À la recherche du petit coin!

Dans mes deux précédents billets, j’ai fait référence à la conférence nationale Destinée Canada convoquée par le gouvernement Davis à Toronto. Je retiens plein de souvenirs de ces trois ou quatre jours dans la Ville reine. Une chose m’avait frappé dès mon arrivée à l’aéroport Pearson : alors que nous attendions nos bagages, les participants francophones (du Québec surtout) étaient déjà engagés dans des conversations et des présentations, et nous n’étions pas encore rendus au campus de l’Université York. Dans le cas des anglophones, la glace s’est brisée à la fin de la deuxième journée. Symbole de nos différences culturelles. Dans les différentes salles du campus, c’était comme si les francophones, ceux du Québec, oui, mais aussi ceux qui provenaient des autres provinces et des territoires, se connaissaient depuis longtemps. Pas de glace à briser, parce qu’il n’y avait aucune glace.

J’avais eu le plaisir de rencontrer une autre fois l’ancien premier ministre John Robarts, mais aussi Claude Ryan, alors du journal Le Devoir, Barbara Frum, de la CBC, Michèle Tisseyre, Claude Morin, Greta Chambers, du journal The Gazette, et de nombreux autres personnages intéressants. Je retiens une anecdote qui me fait sourire encore aujourd’hui. Entre deux conférences, je me promène à la recherche du très nécessaire « petit coin » et je ne suis pas seul, un grand monsieur aux cheveux blancs frisés m’accompagne et nous échangeons de tout et de rien autour de la conférence et sur l’emplacement de ce « petit coin » dont nous avons tous deux urgent besoin. Finalement, l’ancien gouverneur général Roland Michener et moi le trouvons… et nous poursuivons notre conversation devant un mur de béton!!!

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Je pense que c’était la première fois que son nom apparaissait dans les pages du journal Le Carillon. Dans l’édition du 13 juillet 1977, il est question d’une école de hockey qui se tiendra à Rockland cet été-là. « Les instructeurs de l’école, cette année, ne sont pas encore connus. Jacques Martin, de l’Université d’Ottawa, était l’instructeur-chef de l’école, l’an dernier. » Oui, le même Jacques Martin, qui allait éventuellement tenir son école de hockey dans le nouveau complexe sportif de Hawkesbury… qui porte aujourd’hui le nom de Robert Hartley.

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C’était à prévoir, bien sûr. « Onze contribuables de Hawkesbury ont officiellement protesté auprès de la Commission municipale de l’Ontario des intentions du Conseil municipal de Hawkesbury de construire un complexe sportif à Hawkesbury. » Trois anciens maires étaient parmi les signataires, Charles Lafrance, Albert Cadieux et Philibert Proulx; les autres étaient des gens connus, Gabriel Boyer, Hugh Brown, Gaston Charette, John F. Cottee, James Donaldson, William Kitchen, Eugène Leblanc et Albert Poulin. Tout ce monde voulait que le Centre Mémorial soit réparé et serve de base à un futur complexe sportif. « Un des signataires a expliqué qu’une pétition est en train d’être circulée un peu partout à travers la ville et qu’elle sera envoyée en temps propice à la Commission municipale de l’Ontario. » Le complexe! Ce projet en a donc fait couler de l’encre.

Découvrir ce qui existe chez son voisin

Comme je le mentionnais dans mon billet précédent, j’avais eu le privilège de participer à la conférence « Destinée Canada » que le premier ministre Bill Davis avait organisé dans le but de permettre à tout le monde de mieux comprendre ce qu’était le Canada. Le tout, bien sûr, à la lumière de l’élection de René Lévesque et de son Parti québécois à la tête du Québec le 15 novembre 1976. Voici ce que j’écrivais à mon retour; cela me rappelle de bons souvenirs.

