« Topless, bottomless, frontless ou backless »

Aujourd’hui, la télévision (parfois ou souvent) et Internet (souvent et partout) présentent du matériel qui, en cette fin de printemps 1976, aurait soulevé de nombreuses interrogations. Certains éléments soulevés dans ce texte de Charles Burroughs, publié dans l’édition du 2 juin 1976 du journal Le Carillon, sont facilement accessibles aujourd’hui. On peut les trouver en « googlant ». Mais dans le contexte de l’époque, le texte de Charles est intéressant mais n’aurait pas été écrit de la même façon de nos jours. Charles, par exemple, n’aurait pu prévoir l’avènement des téléréalités du XXIe siècle.

« Le cinéma, la télévision, les revues, et même les journaux respectables nous ont habitués, à petites doses, à prendre à la légère les découvertes artistiques présentées dans les bars, les cabarets et les salles de spectacles des grandes villes ou d’ailleurs.

La large part d’espace ou de temps d’antenne accordées aux spectacles qui mettent en évidence les danseuses topless, bottomless, frontless ou backless, les spectacles d’homosexuels ou les simulacres de sexe, ont à tel point émoussé notre sens de l’honneur et du bon goût, que rien ne saurait plus soulever notre indignation.

La station de télévision CFVO, de Hull, en présentent des films de fesses dans le cadre de son émission Cinérotique, démontre bien jusqu’à quel point peut aller l’engouement populaire pour le violent, le bizarre et le simple mauvais goût. Quelques voix seulement, la majorité provenant de religieux, se sont élevées contre cette émission, qui jouit d’une cote d’écoute qui fracasse tous les records.

Mais voilà qu’un cabaret montréalais, voyant sans doute ses affaires prendre une tournure pour le pire, vient d’abattre un autre tabou, en présentant ‘La Mama’ qui, comme son nom le laisse supposer, est une femme enceinte.

Les clients de ce cabaret, lassés des trémoussements de Babette Bardot (46 pouces de poitrine bien en évidence), de Baby Papillon (350 livres de graisse bien en évidence) et d’autres artistes du dévoilement, pourront donc voir évoluer cette future maman, qui, si on en croit la publicité, est presque à son terme.

Qui sait, peut-être pourront-ils bientôt assister, moyennant argent sonnant, à l’accouchement d’un beau gros bébé, ou si la demande est suffisante, à un bel avortement, si évidemment on peut recruter un avorter professionnel pour l’opération.

La plus belle aventure humaine, la maternité, vient d’être foulée aux pieds de l’appât du gain. »

Espérons que TVA ou V ne s’inspire pas de ce texte pour une nouvelle téléréalité!

* * *

J’avais parlé d’un projet de plantation d’arbres auxquels les scouts de Hawkesbury n’avaient pas participé. Cette fois, selon un article du 2 juin 1976, « un groupe de 22 jeunes de la 9e génération des Éclaireurs scouts du Canada, de Hawkesbury, a envahi le site de Eastern Steelcasting pour y planter plus de 8,000 arbres sur les quelques 240 acres de terrain qui composent le complexe Eastern-Ivaco de L’Orignal ». Le groupe est parvenu « à compléter ce projet sans précédent dans la même journée ». Je me demande si ces 8 000 arbres ont bien pris et, le cas échéant, s’ils sont toujours là. À moins qu’ils n’aient été tués par la pollution des deux usines.

Les Oblats n’avaient pas le pouvoir d’empêcher ces déviations

Un autre petit détail que j’avais oublié. Cette fois, c’est une lettre de Mgr Joseph-Aurèle Plourde, archevêque d’Ottawa, dans l’édition du 26 mai 1976. Plourde commente la récente décision de la Communauté des Oblats de Marie-Immaculée de se départir de ses actions dans le journal Le Droit d’Ottawa, dont elle était le principal actionnaire.

« Permettez-moi d’abord de vous dire ma reconnaissance pour le rôle qu’a joué votre Communauté dans l’histoire de ce journal depuis plus de soixante ans. Il est vrai que quand on sait dans quel climat social Le Droit a été fondé en 1913; quand on sait l’urgence qu’il y avait alors de défendre les droits culturels et religieux des Franco-Ontariens; quand on sait les convictions religieuses et patriotiques des fondateurs, on n’est pas surpris de trouver des Oblats parmi eux, à côté de laïcs et de prêtres diocésains de forte trempe. Soyez-en remerciés.

Et maintenant vous voulez non pas quitter, mais partager avec d’autres la responsabilité d’assurer la survie de notre quotidien. J’estime que vous avez raison. Vous avez raison d’abord parce que Le Droit ne poursuit plus, d’une façon aussi claire et nette qu’autrefois, les objectifs du début alors que, pour un grand nombre de ses lecteurs, ils sont aussi valables aujourd’hui qu’alors. Comme principal actionnaire, vous portiez aux yeux du public la responsabilité de ces déviations alors qu’en fait, vous n’aviez pas le pouvoir de les empêcher. Vous avez raison aussi parce que de nos jours aucune communauté ne saurait porter presque seule le fardeau de la concurrence et des problèmes qui se posent dans le domaine des médias d’information.

