offrait les huit niveaux de cours bilingues de l’Ontario, trois classes du collège St-Joseph et quatorze de l’école Christ-Roi. L’école a été dirigée durant plusieurs années par les Frères des écoles chrétiennes. » C’était le cas quand je la fréquentais : jardin, 4e, 5e, 6e et 8e années. Ma première et ma troisième année avaient été à l’école St-Joseph (le collège) et ma deuxième, à l’école L’Assomption. Je n’avais pas fait de septième. « M. Léveillé a souligné que la fermeture de l’école n’occasionnerait aucun congédiement d’enseignants. » La nouvelle était publiée dans Le Carillon du 26 avril 1978.

* * *

Pierre Dazé, 27 ans, de Limoges, devait accéder à la prêtrise un mois plus tard dans l’église de son village natal. Mais son sort commandait une circonstance spéciale. Pierre Dazé avait été reçu diacre le 21 mai 1977 et faisait son stage de pastorale à la paroisse Ste-Geneviève d’Ottawa. Mgr Joseph-Aurèle Plourde l’ordonnera prêtre, comme il l’avait souhaité, non pas à Limoges mais dans son lit d’hôpital. Il était atteint de la leucémie depuis quelques années et il était maintenant en phase terminale. « En dépit de ce mal qui le ronge, il aura quand même concrétisé le rêve le plus cher de sa vie, accéder à la prêtrise. » Mgr Plourde avait tenu à l’ordonner « pour lui donner toutes les chances possibles », parce qu’il dit « ignorer si les prêtres exercent dans l’Au-delà un ministère spécial auprès des vivants. » L’histoire est racontée dans le journal du 28 avril 1978. L’ordination avait eu lieu le 23 avril.

* * *

C’était plutôt rare qu’un film soit projeté pendant plus de trois semaines au Cinéma Laurentien. En ces mois d’avril-mai 1978, « The Spy Who Loved Me », un James Bond avec Roger Moore dans ce cas-là, attire les foules dans sa version française.

* * *

Il n’y en avait pas moins de 119 et tout le monde attendait qu’on les mette en vente. Il s’agissait de l’encan public organisé pour se débarrasser de l’équipement de l’ancien Foyer Prescott-Russell, vendu récemment au Conseil des écoles catholiques. « Ces fameux lits, au nombre de 119, et un nombre correspondant de matelas et de taies d’oreillers, semblent avoir été le principal point d’attraction de cette vente aux enchères. » La vente a été un succès avec « plus de 1,200 objets allant des fameux lits aux statues de plâtre et aux bassines pour invalides ». C’était une journée occupée. « Les fameux lits, objets de tant de convoitises, ont finalement été offerts au public vers 18 h 30, et les prix ont varié de $7.50 à $15 l’unité. Ça valait probablement la peine d’attendre. » Le journaliste Charles Burroughs raconte tout ça dans le journal du 26 avril 1978.

* * *

« L’hôpital fondé en 1953 par la Congrégation des Filles de la Sagesse de l’Ontario et, depuis 1970, propriété du ministère de la Santé de l’Ontario, se veut surtout au service de la population francophone d’Ottawa. Le journal parlait donc du 25e anniversaire de l’hôpital Montfort. Ça vient de me frapper que lorsque j’étais au petit séminaire et que j’avais dû me rendre à l’hôpital, l’institution n’avait même pas dix ans encore.

L’affaire du directeur général… était-ce réellement terminé?

« La situation de méfiance envers le directeur général au Conseil des écoles catholiques de Prescott et Russell est en voie de règlement, si on en croit les deux communiqués officiels remis à la suite de la réunion du 7 mars, par le président du Conseil, M. Yvan Séguin, et par le directeur général, M. Jean Léveillé. » La journaliste Monique Castonguay raconte tout ça à la une du journal Le Carillon du 15 mars 1978. « M. Séguin indique que le Conseil a décidé de donner la main au directeur général et ainsi lui faire confiance ‘afin de rétablir l’harmonie le plus tôt possible’. » Satisfait de ce vote de confiance, Jean Léveillé avait dit « compter sur la collaboration des parents et des cinq cents employés du Conseil, comme il l’a toujours fait. Il s’est dit persuadé qu’on se donnera le coup d’épaule nécessaire pour mener à bonne fin les buts et objectifs du Conseil scolaire. » Voilà! Tout était bien qui finissait bien… ou était-ce réellement terminé?

