Transcontinental : un succès québécois « pure laine »

Il y a un an environ, à ce temps-ci de l’année, j’avais commencé à écrire sur le blogue de mon ami Jean-Maurice Filion. La formule me convenait, car elle ne me créait aucune contrainte. Et après une trentaine de textes, quand l’été est arrivé, que les saumons ont commencé à remonter les rivières et que les terrains de golf ont retrouvé leurs couleurs vertes, j’ai interrompu temporairement mes contributions au blogue de Jean-Maurice, en me disant que je recommencerais à l’automne… Mais l’automne a passé… et presque tout l’hiver… sans que je ne remette la main à la pâte… Mais me revoici, au moins jusqu’à l’été… et peut-être davantage!!! Qui sait???

par Alain Guilbert

La semaine dernière, j’ai assisté à l’assemblée générale annuelle de la société Transcontinental à Montréal. Pourquoi? Parce qu’il s’agissait de la dernière assemblée annuelle de mon « ami » Rémi Marcoux à titre de président exécutif du conseil d’administration de l’entreprise qu’il a lui-même fondée il y a 35 ans (au début de 1976) avec deux très fidèles compagnons, Claude Dubois et André Kingsley. Rémi, comme tout le monde l’appelle familièrement, franchira le cap des 72 ans dans quelques mois et il a jugé que l’heure de la retraite avait sonné pour lui et qu’il était temps de remettre les guides de « son » entreprise à sa fille Isabelle, la nouvelle présidente du conseil d’administration, et à son gendre François Olivier, qui en est le président et chef de la direction depuis 2008. Ses deux autres enfants, Nathalie et Pierre, siègent aussi au conseil d’administration.

Rémi Marcoux, un Beauceron authentique, a fait ses premiers pas dans la Métropole au sein de Quebecor. Quand la direction de cette entreprise lui a refusé les actions qu’on lui avait promises, même s’il avait atteint les objectifs qu’on lui avait fixés, Rémi (avec ses deux partenaires) a décidé de créer sa propre entreprise et a fait l’acquisition d’une petite imprimerie en faillite, située à Ville St-Laurent, Transcontinental, qui se spécialisait dans l’impression des circulaires. Son premier « grand coup » s’est produit peu après alors que les grands quotidiens de Montréal et Québec, La Presse et Le Soleil, ont connu de très longues grèves. Ces conflits de travail ont eu un impact majeur sur les grands détaillants, particulièrement ceux du secteur de l’alimentation, qui distribuaient leurs circulaires hebdomadaires dans les journaux. Rémi a trouvé la solution au problème de ces grands détaillants. Non seulement il allait continuer à imprimer leurs circulaires, mais il allait également les distribuer de porte-à-porte en donnant naissance au Publisac, un outil de marketing très puissant qui domine encore le marché québécois, et qui a des tentacules dans plusieurs autres provinces (sous le nom Ad Bag).

Le grand coup suivant, Rémi l’a porté au début des années 80 quand le gouvernement du Québec a créé le Régime d’épargne-actions (RÉA), un instrument qui permettait aux entrepreneurs québécois d’obtenir des capitaux de risque pour favoriser leur développement et aux citoyens qui acquéraient ces actions de bénéficier de déductions fiscales en plus de faire des gains boursiers (dans la plupart des cas). Le RÉA a permis à de nombreuses entreprises de connaître du succès. Ces entreprises (plus de 200 au cours des trois premières années du régime) ont constitué ce qu’on appelait alors le Québec inc. C’est donc avec l’aide d’argent obtenu via le RÉA que Transcontinental a fait l’acquisition de l’imprimerie Chartier à St-Hyacinthe. Avec ses deux imprimeries, Transcontinental devient alors le Groupe Transcontinental… un petit groupe, direz-vous, mais un groupe qui n’a cessé de grandir depuis.

L’histoire de Transcontinental constitue un immense « success story » qui demanderait des centaines de pages pour lui rendre vraiment justice. Mentionnons simplement que d’acquisition en acquisition, particulièrement dans les secteurs des imprimeries et des publications (journaux et magazines), la « petite entreprise » qui avait réalisé trois millions de dollars en revenus à sa première année d’existence a atteint le milliard de dollars en revenus à la fin des années 1990 et les deux milliards à la fin de la première décennie des années 2000. Inutile de dire que le chemin parcouru par Rémi Marcoux depuis le moment où il a quitté St-Elzéar, son village natal en Beauce, et le moment où il a annoncé sa retraite (le 16 février) est tout à fait incroyable.

Et ce qui est remarquable chez Rémi Marcoux, ce n’est pas tant le chemin parcouru que sa volonté de réussir, de toujours aller plus loin. Rémi est un leader comme il s’en fait peu. Je dirais même qu’il est un modèle plutôt unique. Je le connais depuis bien des années, depuis le milieu des années 1970 quand il a fondé Transcontinental. Et je le fréquente encore aujourd’hui, pas aussi souvent qu’autrefois, mais à travers des voyages annuels de pêche au cours desquels les échanges et les confidences se multiplient lorsque nous ne sommes pas sur la rivière en train de « taquiner » les saumons. Mais je le connais aussi parce que j’ai eu le privilège de diriger la division des médias Transcontinental pendant près de cinq ans au milieu des années 1990 et, à ce titre, de faire partie du comité de gestion de l’entreprise. C’est au cours de ces années que j’ai vraiment appris à le connaître.

