Les villes où j’ai vécu : Québec

Depuis sa naissance, Alain a habité dans une dizaine de villes différentes, dont certaines à plus d’une reprise. Bien sûr, ses souvenirs et ses impressions de chacun de ces endroits où il a vécu sont relatifs à l’âge qu’il avait à l’époque et aux activités auxquelles il s’était livré… ainsi que des souvenirs qu’il en a gardés. Voici donc le douzième article de cette série… qui concerne Québec où il est arrivé en avril 1984 et où il est demeuré trois années… Vous pourrez revoir tous les articles précédents de cette série dans l’onglet
« Les villes où j’ai vécu » sous la subdivision « Mes catégories ». Bonne lecture.

par Alain Guilbert

Comment me suis-je retrouvé à Québec, ayant toujours vécu dans l’axe Sherbrooke (Cantons de l’Est) et Montréal depuis ma naissance en 1940? C’est une longue histoire… dont voici les grandes lignes…

En1983, quatre années après mon arrivée à la tête de La Voix de l’Est et de CHEF-radio à Granby, le directeur général des journaux de Quebecor et bras droit de « Monsieur Péladeau », Maurice Custeau m’invite à luncher en sa compagnie au (défunt) Club St-Denis à Montréal. Je m’imagine bien que s’il m’invite à sa table, ce n’est pas pour lui faire la conversation. Effectivement, il m’offre le poste de directeur général au Journal de Québec (ou au Journal DU Québec… comme disent les gens de Québec qui se sont toujours considérés comme le « centre » de la province). L’offre est alléchante, car elle me permet de gravir un échelon de plus dans ma carrière, moi qui souhaitais d’ailleurs participer davantage dans l’ensemble de la gestion des journaux et non uniquement dans leur contenu rédactionnel. Mais je me méfie de Quebecor… Ayant œuvré précédemment avec Power Corporation (les Journaux Trans-Canada), avec Jacques Francoeur (à ce moment devenu le propriétaire d’Unimédia) et en collaboration avec Transcontinental, disons que je considérais depuis longtemps Quebecor davantage comme un « adversaire » que comme un « ami ». Et de plus, j’étais au courant personnellement de « sales tours » qu’on avait joués à certains journalistes à qui on offrait de gros salaires pour les débaucher et à qui on disait quelques semaines plus tard que « les affaires n’étant plus ce qu’on avait prévu, il fallait diminuer leur salaire »… Disons que Quebecor n’avait pas bonne réputation dans le milieu journalistique à cette époque.

Après quelques jours de réflexion, j’ai finalement annoncé à Maurice Custeau que je trouvais son offre intéressante, mais que je préférais la décliner parce que (je me souviens parfaitement des mots que j’avais alors utilisés!!!) « mon plan de carrière ne passait pas par Québec ». Il faut dire que j’étais fort bien traité par Power Corporation et que j’espérais un jour prendre la présidence de La Tribune (Sherbrooke) lorsque mon ancien patron, Yvon Dubé, prendrait sa retraite… ce qui n’était pas nécessairement près de se produire à cette époque.

Une année plus tard, il s’est produit un certain émoi dans les journaux du Québec, quand Claude Masson, alors rédacteur en chef et éditeur adjoint du Soleil à Québec, a annoncé qu’il quittait la Vieille capitale pour aller rejoindre son ami Claude Beauchamp au journal Les Affaires (et autres publications économiques du Groupe Transcontinental), lui-même ayant quitté Le Soleil une couple d’années plus tôt pour joindre ses forces à celles de
Rémi Marcoux.

Un bon matin, alors que je suis toujours à Granby, mon téléphone sonne… c’est Claude Masson, que je comptais parmi mes amis, qui veut m’annoncer « en primeur » son départ prochain et me prévenir que « Jacques Francoeur, le propriétaire et éditeur du Soleil, va t’appeler dans les prochaines heures pour t’offrir le poste que je laisse vacant », me faisant bien sûr promettre de ne dire à personne qu’il m’avait appelé. Et effectivement, ce même jour, Jacques Francoeur m’invitait à rallier les rangs du Soleil… une offre intéressante à de nombreux points de vue. Je pouvais devenir non seulement éditeur adjoint et rédacteur en chef d’un journal important, mais aussi membre de son conseil d’administration, ainsi que membre du conseil d’administration du magazine Perspectives, un supplément de fin de semaine qui appartenait conjointement à tous les journaux qui le distribuaient, soit La Presse, Le Soleil, La Tribune, Le Nouvelliste, La Voix de l’Est, Le Droit et Le Quotidien. Le salaire et les avantages sociaux étaient intéressants. Mais il y avait un « hic »… Le Soleil avait connu une grève de 11 mois en 1977 et les relations du travail de ce journal étaient sans doute les plus difficiles (pour ne pas dire les plus mauvaises) de toute la presse québécoise. La convention collective entre Le Soleil et ses journalistes comptait près de 200 pages et était considérée comme la plus complexe de tout le Québec et peut-être même de tout le Canada.

Mais revenons un peu en arrière pour comprendre le contexte dans lequel évoluaient les journaux de l’époque. J’avais connu Jacques Francoeur quand il avait fait équipe avec
Paul Desmarais (Power Corporation) dans l’acquisition de La Tribune (et plus tard du Nouvelliste, puis de La Voix de l’Est). Par la suite, Paul Desmarais avait fait l’acquisition de La Presse, mais celle-ci était régie par une loi privée de l’Assemblée nationale, et pour conclure la transaction, Power avait dû procéder à la création d’une nouvelle entité totalement indépendante des autres journaux, soit Gesca. Cette société était propriétaire de La Presse alors que sa filiale Journaux Trans-Canada était propriétaire des quotidiens de Sherbrooke, Trois-Rivières et Granby. Et encore plus tard, quand le groupe Desmarais-Francoeur a voulu faire l’acquisition du Soleil, le premier ministre de l’époque, Robert Bourassa, s’y est fortement opposé afin de prévenir une concentration trop importante de journaux quotidiens dans les mains d’une même entreprise. C’est alors que Paul Desmarais et Jacques Francoeur se sont séparés à l’amiable, le premier conservant les quatre quotidiens mentionnés précédemment et le second reprenant ses hebdos métropolitains, son Dimanche-Matin (ces publications faisaient alors partie des Journaux Trans-Canada) ce qui lui a permis de faire l’acquisition du Soleil et du Quotidien à Chicoutimi (puis, plus tard, du Droit à Ottawa). Tous les journaux de M. Francoeur ont été regroupés au sein de la société Unimédia, celle-là même qui m’offrait le poste à Québec.

