Les villes où j’ai vécu : Sherbrooke (encore!)

Depuis sa naissance, Alain a habité dans une dizaine de villes différentes, dont certaines à plus d’une reprise. Bien sûr, ses souvenirs et ses impressions de chacun de ces endroits où il a vécu sont relatifs à l’âge qu’il avait à l’époque et aux activités auxquelles il s’était livré… ainsi que des souvenirs qu’il en a gardés. Voici donc le huitième article de cette série… qui concerne Sherbrooke où il avait déjà vécu de 1959 à 1972 et où il s’est retrouvé pour y vivre à nouveau en 1976. Vous pourrez revoir tous les articles précédents de cette série dans l’onglet « Les villes où j’ai vécu », sous la subdivision « Mes catégories ». Bonne lecture.

par Alain Guilbert

Quand j’ai quitté Sherbrooke en 1972 pour travailler à Montréal, d’abord au magazine Actualité, puis au Comité organisateur des Jeux olympiques de Montréal (COJO 1976), je dois avouer que je n’avais pas vraiment quitté Sherbrooke. En effet, Céline y enseignait toujours au cégep et les enfants, Alain H. et Anne, y fréquentaient l’école. Et de mon côté, j’y revenais toutes les fins de semaine. J’étais un résident de Montréal cinq jours par semaine et un résident de Sherbrooke les fins de semaine.

Une couple de mois avant les Jeux olympiques de 1976, le gouvernement du Québec avait annoncé son intention de créer un Institut des sports, lequel devait s’établir physiquement au Centre Claude-Robillard, à Montréal, un complexe sportif construit spécialement à l’occasion des Jeux, et avoir pour mission de développer et promouvoir le sport d’élite. J’y avais soumis ma candidature comme directeur des communications, et, devinez quoi, j’ai obtenu le poste. Je devais entrer en fonction à l’automne 1976. Mais entretemps, mon ancien patron de La Tribune, Yvon Dubé, ainsi que mon ancien patron chez Power Corporation, John Rae, m’ont proposé de retourner à Sherbrooke à titre d’éditeur adjoint et de rédacteur en chef. Après y avoir réfléchi intensément pendant une couple de semaines, j’ai finalement décidé de rentrer à Sherbrooke, parce que le poste qu’on me proposait représentait un pas en avant dans ma carrière, et aussi (et beaucoup) parce que je me rapprochais de Céline et des enfants.

C’est quand même avec un certain pincement au cœur que j’ai fait connaître ma décision aux responsables de l’Institut des sports. J’étais passionné (et je le suis toujours) par les athlètes et les sports, particulièrement les athlètes et les sports olympiques. J’ai donc effectué ma rentrée à La Tribunepar la grande porte à la fin de septembre 1976, au moment précis où le journal quittait ses vieux locaux de la rue Dufferin (au centre-ville) pour se retrouver dans un édifice « flambant neuf » situé rue Roy, dans le quartier ouest, à proximité de l’Université.

J’ai compris quelques mois plus tard que j’avais pris la bonne décision. En effet, pour ceux et celles qui s’intéressent à la politique, vous vous rappellerez sans doute qu’il y avait eu des élections mémorables au Québec le 15 novembre 1976 et que le Parti Québécois de René Lévesque avait remporté une victoire historique sur le Parti libéral de Robert Bourassa. Et l’un des premiers gestes posés par le gouvernement péquiste aura consisté à abolir le « futur » Institut des sports pour donner la priorité non pas au sport d’élite, mais au sport de masse… ou sport pour tout le monde. Ce qui à mon point de vue constituait une erreur majeure et signifiait qu’on mettait les dames, les fers à cheval et le bridge au même niveau que l’athlétisme, la gymnastique, le cyclisme, etc. À mon avis, ce sont les Nadia Comaneci et les Greg Joy de ce monde qui incitent les jeunes à pratiquer le sport… et non pas le contraire. Si j’avais encore des doutes quant à ma décision de revenir à Sherbrooke, ils se sont tous envolés le jour où l’heure du glas a sonné pour l’Institut des sports.