(…) Que votre décision soit pour tous les Franco-Ontariens l’occasion d’une prise de conscience radicale de l’importance d’un quotidien pour la défense des droits et la promotion des devoirs d’une minorité comme la nôtre. Comment ce souhait se réalisera-t-il? En vendant le journal à une grande chaîne de journaux? Certainement pas, à moins d’avoir l’assurance que la défense de nos droits culturels et religieux aura la priorité sur les gros profits. »

Le vœu de Mgr Plourde ne serait pas exhaussé, les Oblats ayant éventuellement vendu leurs actions à une grande chaîne (Unimédia, je crois), ce qui était leur seule option en réalité. La formule coopérative souhaitée par l’archevêque n’avait pas été concluante du tout dans le cas de la Coopérative de télévision de l’Outaouais, comme je me s’y suis référé dans mon blogue du 3 février dernier.

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« Le gouvernement canadien, qui permet toujours les importations de textiles étrangers, est le principal responsable de la fermeture de notre usine. » Aurèle Nadeau, le gérant-général d’Astro Industries à Hawkesbury, ne pouvait être plus clair. Nadeau commentait au journaliste Charles Burroughs la décision de la société-mère US Industries de fermer son usine de Hawkesbury. Il en est question dans Le Carillon du 26 mai 1976. Astro se spécialisait dans le fil texturisé et l’entreprise se disait « victime, entre autres, de l’instabilité du marché mondial des textiles ». Astro ne serait pas la seule usine de textiles de Hawkesbury à souffrir de la même situation. Astro n’avait pas du tout blâmé son syndicat, rappelant plutôt que « la situation est imputable au manque de planification du gouvernement canadien, qui permet toujours les importations à meilleur compte des textiles en provenance de Taiwan et de Corée ». Versatile Knitting, de Cornwall, avait elle aussi fermé ses portes pour les mêmes raisons. Versatile avait limogé 150 employés, alors que dans le cas d’Astro, il s’agissait plutôt de 15 employés. Cinq ans plus tôt, au plus fort de ses opérations, Astro « fournissait de l’emploi à 42 employés ». Signe de l’époque, « le salaire moyen des employés, regroupés au sein de l’Union internationale des travailleurs du vêtement pour dames, est actuellement de $3.65 l’heure, pour une semaine de 40 heures ».

Un type de patron que tout rédacteur en chef rêve d’avoir

Après un silence de quelques – plusieurs??? – mois, j’ai repris la plume (ou l’ordinateur) pour commenter la retraite de mon « ami » Rémi Marcoux comme président exécutif du conseil d’administration de Transcontinental, l’entreprise qu’il avait créée – avec deux partenaires – en 1976, entreprise qui est aujourd’hui l’un des plus beaux fleurons du Québec et même du Canada. Voici donc une suite à ce premier texte.

par Alain Guilbert

Dans les deux récents textes qu’il a consacrés à Rémi Marcoux dans La Presse, le journaliste et chroniqueur Jean-Philippe Décarie a rendu un véritable hommage à Rémi Marcoux. À la fin de son second texte, Jean-Philippe écrit :

« J’ai eu le plaisir de rencontrer Rémi Marcoux, mercredi midi, la veille de sa dernière assemblée annuelle. C’était la première fois que je réalisais une entrevue avec lui. Malgré mes 15 années comme chroniqueur financier au Journal de Montréal, je n’avais jamais eu la chance de lui parler parce que mes patrons refusaient qu’on donne la parole à un concurrent. »

Je connais Jean-Philippe Décarie depuis fort longtemps, sans doute depuis ses débuts au Journal de Montréal. J’ai toujours eu beaucoup de respect pour lui et l’ai dès le départ considéré comme un « excellent » journaliste. Il a sûrement au cours des années contribué à donner de la crédibilité au quotidien de Quebecor en matière d’économie et de finance. On le sait, le Journal de Montréal était beaucoup plus connu pour ses intérêts à l’endroit des sports, des faits divers et des « vedettes ». Jean-Philippe a profité du récent et très long conflit de travail au Journal de Montréal, pour joindre l’équipe de La Presse qui l’a accueilli à bras ouverts.

Il lui fallait certainement une bonne dose de courage pour avouer publiquement et par écrit ce que nous (les gens du milieu de l’information) avions toujours soupçonné de la part des « patrons » de Quebecor, soit d’intervenir dans les contenus de l’information, entre autres en défendant à leurs journalistes de donner la parole aux concurrents.

Il est important pour moi d’attirer l’attention sur cet élément parce qu’au cours des nombreuses années où j’ai occupé des postes de direction dans plusieurs médias, jamais, au grand jamais, mes « grands » patrons ne m’ont donné de directives en ce sens. Je me souviens d’une anecdote qui implique Rémi Marcoux et qui m’a fait le respecter sans limites. Nous étions allés skier à Aspen, au Colorado, en compagnie de nos fils respectifs et d’un ami. Un matin, alors que nous terminions notre petit-déjeuner et que nous nous apprêtions à nous élancer sur les pentes enneigées, le téléphone sonne à notre condo (nous n’avions pas de cellulaire à cette époque). La conversation dure quelques minutes et Rémi semble un peu ennuyé d’avoir été « dérangé » en vacances. Je lui demande de quoi il s’agit et il m’explique que c’est un homme d’affaires bien connu (je tairai son nom par délicatesse) qui a appris que le journal Les Affaires (dont Transcontinental était propriétaire) se préparait à publier un article qui n’était pas très favorable à son entreprise. C’est plus fort que moi. Je lui dis : « Que vas-tu faire? ». Il me regarde dans les yeux et me répond qu’il va appeler Jean-Paul Gagné, le rédacteur en chef du journal Les Affaires, à l’heure du lunch. « Pourquoi attendre à midi pour faire l’appel? Et avec un sourire moqueur aux lèvres, il me répond : « À ce moment-ci, le journal n’est pas encore imprimé… mais à midi, il le sera… alors mon appel ne servira à rien du tout!!! »