Il faut dire que quelques mois auparavant, quand Jacques Francoeur avait fait l’acquisition du Droit (à Ottawa), je l’avais appelé pour lui offrir mes services comme président et éditeur quand l’éditeur en place, Robert Bélanger, prendrait sa retraite. Donc, lorsqu’il m’a offert de diriger Le Soleil, je lui ai demandé de me dire ce que j’aurais à gagner en occupant un poste aussi difficile, alors que j’étais davantage intéressé par la gestion générale plutôt que par la rédaction. Il m’avait répondu qu’il y avait de nombreux changements en vue au Soleil, dont la négociation d’une nouvelle convention collective, le passage d’un journal d’après-midi à un journal du matin, la création d’une section sportive en format tabloïd et un été 1984 « mer et monde » avec la venue des Grands Voiliers à Québec. « Les prochains mois seront vraiment intéressants », m’a-t-il assuré… et il avait raison. « Monsieur Guilbert, a-t-il ajouté, faites-moi deux ou trois bonnes années au Soleil, mettez les grands changements en marche… et je vous offrirai ensuite la présidence du Droit. Après de longues hésitations et de nombreuses discussions avec mes patrons de Power Corporation qui me laissaient miroiter la présidence possible du Nouvelliste à Trois-Rivières, j’ai finalement opté pour Le Soleil.

Pendant cette période de négociations avec Jacques Francoeur et Unimédia, une lutte interne se déroulait à l’intérieur du groupe des journaux de Power Corporation alors que le président de La Presse de l’époque, Roger D. Landry, voulait aussi placer sous son aile la direction des quotidiens de Sherbrooke, Trois-Rivières et Granby, une lutte qu’il devait finalement remporter aux dépens de mes patrons des Journaux Trans-Canada, ceux qui étaient prêts à me nommer à Trois-Rivières. J’ai avisé de mon départ de Granby pour Québec quelques heures avant que la nomination de Roger D. Landry à la tête des Journaux Trans-Canada (en plus de La Presse) ne soit annoncée, ce qui me confirmait que j’avais pris la bonne décision.

Quand Roger D. Landry a pris les rênes des journaux de Sherbrooke, Trois-Rivières et Granby, deux postes de direction se sont libérés au même moment, celui de Granby, puisque je venais de confirmer mon départ, et celui de Trois-Rivières, parce que le président de l’époque, Charles D’Amour (celui que j’aurais possiblement remplacé), a annoncé qu’il préférait prendre sa retraite plutôt que « de recommencer sous un nouveau patron ». C’est à ce moment que Roger D. Landry a offert la direction du Nouvelliste à Claude Masson, avant que celui-ci ne rejoigne son ex-patron et ami Claude Beauchamp. Et après quelques années à Trois-Rivières, Claude est devenu éditeur adjoint et rédacteur en chef de La Presse où il a fait un travail admirable, bien secondé par le regretté Marcel Desjardins, un ancien du Droit que Claude était allé chercher à la salle de nouvelles de Radio-Canada (que Marcel dirigeait). Et mon poste à Granby a été rapidement pourvu par Guy Crevier, que j’avais chaudement recommandé. J’avais dit à Roger D. Landry que s’il ne le nommait pas, je l’amènerais avec moi à Québec. Guy a rapidement obtenu mon ancien poste, et après quelques années et aussi des détours par TVA, Vidéotron et Téléglobe, il s’est finalement retrouvé à la tête de La Presse (puis de tous les journaux du Groupe Power), poste qu’il occupe encore aujourd’hui. Quant à Claude Masson, il a connu une mort tragique en compagnie de son épouse Jeannine, lorsque l’avion qui devait les amener en Égypte, un pays qu’il rêvait de visiter depuis plusieurs années, s’est écrasé dans l’Atlantique après son départ de New York à la fin d’octobre 1999. Le pilote de cet avion a plongé son appareil dans l’océan pour se donner la mort, entraînant avec lui 217 passagers, dont Claude et Jeannine.

De mon côté, j’ai entrepris en avril 1984 un séjour de trois années au Soleil, trois années bien remplies dont je vous parlerai dans un (ou plus d’un) prochain texte.

Un rôle instrumental dans le reboisement du bassin de la Rouge

Le Centre écologique de la CIP accueillait plus de 60 000 visiteurs chaque année à ses installations de Harrington, au nord de Calumet, près de Hawkesbury où cette CIP exploitait encore une usine de pâtes et papiers. Cette ferme forestière avait été inaugurée en 1952 « dans le but d’éduquer les cultivateurs et les propriétaires de boisés en matière d’aménagement polyvalent et de conservation des ressources naturelles ». Charles Burroughs signe un reportage dans Le Carillon du 13 octobre 1976. Quant au Centre, il avait été une contribution de la Compagnie internationale de papier au centenaire du Canada en 1967. Le Centre jouait aussi un rôle instrumental dans le reboisement du bassin de la rivière Rouge. Le Centre a distribué « près de 10,000,000 de semis depuis son inauguration en 1960 ». L’Association de la Vallée de la Rouge « a planté au-delà de 6,236,000 arbres depuis 1961. (…) Au total, 700 propriétaires de boisés ou cultivateurs ont planté des arbres jusqu’à maintenant. »

Pour les touristes amants de la grande nature, « le Centre écologique de Harrington est un petit paradis, avec un sentier écologique, une piste d’excursion de six milles et demi, un auditorium, des terrains de démonstration d’aménagement forestier, des étangs poissonneux modèles et bassins de pisciculture, des étangs pour oiseaux aquatiques, des installations pour la photographie de la faune, un observatoire, des relais de pique-nique, des campements permanents pour groupes intéressés aux sciences écologiques, une pépinière, une cinémathèque et une photothèque sur la faune et l’aménagement des ressources, et un centre de documentation. » Nous y allions souvent avec les enfants à l’époque et nous y avons même pratiqué le ski de fond. Je ne sais pas ce qu’il est advenu de ce magnifique endroit aujourd’hui.

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Tiens, tiens, ça commence. Dans l’édition du 27 octobre 1976, une publicité de Woolco pour la console Telstar de Coléco. Qu’est-ce que c’est? Un précurseur des jeux vidéo. Il suffisait de brancher le bidule à son téléviseur et on pouvait utiliser les deux manettes pour jouer au hand-ball, au hockey ou au tennis. À l’écran, des lignes blanches toutes simples et des petits carrés blancs et un point blanc comme balle. Le prix? 54,47 $ l’unité… un peu chère pour l’époque. Bien avant le Wii et le PlayStation… ou l’iPad.