Mon retour à Sherbrooke m’aura procuré de nombreuses satisfactions. L’un de mes premiers défis à relever aura été d’informatiser le journal. Cela peut paraître bien simple aujourd’hui, alors que l’ordinateur est devenu omniprésent dans nos vies. Mais à cette époque-là (ce n’est pas si loin que cela… 36 ans à peine), La Tribuneétait le premier journal quotidien au Québec (oui, oui, le premier au Québec) à relever le défi de l’automatisation. Aujourd’hui, tout le monde ou presque se promène avec des ordinateurs portables, des blocs-notes électroniques ou des téléphones intelligents, des appareils qu’on peut tenir dans la main et qui dépassent en capacité l’ordinateur principal que nous avions à l’époque. Cet ordinateur occupait une pièce entière d’environ quatre mètres par trois mètres, une pièce qu’il fallait climatiser de façon permanente pour éviter que l’ordinateur ne surchauffe. Et bien sûr, nous n’avions pas encore d’appareils-photo numériques, et nos premiers ordinateurs portables (les TRS 8, puis 16) ne pouvaient afficher à l’écran que huit ou 16 lignes. Et leur mémoire était limitée à une trentaine de lignes de texte. Pour transmettre un texte à distance, il fallait avoir un téléphone avec fil, enlever le couvercle du récepteur et relier manuellement les fils du téléphone à notre ordinateur. On en était à la préhistoire de l’informatique, mais le défi à relever était quand même passionnant.

Une autre grande satisfaction que j’ai éprouvée à mon retour à Sherbrooke est venue de l’équipe de « jeunes » cadres qui travaillaient sous ma direction. Je voudrais en mentionner trois en particulier, soit André Préfontaine, Pierre Francoeur et Guy Crevier. André Préfontaine, qui n’avait que 23 ans à mon retour à Sherbrooke, était déjà chef des nouvelles. Quelques mois plus tard, je l’ai promu au poste de directeur de l’information. Pierre Francoeur, qui a été embauché comme journaliste, est vite devenu chef des nouvelles. Et Guy Crevier, que j’avais rencontré par hasard alors qu’il vivait sur une ferme à Cookshire, a d’abord été embauché comme correspondant régional, avant d’obtenir un emploi à plein temps à Sherbrooke, puis d’accéder rapidement au poste de chef de pupitre.  Quelle équipe!!! Quelques années plus tard, André Préfontaine, après avoir occupé des postes de responsabilité à la Presse canadienne, tant à Montréal qu’à Toronto, et avoir agi comme éditeur de journaux à London et à Windsor pour le groupe Southam, est devenu président des Publications Transcontinental. Pierre Francoeur, quant à lui, a été chef des nouvelles et directeur de l’information au Journal de Montréal, avant de devenir le « grand patron » de tous les journaux du Groupe Quebecor. Et Guy Crevier, qui m’a suivi à Granby (cela fera l’objet d’un autre article), est devenu vice-président de l’information et des affaires publiques à TVA, puis président de TVA, avant de devenir (et je saute quelques étapes) président de La Presse,puis de tous les quotidiens appartenant à Power Corporation. Voici donc des cas où tous les élèves ont dépassé le maître!!! Ce qui a toujours été une grande satisfaction pour moi… et un objet de grande fierté aussi.

Mon patron de l’époque, tant à mon premier séjour à La Tribunequ’au second, m’avait un jour donné une grande leçon qui m’a bien servi tout le reste de ma vie. Après être devenu directeur de l’information vers la fin des années 60, je lui soulignais un jour que j’avais beaucoup trop de travail. Et il avait alors pris le temps de m’expliquer la différence entre un employé, ce que j’étais auparavant, et un patron, ce que j’étais devenu. « Maintenant que tu es un patron, tu essaies de faire ‘ta job de patron’ et de faire en même temps celle que tu faisais comme employé. C’est trop. Comme patron, au lieu de ‘faire les choses toi-même’ tu dois les ‘faire faire par d’autres’ et ces choses doivent être aussi bien faites que si tu les avais faites toi-même. » Dans le fond, il m’avait enseigné le grand principe de la délégation de pouvoir… une leçon qui m’a servi durant toute ma carrière… Et je lui en suis encore reconnaissant… et en me souvenant de lui, j’ai transmis cette leçon de vie à de nombreuses personnes qui ont œuvré au sein de mes équipes par la suite.

