Des succès et des échecs

par Alain Guilbert

Alors qu’il reste moins de 24 heures avant que la flamme olympique ne s’éteigne à Sotchi (Russie) pour se rallumer dans deux ans au Brésil (Jeux d’été) et dans quatre ans seulement en Corée du Sud (Jeux d’hiver), nous pouvons commencer à dresser un premier bilan de ces XXIIes Jeux d’hiver.

Le Canada terminera probablement en 3e position du classement non officiel. Le Comité international olympique ne fait aucun classement, je vous l’ai déjà dit, mais les médias aiment bien (exigent même) un classement. Alors, les comités organisateurs de même que les comités olympiques des pays où les Jeux ont lieu en font un. Traditionnellement, le pays qui obtient le plus grand nombre de médailles d’or est le premier. Aux Jeux de Vancouver, en 2010, on avait préféré diffuser un classement en vertu du total des médailles (toutes couleurs incluses). Si on avait considéré uniquement les médailles d’or, le Canada aurait terminé premier avec 14 de ces médailles en métal si précieux. Mais avec son total de 26 médailles (incluant argent et bronze), il n’était que troisième.

À Sotchi, le Comité organisateur est revenu à la méthode des médailles d’or; au moment d’écrire ces lignes, le Canada est au troisième rang avec neuf de ces médailles (soit cinq de moins qu’à Vancouver). La Russie et la Norvège en ont 11 chacune, la Russie étant considérée comme en première place à cause de son total de 29 et la Norvège en 2e place avec ses 26. Bien sûr, le Canada peut encore gagner la médaille d’or au hockey demain matin (à 7 heures pour les lève-tôt), mais, s’il réussit l’exploit, cela ne lui en fera que 10, donc, toujours pour la 3e place. Si on établissait le classement en fonction du total de toutes les médailles, le Canada chuterait en 4e place, parce que les États-Unis en ont 27 à date (trois de plus que le Canada au total, dont neuf médailles d’or comme le Canada).

Quelques mots de nos succès et de nos échecs (le Canada, évidemment)…

Nos succès :

– le ski acrobatique (au moins six médailles : trois doublés or-argent en bosses (hommes), en bosses (femmes), en ski cross (femmes);
– le curling : deux médailles d’or sur les seules deux possibles;
– le hockey sur glace : avec une médaille d’or (femmes) et une médaille d’or ou d’argent (selon le résultat du match de demain matin) (et seulement deux possibles);
– le patinage artistique : avec nos médailles d’argent dans la compétition par équipe et l’autre médaille d’argent obtenue par Patrick Chan. Ce n’est pas facile d’évoluer dans un sport où l’on doute de l’honnêteté des juges. Avez-vous déjà vu cela dans un autre sport, où un juge est le conjoint d’un athlète qu’il doit juger?

Nos succès mitigés :

– le patinage de vitesse sur longue piste avec deux médailles seulement (une argent et une bronze); l’équipe en avait obtenu cinq à Vancouver;
– le patinage de vitesse sur courte piste avec trois médailles seulement (une or et deux bronze); l’équipe en avait aussi obtenu cinq à Vancouver, et surtout en promettait encore plus à Sotchi.

Nos échecs :

– le surf en ski (planche à ski) : tous nos jeunes « flyés » des X-Games nous promettaient des miracles, mais ces miracles ont tourné en catastrophe dans les épreuves « slopestyle » (obstacles) la majorité de nos planchistes n’ont même pas obtenu la moitié des points possibles. « C’est la faute des juges », ont-ils dit. Et en surf des neiges plus traditionnel, Jason Jay Anderson, qui avait pris sa retraite après sa médaille aux Jeux de Vancouver, mais qui a décidé un an plus tard de revenir à la compétition, n’a pu se qualifier pour la finale de son épreuve. « C’est la faute des dirigeants de notre sport », a-t-il dit. Peut-être aurait-il été mieux de rester à la retraite;
– le ski de fond : peut-être nos athlètes ont-ils « peaké » (atteint le sommet de leur forme) trop vite, mais on s’attendait à plus de leur part, particulièrement d’Alex Harvey; peut-être avait-on mis trop de poids sur ses épaules;
– le biathlon : mais on n’attendait rien de ce sport.