À l’époque, j’assumais la direction des hebdos de la région de St-Hyacinthe et Rémi était mon patron « plus ou moins direct » parce qu’il faisait partie de la fiducie qui assurait la continuité de cette superbe entreprise après le décès de son propriétaire (Denis Chartier). C’est lui qui m’avait recruté pour ce poste. J’avais déjà beaucoup de respect et d’admiration pour Rémi à cette époque. Et quand l’année suivante il m’a proposé la présidence de la division des médias du Groupe Transcontinental (qui comptait alors environ 25 publications dont Les Affaires, Commerce, Affaires +, PME), je savais en acceptant le poste que jamais il ne ferait interférence dans le contenu des médias dont il me confiait la responsabilité. Le plus grand témoignage de confiance qu’on puisse faire à un responsable de média, c’est le respect de son indépendance.

Jean-Paul Gagné, qui a assumé le poste de rédacteur en chef et aussi d’éditeur du journal Les Affaires durant de très nombreuses années (et qui y collabore encore) me confiait la semaine dernière que jamais Rémi Marcoux n’était intervenu dans son travail. Et Dieu sait qu’à cause de ses nombreux contacts dans le milieu des affaires où il était un « joueur » important, il aurait été facile pour Rémi de tenter d’influencer le contenu du journal ou de demander des faveurs pour ses amis. Mais il était trop respectueux des personnes à qui il confiait des responsabilités pour tenter de les exercer à leur place. Jean-Paul Gagné m’a avoué qu’une seule fois au cours de toutes ces années Rémi l’avait appelé pour lui faire une « suggestion » d’article… et qu’il l’avait rappelé le lendemain pour annuler sa suggestion. Voilà un type de patron que tout rédacteur en chef rêve d’avoir.

Au cours de ma carrière journalistique qui s’est étirée sur plus de 40 ans, j’ai eu le privilège de travailler pour trois des quatre grands groupes de presse qui ont dominé le Québec depuis les années 60, soit Power Corporation (ses journaux sont aujourd’hui regroupés sous le nom de Gesca), Unimédia (dont les quotidiens ont depuis été acquis par Gesca) et Transcontinental. Je n’ai jamais œuvré au sein de Quebecor, même si j’y comptais quelques bons amis. On m’avait pourtant offert un poste de direction au milieu des années 80, mais j’avais poliment décliné. Après avoir pris connaissance de la phrase de Jean-Philippe Décarie dans sa chronique du 17 février parue dans La Presse, je crois sincèrement que je n’aurais pas été à l’aise chez Quebecor. J’aurais été incapable d’accepter de ne pas donner la parole aux concurrents de Quebecor cela n’a jamais été ma façon de fonctionner ni celle de mes grands patrons dans les journaux, que ce soit John Rae, Jacques Francoeur ou Rémi Marcoux. Je les en remercie sincèrement.

Le Franco-Ontarien doit d’abord accepter ses racines québécoises

Il semble que la survie des francophones ait été impossible hors du Québec selon un aspirant historien de l’époque. Il en est question dans Le Carillon du 5 mai 1976. Le Dr Michel Emard, de Rockland, avait publié à frais d’auteur un Inventaire sommaire des sources manuscrites et imprimées concernant Prescott-Russell. « Il faut abandonner l’illusion de vouloir survivre en-dehors d’un Québec libre et indépendant. » Retenons que le Québec n’a pas encore élu son premier gouvernement indépendantiste. « L’Inventaire sommaire est aussi un plaidoyer en faveur de la sécession des comtés unis de Prescott-Russell de l’Ontario et de son rapprochement avec la province de Québec. » Emard soulignait que « le premier geste vraiment créateur pour le Franco-Ontarien serait d’accepter des racines québécoises, autrement, il restera toujours un schizophrène paranoïaque enragé, qui s’assimila doucement, et dans les plus brefs délais. » Emard tenait beaucoup à un tel rapprochement et préconisait que la population s’y prépare à l’instant. « Il est illusoire et même dangereusement naïf de penser que notre survivance nationale en Ontario peut être laissée au gouvernement de Toronto ou à celui d’Ottawa. (…) Dans les comtés vit une partie de l’âme du peuple québécois, mais celle-ci est constamment humiliée: toute l’administration est dans une langue étrangère à ses habitants. (…) Les écoles françaises sont constamment menacées d’unilingues anglais, les services publics essentiels sont presque exclusivement en anglais. »

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Tiens, tiens, je l’avais oubliée celle-là. La nouvelle est dans le journal du 19 mai 1976 et elle rapporte que « les employés de l’Imprimerie Prescott-Russell Ltée de Hawkesbury ont rejeté par un vote serré de 13-12 leur affiliation au local 102 de l’Union typographique d’Ottawa. Les 27 employés syndiquables de l’entreprise se sont prononcés lors d’un vote décrété par la Commission des relations ouvrières de l’Ontario. (…) Les employés avaient à déterminer quel groupe les représenterait dans leurs relations avec la compagnie: l’Union typographique d’Ottawa local 102 – qui a soumis une demande d’accréditation syndicale à la fin de mars – ou l’Association des employés de l’Imprimerie Prescott et Russell Ltée (1973) – qui détient un contrat de travail avec la compagnie depuis février 1973. » Une autre tentative de syndicalisation, que je parrainais, avait échouée en 1970. Je n’étais pas impliqué dans cette demande de 1976.