« Il suffit de rencontrer pendant trois jours des compatriotes d’un bout à l’autre du pays pour constater jusqu’à quel point nous pouvons être égoïstes dans notre petit patelin, au point d’ignorer tout des réalités de notre pays.
      Dès le début des ateliers de discussion, le premier jour du colloque Destinée Canada, à Toronto, il était évident que la principale cause de la crise que connaît présentement le Canada était l’incompréhension mutuelle. Au fil des idées, il devenait également évident que les séparatistes ne sont pas seulement au Québec. Le Québec veut le Québec; l’Alberta veut l’Alberta; Terre-Neuve veut Terre-Neuve. Dans tous les cas, cela dépasse les questions de langue et de culture pour faire Par exemple, en Alberta, les citoyens se sentent suffisants par eux-mêmes place aux préoccupations économiques et jugent, dans bien des cas, qu’ils n’ont plus besoin du Canada et que le Québec est loin de leurs préoccupations. Pourtant, un membre du parlement albertain nous a expliqué que les richesses nouvelles de sa province ne sont pas inépuisables et que l’Alberta, un jour, aura encore besoin des autres provinces. Pour bien des gens, il n’est pas facile de penser en fonction d’un siècle à venir ou même un quart de siècle.
       À Terre-Neuve, les citoyens voudraient eux aussi contrôler un peu plus leur économie. Un délégué de cette province a indiqué qu’il était ridicule qu’il en coûte moins cher pour acheter du bœuf de l’Ouest dans cette province que des produits de la mer. Les pêcheurs terre-neuviens doivent expédier leurs produits à l’extérieur de la province pour la transformation, ce qui fait que les produits reviennent dans la province à des coûts plus élevés. En Alberta comme à Terre-Neuve, on voudrait être plus indépendant.
       Dans l’Ouest, une autre question retient l’attention des citoyens: la protection des groupes ethniques. Dans Prescott-Russell, des villages entiers ne comprennent que des francophones; dans l’Ouest, dans certains endroits, il n’y a par exemple que des Ukrainiens. Cette situation des groupes ethniques a également retenu l’attention des délégués. Le Dr Kévork Baghdjian, le président de la Fédération des groupes ethniques du Québec – porte-parole de quelque 600 000 représentants d’ethnies – signalait que l’unité canadienne doit se faire en considération des trois tiers des citoyens: le tiers des anglophones et le tiers des francophones, les deux peuples fondateurs, de même que l’autre tiers des groupes ethniques, parce qu’ils sont effectivement le tiers.
        À l’université York, dans une sorte de retraite fermée de trois jours, il nous a été permis de constater que les problèmes des différentes régions sont très importants pour ces groupes mêmes et que les problèmes des Franco-Ontariens, par exemple, ont à peine commencé à intéresser les populations. Des délégués du Québec, pour la première fois, ont compris qu’il était important pour eux de s’intéresser à la situation des francophones hors Québec, dont ils soupçonnaient à peine l’importance.
       À notre avis, la conférence Destinée Canada a constitué un important pas dans la bonne direction et tous ont exprimé un avis semblable. Chacun doit chercher, au cours des prochains mois, à découvrir davantage ce qui existe chez son voisin des autres provinces, tenter de comprendre leurs problèmes individuels ou collectifs et tenter de trouver ce qui semble être les meilleures solutions. Chacun doit y donner du sien! »

Voilà, ça se passait il y a 35 ans. Est-ce que nous nous comprenons réellement mieux en 2012?

Les élections provinciales… pour rien finalement

Dans Prescott-Russell, à peine six personnes sur dix prennent la peine de se déplacer en ce 9 juin 1977. Comme je l’écrivais à la une de l’édition du 15 juin 1977 du journal Le Carillon, les élections provinciales « auront été considérées comme inutiles, en ce sens que rien n’a été changé et que les gens ne se sont pas dérangés massivement pour voter ». En bout de ligne, le conservateur Albert Bélanger avait été réélu avec sensiblement le même nombre de voix qu’au scrutin précédent, soit 11 863 votes comparativement à 11 022; le libéral Philibert Proulx avait récolté un peu moins que le candidat Roger Charron, soit 8 876 comparativement à 8 957; tandis que Joseph Ernest Cheff avait réduit le vote néo-démocrate à 3 591 comparativement à 5 019 pour Raymond DesRochers l’élection précédente. À l’échelle provinciale, Bill Davis se retrouve avec un autre gouvernement minoritaire et un parti libéral rajeuni et revigoré avec Stuart Smith à sa tête. Le néo-démocrate Stephen Lewis décide d’abandonner et remet sa démission quelques jours après l’élection.

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Je ne sais pas s’il s’agit du même programme que le gouvernement de Stephen Harper vient de sabrer dans son dernier budget fédéral. Quoi qu’il en soit, le journal du 22 juin 1977 se réfère à la sélection de Michel Lavictoire, 17 ans, de Hawkesbury, pour participer au programme Katimavik du ministère de la Défense nationale. Le jeune homme est parmi 1000 jeunes Canadiens invités à participer à ce programme de dix mois, le temps d’une année scolaire. « Cette initiative du gouvernement fédéral vise à amener les jeunes à prendre conscience de leur entourage. » Michel faisait partie « d’une délégation de 10 jeunes choisis à travers l’Ontario tout entier. Seul ce dernier est francophone parmi les élus ontariens ».