En bref…

Juste un mot du match Finlande-É.-U. au hockey. Les États-Unis s’attendaient à la médaille d’or; leur moral est tombé à plat après leur défaite contre le Canada. Ils n’avaient plus aucune « motivation » pour la médaille de bronze. Quand tu vises l’or, et que tu le rates, ton moral s’en va dans tes talons. La Finlande, de son côté, considérée comme la 4e ou 5e équipe en importance aux Jeux (après le Canada, les États-Unis, la Russie et la Suède) visait le bronze, médaille que ce pays a d’ailleurs obtenue quatre fois au cours des cinq derniers Jeux d’hiver. Les Finlandais étaient vraiment motivés aujourd’hui et cela a paru dès le départ, ce qui explique la raclée subie par les Américains qui auraient préféré quitter Sotchi après leur défaite contre le Canada. Teemu Selanne a démontré une fois de plus quel grand joueur il était… le joueur de hockey le plus âgé à mériter une médaille olympique dans ce sport, à 43 ans!

Je ne vous ai pas offert souvent d’images ou de dessins depuis le début de mes commentaires. Mais j’ai pensé faire exception aujourd’hui en vous transmettant une caricature publiée dans le Vancouver Sun. C’est l’instructeur de l’équipe canadienne (hommes) de hockey qui se prépare à affronter la Suède pour la médaille d’or. Préparez-vous à sourire :

https://plus.google.com/app/basic/stream/z12qtxiqrmjkt505s04cg5lakznvv105gv40k

Et tant qu’à être dans les images, pourquoi pas une courte vidéo d’environ trois minutes. La plupart d’entre vous (ceux et celles qui lisent mes commentaires) ont probablement découvert les Jeux olympiques à Montréal en 1976. À cette époque, vous connaissiez les noms des grands joueurs de hockey comme Maurice Richard, Jean Béliveau, Guy Lafleur, Gordie Howe, Bobby Orr et quelques autres, mais vous n’aviez sans doute jamais entendu parler de Lasse Viren (Finlande), Bruce Jenner (États-Unis), Greg Joy (Canada), Nadia Comaneci (Roumanie), Nellie Kim (Union Soviétique), Sugar Ray Leonard et les frères Spinks (États-Unis), Anton Tak (Tchécoslovaquie), Daniel Morelon (France) et bien d’autres.

Vous aviez entendu parler des coûts du Stade olympique et de ses problèmes de construction, mais personne ne vous parlait des athlètes – les vraies vedettes des Jeux. À tous les Jeux, c’est la même histoire : pendant quatre, cinq ou six ans avant « la fête », on vous parle de leurs coûts, des délais dans les constructions, des problèmes d’organisation, mais jamais (ou presque) des athlètes. Ce n’est qu’une fois la flamme allumée dans le stade principal, que les athlètes prennent toute la place et vous éblouissent par leurs performances. Aujourd’hui, vous pouvez probablement nommer des dizaines d’athlètes olympiques dans toutes sortes de sports (été et hiver), mais en 1976 vous auriez probablement été incapable d’en nommer deux ou trois, tous sports confondus. Il aura seulement fallu qu’une toute petite adolescente roumaine se présente sur le plateau de gymnastique situé dans le vieux Forum de Montréal pour que vous deveniez « accros » des Jeux. Et depuis presque 40 ans, le même phénomène se reproduit tous les quatre ans (et maintenant tous les deux ans depuis qu’on a désynchronisé les Jeux d’été et les Jeux d’hiver). Vous vous retrouvez devant votre télé ou (dans un monde de nouvelles technologies) devant votre téléphone intelligent, votre ordinateur ou votre tablette, et vous voilà « accros » une fois de plus.

Regardez la vidéo suivante et cela vous rappellera les moments où vous avez été (très probablement) séduits pour la première fois de votre vie par les Jeux olympiques :