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Astro Industries s’était installée à Hawkesbury en 1968 dans le cadre du programme fédéral d’aide aux régions défavorisées du ministère de l’Expansion économique régionale. « Au plus fort de ses opérations, vers 1971, Astro fournissait de l’emploi à 42 employés sur trois quarts de travail. » Dans Le Carillon du 26 mai 1976, on apprend que l’entreprise ferma ses portes à la mi-juin « victime, entre autres, de l’instabilité du marché mondial des textiles ». Il ne restait plus de 15 employés.

Une nouvelle zone de croissance potentielle

Le maire de L’Orignal, André Landriault, avait proposé une fusion de son village et du canton voisin de Longueuil. Le commissaire à la restructuration des comtés unis, Goldyn Sunderland, propose une meilleure idée, selon lui, la fusion de Hawkesbury, Vankleek Hill et de L’Orignal. Sunderland avait publié un rapport d’analyse, de synthèse et d’hypothèses dans le cadre de son mandat. Comme la rapporte Le Carillon du 28 avril 1976, « la zone de L’Orignal-Hawkesbury-Vankleek Hill devrait être considérée comme une zone de croissance potentielle qui bénéficierait d’être vue en tant qu’une entité. Le développement de chacune de ces trois municipalités peut et doit compléter les autres, ce pourquoi la plus étroite intégration devrait être encouragée. » C’était le début et la fin de cette idée. De toute façon, nous étions encore loi de son rapport définitif.

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Dans le journal du 5 mai 1976, le lecteur peut voir une esquisse de ce que pourrait être le nouveau siège administratif du Conseil des écoles catholiques de Prescott-Russell, un édifice rond 13 056 pieds carrés et de 848 640 $, que le directeur général Jean Léveillé mousse depuis quasiment son arrivée à la direction de l’organisme. Ce n’est qu’un avant-goût en fait. J’y reviendrai.

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Le journal du 5 mai 1976 annonce que « la compagnie Toyota du Japon vient de signer une entente avec la compagnie Duplate Canada Ltée pour la fabrication de pare-brise pour le modèle Toyota Corolla. (…) C’est la première fois qu’un manufacturier d’automobile japonais (le troisième plus gros au monde pour le cas présent) place une commande d’une telle importance à un fournisseur outre-mer ». L’usine de Hawkesbury produirait 1 440 pare-brise d’ici la mi-mai et continuerait par la suite.

La nouvelle est annoncée alors que les employés « du secteur technique et opérationnel (…) maintiennent toujours la grève à la compagnie Duplate de Hawkesbury, Ils en sont à leur neuvième semaine de piquetage, et prévoient que ça durera encore longtemps ».

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Je n’ai aucun souvenir d’elle. Dans le journal du 5 mai 1976, il est question de Joanne Des Forges, 23 ans, et dont les parents avaient été propriétaires d’un magasin à Grenville (le magasin Gaétan Desforges) pendant longtemps. « De retour d’une carrière de quatre années aux États-Unis, Johanne Des Forges a décidé de travailler maintenant au Canada et particulièrement au Québec. » Cette chanteuse de blues « est sous contrat avec les disques Trans-Canada pour trois ans et vient d’endisquer son premier 45-tours intitulé ‘Quelle température de feu’ et doit en enregistrer un autre sous peu ».

Les Franco-Ontariens victimes d’une attitude colonialiste

L’accusation n’était pas anodine. Alain Poirier était le coordonnateur des activités culturelles auprès de l’Association canadienne-française de l’Ontario et il affirmait que « les minorités francophones hors Québec font face à une attitude colonialiste de la part d’imprésarios et d’artistes québécois ». Poirier se référait à la décision d’annuler la tournée de Claude Léveillé en Ontario à la toute dernière minute. Léveillé devait donner des spectacles à Kapuskasing, Hearst, Sudbury, Penetanguishene, Casselman, Toronto, Hamilton, Sturgeon Falls et New Liskeard. À la dernière minute, l’imprésario de Léveillé, Guy Roy, avait demandé 2 000 $ de plus aux organisateurs pour effectuer la tournée. « Je n’hésite pas à dire que les artistes québécois entretiennent une attitude colonialiste envers les Franco-Ontariens. Ils n’hésitent pas à venir en Ontario lorsqu’il y a une piastre à faire et qu’ils peuvent compter sur l’ACFO pour faire tout le travail de promotion et éponger un déficit éventuel. Nous avons eu les mêmes problèmes dans le passé, avec Renée Claude et Yvon Deschamps. » Tous les intervenants de l’ACFO dans les neuf villes devant être visitées avaient perdu leur temps. On retrouve l’article dans l’édition du 14 avril 1976 du journal Le Carillon.

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Sans autre commentaire, j’écris ceci dans ma chronique du 21 avril 1976 : « La firme Ault Foods de Winchester, celle qui s’oppose à la venue de Saputo dans la région de Hawkesbury, a acheté récemment la Crèmerie Eganville grâce à un prêt de $1 million de la Société de développement de l’Est ontarien. Ault a fermé la crèmerie d’Eganville et a remercié les 34 employés. »

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Le maire du village de L’Orignal, André Landriault, s’était plaint de la pollution (qualité de l’air et bruits) causée par les usines d’Ivaco dans la municipalité voisine, à toute fin utile collée sur le village. Dans le journal du 21 avril 1975, le syndicat de l’entreprise se porte à la défense de son employeur et la compagnie explique toutes les démarches qu’elle effectue afin de corriger les problèmes de pollution de l’air Selon ces deux parties, tout va pour le mieux et les systèmes antipollution seront réparés. En 2012, Ivaco à L’Orignal n’est plus que l’ombre de ce qu’elle était à cette époque.