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« Un nouveau journal hebdomadaire desservira la population française de Cornwall à compter du vendredi 2 septembre prochain. Le Journal de Cornwall sera la propriété de M. Michel Paquette, le vice-président des ventes du journal Le Carillon. L’Imprimerie Prescott-Russell Ltée, propriétaire du journal Le Carillon, sera gestionnaire du nouveau Journal de Cornwall. » Ce journal existe toujours et fait partie de la gamme des journaux des Éditions André-Paquette.

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Destinée Canada était le nom du grand rassemblement national que le gouvernement de Bill Davis avait organisé à l’université York de Toronto au lendemain de l’élection d’un premier gouvernement séparatiste / indépendantiste / souverainiste au Québec. Les 500 déléguées viennent de partout au pays, et les Franco-Ontariens y sont représentés (l’ancien maire d’Ottawa, Pierre Benoit; le président du collège Algonquin, le Dr Laurent Isabelle; Maurice Chagnon, de l’Université d’Ottawa; la présidente de l’ACFO, Gisèle Richer, de Rockland; Nicole Vinette, du centre La Sainte-Famille de Rockland; Gisèle Lalonde, du Conseil scolaire d’Ottawa; Rodolphe Villeneuve, du Conseil scolaire de Stormont-Dundas-Glengarry. J’y participe, mais comme délégué de Glengarry-Prescott-Russell et non pas comme représentant franco-ontarien. J’y reviens dans mon prochain blogue.

Une charte pour l’Ontario… cinq ans avant une charte nationale

« Une charte pour l’Ontario » est le titre d’une grande publicité dans Le Carillon du 1er juin 1977. Le premier ministre William Davis y affirmait ses intentions pour l’avenir de l’Ontario. Nous sommes, ne l’oublions pas, en pleine campagne électorale, mais il est intéressant de revoir les principes de cette charte :

1. La liberté ne peut être sauvegardée qu’au sein d’une société où n’existe aucune discrimination basée sur l’origine raciale, la couleur de la peau, le sexe ou les croyances des citoyens. Et le milieu le plus favorable à la préservation de cette liberté est une société où règnent la justice et la loi, une société vouée aux institutions démocratiques basées sur le système parlementaire britannique.

2. La justice et l’égalité des opportunités offertes aux citoyens ne peuvent être garanties que par un gouvernement prêt à assurer que tout groupe, y compris le gouvernement lui-même, n’utilise pas le pouvoir de façon injuste.

3. La vraie liberté ne peut être réalisée et maintenue que si le gouvernement est prêt à limiter sa propre croissance et ses propres dépenses.

4. La force, la prospérité et l’unité du Canada tout entier sont essentielles au bien-être de tous les citoyens de l’Ontario. Le maintien de cette unité est le tout premier objectif de l’Ontario à l’échelle nationale.

5. Au sein d’une société libre et juste, le gouvernement se doit de définir et de protéger les droits de chaque individu tels que:

a) Le droit de se bâtir un avenir assuré pour lui-même et pour les membres de sa famille.
b) Le droit de rechercher et de gagner un salaire juste et équitable.
c) Le droit de rechercher et de gagner des bénéfices et honoraires justes et équitables.
d) Le droit de travailler dans la paix et la sécurité.
e) Le droit d’être protégé contre toute pratique injuste ou illégale sur le marché ou dans le milieu du travail.
f) Le droit à un système de taxation juste et équitable.
g) Le droit de réaliser ses ambitions personnelles, d’aller de l’avant et de s’améliorer.

Davis prenait ensuite une série d’engagements et énonçait quelques affirmations en conséquence. J’en conclus que cette « charte » n’avait existé que le temps d’une campagne électorale.