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Cette histoire bizarre fait une manchette dans l’édition du 10 novembre 1976 du journal Le Carillon. « Un animal étrange a été pris mercredi dernier entre Kilmar et Calumet. » Il n’en fallait pas plus pour ranimer les souvenirs du chat-volant! Le texte précise que « l’animal n’a pu être identifié, même par le personnel du Service canadien de la faune du bureau de Hull, qui ont vu l’animal vendredi matin ». Mystère? « Ce mâle, de 70 livres environ, mesure 56 pouces du menton à la queue, possède des cornes de huit pouces de longues, fines et recourbées vers l’intérieur, des pattes de 19 pouces avec des sabots ressemblant ceux d’un élan (ou chevreuil), des oreilles de quatre pouces et demie de longueur et une queue mesurant six pouces. Son cou s’étend sur 14 pouces et l’animal a un genre de crinière dont les poils mesurent jusqu’à 4 pouces, sur une longueur de 15 à 16 pouces. Il a également de ces longs poils dans le cou, comme pour protéger la gorge. Fait curieux, la mâchoire intérieure a des dents à l’avant comme à l’arrière, mais la mâchoire supérieure n’a des dents qu’à l’arrière de la bouche. (…) Ce phénomène de la nature semble rester inexplicable. » Voilà… vous pouvez rire maintenant!

Le four à micro-ondes fait son apparition

En fin de compte, l’appareil est relativement jeune. Le Carillon du 22 septembre 1976 consacre un article à la plus récente nouveauté à entrer dans les cuisines de la région et du pays. Ça fait drôle de relire en perspective. « Une bonne invention connaît généralement auprès de son public un succès instantané, D’autres, tel le four à micro-ondes, doit attendre son moment de gloire. Maintenant, cet appareil qu’on croirait sorti tout droit d’un roman de science-fiction, est ce qu’il y a de plus ‘dans le vent’ sur le marché des appareils ménagers. Si, par hasard, vous songiez à vous en procurer un, vous rejoindrez le nombre croissant de ses adeptes. » J’ai eu beau feuilleter l’ensemble des journaux du reste de 1976 et je n’ai trouvé aucun marchand local qui offrait cette nouveauté. Je sais par contre que certains modèles se vendaient facilement autour de 500 $ l’unité. J’avais payé le nôtre, un modèle Electrolux, quasiment 600 $ à l’époque.

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Les élus municipaux de Hawkesbury, anciens et courants, à qui on a reproché certains remboursements de dépenses inadmissibles devaient rembourser ces montants selon le ministre du Trésor, des Affaires économiques et intergouvernementales, comme j’y ai fait référence récemment. Dans un éditorial du 13 octobre 1976, je nomme ces élus ou ex-élus avec les montants qu’ils sont sensés rembourser. La plupart d’entre eux sont en campagne électorale en vue des élections de décembre et je profite de l’occasion pour leur adresser le défi de rembourser au plus tôt… avant les élections… et je trace un parallèle entre un prêt bancaire et le vote. « Quand on veut un bon prêt (un mandat de deux ans), il faut avoir du bon crédit (de la confiance). » Le message était lancé.

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C’était la première fois qu’une femme se portait candidate à une élection municipale à Hawkesbury depuis un quart de siècle et sa candidature était confirmée dans l’édition du 13 octobre 1976 du journal Le Carillon. Johanne Lapointe, 25 ans, décide de tenter sa chance. Johanne (Lavergne de son nom de fille) est la femme de Claude Lapointe. « Elle a participé à la préparation du rapport Thomas sur la situation des handicapés dans Prescott-Russell, rapport qui a donné naissance à l’association Action-Progression des comtés unis, organisme regroupant les handicapés physiques. » Johanne Lapointe « espère que la population ne votera pas contre elle parce qu’elle est une femme et que les électeurs sauront juger ses mérites à leur juste valeur. Elle dit avoir confiance dans la population. » Et elle avait raison; j’y reviendrai. Quant à Johanne, nous n’avons jamais réellement perdu contact. À Embrun, Claude exploite une agence de voyage que nous avons utilisée à quelques reprises. Les deux demeuraient dans la rue voisine de nous. Pour faciliter le déplacement de Johanne à son travail dans la capitale, le couple s’est aussi installé dans un condo… le même où j’habite présentement. Le monde est petit!

En passant, dans les années 50, Lena Campbell-Ménard avait été candidate au Conseil mais n’avait pas été élue. Fait intéressant, elle était la mère de Kenneth Ménard, l’ingénieur municipal en 1976.

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L’hôtel Jessop’s Falls Resort Hotel ouvre ses portes à Plantagenet, à proximité de la rivière Nation et de la route transcanadienne 17. L’établissement offre également 92 lots de camping. Leur grande salle peut recevoir 500 personnes et il y a un piano-bar. En plein milieu de nulle part. L’expérience n’allait pas durer. Une section publicitaire de quatre pages dans le journal du 13 octobre 1976.

Un premier administrateur en chef à Hawkesbury

Les conseillers de la firme Price, Waterhouse et Associés avaient recommandé la création d’un poste d’administrateur en chef pour la ville de Hawkesbury comme première solution à la multitude de problèmes administratifs auxquels faisaient face les élus. Dans Le Carillon du 22 septembre 1976, on apprend que le directeur des achats du Conseil d’éducation de Prescott-Russell et ancien surintendant municipal à Hawkesbury, Raymond Lacroix, est nommé premier titulaire du poste nouvellement créé d’administrateur en chef au salaire annuel de 25 000 $. Lacroix a 39 ans et lui et sa femme Thérèse ont trois enfants, dont une fille qui était née le 11 septembre précédent. Lacroix devenait le patron de l’ingénieur Kenneth Ménard, qui était lui aussi candidat au poste d’administrateur en chef. Lacroix avait obtenu une cote d’évaluation de 8, alors que Ménard avait obtenu une cote de 7. La tâche de Lacroix serait facilitée par l’élection d’un nouveau conseil municipal quelques mois plus tard. J’aimais bien Raymond et j’ai traité avec lui de très nombreuses années aux différents postes qu’il a occupés. Je note dans l’article la référence au fait qu’il avait remplacé Benoît Nadeau comme surintendant municipal en 1961. Benoît Nadeau est le père de Richard Nadeau, qui s’est fait connaître dans la région de Gatineau comme député du Bloc québécois pendant quelques années.

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Winifred G. Barton était la fondatrice et présidente de l’Institut de métaphysique appliquée, qui avait « prédit la fin du monde tel que nous le connaissons pour le 13 juin dernier, avec l’arrivée d’être extra-terrestres ». Une filiale de l’Institut existait à Hawkesbury depuis deux ans et il en question dans le journal du 22 septembre 1976. Une porte-parole de la section locale, dont je tais le nom intentionnellement, avait « expliqué cette prédiction comme le début de L’Apocalypse, celui dont on parle dans la bible et qui durera une période de 3 ans et demi. De plus, elle a ajouté que les phénomènes de tremblements de terre ainsi que les volcans en irruption qui font la manchette des médias peuvent être explicables par les prédictions de Mme Barton. » C’était évidemment avant les reportages sur le calendrier inca et la fin du monde en 2012! J’oublie le nom de l’endroit, mais je me souviens que plusieurs adhérents de l’Institut à Hawkesbury s’étaient déplacés pour « accueillir » les extra-terrestres le jour en question. Parmi eux, des gens d’affaires et professionnels. La crédulité n’est pas limitée aux faibles d’esprit.