* * *

Les discussions se poursuivaient depuis un certain temps. Quant au Conseil des comtés unis de Prescott-Russell, il tentait par tous les moyens de se départir des anciens locaux du Foyer Prescott-Russell. Ce foyer était situé à Hawkesbury depuis l’automne précédent. Comme on peut le lire dans le journal du 29 mars 1978, « le vieux foyer Prescott-Russell est maintenant vendu au Conseil des écoles catholiques de Prescott et Russell pour la somme de $15,001 ». Ainsi, « le CECPR signera un bail d’un an commençant le 1er mai 1978, pour la somme de $15,000 et se portera acquéreur de l’édifice à la fin du bail pour $1. » Le CECPR entendait louer une partie de l’édifice au Conseil d’éducation de Prescott et Russell, ce qui ne s’est jamais matérialisé. « Selon le président du CECPR, M. Yvan Séguin, l’entente avec les comtés unis a été faite à l’avantage des payeurs de taxes. » Il y a longtemps que Le Carillon préconisait l’achat du vieux foyer par ce conseil scolaire.

* * *

« Le ministère ontarien de l’Environnement étudie sérieusement la possibilité pour le village d’Embrun d’importer de l’eau du village de Casselman. » Quand on connaît la rivalité entre ces deux villages, la déclaration du ministre George McCague surprenait. « Les ingénieurs du ministère de l’Environnement ont trouvé les emplacements pour cinq puits dans les limites du village, qui pourraient desservir une population d’environ 2,200 personnes. Une pénurie d’eau souterraine restreindra sérieusement la croissance du village et une alternative serait d’obtenir l’eau du village de Casselman. » En fait, ce sont des puits dans le canton de Russell qui seraient utilisés jusqu’à ce que la municipalité relie son système d’aqueduc à celui de la ville d’Ottawa il y a deux ou trois ans.

* * *

Il y avait d’abord eu Rhéal Leroux, qui avait « jeté les bases de la structure des loisirs qui existe présentement » peut-on lire dans mon éditorial du 19 avril 1978. « Le deuxième directeur des loisirs, Gilbert Patry, est sélectionné par le Conseil et tout le monde est emballé. Sa popularité publique est moindre que celle de M. Leroux, mais son efficacité administrative est soulignée. Malheureusement, comme dans le cas de son prédécesseur, il ne peut œuvrer avec toute la liberté nécessaire. » Lui aussi démissionne. Le Conseil embauche un troisième directeur, William Jermyn, un unilingue anglophone qui avait promis de devenir bilingue. « Les difficultés de communication sont déjà amorcées. Le climat de confiance nécessaire à toute bonne organisation de loisirs n’existe pas: M. Jermyn n’a déjà plus de chances de s’en sortir. Partout, dans les coulisses, on se demande qui va provoquer son départ. C’est fait. Tout est donc à recommencer. »

C’était inévitable… le complexe coûterait plus cher

Les contribuables se retrouvaient avec une facture sensiblement plus élevée que les 1 170 000 $ que le projet devait coûter. Comme le rapporte Le Carillon dans son édition du 22 février 1978 dans un texte sur l’ouverture des soumissions « le projet de construction d’un nouveau complexe sportif complet pour la ville de Hawkesbury, comprenant une piscine intérieure, une patinoire avec gradins pour plus de 1,000 personnes, une patinoire utilisable douze mois par année entourée d’une piste de jogging, une salle communautaire et tous les services de soutien, coûterait quelque $2,568,000 ». C’était le prix le plus bas pour le projet en entier et il provenait de la société Thomas Fuller Construction Co. d’Ottawa. Dans le cas d’un projet d’une seule patinoire, « soit le premier projet envisagé par les autorités municipales et pour lequel la Commission municipale de l’Ontario a déjà autorisé la ville de Hawkesbury à contracter une dette de $368,500 », la société Thomas Fuller demandait 2 118 000 $, alors que Sotramont Ontario Ltd, également d’Ottawa, demandait 2 100 188 $, montant inférieur à Fuller. Une seule firme locale, Sinclair Supply Co., de Vankleek Hill, demandait 2 598 000 $ pour le projet complet et 2 156 575 $ pour le projet approuvé, soit le deuxième plus bas soumissionnaire. Finalement, après une révision des soumissions par les ingénieurs-conseils, c’est Thomas Fuller qui obtenait le contrat. Il ne restait plus qu’à attendre le début officiel des travaux et l’inauguration éventuelle d’un nouveau complexe sportif complet quelque temps au début de 1979… Mais Fuller parlait d’octobre 1978.