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L’Association canadienne-française de l’Ontario (ACFO) « s’est fixé pas moins de 32 objectifs précis afin d’en arriver à une meilleure reconnaissance des droits des Franco-Ontariens ». Ce plan d’action avait été publié dans un rapport intitulé « Les héritiers de Lord Durham II » et comportait trois chapitres : (1) l’ACFO et son histoire; (2) une description de la situation des Franco-Ontariens telle que perçue par l’ACFO; (3) le plan d’action future de l’ACFO. Je me souviens de l’avoir lu, un long document, plus rêveur que réaliste. Ce n’était pas parce que j’étais Franco-Ontarien que je devais adopter aveuglément ces visées de l’ACFO. Certains m’avaient même accusé d’être « un traître »; cela ne changeait rien de mes opinions et le journal couvrait l’ACFO avec rigueur. Peu de journaux, peu de médias en fait, lui accordaient tant d’espace dans ses pages. On en parle dans le journal du 1er juin 1977.

Le précurseur du Festival Franco?

Les Québécois avaient leur « Superfrancofête », dorénavant les Franco-Ontariens auront leur « Fête-Ontario ». Comme le rapporte Le Carillon du 18 mai 1977, « c’est le projet que prépare présentement l’Association canadienne-française de l’Ontario, secteur de Cornwall. Cette manifestation se déroulera du 24 au 28 août prochain à Cornwall. » Cette « grande première » visait « à rapprocher les Franco-Ontariens afin de se faire connaître auprès de la population anglophone de la province. Si tout va comme l’espère l’ACFO, des gens de toutes les régions francophones de l’Ontario seront au rendez-vous. » Évidemment, c’était bien avant l’existence du Festival franco-ontarien qui visait les mêmes objectifs, en quelque sorte.

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L’élection provinciale du 9 juin dans Prescott-Russell ne sera pas tellement compliquée, ni excitante. Le député conservateur sortant Albert Bélanger sera encore là et ses adversaires seront le libéral Philibert Proulx et le néo-démocrate Joseph-Ernest Cheff. Pour cette élection-là, il suffisait donc de choisir le candidat du moindre mal. Je n’avais pas l’occasion de lui faire trop de remontrances pour l’affaire Saputo étant donné que recommander Proulx n’aurait pas été une option. Et Cheff n’était pas le meilleur candidat. J’y reviens.

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« Tous pour un complexe, un complexe pour tous » était le slogan de la campagne de souscription pour un nouveau complexe sportif et l’objectif avait été fixé à un demi-million de dollars. Le Carillon du 1er juin 1977 explique que la campagne est officiellement lancée par le maire Laurent Cayen.

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Le juge de la Cour des comtés, à L’Orignal, Omer-H. Chartrand, occupait son poste depuis 16 ans et il avait décidé qu’il était temps de prendre sa retraite. Il en question dans le journal du 1er juin 1977. Chartrand avait décidé de quitter son poste en juillet. « J’ai tenté au cours de mon mandat d’expédier les procédures le plus possible parce que je réalise que le temps des avocats est précieux. J’ai souvent rendu mes verdicts sur-le-champ pour éviter une nouvelle apparition en Cour et j’ai souvent été critiqué pour ce geste. Toutefois, j’estime avoir rendu de grands services à la communauté. »

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Jusque-là, les jeunes hockeyeurs jouaient sans protection du visage. « Le port du protecteur facial sera obligatoire pour tous les joueurs des équipes mineures de hockey du Canada aussitôt que l’Association canadienne de normalisation aura donné son approbation à un modèle précis. » Un vice-président de l’Association canadienne de hockey amateur avait mentionné « que 41 joueurs ont perdu la vue suite à des accidents subis lors de matchs de hockey cette saison, tandis que 57 joueurs sont devenus aveugles après des accidents semblables, l’année précédente. » De tels accidents sont extrêmement rares au hockey mineur depuis cette décision.

Quinze ans… il avait fallu être patient

Il aura fallu 15 ans de négociations avec Hydro-Ontario, mais la ville de Hawkesbury obtient finalement une compensation pour les inconvénients attribuables à la construction du barrage hydroélectrique de Carillon. « Les négociations entreprises entre la ville de Hawkesbury et l’Hydro-Ontario, en 1962, à cause du barrage hydroélectrique de Carillon sont maintenant terminées et le fonds pour la construction de nouvelles facilités sportives à Hawkesbury comprend déjà $250,000. » C’est ce qu’on peut lire à la une du journal Le Carillon du 18 mai 1977. « Ces négociations, menées par quatre ou cinq conseils municipaux différents pendant cette période, ont finalement abouti après une fin de semaine de délibérations intensives. » (Les élections provinciales étaient en cours, ne l’oublions pas.)