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La situation est typique d’Embrun à cette époque. L’aréna local a été condamné comme des dizaines d’autres en Ontario à cause des problèmes de structure du toit. À Embrun, les réparations avaient été évaluées à 80 000 $. La communauté s’organise et les bénévoles se mettent en branle. Des dizaines et des dizaines de bénévoles consacreront un total de 4 000 heures à réparer et solidifier le toit. Cet aréna est toujours fonctionnel à Embrun bien que d’autres travaux de réfection ont été réalisés au fil des années. Seuls les gens d’Embrun pouvaient accomplir un tel exploit.

Des documents électoraux tout en français : du nouveau en Ontario

C’était une étape importante dans la francisation ou la « bilinguisation » des services gouvernementaux en Ontario. Ainsi, « les municipalités ontariennes auront le droit, lors des prochaines élections municipales et scolaires du lundi 6 décembre, d’utiliser des formulaires en français pour le scrutin ». Le Carillon du 15 septembre 1976 explique que la loi ontarienne a été modifiée afin de permettre des formulaires en français. Il ne s’agissait pas uniquement des bulletins de vote, mais de tous les documents liés à une élection municipale, sans exception. « On sait que plusieurs municipalités franco-ontariennes avaient demandé au gouvernement ontarien d’adopter des formules françaises pour les élections. Dans le cas de Hawkesbury, les bulletins de vote sont bilingues depuis nombre d’années, mais les documents préparatoires, avis et serments ont toujours été en anglais, faute d’équivalents français. » Comme c’était un peu la norme en Ontario, l’utilisation des formules françaises était laissée à la discrétion de chaque municipalité. C’était quand même tout un pas en avant en Ontario.

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Et en éditorial de la même édition, je présente malheureusement un autre son de cloche. « Au cours des mois à venir, les Franco-Canadiens doivent se tenir les yeux ouverts et les oreilles aux aguets, parce que nos compatriotes anglophones semblent avoir été drôlement inspirés par les contrôleurs aériens. » C’est que les contrôleurs aériens venaient de revendiquer avec succès le droit de ne parler que l’anglais dans l’exercice de leurs fonctions en sol canadien. Je notais que c’était « une victoire qui semble avoir donné une sorte de ‘courage malsain’ à plusieurs éléments anglophones ».

« Ainsi, lors d’une récente joute de la Coupe Canada au Maple Leaf Gardens de Toronto, l’annonceur Claude Mouton a été copieusement hué. Lundi matin, deux stations radiophoniques de Toronto auraient, en éditorial, exhorté les spectateurs au premier match de la série Canada-Tchécoslovaquie à huer encore une fois les annonces en français par Claude Mouton et à huer les joueurs francophones d’Équipe-Canada. Ça, c’est le comble et il faut que les Franco-Canadiens, surtout les Franco-Ontariens, surveillent attentivement les événements des prochains mois. » J’avais décrit la situation comme « du racisme comme on ne peut en tolérer ». En me référant à des situations ailleurs dans le monde, j’avais conclu que « la majorité qui a peur d’une minorité peut montrer tout à coup un comportement étrange, qui peut devenir répressif ». Nous sommes tristement encore témoins de telles situations de nos jours. Quant aux réactions torontoises, heureusement, elles n’avaient été que passagères; même le puissant Globe and Mail les avait décriées comme étant inacceptables.

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À l’affiche du cinéma Laurentien de Grenville, la version française du film « The Texas Chainsaw Massacre », devenu un classique du genre; c’était avant les Halloween et Friday the 13th.

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Signe des temps j’imagine. Le Carillon du 22 septembre 1976 nous apprend que les propriétaires de taxis de Hawkesbury veulent installer des compteurs dans leurs véhicules, « afin de dispenser un service plus personnel et plus juste ». Plus juste pour eux, j’en conclus.

Bonjour, madame la capitaine!

C’était plutôt une nouveauté à l’époque. Nicole Deschamps, qui était copropriétaire avec son mari Rhéal du traversier entre Lefaivre et Montebello, obtient « son permis de capitaine ». Le couple était propriétaire du traversier depuis le 27 juillet 1976. Monique Montpetit Castonguay (elle s’était mariée au cours de l’été et avait pris le nom de son mari) signe un article sur cette réussite de Mme Deschamps, qui avait jugé avoir « obtenu son permis par une coïncidence d’événements ». C’est que les permis de capitaine, apparemment, « n’étaient pas donnés aux dames ». Comme on peut le lire dans Le Carillon du 8 septembre 1976, « Mme Deschamps a enfin obtenu son permis lorsque revenant bredouille du bureau de permis d’Ottawa, elle a rencontré un inspecteur du ministère du Transport et Communications qui venait faire l’inspection du traversier. Ce dernier, M. Fenwick, a lui-même fait passer un examen pratique ainsi qu’un examen écrit, et le tour était joué ». La journaliste Monique M. Castonguay rappelle que Mme Deschamps avait souligné que la conduite d’un traversier n’avait rien de comparable à celle d’une automobile. « Plusieurs facteurs entrent en jeu, le vent et la condition de la température ont beaucoup d’influence sur le traversier. Le véhicule qui s’y rapproche le plus au point de vue conduite, c’est l’avion. » Un traversier volant, tiens, tiens!

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Ce n’était pas définitif, mais avec des commentaires de la sorte, tout le monde avait raison d’espérer. Comme le rapporte le journaliste Yvon Legault dans le journal du 8 septembre 1976, « l’instructeur-chef des 67’s d’Ottawa, Brian Kilrea, est tout simplement emballé par la performance d’Yvan Joly au camp d’entraînement de son équipe ». Et Kilrea ajoutait que « Yvan m’épate au plus haut point. Il est tout simplement fantastique. Il travaille très fort et il ne manque pas d’ardeur au jeu. Il sera toute une attraction dans la ligue ». Voilà pour la bénédiction du pape Kilrea. Avec les 67’s cette année-là, il y avait entre autres Bobby Smith, John Wilson et Steve Marengère, qui allaient éventuellement évoluer dans la Ligue Nationale. Dans l’édition du 15 septembre, nous confirmions que Joly avait mérité un poste régulier au sein des 67’s. C’était une première pour un jeune hockeyeur de Hawkesbury. Il porterait le numéro 9 (tiens!). Lors d’un match hors concours contre le Junior de Montréal, Joly inscrit le but gagnant dans une victoire de 5-4 des 67’s. Après ce baptême au Forum, sa réputation était faite. J’y reviens forcément.

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Nous sommes aussi à l’époque d’un cahier de 24 pages du journal Le Carillon entièrement consacré aux sports locaux et régionaux. Nous étions assurément le seul hebdo de langue française à consacrer tant d’espace aux sports régionaux. Mais les sports, c’est aussi l’occasion d’utiliser beaucoup de noms… et les gens aimaient retrouver leur nom dans le journal… donc, ils l’achetaient.