* * *

Robert Cusson aurait bientôt 41 ans et sa réputation n’était plus à faire à Hawkesbury et dans la région. Il était né à Ottawa. En ce 3 mars 1978, il venait de perdre son droit de vote. Pourquoi? Parce que le ministre fédéral de la Justice venait de le nommer juge de la Cour de comté de Prescott-Russell. Il succédait au juge Omer H. Chartrand, qui venait de prendre sa retraite il y a quelques mois. Comme on peut le lire dans journal du 8 mars 1978, « Me Cusson ne peut plus pratiquer le droit depuis vendredi matin et il a également remis sa démission comme représentant de Hawkesbury au sein du Conseil d’éducation de Prescott-Russell et comme secrétaire-trésorier de l’Association libérale de Prescott-Russell. Il a également perdu son droit de vote. » Il avait été admis au Barreau de l’Ontario en 1962… Seize ans d’avocat à juge. « À Hawkesbury, le nouveau juge est bien connu pour avoir œuvré au sein du comité des loisirs de la ville, de la Jeune chambre – il est sénateur de la Jeune chambre internationale – du club Richelieu, de la Société d’aide à l’enfance, du Bureau des gouverneurs de l’Hôpital général, de la Commission scolaire de l’école secondaire, puis du Conseil d’éducation de Prescott-Russell, de l’organisation du club de hockey des Hawks. Il a également toujours été un militant très actif de l’Association libérale de Prescott-Russell, tant au niveau provincial que fédéral. » Il méritait pleinement son nouveau titre. Robert m’avait invité, à titre personnel, à son intronisation comme juge. Nos fils ont joué au hockey mineur ensemble. Tristement, il est décédé il y a quelques années.

* * *

Nous avions l’espace suffisant dans nos pages. « Soucieux de son rôle d’instrument communautaire, Le Carillon mettra de l’espace à la disposition des jeunes étudiants désireux de se procurer du travail pour la période estivale. La conjoncture économique actuelle fait en sorte qu’il sera sans doute extrêmement difficile pour les étudiants de se trouver du travail cet été. Afin de faciliter la tâche pour les jeunes, nous leur offrons, gratuitement, de les faire connaître aux employeurs et aux citoyens qui pourraient leur fournir du travail, ne serait-ce que sur une base temporaire. » L’initiative a été couronnée de succès. Dès avril 1978, nous avions une pleine page de noms d’étudiants qui cherchaient du travail. Et l’expérience s’est poursuivie ainsi tout l’été. Le titre? « Le coin du dépanneur ».

Un séminaire qui change de vocation

Les Prêtres du Sacré-Cœur avaient décidé de ne plus poursuivre leur association avec le Séminaire Sacré-Cœur de Pointe-au-Chêne. Mais le séminaire, « en existence depuis 25 ans, pourrait bien continuer à opérer comme une école quand les prêtres du Sacré-Cœur auront quitté l’institution ». Le séminaire recevait alors 76 élèves et sa capacité était de 80 à 85 étudiants. Il en est question dans Le Carillon du 11 janvier 1978. Dans le journal du 25 janvier, on apprend que le séminaire « continuera encore ses opérations, malgré les incertitudes des dernières semaines ». En fait, le séminaire se transformera en institution privée mixte et existe toujours au même endroit.

* * *

C’était le mercredi à 21 heures à la télé de Radio-Canada et la mini-série serait diffusée du 8 février au 22 mars 1978. Je n’en ai pas manquée une seule. Jean Lapointe y excellerait. « Sept épisodes d’une heure, télévisés dans le cadre de Hors-série et consacrés à la vie de ce grand homme politique qui fut plus que tout autre intimement mêlé à l’histoire du Québec dont il fut le premier ministre durant dix-huit ans. En vedette: Jean Lapointe entouré de plus de 200 comédiens. Auteur: Denys Arcand. » C’est ce qu’on peut lire dans la publicité de Radio-Canada pour promouvoir « Duplessis » dans le journal du 8 février 1978. J’avais oublié que l’auteur était Denys Arcand.

* * *

Un article de l’édition du 15 février 1978 parle de l’installation possible d’une industrie allemande à Hawkesbury « si le Conseil de développement de l’Est ontarien consent à aider financièrement l’industrie à s’établir ici. On sait que deux autres entreprises industrielles doivent s’établir à Hawkesbury en 1978, soit la Transcrane Inc. et la Canadien Button Company ». Dans l’édition du 22 mars, nous apprenons qu’il s’agit de la firme Mercedes Textiles Ltée, une entreprise qui « se spécialise dans la fabrication de boyaux pour les pompiers ».

* * *

Nous sommes en 1978, quasiment une vingtaine d’années avant l’arrivée grand public du World Wide Web. Mais il y avait quand même les catalogues, la publicité dans les médias et Postes Canada. « Protégez-vous contre la fraude des ventes par correspondance » proclamait une publicité du ministère de la Consommation et du Commerce dans le journal du 15 février 1978. Le texte de cette annonce peut s’appliquer presque mot pour les ventes sur le Web d’aujourd’hui. Et personne ne se doutait de la naissance éventuelle d’eBay, de Kijiji et de nombreux autres sites Internet.