« Lundi soir, le Conseil municipal a accepté la dernière offre de l’Hydro-Ontario et libéré cet organisme de toutes obligations futures. (…) En 1972, l’offre à la ville était de $143,442 et était sensiblement la même que dix ans auparavant. Lundi, l’offre finale était de $465,230 et la ville a opté pour son acceptation. » Cette somme serait répartie de la façon suivante : « $215,230 comme compensation pour la station de pompage et $250,000 pour le fonds de construction de nouvelles facilités sportives ». Le conseiller Claude Drouin était favorable au montant total, mais il aurait fallu que la somme soit affectée entièrement au projet d’une nouvelle usine d’épuration. Drouin, un organisateur libéral hyperconnu, s’était même attaqué verbalement au député conservateur Albert Bélanger, qui participaient aux négociations depuis sept ans. Il blâmait Bélanger « de jeter l’argent des contribuables de parts et d’autres en ce temps d’élection ».

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Le Conseil des comtés unis avait vainement tenté de se départir de l’ancien Foyer Prescott-Russell à L’Orignal. Le journal du 18 mai 1977 nous apprend que « l’ancien Foyer Prescott-Russell serait converti en campus d’enseignement du français pour les enseignants de langue anglaise. (…) Le ministère de l’Éducation est présentement à la recherche d’un édifice pour des stages d’environ cinq semaines pour l’enseignement au français aux étudiants anglophones. » Le député Albert Bélanger avait « déclaré qu’il était temps de battre le fer pendant qu’il était chaud. Il a laissé entendre que la décision pourrait bien être prise avant les élections provinciales du 9 juin. » Voilà… Il voulait du capital politique. Ce projet ne serait jamais réalisé.

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C’était assurément une belle invitation. Comme on peut le lire dans Le Carillon du 18 mai 1977, « il n’y avait pas personne de plus heureux que Robert Hartley dans toute la ville de Hawkesbury, le 7 mai dernier. Ce jeune gardien de but local a reçu une lettre de l’instructeur-gérant des Marlies de Toronto, George Armstrong, l’invitant à se rendre au camp d’entraînement de cette équipe de la Ligue junior majeure de l’Ontario à la fin du mois d’août. » Hartley, un nom que tous ceux qui suivent le hockey en 2012 connaissent, était alors un joueur de calibre midget et il avait attiré l’attention d’Armstrong justement lors d’un tournoi de cette catégorie à Brockville. Il n’avait forcément aucune idée que son nom, un jour, serait donné au complexe sportif de sa ville.

Nous venons de la ville… nous voulons les mêmes services

La restructuration municipale était un phénomène qui devenait inévitable et les politiciens de l’époque semaient cette idée de plus en plus. Dans les comtés unis de Prescott et Russell, il en était évidemment question avec les débats autour des recommandations du commissaire à la restructuration, Goldyn Sunderland. Devant les 300 délégués au congrès de l’Organisation des petites municipalités urbaines de l’Ontario, réunis au motel Holiday de Hawkesbury, le trésorier ontarien Darcy McKeough y était conférencier et a « servi un appel à peine déguisé envers la restructuration ». Charles Burroughs signe un texte sur sa conférence dans Le Carillon du 11 mai 1977. « M. McKeough a insisté que les conflits de frontières deviennent de plus en plus fréquents à mesure que s’urbanisent les zones rurales en bordure des villes et que les résidents de ces nouvelles zones urbanisées demandant les services auxquels ils auraient eu droit s’ils étaient restés en ville. »

McKeough avait affirmé que le développement subissait l’influence du concept des frontières municipales d’alors. « Au lieu de tracer une ligne précise autour des concentrations urbaines existantes, M. McKeough préconise des régions plus grandes où le contrôle direct du développement serait déterminé par une entité municipale, au lieu de plusieurs municipalités en compétition l’une contre l’autre pour l’évaluation source de revenus. » Le trésorier provincial avait précisé qu’une « nouvelle attitude envers la définition des frontières municipales s’avère une des priorités du gouvernement ontarien ». Cela prendrait du temps, mais cela deviendrait réalité… celle que l’on connaît depuis maintenant une dizaine d’années en Ontario et ailleurs au pays.