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De chef divisionnaire de La Presse à Québec, Marcel Desjardins devient directeur de l’information au quotidien montréalais Montréal-Matin. Sa carrière fait du chemin pour cet ancien du Carillon.

Les lettres auraient dû être publiques

J’en avais parlé précédemment de cette intervention du gouvernement ontarien dans le remboursement inapproprié de dépenses des membres du Conseil municipal de Hawkesbury. Ces situations irrégulières avaient été soulevées par l’ancien conseiller municipal Claude Demers et une enquête par les vérificateurs de la firme Patenaude, Préfontaine et Cie, avait mené à l’adoption de certaines mesures correctives. Mais le conseiller Demers n’était pas content. Il avait souhaité que les lettres envoyées au Conseil municipal par le ministre ontarien du Trésor, des Affaires économiques et intergouvernementales, Darcy McKeough, soient rendues publiques. Dans le journal Le Carillon du 8 septembre 1976, je rapporte le contenu de ces lettres que le ministre lui-même venait de transmettre à Claude Demers. « Le ministre McKeough soutient que ses lettres auraient dû être déposées lors d’une réunion publique parce qu’elles faisaient suite à une résolution du Conseil adoptée au cours d’une réunion publique de ce Conseil municipal de Hawkesbury. »

Dans ses lettres, en résumé, McKeough déplorait les irrégularités et se référait aux recommandations des vérificateurs, en plus de « se demander ce que la ville entendait faire de la recommandation des vérificateurs à l’effet que les sommes versées illégalement soient récupérées par la ville ». Le maire Philibert Proulx n’avait pas divulgué ces lettres parce qu’il soutenait qu’elles lui étaient adressées et qu’elles étaient donc personnelles. Proulx, comme toujours, ne comprenait pas que son rôle de maire était un rôle public et non personnel. Quant à Rendall Dick, alors sous-ministre du Trésor, des Affaires économiques et intergouvernementales, il avait lui aussi écrit une lettre au citoyen Demers dans laquelle il avait dit « apprécier l’intérêt (de M. Demers) dans un bon gouvernement local » et l’avait encouragé « à poursuivre ses efforts en ce sens ». Comme si Demers avait eu besoin d’encouragement de quiconque. Dick ne faisait que renforcer les convictions de ce fonceur populaire à Hawkesbury. Et finalement, Rendall Dick ajoutait que, « de plus, les citoyens peuvent continuer à rendre publics certains faits, en espérant que la ‘pression publicitaire’ encouragera le Conseil à améliorer ses opérations. D’autre part, les citoyens peuvent toujours entrer dans l’arène politique dans l’espoir de voir élire un Conseil plus responsable. » Voilà pour le message toujours d’actualité 36 ans plus tard… mais des fois, ça ne donne pas grand-chose pour les citoyens de Clarence-Rockland l’ont constaté depuis le dernier scrutin municipal.

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Le journal du 8 septembre 1976 annonce l’arrivée d’un nouveau directeur des loisirs à Hawkesbury, William D. Jermyn, « un unilingue anglophone », décision pas trop intelligente du Conseil de l’époque. Quant à Jermyn, il avait opiné, en se faisant demander s’il trouvait logique d’être unilingue dans une ville à majorité dominante francophone, « que cela dépendrait, en majeure partie, de l’attitude des citoyens envers lui. Je peux lire le français et je le comprends assez bien. D’ailleurs, je suis en train de me perfectionner dans la langue française parlée. Je ne crois pas que ce sera un handicap, si les gens de la ville veulent me donner une chance. Si les citoyens sont avec moi, plutôt que contre moi, tout ira bien. » En 2012, Stephen Harper n’aurait pu dire mieux!

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Le commissaire à la restructuration des comtés unis, Goldyn Sunderland, n’avait pas eu que de bonnes idées. Comme on peut le lire dans le journal du 8 septembre 1976, il avait formulé l’opinion que « l’administration scolaire devrait relever du Conseil des comtés unis et non pas conseils scolaires régionaux ». Sunderland reconnaît la difficulté de concrétiser une telle idée à cause des négociations qui devraient avoir lieu avec le gouvernement provincial, mais il avait estimé que, « étant donné la taxation indirecte telle qu’elle existe actuellement, ce serait une meilleure solution. (…) Il serait nécessaire de créer un Comité d’éducation au sein du Conseil des comtés unis et un chef de service serait responsable de l’administration scolaire au président de ce comité et, conséquemment, au Conseil de comté ». À l’époque, quelques années à peine après le regroupement des conseils scolaires en Ontario de 1969, les élus municipaux se plaignaient continuellement de devoir justifier les hausses de taxes scolaires à leurs contribuables puisque ces taxes scolaires étaient incluses dans la facture d’impôts fonciers municipaux et que les citoyens en blâmaient donc les élus municipaux. Bien sûr, l’idée de Sunderland n’a pas été plus loin que son rapport et cet article dans Le Carillon.

Les villes où j’ai vécu : Granby (3e partie)

Depuis sa naissance, Alain a habité dans une dizaine de villes différentes, dont certaines à plus d’une reprise. Bien sûr, ses souvenirs et ses impressions de chacun de ces endroits où il a vécu sont relatifs à l’âge qu’il avait à l’époque et aux activités auxquelles il s’était livré… ainsi que des souvenirs qu’il en a gardés. Voici donc le onzième article de cette série… qui concerne Granby où il est arrivé en avril 1979 et a quitté en 1984… Vous pourrez revoir tous les articles précédents de cette série dans l’onglet « Les villes où j’ai vécu » sous la subdivision « Mes catégories ». Bonne lecture.

par Alain Guilbert

Dans mon billet précédent (celui du 19 mars), je disais y avoir connu beaucoup de satisfaction tant sur le plan professionnel que le plan personnel. Ce texte traitait davantage des défis que j’ai relevés au journal. Aujourd’hui, je veux spécialement parler de « ma gang », les nombreux amis que je m’y suis fait. En faisant le classement de mes « vieux » documents, j’ai retrouvé une lettre que j’avais écrite en décembre 1984 à l’intention de ceux que j’avais quitté quelques mois plus tôt, une lettre qui résume assez bien le plaisir qui avait été le mien au cours de ces cinq années passées dans la « Princesse des Cantons de l’Est », comme on l’appelait à l’époque.