« De nos jours, vous pouvez commander presque n’importe quoi par correspondance – des plantes, des livres, des marchandises dans un grand magasin, des exercices de développement musculaire et même des ‘diplômes’.

La plupart des organisations de vente par correspondance sont honnêtes, mais quelques-unes ne le sont pas – ce qui donne une mauvaise réputation à toute l’industrie. Alors avant de traiter avec une compagnie de vente par correspondance, posez-vous les questions suivantes :

· Qu’est-ce que l’offre promet réellement?
· Est-ce que l’annonce est vraiment informative?
· Est-ce que je connais la réputation de cette compagnie?
· Est-ce que j’ai vraiment besoin de cet article?
· Est-ce que je pourrais acheter le même article à meilleur marché dans un magasin?
· Est-ce que je peux payer à la livraison?
· Y a-t-il une garantie de remboursement? »

De bonnes questions toujours pertinentes pour les ventes « par correspondance électronique »… ce qu’est le Web.

Un journal communautaire avait besoin de collaborateurs

Un journal communautaire comme Le Carillon, avec des ressources financières qui n’étaient pas inépuisables, comptait sur de nombreux collaborateurs pour produire ses éditions hebdomadaires. C’est forcément encore comme ça de nous jours. Dans un éditorial rendant hommage à nos collaborateurs dans le journal du 11 janvier 1978, je rappelais que, sans être « le serviteur de personne » nous étions « au service de la population » que nous desservions, « ce qui ne signifie pas la même chose ». Je soulignais que « Le Carillon se veut, dans un certain sens, le porte-parole de ses lecteurs, un média pour les renseigner et les guider dans leur prise de décision ou leur formation d’opinions ». En faisant référence aux « dizaines de collaborateurs bénévoles », j’ajoutais que « ce sont eux qui permettent à l’équipe permanente du journal de produire chaque semaine un journal intéressant et dont la qualité a été reconnue à maintes reprises par des associations de presse provinciale et nationale ». Un lecteur anglophone de Hawkesbury nous avait écrit pour rendre hommage à notre collaboratrice de l’association du hockey mineur locale et ce sont ses éloges qui m’avaient incité à écrire cet éditorial. « Comme le souligne M. Sage, Le Carillon tente dans la mesure du possible d’être positif et honnête dans son traitement de l’information. Quant à son éditorial, Le Carillon analyse les événements et le fait parfois de façon brutale, mais les lecteurs doivent toujours prendre en considération la différence entre les faits des nouvelles et les opinions en éditorial. » Si j’étais encore actif dans les médias, je pourrais récrire le même message.

* * *

La décision n’était pas compliquée. Le Conseil municipal avait retenu les services des ingénieurs-conseils Dupuis Morin Routhier et Associés « pour réaliser une étude sur les possibilités d’utilisation futures du Centre Mémorial à d’autres fins qu’une patinoire ». C’était en prévision de la construction prochaine du nouveau complexe sportif et de ce qu’il adviendrait du Centre Mémorial par la suite. Ces ingénieurs sont de Montréal et le conseiller Claude Drouin n’aime pas ça. « Le conseiller Claude Drouin s’est opposé à l’embauche de la firme, rappelant qu’elle n’était pas locale et se référant aux récentes décisions du Québec à l’effet que, dans plusieurs contrats, le gouvernement exige que des compagnies aient leur siège social au Québec. M. Drouin a soutenu énergiquement que le même principe devrait être appliqué pour protéger les firmes locales et ontariennes. ‘Il est temps que quelqu’un mette le pied à terre’, a-t-il lancé. » Drouin était devenu favorable au complexe, mais il tenait encore à protéger le plus possible le vieux Centre Mémorial. Les ingénieurs ont quand même été retenus. Ce sont d’ailleurs eux qui réalisaient les plans pour le futur complexe sportif. On en parle dans le journal du 11 janvier 1978.

* * *

L’imitateur Jean-Guy Moreau est décédé au début de mai 2012. Un autre imitateur de son époque, Claude Landré, était en spectacle à l’Hôtel Century Inn de Grenville les 20 et 21 janvier 1978. On le voit dans la publicité avec son cache œil, devenu sa marque de commerce.

* * *

Je parle d’une nouvelle bière pour ceux et celles qui « surveillent leur ligne » dans ma chronique du 18 janvier 1978. « Carling O’Keefe vient de mettre sur le marché une nouvelle bière qui contient seulement 70 calories, la ‘Highlite’. » Je ne sais pas si elle a été populaire.