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William Davis avait déclenché des élections en Ontario pour le 9 juin 1977. Le député conservateur sortant Albert Bélanger avait annoncé qu’il se porterait encore une fois candidat de son parti. Quant aux libéraux, diverses rumeurs circulaient et comme on peut le lire dans le journal du 11 mai 1977, « Don Boudrias, de Sarsfield, sera candidat ». Il a alors 27 ans et demeure dans Prescott-Russell (la circonscription électorale et non pas les « comtés unis ») depuis 25 ans. « M. Don Boudrias (que nous épelions encore avec un « s » final) est sous-préfet du canton de Cumberland depuis les élections municipales du 6 décembre 1976, et est organisateur pour le parti libéral, fédéral et provincial, depuis cinq ans. (…) S’il est élu candidat officiel, sa campagne portera sur le pourquoi des élections provinciales et sur le traitement accordé aux francophones, Sa campagne sera axée sur le porte-à-porte surtout, et également sur les assemblées publiques. » Dans l’édition du 18 mai, nous lisons que « Don Boudrias a changé d’idée. (…) Il a retiré sa candidature pour deux principales raisons. En premier lieu, l’équipe électorale était difficile à organiser, puisque une partie des gens étaient déjà engagés dans d’autres campagnes électorales, et en second, M. Boudrias voudrait compléter son premier mandat de sous-préfet du canton de Cumberland. » Ce n’était que partie remise.

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La population s’organise et un comité de souscription pour les nouvelles installations sportives de Hawkesbury se met en branle. Objectif : un demi-million de dollars. La coprésidence du comité est confiée à deux avocats connus, l’ancien maire Yvon Montpetit et Michel Houle. Parmi les membres du comité, identifiés dans le journal du 11 mai 1977, on retrouve surtout des noms de citoyens réputés de la ville : le sous-préfet Gilles Thériault y représente les intérêts municipaux alors que Jean-Jacques Poulin, le trésorier municipal, devient trésorier du comité, À la présidence des divers sous-comités, des gens comme Robert Cusson, Yvon Dicaire, Marcel Rozon, Roger Clément, Gabrielle Miner, Lucien Denis, Nicole Proulx, Jacqueline Lafrenière. D’autres personnes se grefferont au comité en cours de route. La communauté était embarquée dans ce grand projet.

Condamné… mais on peut attendre un peu

La bonne nouvelle était attendue impatiemment depuis plusieurs semaines quant au sort au Centre Mémorial « condamné ». Comme on l’apprend dans Le Carillon du 4 mai 1977, la ministre ontarien du Travail, Bette Stephenson, « a accordé verbalement la permission à la ville de Hawkesbury de garder le Centre Mémorial ouvert pendant une autre saison aux mêmes conditions que l’année dernière ». Les autorités municipales étaient soulagées parce qu’elles se préparaient à lancer une campagne de financement public pour le projet de complexe sportif. Mais en même temps, le conseiller Claude Drouin, plutôt partisan de la rénovation, de la réparation et du renouveau du vieillot Centre Mémorial, poursuivait ses tentatives afin de gagner son point et ça n’arrêtait pas. Avec cette confirmation ministérielle, la plupart des arguments de Drouin ne tenaient plus. Histoire à suivre.

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Les membres du Conseil des comtés unis de Prescott-Russell s’étaient voté des majorations salariales, mais ils se doutaient sûrement que la Commission de lutte contre l’inflation ne les laisserait pas faire. Comme le rapporte la journaliste Monique Castonguay dans Le Carillon du 20 avril 1977, la Commission a avisé le Conseil des comtés que le maximum autorisé était de 8 p. cent… point à la ligne. Au lieu du salaire de 4 000 $ qu’ils avaient souhaité pour eux et de 10 000 $ pour le président du Conseil, « les salaires des conseillers seront maintenant de $3,447, soit 8 p. cent, ou $225, de plus que l’an dernier, et le président recevra $9,106, soit encore 8 p. cent ou $674.52, de plus qu’en 1976 ».

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J’avais parlé récemment de l’arrivée des micro-ondes et que je n’avais pas trouvé, dans les éditions de 1976, de la publicité pour ces nouveaux appareils. Voilà dans l’édition du 13 avril 1977, les Coopératives d’Embrun et de St-Isidore en offrent un modèle Litton, « minuterie rotative 45 minutes, cuit et maintient la température des aliments, plateau amovible, thermomètre, rôtissoire inclus » au prix de 599 $.

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Il y avait eu l’époque des films de fesses, anodins dans le contexte d’aujourd’hui, mais aussi la série des films « Ilsa… la louve des SS », puis la suite… avec « Greta la tortionnaire » et « Helga avec ses heures brûlantes de plaisir ». Tous ces films au Théâtre Laurentien de Grenville. Nous en étions aux « films de fesses sadiques » en ce printemps de 1977…. Et c’était en français! Et la salle était pleine!