Huit mois et quelques jours déjà ont passé depuis que j’ai quitté Granby pour occuper de nouvelles fonctions à Québec, « dans le Grand village », comme disent les Montréalais, une expression sur laquelle il ne faut pas trop insister lorsqu’on s’adresse à des Québécois. Huit mois de travail intense (et dans mon cas, je laisse à chacun le soin d’interpréter ce que signifie « intense ») qui m’ont permis de réaliser plusieurs choses à Québec, plus particulièrement au Soleil : négociation d’une convention collective, un été « mer et (sans) monde », des élections fédérales, la visite du pape, la transformation du Soleil de journal d’après-midi en journal du matin, l’ajout d’une édition du dimanche (ce qui me permet maintenant de dire que Le Soleil se lève tous les jours pour moi, même le dimanche), la présentation de la section sportive en format tabloïd, une nouvelle toilette graphique du journal, le réaménagement de l’espace rédactionnel, etc.

Ces huit mois ont donc passé très rapidement… je n’ai jamais eu une minute pour m’ennuyer. Même si le temps et les circonstances ne m’ont guère permis de me rendre à Granby (c’est à peine si j’ai pu me rendre trois fois à mon chalet de Magog), je n’en ai pas pour autant oublié mes amis de Granby. J’ai passé parmi vous cinq années (avril 1979 à avril 1984) trop heureuses, je me suis fait des amis trop précieux, pour que cela puisse s’effacer rapidement. Depuis longtemps, j’aurais voulu (vous) donner signe de vie, mais le temps m’a manqué… J’ai donc pensé que la façon la plus efficace consistait à faire ce que je fais présentement, c’est-à-dire écrire une lettre collective que j’expédierai en plusieurs copies. C’est sûrement un plus impersonnel qu’une lettre individuelle, mais c’est sûrement beaucoup mieux que « pas de nouvelles du tout ».

Même si je ne vous vois pas souvent, j’ai quand mêmes des nouvelles régulièrement de l’un ou de l’autre, particulièrement par mon ami « Lefty » (Roger Auger) avec qui j’ai eu le plaisir et le privilège de faire un voyage en Europe à la mi-novembre. Nous avons eu beaucoup de plaisir, mais nous avons aussi failli ne pas revenir des « vieux pays » puisque nous sommes arrivés à Paris le même jour que le Beaujolais nouveau et que nous avons failli nous noyer dedans!!! Heureusement, nous en sommes sortis sains et saufs.

J’ai également eu le plaisir de participer à mon excursion de pêche annuelle au club Coronet (en haut de La Tuque) à la fin de l’été grâce à l’invitation de Gérald Scott. Avec Gérald, « Lefty », Denis Robidoux (un autre très proche ami), Alain Guay et aussi notre « chef » Louis Cabana, nous avons réussi à survivre encore une fois. Nous avions des « vers » et des « verres » en quantité, ce qui nous a permis d’attraper suffisamment de truites, et aussi d’en manger et d’en ramener juste ce qu’il faut. Chose certaine, nous en avions assez pour faire une crevaison en pleine forêt avec le « beau petit camion bleu de Gérald », sur lequel je ne suis jamais parvenu à trouver le « jack ». C’est finalement « Lefty » qui nous a sauvés d’une nuit à la belle étoile. (Une note personnelle pour dire qu’après ces années de pêche à la truite, nous avons réalisé une dizaine de voyages de pêche au saumon par la suite… Gérald, Denis Robidoux, Alain Guay, Gaétan Marquis, André Hamel et moi – et à l’occasion « Lefty » et Richard Gosselin… je pourrais écrire un volume complet sur ces voyages extraordinaires… j’y reviendrai sûrement un de ces jours!!!).

(Et maintenant, revenons à Québec…) J’ai eu l’occasion d’écrire un éditorial favorable à Brian Mulroney quelques jours avant les élections, ce qui m’a valu les félicitations de Gérald. Pour une fois que nous étions d’accord (moi qui ai été plutôt libéral presque toute ma vie!!!).

À ma grande surprise, Raymond Héroux m’a rendu une visite personnelle à Québec pour payer un lunch qu’il me devait à la suite d’un pari que nous avions fait deux ans plus tôt. Merci Raymond… les bons comptes font les bons amis… et on se reverra sans doute sur les pentes du Mont Ste-Anne cet hiver… Je ne voudrais pas oublier Jacques Dubois qui, pour s’excuser de n’avoir pu assister à mon party de départ de Granby m’avait promis un lunch chez Serge Bruyère (la meilleure table de Québec… l’équivalent de Chez Plumet à Granby). Le jour où il est venu, Serge Bruyère était fermé…mais il a quand même payé la bouffe dans un autre très bon restaurant. Promesse tenue…

Je n’ai pas voulu manquer le Festival gastronomique de Granby (même en vivant à Québec). Je me suis donc rendu à la soirée de fermeture Chez (Jean-Pierre) Plumet en compagnie de Denis Robidoux, Gérald Scott, Réal Charland, Denis Dumas, Sarto Bernard, leurs compagnes (et la mienne), ainsi que de nombreuses autres connaissances qui se trouvaient à d’autres tables. Heureusement que je n’avais pas à revenir à Québec ce soir-là, mais seulement à Magog. Même là, j’ai trouvé la route plutôt longue (Il faut dire que si la bouffe était exquise, le vin l’était tout autant.)

Je suis régulièrement les déplacements (et les bons coups) de tous et chacun via La Voix de l’Est que je lis toujours, parfois avec quelques jours de retard à cause du mauvais service postal (Bien sûr, c’était bien avant que je ne travaille à Postes Canada!!!). Je me réjouis d’ailleurs des succès du journal et de la radio (CHEF) sous la direction de Guy Crevier et son équipe.

En lisant le journal, j’ai constaté que La Voix de l’Est s’intéressait toujours à Paul-O. (le maire Paul-O. Trépanier), que Gérald s’y intéressait également de même qu’au Grand Prix de Granby. J’ai appris que Guy Bussières préparait un voyage de golf au Portugal. La Virginie n’était sans doute pas assez loin pour lui? Que Bob Lambert se trouvait trop vieux pour être candidat à la mairie. Que Louis Cabana avait tenté de sauver la barque d’Ogis. Que Paul Labrecque avait quitté le Bureau de tourisme avant la tempête qui se prépare. Que l’eau de Granby goûtait à peu près la même chose qu’autrefois malgré la belle usine d’épuration pour laquelle vous commencerez à payer en 1985 (ah!!!ah!!!).

Malgré l’été de voile à Québec, je n’en ai guère profité, « because » j’avais vendu mon bateau et aussi « because » le manque de temps. J’ai toutefois pu en faire sur le lac Memphrémagog avec le bateau de Réal, que je remercie encore une fois. J’ai failli avoir la visite à Québec d’un groupe de Granby, la « gang du lundi midi », Marcel Maheu et cie. J’avais réservé à leur intention une vingtaine de billets pour leur permettre d’applaudir « nos » Nordiques, mais une « toute petite tempête » de neige les a retenus à Granby. J’en ai pourtant connu qu’une « petite tempête » n’arrêtait pas aussi facilement; n’est-ce pas André « Achim » Hamel et Alain Guay.