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Une nouvelle signature apparaît dans les pages du journal, celle de Monique Montpetit, de Casselman, une diplômée en journalisme du collège Algonquin. Monique, qui deviendra Monique Castonguay en cours de route, est demeurée une dizaine d’années dans la salle des nouvelles. Monique est toujours active dans le monde des communications, cette fois avec le ministère de l’Agriculture à Ottawa. Elle habite toujours à Casselman. Pendant ce temps, un autre de mes anciens journalistes, Claude Kingsbury, qui était au journal Le Droit, passe à l’emploi du poste CFML de Cornwall.

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Justement, le Conseil de la radio-télévision canadienne accorde à CFML Radio (Cornwall) Ltée, la permission d’exploiter une station de radio en langue française à Hawkesbury. Comme l’explique un texte dans le journal du 28 avril 1976, le permis d’exploitation expirera le 31 mars 1981. Au début, la station de Hawkesbury sera une répétitrice de la station de Cornwall. La diffusion se fera au 1110 au cadran.

Transcontinental : un succès québécois « pure laine »

Il y a un an environ, à ce temps-ci de l’année, j’avais commencé à écrire sur le blogue de mon ami Jean-Maurice Filion. La formule me convenait, car elle ne me créait aucune contrainte. Et après une trentaine de textes, quand l’été est arrivé, que les saumons ont commencé à remonter les rivières et que les terrains de golf ont retrouvé leurs couleurs vertes, j’ai interrompu temporairement mes contributions au blogue de Jean-Maurice, en me disant que je recommencerais à l’automne… Mais l’automne a passé… et presque tout l’hiver… sans que je ne remette la main à la pâte… Mais me revoici, au moins jusqu’à l’été… et peut-être davantage!!! Qui sait???

par Alain Guilbert

La semaine dernière, j’ai assisté à l’assemblée générale annuelle de la société Transcontinental à Montréal. Pourquoi? Parce qu’il s’agissait de la dernière assemblée annuelle de mon « ami » Rémi Marcoux à titre de président exécutif du conseil d’administration de l’entreprise qu’il a lui-même fondée il y a 35 ans (au début de 1976) avec deux très fidèles compagnons, Claude Dubois et André Kingsley. Rémi, comme tout le monde l’appelle familièrement, franchira le cap des 72 ans dans quelques mois et il a jugé que l’heure de la retraite avait sonné pour lui et qu’il était temps de remettre les guides de « son » entreprise à sa fille Isabelle, la nouvelle présidente du conseil d’administration, et à son gendre François Olivier, qui en est le président et chef de la direction depuis 2008. Ses deux autres enfants, Nathalie et Pierre, siègent aussi au conseil d’administration.

Rémi Marcoux, un Beauceron authentique, a fait ses premiers pas dans la Métropole au sein de Quebecor. Quand la direction de cette entreprise lui a refusé les actions qu’on lui avait promises, même s’il avait atteint les objectifs qu’on lui avait fixés, Rémi (avec ses deux partenaires) a décidé de créer sa propre entreprise et a fait l’acquisition d’une petite imprimerie en faillite, située à Ville St-Laurent, Transcontinental, qui se spécialisait dans l’impression des circulaires. Son premier « grand coup » s’est produit peu après alors que les grands quotidiens de Montréal et Québec, La Presse et Le Soleil, ont connu de très longues grèves. Ces conflits de travail ont eu un impact majeur sur les grands détaillants, particulièrement ceux du secteur de l’alimentation, qui distribuaient leurs circulaires hebdomadaires dans les journaux. Rémi a trouvé la solution au problème de ces grands détaillants. Non seulement il allait continuer à imprimer leurs circulaires, mais il allait également les distribuer de porte-à-porte en donnant naissance au Publisac, un outil de marketing très puissant qui domine encore le marché québécois, et qui a des tentacules dans plusieurs autres provinces (sous le nom Ad Bag).

Le grand coup suivant, Rémi l’a porté au début des années 80 quand le gouvernement du Québec a créé le Régime d’épargne-actions (RÉA), un instrument qui permettait aux entrepreneurs québécois d’obtenir des capitaux de risque pour favoriser leur développement et aux citoyens qui acquéraient ces actions de bénéficier de déductions fiscales en plus de faire des gains boursiers (dans la plupart des cas). Le RÉA a permis à de nombreuses entreprises de connaître du succès. Ces entreprises (plus de 200 au cours des trois premières années du régime) ont constitué ce qu’on appelait alors le Québec inc. C’est donc avec l’aide d’argent obtenu via le RÉA que Transcontinental a fait l’acquisition de l’imprimerie Chartier à St-Hyacinthe. Avec ses deux imprimeries, Transcontinental devient alors le Groupe Transcontinental… un petit groupe, direz-vous, mais un groupe qui n’a cessé de grandir depuis.

L’histoire de Transcontinental constitue un immense « success story » qui demanderait des centaines de pages pour lui rendre vraiment justice. Mentionnons simplement que d’acquisition en acquisition, particulièrement dans les secteurs des imprimeries et des publications (journaux et magazines), la « petite entreprise » qui avait réalisé trois millions de dollars en revenus à sa première année d’existence a atteint le milliard de dollars en revenus à la fin des années 1990 et les deux milliards à la fin de la première décennie des années 2000. Inutile de dire que le chemin parcouru par Rémi Marcoux depuis le moment où il a quitté St-Elzéar, son village natal en Beauce, et le moment où il a annoncé sa retraite (le 16 février) est tout à fait incroyable.