http://www.youtube.com/watch?v=Yi_5xbd5xdE&feature=player_embedded

Maintenant que j’ai ouvert la porte en parlant des coûts des Jeux dans le paragraphe précédent, autant continuer sur le sujet. Tous les commentaires disent que les Jeux de Sotchi sont extravagants parce qu’ils auraient entraîné des dépenses de 50 milliards $. Mais est-ce vraiment le coût des Jeux? Habituellement, quand un pays, ou une ville avec l’appui du gouvernement de son pays soumet sa candidature pour obtenir les Jeux, c’est que le pays (ou la région, ou la ville en question) souhaite profiter d’un tel événement, l’un des plus spectaculaires au monde, pour se doter d’installations et d’infrastructures. Ce ne sont pas les Jeux qui coûtent si cher, ce sont les installations et les infrastructures, ce qui sera laissé en héritage par les Jeux. Revenons un instant aux derniers Jeux d’hiver à Vancouver. Leur coût a été estimé à 7 milliards $. Mais qu’est-ce qu’on inclut dans cette somme? Entre autres, le coût pour refaire la route Vancouver-Whistler, une route sinueuse et extrêmement dangereuse qui causait des dizaines de morts accidentelles chaque année, qui a été remplacée par une autoroute moderne à travers les montagnes Rocheuses. Tout un défi à relever. Ceux qui ont déjà circulé sur l’ancienne route pour aller skier à Whistler, surtout après le coucher du soleil, se souviennent très bien des dangers encourus. Par ailleurs, le village olympique construit à Vancouver a permis de résoudre en grande partie les problèmes de logement du centre-ville. Le village des athlètes de Whistler a aussi servi à accroître le nombre de visiteurs dans la plus belle et la plus grande station de ski au Canada. Le Centre de conférence construit à Vancouver pour les Jeux est maintenant un atout majeur pour la ville. Et que dire du système de transport rapide qui a été réalisé pour relier l’aéroport international de Vancouver au centre-ville en quelques minutes à peine. Les Montréalais rêvent depuis longtemps d’une liaison de ce genre avec leur aéroport et devront un jour payer des centaines de millions, voire quelques milliards, pour en réaliser une. Les Jeux de Vancouver eux-mêmes ont-ils coûté 7 milliards $? Bien sûr que non. Les Jeux n’ont été qu’une occasion pour réaliser tous ces autres projets qui profitent maintenant, et pour longtemps encore, à Vancouver, à la Colombie-Britannique et d’une certaine façon à l’ensemble du Canada.

Et si on revenait à Montréal pour un instant. Le maire Drapeau avait dit que les Jeux s’autofinanceraient avec la loterie, la monnaie et les timbres olympiques. Le budget initial des Jeux de 1976 avait été estimé à 310 millions $, soit 250 millions $ pour les constructions et 60 millions $ pour l’organisation. Le Parc olympique à lui seul (le Stade, les piscines, le vélodrome, ainsi que la rénovation de l’aréna Maurice-Richard et du Centre Maisonneuve) aurait coûté presque 3 milliards $ selon les médias. Mais c’est bien loin de la vérité. Toutes les installations ensemble ont coûté aux environs d’un milliard de dollars, somme qui devait être payée par les programmes olympiques (loterie, monnaie et timbres). Ceux-ci ont rapporté plus de 550 millions $, soit presque le double des prévisions initiales. Le gouvernement du Québec, qui avait pris le contrôle du Parc olympique quelques mois avant les Jeux, a choisi d’imposer une taxe sur le tabac pour payer le déficit. Mais pendant des années et des années, le même gouvernement n’a versé qu’une infime partie de cette taxe sur la dette olympique. Il a plutôt utilisé les revenus de cette taxe dans son fonds consolidé pour ses opérations courantes (éducation, santé, etc.). Quand une personne achète une maison de 325 000 $ qu’elle souhaite payer à l’aide d’une hypothèque étalée sur 20 ans, sa maison lui aura probablement coûté dans les 700 à 750 000 dollars quand l’hypothèque aura été remboursée au complet. Cette personne dira-t-elle que sa maison lui a coûté 750 000 dollars ou bien 325 000? La réponse est évidente. Pourquoi le coût du Parc olympique serait-il estimé de façon différente tout simplement parce que le gouvernement du Québec préférait payer de l’intérêt sur le coût original plutôt que de rembourser la dette.

En Russie, où l’économie est dominée par la mafia et par la collusion (rien de nouveau sous le soleil pour ceux et celles qui suivent le déroulement de la Commission Charbonneau – la collusion a existé de tout temps dans presque tous les pays), on dit que les malversations à elles seules représentent plus de la moitié des 50 milliards. Une autre partie de ces 50 milliards a permis de renouveler ou accroître les infrastructures de la ville considérée comme la station balnéaire par excellence de l’Europe de l’Est. Le coût des Jeux à 50 milliards $, ça ne tient pas debout. Et à Montréal à l’époque des Jeux de 76, vous croyez peut-être qu’il n’y avait pas de collusion entre les firmes d’ingénieurs, les entrepreneurs, les syndicats, le crime organisé? Libre à chacun de penser ce qu’il voudra. Pour moi, le coût des Jeux (dans quelque ville ou pays que ce soit), tel que rapporté dans les médias, me laisse toujours un peu de doute par rapport à la réalité.

À la prochaine…

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