Je pourrais continuer encore longtemps. Vous connaissez ma grande capacité à écrire…et parfois aussi à écrire. Je voudrais profiter de cette lettre pour tous vous remercier individuellement, amis et collègues de travail, pour toutes les marques concrètes d’amitié et d’affection que vous m’avez manifestées lors de mon départ de Granby. Quand je m’ennuie trop de vous et de Granby, je regarde le livre de Granby que Paul-O. m’a donné lors de mon départ, vous savez ce livre qui se vend à 24,95 $ l’unité et dont seulement trois exemplaires ont été vendus jusqu’à maintenant!

Et j’oubliais de vous dire que via le journal (Le Soleil) j’ai réussi à m’accrocher comme il faut avec le maire de Québec (Jean Pelletier). Après tout, il fallait bien que je soutienne ma réputation: après mes démêlés avec le maire de Sherbrooke, puis celui de Granby, il fallait bien que celui de Québec y passe aussi. Malgré tout, nous réussissons à nous parler gentiment (ou presque).

Donc, encore une fois, je termine… et je vous rappelle que je serai toujours content de vous accueillir si vos affaires ou vos loisirs vous amènent dans le « Grand village ».

Sunderland avait eu raison en fin de compte… ou presque

Deux centres urbains et cinq cantons, voilà ce que devraient comprendre les comtés unis de Prescott et Russell. Le commissaire à la restructuration des comtés, Goldyn Sunderland, venait de déposer son Rapport et son concept de ce que devrait être la structure du territoire. Il en est question dans trois pleines pages de l’édition du journal Le Carillon du 1er septembre 1976, dont la une entière. C’était viser haut et il n’était pas sûr que les 18 municipalités allaient accepter de se saborder ainsi. Les recommandations de Sunderland n’aboutiraient à rien dans les deux décennies suivantes, mais aujourd’hui, les comtés unis de Prescott-Russell comportent deux centres urbains (Hawkesbury et Clarence-Rockland), le village de Casselman et cinq regroupements régionaux (Russell, La Nation, Champlain, Alfred-Plantagenet, Hawkesbury-Est). Seule Casselman résiste toujours! Sunderland avait eu raison en fin de compte.

Comme on peut le lire dans mon reportage de l’époque, « le commissaire Goldyn Sunderland signale par ailleurs que les recommandations ne devraient pas être réalisées à la hâte, ‘car le besoin d’une période de discussion entre les municipalités demeure, jusqu’à ce qu’on soit sûr que les changements apportés ont été bien compris et que la majorité des gens les appuient. (…) Or, il existe des différences profondes de mode de vie entre les urbains et les ruraux, et il faut qu’elles soient protégées par des représentants élus bien informés et bien disposés envers ces problèmes. » Au cours des mois suivants, j’allais devenir un ardent défenseur des recommandations de Sunderland; j’avais prononcé des conférences un peu partout dans les comtés et même à un rassemblement de l’ACFO à Plantagenet. À la fin des années 90, ce ne sont pas les élus régionaux qui ont finalement accepté le regroupement; le gouvernement provincial l’a imposé en même temps que la fusion de plusieurs grandes municipalités à l’échelle de l’Ontario. C’était devenu inévitable.

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Les Hawks de Hawkesbury sont acceptés dans la Ligue centrale junior « A » et il leur fallait un instructeur capable d’évoluer à ce niveau. La direction opte pour Jean Payette, un joueur des Nordiques de Québec de l’Association Mondiale en 1970-1971. Le journal du 1er septembre 1976 raconte tout ça. Né à Cornwall, « Payette est devenu professionnel en 1964, lorsqu’il gradua avec le club-ferme des Maple Leafs de Toronto, les Oilers de Tulsa de la Ligue Américaine. Le nouvel instructeur-gérant des Hawks a décroché le championnat des compteurs à sa deuxième saison dans cette ligue. » Payette avait même évolué avec les Panthères d’Embrun, équipe qu’il avait aidée à remporter le championnat intermédiaire canadien en 1975.

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À ne surtout pas confondre. Un resto Rôtisserie St-Albert Bar-B-Q ouvre ses portes à Hawkesbury. Rien à voir avec les fromages du même nom et risque de confondre avec les Rôtisseries St-Hubert, dont la publicité était omniprésente à la télévision. Je ne me souviens pas de ce resto St-Albert.

Les villes où j’ai vécu : Granby (2e partie)

Depuis sa naissance, Alain a habité dans une dizaine de villes différentes, dont certaines à plus d’une reprise. Bien sûr, ses souvenirs et ses impressions de chacun de ces endroits où il a vécu sont relatifs à l’âge qu’il avait à l’époque et aux activités auxquelles il s’était livré… ainsi que des souvenirs qu’il en a gardés. Voici donc le dixième article de cette série… qui concerne Granby où il est arrivé en avril 1979… Il s’agit du second texte sur cette ville. Vous pourrez revoir tous les articles précédents de cette série dans l’onglet « Les villes où j’ai vécu » sous la subdivision « Mes catégories ». Bonne lecture.

par Alain Guilbert

Granby, c’est l’un des endroits où j’ai été le plus heureux de toute ma vie, tant au point de vue professionnel que personnel.

Commençons par l’aspect professionnel. Quand j’ai été nommé président et éditeur de La Voix de l’Est, disons que le journal était à l’agonie ou presque. Son tirage dépassait à peine 10 000 copies quotidiennes. Deux ou trois jours par semaine, le journal ne comptait que huit pages grand format, soit deux cahiers de quatre pages (quatre pages ne représentant qu’une seule feuille de papier par cahier… c’est plutôt mince!) et les nouvelles locales ou régionales y étaient aussi rares que l’eau dans le désert. À quoi peut bien servir un quotidien régional, et plus spécialement un « tout petit » quotidien régional s’il ne se consacre pas prioritairement à l’information locale et régionale dans sa quasi-totalité? Il s’agissait de mon premier grand défi dans ma nouvelle fonction.

Heureusement, les Journaux Trans-Canada, une filiale de la puissante Power Corporation, croyaient suffisamment dans l’avenir de ce journal pour y investir des sous; je devrais plutôt dire des dollars. Première étape : informatiser la salle de rédaction. Comme je l’ai déjà raconté dans un texte précédent, j’ai été responsable de l’informatisation de la salle de rédaction de La Tribune (Sherbrooke) lors de mon retour dans cette ville après les Jeux olympiques de Montréal. La Tribune aura été le tout premier journal quotidien au Québec à informatiser sa salle de rédaction en 1977. Dans le cas de La Voix de l’Est, le défi était encore plus grand puisqu’il s’agissait du premier quotidien au Canada à être informatisé « à distance » (ou, selon l’expression anglaise, en « remote »). Ce que cela voulait dire : c’est bien simple, les terminaux sur lesquels travailleraient les journalistes et les éditeurs se trouveraient à Granby, mais l’ordinateur principal auquel ces terminaux seraient reliés serait celui de La Tribune à Sherbrooke. Avec les dollars de Power Corporation et l’aide d’un expert en informatique qui s’appelait Jacques Leduc, nous avons relevé le défi avec succès. La Voix de l’Est a donc informatisé sa salle de rédaction en 1980; mais nous sommes en même temps presque devenus « prisonniers » de La Tribune parce que c’est là que se trouvait le « cœur » (ou le moteur, si vous préférez) de notre entreprise.