Il faut probablement avoir évolué dans son entourage immédiat pour comprendre vraiment ce qu’il est… un leader respectueux et aimé de ses employés (et de ses cadres), de ses clients, un « gagnant » sans compromis, un négociateur habile, un travailleur infatigable, guidé par une volonté de fer et ne déviant jamais de ses objectifs, un homme compréhensif, chaleureux, mais aussi très simple. Je ne connais personne qui ne se soit pas senti apprécié de lui, même après un contact de quelques instants à peine. Rémi est identique au travail comme dans la vie de tous les jours. J’ai travaillé pour lui et avec lui, j’ai fait beaucoup de ski avec lui et aussi beaucoup de pêche. Il demeure le même homme au travail et dans ses loisirs. Il fonce toujours droit devant… il veut toujours être le meilleur… il n’abandonne jamais… ne se laisse jamais rebuter par les difficultés… il apprécie ce que les autres font… et n’hésite pas à le reconnaître publiquement si les circonstances s’y prêtent. Il est généreux de son temps, de son argent et n’hésite jamais à venir en aide à ceux ou celles qui font appel à lui. Il est engagé à l’endroit de nombreux organismes, l’école des HEC (où il a étudié), Centraide Montréal et bien d’autres.

Il n’a pas toujours eu la vie facile malgré tous ses succès. À travers les années, il a connu des échecs aussi. Mais ces échecs ne l’ont jamais abattu. J’aurais tendance à croire qu’ils ne l’ont que rendu meilleur. Quand cela se produisait, il faisait un pas ou deux en arrière pour mieux repartir de l’avant. L’aventure de Transcontinental dans Disque Americ, alors qu’il croyait que tous les catalogues seraient un jour disponibles sur CD. Il n’avait pas prévu que tout cela se passerait plutôt sur l’Internet, où son groupe possède maintenant plus de 1 000 sites différents au profit de ses propriétés ou de ses clients. Il avait quand même compris que l’impression traditionnelle serait transformée par le numérique. Chef de file de l’imprimerie et des médias au Canada et bien établi dans presque toutes les provinces, il a tenté à quelques reprises de s’implanter aux États-Unis, mais chaque fois il a dû se replier vers le Canada en laissant sur la table plusieurs dollars. Après quelques années au Mexique, il a dû là aussi se replier « dans ses terres ». Autant il est facile d’assumer le succès, autant il est difficile d’assumer la défaite. Mais celui qui sait le faire en sort toujours grandi… et je crois sincèrement que c’est le cas de Rémi Marcoux.

Lors de la récente assemblée annuelle des actionnaires, les personnes qui remplissaient la salle au maximum de sa capacité lui ont réservé deux longues ovations debout… la première à la fin de sa prestation comme président exécutif du conseil d’administration et au moment où il transmettait les rênes de l’entreprise à sa fille… la deuxième à la fin de l’assemblée quand on a présenté une vidéo dans laquelle ses collaborateurs et les membres de sa famille lui rendaient hommage. Les deux fois, j’étais debout aussi… j’applaudissais… et j’avais les yeux mouillés… et la tête pleine de souvenirs. Rarement, de telles ovations n’avaient été autant méritées.

Le lendemain, Jean-Philippe Décarie écrivait dans La Presse qu’avec le départ à la retraite de Rémi Marcoux, c’était une page de l’histoire de Québec inc. qui était tournée. Il avait parfaitement raison. Et il terminait son texte en soulignant qu’en prenant sa retraite, Rémi Marcoux ne partait pas pour la Floride, comme bien d’autres l’auraient sans doute fait… Rémi se proposait plutôt de partir à travers les différentes provinces du Canada pour visiter toutes les unités de Transcontinental ainsi que rencontrer et remercier personnellement les 10 000 employés qui, tout un chacun à leur façon, ont contribué et contribuent encore à faire de Transcontinental un fleuron glorieux du Québec et du Canada tout entiers. Du vrai Rémi Marcoux!!!!

Et je parie un « p’tit » 2 $ que même à la retraite on le verra régulièrement à son bureau de la Place Ville-Marie, et que sa fille Isabelle pourra compter sur lui chaque fois qu’elle le souhaitera.

Salut Rémi… et on se revoit à la pêche bientôt!

Une réflexion sur “Transcontinental : un succès québécois « pure laine »

  1. Alain,

    Voilà un bel hommage à l’endroit de Rémi Marcoux. Sans faire de bruit, Transcontinental a pris, au cours des ans, la place qui lui revient dans le domaine de l’imprimerie et des médias.

    Bravo et longue retraite à ce bâtisseur qui mérite toute notre admiration.

    Denis Tremblay

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