Et ce qui est remarquable chez Rémi Marcoux, ce n’est pas tant le chemin parcouru que sa volonté de réussir, de toujours aller plus loin. Rémi est un leader comme il s’en fait peu. Je dirais même qu’il est un modèle plutôt unique. Je le connais depuis bien des années, depuis le milieu des années 1970 quand il a fondé Transcontinental. Et je le fréquente encore aujourd’hui, pas aussi souvent qu’autrefois, mais à travers des voyages annuels de pêche au cours desquels les échanges et les confidences se multiplient lorsque nous ne sommes pas sur la rivière en train de « taquiner » les saumons. Mais je le connais aussi parce que j’ai eu le privilège de diriger la division des médias Transcontinental pendant près de cinq ans au milieu des années 1990 et, à ce titre, de faire partie du comité de gestion de l’entreprise. C’est au cours de ces années que j’ai vraiment appris à le connaître.

Il faut probablement avoir évolué dans son entourage immédiat pour comprendre vraiment ce qu’il est… un leader respectueux et aimé de ses employés (et de ses cadres), de ses clients, un « gagnant » sans compromis, un négociateur habile, un travailleur infatigable, guidé par une volonté de fer et ne déviant jamais de ses objectifs, un homme compréhensif, chaleureux, mais aussi très simple. Je ne connais personne qui ne se soit pas senti apprécié de lui, même après un contact de quelques instants à peine. Rémi est identique au travail comme dans la vie de tous les jours. J’ai travaillé pour lui et avec lui, j’ai fait beaucoup de ski avec lui et aussi beaucoup de pêche. Il demeure le même homme au travail et dans ses loisirs. Il fonce toujours droit devant… il veut toujours être le meilleur… il n’abandonne jamais… ne se laisse jamais rebuter par les difficultés… il apprécie ce que les autres font… et n’hésite pas à le reconnaître publiquement si les circonstances s’y prêtent. Il est généreux de son temps, de son argent et n’hésite jamais à venir en aide à ceux ou celles qui font appel à lui. Il est engagé à l’endroit de nombreux organismes, l’école des HEC (où il a étudié), Centraide Montréal et bien d’autres.

Il n’a pas toujours eu la vie facile malgré tous ses succès. À travers les années, il a connu des échecs aussi. Mais ces échecs ne l’ont jamais abattu. J’aurais tendance à croire qu’ils ne l’ont que rendu meilleur. Quand cela se produisait, il faisait un pas ou deux en arrière pour mieux repartir de l’avant. L’aventure de Transcontinental dans Disque Americ, alors qu’il croyait que tous les catalogues seraient un jour disponibles sur CD. Il n’avait pas prévu que tout cela se passerait plutôt sur l’Internet, où son groupe possède maintenant plus de 1 000 sites différents au profit de ses propriétés ou de ses clients. Il avait quand même compris que l’impression traditionnelle serait transformée par le numérique. Chef de file de l’imprimerie et des médias au Canada et bien établi dans presque toutes les provinces, il a tenté à quelques reprises de s’implanter aux États-Unis, mais chaque fois il a dû se replier vers le Canada en laissant sur la table plusieurs dollars. Après quelques années au Mexique, il a dû là aussi se replier « dans ses terres ». Autant il est facile d’assumer le succès, autant il est difficile d’assumer la défaite. Mais celui qui sait le faire en sort toujours grandi… et je crois sincèrement que c’est le cas de Rémi Marcoux.

Lors de la récente assemblée annuelle des actionnaires, les personnes qui remplissaient la salle au maximum de sa capacité lui ont réservé deux longues ovations debout… la première à la fin de sa prestation comme président exécutif du conseil d’administration et au moment où il transmettait les rênes de l’entreprise à sa fille… la deuxième à la fin de l’assemblée quand on a présenté une vidéo dans laquelle ses collaborateurs et les membres de sa famille lui rendaient hommage. Les deux fois, j’étais debout aussi… j’applaudissais… et j’avais les yeux mouillés… et la tête pleine de souvenirs. Rarement, de telles ovations n’avaient été autant méritées.

Le lendemain, Jean-Philippe Décarie écrivait dans La Presse qu’avec le départ à la retraite de Rémi Marcoux, c’était une page de l’histoire de Québec inc. qui était tournée. Il avait parfaitement raison. Et il terminait son texte en soulignant qu’en prenant sa retraite, Rémi Marcoux ne partait pas pour la Floride, comme bien d’autres l’auraient sans doute fait… Rémi se proposait plutôt de partir à travers les différentes provinces du Canada pour visiter toutes les unités de Transcontinental ainsi que rencontrer et remercier personnellement les 10 000 employés qui, tout un chacun à leur façon, ont contribué et contribuent encore à faire de Transcontinental un fleuron glorieux du Québec et du Canada tout entiers. Du vrai Rémi Marcoux!!!!

Et je parie un « p’tit » 2 $ que même à la retraite on le verra régulièrement à son bureau de la Place Ville-Marie, et que sa fille Isabelle pourra compter sur lui chaque fois qu’elle le souhaitera.

Salut Rémi… et on se revoit à la pêche bientôt!