Après avoir connu pendant quatre années la vie trépidante de Montréal, et celle plus particulièrement du Comité organisateur des Jeux olympiques, je trouvais parfois que la vie était trop calme à La Tribune. Tout en faisant mon travail quotidien, je n’ai pas hésité à relever quelques autres défis au passage, dont celui de directeur des communications et chef de presse des Jeux du Québec, qui ont eu lieu à Sherbrooke à l’été 1977, les premiers après les Jeux Olympiques. Puis celui de conseiller spécial du vice-président de direction et chef de presse adjoint aux Jeux du Commonwealth à Edmonton à l’été 1978.

Puis au printemps 1979, quand mes patrons m’ont offert un nouveau défi, celui de devenir président du quotidien La Voix de l’Est et de la station radiophonique CHEF, j’étais prêt à transporter mes pénates à Granby (ce qui fera l’objet du prochain texte dans la série « les villes où j’ai vécu »).

Un peu de tout aujourd’hui…

Un autre journaliste nous quitte mais pas pour Le Droit cette fois. Claude Lamarche, qui était au journal depuis près de 18 mois, prend épouse le 17 juillet à Châteauguay et commence au journal L’Écho du Nord de St-Jérôme deux semaines plus tard. Il y restera jusqu’à son décès il y a quelques années. J’en parle dans ma chronique du 14 juillet 1976.

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Larry-Michel Demers a 22 ans et est de Hawkesbury. Le Carillon du 14 juillet 1976 rapporte qu’il « a été accepté à l’École nationale de théâtre à la suite du concours d’entrée qui s’est déroulé en mars et avril dernier dans les principales villes du pays ». Larry allait jouer plusieurs rôles au théâtre et à la télé (dont « Terre humaine ») au fil des années subséquentes et avait été joueur et instructeur dans La Ligue nationale d’improvisation. Il est décédé du sida le 24 décembre 1992. Il n’avait même pas 40 ans.

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Une nouvelle loi voit le jour en Ontario et ses avantages sont encore évidents de nos jours. La Loi sur les droits des aveugles est entrée en vigueur le 1er juillet 1976. Le ministère du Procureur général publie une annonce dans le journal du 14 juillet 1976.

« Aux termes de la nouvelle loi, un aveugle guidé par son chien jouit des mêmes droits et des mêmes avantages et est astreint aux mêmes obligations – dans les endroits publics – que qui ce soit. Il ne doit pas faire l’objet de mesures discriminatoires et l’on ne peut lui refuser le logement, les services ni l’accès aux locaux offerts généralement au public.

Il est important que les propriétaires de chiens d’aveugle connaissent leurs droits et que le public, et en particulier les employeurs et leur personnel, soient mis au courant des dispositions prévues par la loi et des responsabilités qui leur incombent en vertu de ladite loi. »

Voilà pour le progrès social. Quelque chose que l’on tient pour acquis de nos jours, mais qui n’a pas toujours été.

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À l’affiche du cinéma Régent de Hawkesbury en ce mi-juillet 1976, le film aux cinq Oscars du réalisateur Milos Forman et mettant en vedette Jack Nicholson et Louise Fletcher… « One Flew Over the Cuckoo’s Nest ». Un classique du cinéma du XXe siècle.

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Je l’observais depuis un bon bout de temps dans les estrades du Centre Mémorial lors des parties des Hawks de Hawkesbury. Il les couvrait pour le compte de l’hebdomadaire anglophone The Review de Vankleek Hill, un journal alors dirigé par un ancien du Carillon, Jean-Robert Danis, et ça me tapait sur les nerfs. Il était étudiant en journalisme au Collège Algonquin et je prévoyais créer une section sportive importante dans le journal. Un bon soir, je lui ai offert un poste. Yvon « Togo » Legault, qui était de Hawkesbury, accepte et joint les rangs de ma salle de nouvelles. Il sera encore là lorsque je quitterai en 1987 et c’est d’ailleurs lui qui prendra ma relève. Yvon, dont les articles se retrouvent régulièrement dans Le Droit à propos des Hawks justement et d’autres sports régionaux, est aujourd’hui au service des communications de l’Université d’Ottawa.

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Vous aurez remarqué, de par mes récents billets de blogue, que l’année 1976 a été particulièrement fertile en nouvelles dans la région desservie par Le Carillon. Il suffit de voir les deux énormes reliures des exemplaires de cette année pour l’apprécier.