Les petits anglais nuisaient aux petits français

Le phénomène était relativement nouveau à l’époque. Dans Le Carillon du 30 mars 1977, on peut y lire que « la présence d’élèves anglophones dans les classes de langue française affecte de façon négative l’apprentissage général des élèves de langue française ». Toujours selon l’article, « c’est là l’avis de plus de 60 p. cent des répondants à une enquête menée par l’Association des enseignants franco-ontariens (AEFO) auprès de 2,000 enseignants de l’élémentaire de l’Ontario. De plus, 61 p. cent des enseignants croient que la présence dans leur classe d’élèves qui s’expriment difficilement en français nuit sensiblement à l’attitude des jeunes francophones face à leur langue maternelle. » Depuis au moins 25 ans, surtout dans l’ouest des comtés unis de Prescott et Russell et dans la plupart des écoles françaises d’Ottawa, ce phénomène d’enfants anglophones dans des classes françaises (ne pas confondre avec programmes d’immersion) est omniprésent.

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Dans le texte de Tom Van Dusen que j’ai reproduit dans mon blogue, l’auteur fait référence aux habitudes des Franco-Ontariens en ce qui concerne leurs caisses populaires. Comme on peut le lire dans l’édition du journal Le Carillon du 30 mars 1977, « une autre importante étape vient d’être franchie dans l’octroi aux caisses populaires ontariennes de statuts les rendant plus ou moins égales aux banques à charte ». Le ministre ontarien de la Consommation et du commerce, Sidney Handleman, avait annoncé la création de la Société ontarienne d’assurance d’actions et de dépôts (Ontario Share and Deposit Insurance Corporation). Cette société « établira et gérera un fonds d’assurance pour protéger les dépôts des consommateurs jusqu’à concurrence de $20,000 par sociétaire » dans les credit unions et les caisses populaires de l’Ontario. « La protection est semblable à celle qui existe pour les banques à charte, les sociétés de prêts et de fiducie. » La nouvelle avait une importance particulière pour les lecteurs de Hawkesbury puisque la Fédération des caisses populaires de l’Ontario Ltée, « avec plus de 70 membres et des actifs de plus de $330 millions », y avait nommé Jean-Baptiste Alie, un administrateur de la Caisse populaire de Hawkesbury et coopérateur connu, comme un de ses trois représentants au conseil d’administration conjoint de la Société.

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Un petit entrefilet dans Le Carillon du 30 mars 1977. On y note que le 30 avril marquera le 20e anniversaire de l’acquisition de l’Imprimerie Prescott-Russell de Plantagenet par André Paquette, le propriétaire-éditeur du journal Le Carillon. Cela signifie que le journal n’avait que dix ans d’existence (fondée en 1947) quand son propriétaire s’est doté d’une imprimerie. Le journal soulignera ses 65 ans en 2012.

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Ça ne m’avait jamais frappé. Je note, dans plusieurs éditions de 1977, que ma journaliste Monique Castonguay écrivait un nombre très élevés d’articles sur les questions agricoles dans la région. J’en parle parce qu’aujourd’hui et ce depuis de nombreuses années, Monique est justement au service des communications d’Agriculture Canada.

Une réalité bien différente de nos jours

Un texte exceptionnellement long aujourd’hui, mais il faut retenir que cette section de mon blogue traite justement d’un « Retour sur hier » et s’il y a eu un événement extrêmement marquant à cette époque, c’est bien l’élection du PQ le 15 novembre 1976. Le journaliste Tom Van Dusen « couvre » Prescott-Russell pour le compte du journal The Citizen. Le père de Tom était bien connu dans le milieu politique de la capitale ayant rédigé des discours pour quelques premiers ministres. Les frères et sœurs de Tom œuvrent quasiment tous dans le monde du journalisme et de la communication. Son oncle Jack, lui-même un ancien journaliste de longue expérience, a été mon patron aux relations avec les médias de Postes Canada. En fait, c’est Jack qui m’avait offert une promotion en 1990 en court-circuitant le processus habituel interne des ressources humaines de l’entreprise. Tom et moi avions couvert de nombreux événements politiques dans Prescott-Russell pendant nos premières années dans ce métier. Dans Le Carillon du 9 mars 1977, je consacre mon espace éditorial à un texte que Tom avait écrit pour The Citizen; en fait, je le reproduisais intégralement. Aujourd’hui, Tom conviendrait que le portrait qu’il trace est sensiblement différent en 2012… surtout dans l’ouest des comtés unis et particulièrement dans le canton de Russell… celui qui nous a réuni vers la fin des années 80 jusqu’à mon départ pour Ottawa à la fin de 2011. Au lendemain de cette élection du PQ, les médias nationaux, surtout anglophones, avaient soudainement découvert la réalité francophone hors Québec. J’avais été interviewé par de nombreux journalistes. Le texte qu’il avait produit pour The Citizen en page 3 de son édition du 7 mars 1977 est reproduit intégralement… et dans sa langue d’origine… comme je l’avais fait à l’époque. La traduction ne rend jamais totalement justice à un texte. Tom rendait bien la réalité de cette l’époque dans mon petit coin de pays.

