Les villes où j’ai vécu : Granby

Depuis sa naissance, Alain a habité dans une dizaine de villes différentes, dont certaines à plus d’une reprise. Bien sûr, ses souvenirs et ses impressions de chacun de ces endroits où il a vécu sont relatifs à l’âge qu’il avait à l’époque et aux activités auxquelles il s’était livré… ainsi que des souvenirs qu’il en a gardés. Voici donc le neuvième article de cette série… qui concerne Granby où il est arrivé en avril 1979… Vous pourrez revoir tous les articles précédents de cette série dans l’onglet « Les villes où j’ai vécu » sous la subdivision « Mes catégories ». Bonne lecture.

par Alain Guilbert

Quand j’avais accepté de retourner à Sherbrooke à la fin des Jeux olympiques de Montréal, j’avais clairement indiqué à mes patrons de l’époque (Yvon Dubé, le président de La Tribune, et John Rae, un vice-président de Power Corporation) que l’étape suivante pour moi devrait être l’administration. J’avais déjà fait le tour d’une salle de rédaction, et je souhaitais aller plus loin dans les journaux, un milieu qui me passionnait. L’occasion s’est présentée à l’automne lorsqu’on m’a offert la présidence de La Voix de l’Est, « le plus petit quotidien de langue française en Amérique du Nord », avais-je l’habitude de dire, de même que la présidence de CHEF-radio, une station radiophonique qui appartenait au journal. Je n’ai jamais hésité à dire « oui ». Dans mon esprit, il y avait deux façons de voir les choses: devenir « curé en campagne » ou demeurer « vicaire en ville ». Je comprends que le choix peut varier d’une personne à une autre, mais dans mon cas, il n’y avait aucun doute. Autrement dit, j’aimais mieux être « un gros poisson dans un petit bocal qu’un petit poisson dans un immense aquarium ».

Je n’ai jamais caché cette façon de voir les choses. Quelques années plus tard, lorsque je deviendrai éditeur adjoint et rédacteur en chef du Soleil (à Québec), le président de l’agence Presse canadienne, dont le siège social était à Toronto, Keith Kincaid, qui se rappelait m’avoir entendu parler « du poisson et du bocal » m’avait fait parvenir un mot de félicitations en me disant « after having been a big fish in a small bowl, you have find a way to become a big fish in a big bowl ». J’avais sans doute modifié ma façon de voir les choses. Mais pour l’instant, restons-en à Granby… Je reviendrai plus tard sur Québec.

Je fais donc mon entrée à Granby au printemps de 1979. J’habite alors le domaine Chéribourg, dans la région de Magog, au pied du Mont Orford. Je décide donc, du moins pour ma première année, de conserver mon pied à terre au Mont Orford et de voyager soir et matin entre le domaine Chéribourg et Granby, une promenade de 30 minutes au maximum. Et coup de chance providentiel, mon premier hiver à voyage entre Chéribourg et Granby, l’hiver 1979-1980, est celui où il n’a pas neigé une seule fois avant la fin du mois de février. Je me souviens même que nous avions joué au tennis à l’extérieur (dehors!!!) à Granby en février 1980, quelques jours avant qu’il ne neige pour la première fois de l’hiver et avant que nous fassions du ski à Orford pour la première fois de la saison… la saison la plus tardive dans l’histoire du Mont Orford. Une autre façon de se rappeler cet hiver plutôt spécial, c’est la conférence que Laurent Beaudoin, le président de Bombardier, avait prononcé à Montréal à cette période – conférence au cours de laquelle il avait affirmé solennellement que la société Bombardier était assurée de vendre des motoneiges autant qu’il était assuré qu’il tomberait de la neige sur le Québec chaque hiver. Il s’en est fallu de quelques semaines à peine pour qu’il ne neige pas une seule fois cet hiver-là… J’établirai finalement ma résidence à Granby à l’été 1980.