Proulx ne démissionnera jamais

Sa réaction était prévisible… Sur les ondes du poste CFML de Cornwall, dans le cadre de l’émission « Hawkesbury vous parle », le maire Philibert Proulx affirme qu’il « ne démissionnera jamais, sera candidat aux élections de décembre et a même conclu qu’il sera maire en 1977 ». J’en parle dans l’édition du 8 avril 1976 du journal Le Carillon. « Le maire a soutenu qu’il n’avait pas de conflit d’intérêts et que ses vacances en Floride n’avaient rien à faire avec sa position de maire. Il a répété qu’il n’acceptera jamais de pot-de-vin et qu’il a le support de tous les membres du Conseil. » Sur ce dernier point, il semblait ignorer que le conseiller Jean-Louis Montreuil avait écrit une lettre au rédacteur nous félicitant pour notre reportage et notre appel à la démission du maire. Le journal avait d’ailleurs reçu de nombreuses lettres (sur deux pages) en ce sens. Tous n’avaient pas été d’accord et le silence de plusieurs en disait long. Un trop grand nombre n’avait rien vu de mal dans les agissements du maire. Quant à Proulx, sur les ondes, « il a repris son thème habituel que les critiques rendent un homme populaire et que ‘Proulx est le plus populaire des comtés’. Il a répété qu’il a ‘fait son possible’, que ‘jamais je démissionnerai’ et qu’il n’a ‘rien fait de mal. » Et Proulx avait ajouté que « son épouse lui demande depuis longtemps de démissionner ».

Toute cette histoire tombait bien mal, comme on peut le lire dans le journal du 8 avril 1976. Pas moins de 155 contribuables avaient présenté une pétition dans laquelle ils « ont demandé au ministre ontarien du Trésor, de l’Économie et des Affaires intergouvernementales la création d’une commission d’enquête pour tirer au clair la situation qui existe actuellement et pour apporter des éclaircissements à des questions restées jusqu’ici sans réponse ». Leur demande n’était pas liée à la question du condo en Floride, mais plutôt aux nombreuses plaintes sur les factures des élus et sur le remboursement de leurs dépenses, de même que sur des irrégularités dans l’octroi de contrats et ainsi de suite, dont les frais liés au projet de complexe sportif. Il n’y a pas eu bien sûr de commission d’enquête. Les prochaines élections de décembre viendront heureusement corriger certaines situations. J’y reviendrai forcément.

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Le juge Louis-Pierre Cécile avait exonéré la CIP de tout blâme à la suite de la mort tragique de trois employés de cette usine le 15 mars 1975. Le ministère du Travail avait porté le jugement en appel et cette fois, le juge Omer Chartrand, de la Cour du comté de Prescott, condamne la CIP à une amende 1 000 $ pour négligence criminelle. La peine maximale qu’aurait pu imposer le juge Chartrand était dix fois plus importante.

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Voilà un maire brave et visionnaire. André Landriault est maire de L’Orignal et, dans un mémoire au commissaire Goldyn Sunderland, il recommande que son village soit fusionné avec le canton voisin de Longueuil. Sunderland est celui qui étudie la restructuration des comtés unis de Prescott et Russell et de leurs municipalités locales. La raison principale invoquée par Landriault? L’influence des usines d’Ivaco sur la population de son village ainsi que l’utilisation des installations des loisirs par les contribuables voisins qui ne paient pas leur juste part. C’est dans l’édition du 14 avril 1976 sous la plume de Charles Burroughs.

Je le surprends… dans un condo de Floride

J’avais hâte de vous raconter cette histoire. « Le maire Proulx devrait démissionner » est la grande manchette, en lettres blanches sur fond rouge vif, du journal Le Carillon du 1er avril 1976 et ce n’était pas un poisson! Je consacre un texte à la une et deux éditoriaux à cette affaire dont je me souviens encore tellement bien. Toute l’histoire avait commencé après un appel téléphonique d’une source fiable qui m’annonçait que le maire Philibert Proulx passait des vacances en Floride dans le condo de l’ingénieur qui était pressenti pour le futur complexe sportif. Évidemment, il fallait aller au fond des choses. Je communique avec le service d’information téléphonique de Fort Lauderdale et j’obtiens le numéro de téléphone du condo en question, qui était bel et bien au nom de l’ingénieur. Et j’appelle! Mais la voix de la personne qui me répond n’est pas celle que j’attendais… c’était la voix du conseiller Gilles Thériault… et je lui demande, bien innocemment (ou hypocritement, à votre choix), de parler à Philibert; il s’empresse de me le passer. Je lui ai bien sûr demandé de m’expliquer sur-le-champ ce qu’il faisait dans le condo d’un ingénieur pressenti pour un projet de quelques millions de dollars. Je résume la suite dans le journal. Évidemment, je venais de gâcher drôlement leurs vacances.

« Le maire Philibert Proulx et le conseiller municipal Gilles Thériault, accompagnés de leurs épouses, ont passé des vacances en Floride pendant les deux premières semaines de mars. Pendant ces deux semaines, ils pouvaient être rejoints à un certain numéro de téléphone (que Le Carillon connaît et a utilisé) inscrit dans l’annuaire téléphonique de Fort Lauderdale au nom d’un M. Raoul Routhier, à l’adresse 2100 Ocean Lane. Pendant leurs vacances, MM. Proulx et Thériault résidaient à cette adresse, tous deux l’ont reconnu verbalement. Le M. Raoul Routhier en question est un partenaire de la firme d’ingénieurs-conseils Dupuis, Morin, Routhier et Associés, celle qui a déjà tracé des plans pour un complexe sportif à Hawkesbury et celle qui a préparé des esquisses pour la transformation du Centre Mémorial en complexe sportif. » Dans le même article, j’explique qu’un membre du Conseil avait demandé « à ce que le nom de la firme d’ingénieurs-conseils soit éliminé du projet de règlement 3029, d’autant plus que la description des travaux n’était pas rattachée au document ». Il s’agissait du règlement qui aurait autorisé le projet d’un complexe sportif. « Présentement, il n’y a aucun contrat octroyé à quiconque et la décision d’aller de l’avant ou non avec le projet d’un complexe de $2 millions n’a pas encore été prise. » Notons que le ministère du Travail de l’Ontario avait « condamné » en quelque sorte le vieux Centre Mémorial dans une lettre le 29 mars et qu’il avait exigé une certification de sécurité par des ingénieurs, tout au moins. La situation était soudainement très urgente.