“Villages cluster around massive churches and illuminated crucifixes adorn the yards of private homes.

Much of the banking is done at caisses populaires rather than at more traditional institutions.

The language most often heard at street corners is French.

This isn’t rural Quebec: It’s a sketch of Ontario’s eastern tip – the United Counties of Prescott and Russell – where 80 per cent of the 47,500 residents are French-speaking.

Slice of Quebec

Prescott-Russell is a slice of Quebec carried across the Ottawa River through a steady migration of job hunters and farmers in search of greener pastures.

Socially, culturally, and linguistically, this chunk of Ontario is an island unto itself.

Other municipalities such as Ottawa, Cornwall, Sudbury and Windsor have large francophone populations, but nowhere in the province is the majority so overwhelmingly French.

Local government business is conducted almost entirely in French in Prescott-Russell. Only a smattering of English is heard at county council meetings or gatherings of various town, township and village councils.

Of course, provincially-overseen business – such as court proceedings – is conducted in English.

It’s a grating experience to sit in on a court case heard in English despite the fact everyone from the judge to the accused is francophone.

Separate school board deliberations are in French while English is often used during board of education meetings to accommodate the minority of trustees representing public school supporters.

In Prescott-Russell, there’s a reversal of the common Ontario situation which finds francophones unable to get service in their mother tongue. Here, the English-speaking minority sometimes complains of language difficulties such as trying to deal with store clerks who speak only French.

Prescott-Russell looks different, and a large part of the difference stems from the powerful influence of the Roman Catholic Church, which began to wane only about a decade ago.

Ornate churches, pretentious by today’s standards, are the focal point of villages like Casselman, Bourget and Fournier. Homes cling to them as if seeking solace.

In a somewhat gaudy expression of faith, full-size crucifixes and miniature shrines honoring the Virgin Mary sprout along back concession roads.

With the completion of Highway 417, soaring property values and trend to country living, this bastion of franco-Ontarianism is threatened by an influx of English-speaking newcomers.

Many are concerned; others don’t give a damn.

Those who care haven’t attempted to discourage anglophone inroads but they hope the traditional identity can be preserved.

Goldyn Sunderland, an Ottawa planner who owns a home in Prescott-Russell, feels county council should officially recognize the French fact and develop a policy designed to perpetuate the French culture.

The consultant in the process of completing a $97,000 restructuring study of the counties, says the French flavor could be enhanced if greater attention was paid to architectural style in new development.

Architecture, community layout and use of space have always been distinct between the founding cultures, Sunderland notes. He emphasizes how French communities have traditionally revolved around huge churches.

In this space last week, an articulate group of Hawkesbury residents questioned the restructuring commissionner’s position.

‘To suggest that any specific culture should be imposed and artifically maintained, in the face of normal events, is a least unrealistic,’ the group wrote.

Individual styling in architecture is a luxury few families can afford these days, the residents maintained. They said there was ‘a suggestion of condescension’ in Sunderland’s emphasis of the role played by the Church in francophone life.

Unique structure

Perhaps some of Sunderland’s proposals are impractical, impossible – and even condescending. But he has recognized the possibility that a social structure unique in Ontario may be damaged of lost entirely and feels preventive steps should be taken.

English-speaking newcomers to Prescott-Russell should be educated to the fact they’ve entered a predominantly-francophone milieu and be expected to adapt accordingly.

If the influx of anglophones continues at the same rate without a concrete effort to preserve the existing character, the majority could wind up the minority and eventually be assimilated.

There are those who would mourn the passing of this unusual piece of Ontario’s cultural mosaic.”

J’ai bien peur que dans l’ouest des comtés unis, la prédiction de Tom est en train de sa matérialiser. Quelle tristesse!