Peu après mon arrivée à Granby, nous sommes plongés en pleine campagne électorale. À Granby (qui se trouve dans le comté fédéral de Shefford), les deux principaux candidats sont le très jeune libéral Jean Lapierre, un étudiant originaire des Îles-de-la-Madeleine, et le conservateur Gérald Scott, un ingénieur et homme d’affaires bien établi dans la région. Avant mon arrivée, je ne connaissais ni l’un, ni l’autre… mais la lutte était féroce… et tous les coups semblaient permis. Je ne suis pas en poste que depuis quelques mois quand je reçois une « lettre personnelle » du candidat Gérald Scott qui dénonce de façon assez subtile le traitement que lui réserve La Voix de l’Est, le quotidien de la région (la seule « petite » région de tout le Québec à avoir un journal quotidien à son service). Le candidat conservateur ne se sent pas « favorisé » par le quotidien local. Il n’aime pas ce qu’il appelle « le manque d’objectivité » du journal.

Puis il s’adresse à moi plus personnellement : « Pourtant M. Gilbert (sic…Gérald… tu as oublié le « u ») lorsque je vous rencontre, vous m’avez l’air tellement sympathique. Dommage que vous ne puissiez transmettre à tous ceux qui font votre mise en page et à quelques-uns de vos journalistes qui ne l’ont pas ce sens de l’objectivité et de l’équité qu’on devrait retrouver normalement dans un journal. (….) Si jamais vous en avez l’envie, j’accepterais avec plaisir votre invitation à dîner afin que l’on parle plus longuement du sujet »… Remarquez bien : ce n’est pas lui qui m’invite. Il m’invite plutôt à l’inviter!!! Il était vraiment habile. Bien sûr, je l’ai appelé et bien sûr, nous sommes allées dîner (au Lemonde 400, une grilladerie bien connue à Granby à l’époque), et bien sûr (vous l’aviez sans doute deviné) nous sommes devenus amis, de très bons amis… une amitié qui dure encore presque 33 ans plus tard. Gérald Scott n’a pas été élu député conservateur de Shefford – les conservateurs n’ont pas formé le gouvernement cette année-là – mais « mon ami » Gérald Scott, ainsi qu’un autre homme d’affaires avec qui j’avais établi une relation privilégiée, Roger « Lefty » Auger m’ont tous deux ouvert de très nombreuses portes à Granby… En m’introduisant dans leur cercle d’amis, ils m’ont permis de rencontrer des personnes exceptionnelles… comme Denis Robidoux, Gaétan Marquis, Alain Guay, André Hamel, Raymond Héroux… et combien d’autres… et l’un des plus importants, un ami à tous, le Dr Richard Gosselin. Plusieurs de ces personnes mériteraient que je leur consacre chacune un texte complet, sinon davantage – je le ferai peut-être un jour (si je vis assez longtemps pour écrire l’histoire de ma vie en quelques volumes). Sans toutes ces personnes, qui sont demeurées des amis tout au long des années, et qui le sont encore, jamais je n’aurais autant apprécié cette ville qu’on surnomme affectueusement « la Princesse des Cantons de l’Est ». J’ai constaté par moi-même au cours de mon séjour de cinq années à Granby que ce sont les gens qui y vivent qui en font sa richesse et sa beauté.

Granby… c’est une ville exceptionnelle… Pas trop petite pour être ennuyante… et en même temps pas trop grande pour n’avoir pas de dimension humaine… Juste assez loin de Montréal pour avoir son identité propre… et juste assez près de Montréal pour profiter des avantages d’une grande métropole… ses équipes sportives professionnelles, sa vie culturelle, ses grands événements et quoi encore. Granby, pour moi, c’est le meilleur des mondes… une ville assez petite pour y connaître beaucoup de personnes et y avoir de nombreux amis, pour y sentir une chaleur humaine de tous instants… une ville assez grande pour s’y développer et s’épanouir pleinement. C’est donc cette ville, aux rênes d’un tout petit quotidien (qui n’en est pas moins grand pour la population qu’il sert) et d’une toute petite station radiophonique (qui a depuis fermé ses portes), que je suis devenu un « patron » de presse, ce que j’ai continué à être tout au cours de ma vie professionnelle.

J’ai quitté Granby pour Québec au printemps de 1984 – mais je crois que même aujourd’hui je me sens encore un citoyen de Granby.

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