Cette dépendance à La Tribune, nous l’avons réalisée pleinement au printemps de 1982 lorsqu’un conflit de travail entre La Tribune et ses employés a provoqué la fermeture du quotidien de Sherbrooke pendant quatre mois. Du jour au lendemain, nos terminaux étaient devenus totalement inutiles. Ils n’étaient plus reliés à rien. Il a fallu de toute urgence trouver des machines à écrire et nos journalistes ont repris les habitudes qu’ils avaient abandonnées 18 mois plus tôt. Même les « plus vieux » qui ne voulaient pas abandonner leur machine à écrire en 1980 s’étaient habitués à leur nouvel outil et n’étaient pas très heureux de retourner à une machine à écrire. Mais nous n’avions pas le choix.

Du jour au lendemain ou presque (La Tribune ayant fermé ses portes dans la nuit du Jeudi au Vendredi saint de 1982), avec la collaboration d’une jeune imprimerie montréalaise qui devait devenir un joyau de l’entreprenariat québécois avec les années (j’ai nommé l’Imprimerie Transcontinental et son président fondateur Rémi Marcoux), nous avons imprimé et distribué un journal de 64 pages le Samedi saint au matin. Nous avons continué à publier six jours par semaine, sans interruption, ne laissant jamais tomber nos fidèles lecteurs au cours de ces quatre longs mois de conflit … et cela grâce aux tours de magie que Transcontinental a souvent dû accomplir pour produire notre journal quotidien. Je dois dire qu’entre le moment de l’informatisation de la salle de rédaction à Granby et le conflit de travail à La Tribune, il s’était produit un événement extrêmement important pour l’avenir du quotidien de Granby. En effet, nous l’avions transformé de grand format à format tabloïd à la fin de février 1982.

J’ai noté plus haut qu’à mon arrivée à Granby le journal ne comptait que huit pages grand format certains jours de la semaine et ne contenait parfois aucune nouvelle locale ou régionale. Je m’étais mis dans la tête de « frapper un grand coup » en transformant complètement la présentation du journal. Des études et des projections en matière de volumes de publicité et aussi de tirage semblaient m’indiquer que c’était la bonne décision à prendre. Toutefois mes « patrons à Montréal », particulièrement Denis Lacasse, un comptable de formation qui gardait un œil vigilant sur les résultats financiers des quotidiens régionaux appartenant à Power Corporation, exprimaient des doutes quant aux chances de succès de ce projet. Denis n’était pas convaincu que nous pouvions faire mieux avec un « tabloïd » qu’avec un « broadsheet ». Quelques mois plus tôt, Le Quotidien de Chicoutimi, qui appartenait à un autre groupe de presse (Unimédia, dont le principal actionnaire était Jacques Francoeur – et pour qui je travaillerai plus tard), avait justement réussi cette transformation de grand format à tabloïd et semblait connaître du succès dans cette aventure.

J’ai donc convaincu Denis Lacasse de m’accompagner à Chicoutimi pour y rencontrer les directeurs de la publicité, du tirage et de la rédaction du Quotidien, question de vérifier sur place l’étendue de leur succès (ou de leur échec). Le directeur de la publicité, pour un, avait confié à Denis Lacasse qu’il s’était battu de toutes ses forces « contre le changement »… mais qu’il avait tort. S’il avait à se retrouver dans la même situation, nous a-t-il avoué, il serait en faveur dès le départ et procéderait au changement beaucoup plus rapidement qu’il ne l’avait fait. Quant au directeur de la rédaction, Denis Tremblay, qui est devenu par la suite un ami et qui l’est encore aujourd’hui, m’avait dit qu’il ne fallait pas hésiter à faire le changement. Il m’avait aussi donné quelques conseils qui se sont avérés très précieux. Son premier conseil : adopter le style « tabloïd » non seulement dans le format, mais aussi dans les textes et les photos dès le premier jour du changement. Dans un journal de « petit format », les textes doivent être nécessairement plus courts et les photos plus grandes! Son deuxième conseil : donner tout l’espace possible à l’information locale et régionale. Son troisième conseil : embaucher une personne « totalement dédiée » à ce projet.

J’ai suivi ses conseils à la lettre. Et je savais où trouver la personne qui pourrait assurer le succès de cette aventure. Il s’agissait de Guy Crevier, que j’avais embauché à La Tribune quelques années plus tôt et avec qui j’étais resté en contact. Je connaissais sa soif d’apprendre, son ambition, sa volonté de réussir tout ce qu’il entreprenait. Comme il travaillait dans un journal faisant partie de la même « famille » que La Voix de l’Est, je ne pouvais l’embaucher sans en avoir obtenu la permission de son patron, soit mon ancien patron, Yvon Dubé, qui après une certaine hésitation m’a donné sa bénédiction. Et Guy (qui est aujourd’hui le « grand patron » de La Presse, après avoir aussi été le « grand patron » de TVA) s’est amené à Granby où il a mené cette transformation de La Voix de l’Est d’une main de maître.

Sans lui, je doute que nous n’ayons réussi aussi bien que nous l’avons fait. En écrivant ce texte, j’ai retrouvé dans mes dossiers un communiqué de presse diffusé en mai 1982 et dont je vous cite quelques extraits : « Dix semaines après la transformation du quotidien La Voix de l’Est de grand format à format tabloïd, le président et éditeur Alain Guilbert rapporte une hausse de 19 % du tirage du journal. La moyenne de ventes quotidiennes de La Voix de l’Est pour la semaine se terminant le 20 février 1982, soit la dernière semaine où le journal a été publié dans le grand format, s’établissait à 10 789 exemplaires. Dix semaines plus tard, soit pour la semaine se terminant le 8 mai 1982, cette même moyenne s’établissait à 12 869 exemplaires, soit une hausse de 2 080 exemplaires ». Nous avions relevé le défi avec succès. Par la suite, le tirage hebdomadaire devait atteindre 16 000 exemplaires par semaine… et même 18 000 exemplaires par semaine peu après mon départ en 1984. L’avenir de La Voix de l’Est était maintenant assuré. À ma connaissance, le journal est encore en santé en 2012. Ce que je retiens de cette merveilleuse aventure : c’est que pour réussir n’importe quel projet d’envergure dans la vie, il faut s’entourer de personnes exceptionnelles, de personnes qui peuvent faire mieux que nous-mêmes. (À suivre)