Dans un premier éditorial, je fais état de la crédibilité perdue du maire Proulx et j’accorde le bénéfice du doute au conseiller Thériault, qui m’avait assuré que « lui et son épouse étaient les invités du maire Proulx et qu’il ne connaissait pas le propriétaire de l’appartement ». Le maire Proulx se défendait d’avoir payé pour l’appartement et d’en avoir les preuves (que nous n’avons jamais vues). « Sans parler de pot-de-vin, il faut tout de même reconnaître que le maire Philibert Proulx et le conseiller Gilles Thériault se sont placés dans une situation que l’on peut qualifier de ‘conflit d’intérêts’ » et je réclamais la démission immédiate du maire Proulx. Je réclamais également un report de la décision sur le complexe, mais je savais pertinemment que ce n’était pas une solution étant donné que le Centre Mémorial avait été condamné et qu’il fallait assurer les services d’une patinoire aux amateurs sportifs locaux.

Je continue mon histoire lundi…

Le CEPR refuse d’appuyer la cause de Windsor

Le Conseil d’éducation de Prescott-Russell n’était pas reconnu pour être le plus ardent défenseur de la cause franco-ontarienne et ses membres l’ont démontré encore une fois en refusant d’appuyer les étudiants de Windsor, dans le sud-ouest de l’Ontario, qui réclamaient une école secondaire de langue française. Les étudiants de Prescott et Russell, quant à eux, avaient débrayé à Hawkesbury, Vankleek Hill et Plantagenet, tandis que ceux des écoles de Rockland, Casselman et Embrun avaient protesté par des lettres et des télégrammes afin d’appuyer à leur façon les étudiants de Windsor. Quant aux membres du CEPR, ils prétextaient « qu’ils étaient ignorants de la situation financière du conseil de Windsor et des raisons pour lesquelles on refuse une école française » et avaient refusé d’appuyer la cause. Comme le rapporte le journaliste Charles Burroughs dans Le Carillon du 18 mars 1976, « les conseillers Gaston Chevrier et Jim Baribault ont fait front commun pour signaler que le CEPR peut difficilement se mêler des choses qu’il ne connaît pas. La conseillère Roberta Histed a été plus loin, soulignant que le CEPR n’a pas le droit d’imposer sa volonté aux autorités scolaires de Windsor. » Il aurait sans doute fallu les installer dans un carré de sable pour qu’ils puissent s’y enfouir la tête! J’ajoute que le CEPR n’avait désigné qu’une seule école « reconnue officiellement française dans Prescott-Russell », soit celle de Plantagenet. Les étudiants de Windsor obtiendraient éventuellement gain de cause et leur école secondaire s’appellera « Essex ».

Dans le journal du 25 mars, un autre texte citait le président du CEPR, Léo Binette, qui avait affirmé que le CEPR n’avait « pas refusé d’appuyer moralement les francophones de la région de Windsor ». Binette avait même ajouté que « selon lui, il appartient à l’Association canadienne-française de l’Ontario et aux autres organismes de promotion de la francophonie de faire pression auprès des autorités scolaires de la région de Windsor ». Voilà, comme je disais, un carré de sable aurait été une nécessité.

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Les conseillers de Price Waterhouse avaient fortement recommandé aux autorités municipales de Hawkesbury de « nommer un administrateur en chef » afin de régler les nombreux problèmes de gestion municipale qui s’accumulaient depuis plusieurs années et qui donnaient lieu à des débats houleux et le mécontentement général parmi les fonctionnaires municipaux. Price Waterhouse recommandait également de « réduire substantiellement le nombre de comités existant », en plus d’enlever « les responsabilités administratives des comités et de les déléguer aux chefs des départements ou au personnel-cadre ». Il était même question d’abandonner les réunions du Conseil le jour et de les tenir plutôt en soirée, afin bien sûr que le personnel puisse travailler pendant la journée et être plus efficace. Le Conseil adopterait éventuellement une majorité des recommandations du groupe d’experts-conseils.

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Ils en avaient été la grande inspiration et les responsables de son succès et sa popularité. Dans l’édition du 25 mars 196, un article rapporte que « Léo-Paul Myre, Michel Bruneau et André Villeneuve ont laissé leurs postes au centre d’activités culturelles Le Chenail à Hawkesbury ». Ils avaient simplement laissé la place à de nouveaux-venus, Gilles Proulx, comme coordonnateur, et Claudette Boyer, secrétaire-administrative. (Je note en passant que j’ai toujours la magnifique peinture que Gilles nous avait offerte en cadeau de noces. Malheureusement, nous avons perdu de vue ce sympathique ami au fil des années. Quant à Claudette, elle était une amie d’enfance qui, heureusement, était aussi une amie de ma future femme. Disons simplement qu’elle m’a été d’une aide précieuse en cours de route!)