Que vaut une médaille olympique?

par Alain Guilbert

Les Jeux olympiques n’ont lieu qu’une seule fois aux quatre ans, ce qui explique pourquoi il est si difficile de gagner une médaille, particulièrement une médaille d’or… Il arrive souvent qu’un athlète domine facilement « son » sport à longueur d’année.

Je pense particulièrement à un ami de longue date, Nicolas Fontaine, qui pendant une dizaine d’années aura été le meilleur sauteur (aérialiste) au monde en ski acrobatique. Ce sport (le ski acrobatique) est apparu pour la première fois dans le programme olympique aux Jeux d’Albertville en 1992 à titre de « sport de démonstration ». C’est Lloyd Langlois, un athlète de Magog et surtout un « innovateur » en matière de sauts, qui avait obtenu la médaille d’or avec deux sauts considérés comme « époustouflants » à cette époque. Nicolas Fontaine, son élève et fidèle compagnon, avait terminé sur la 2e marche du podium. Mais comme le ski acrobatique n’était alors qu’un « sport de démonstration », ces médailles ne comptent pas dans les statistiques officielles des Jeux.

Les Jeux olympiques d’hiver suivants ont eu lieu à Lillehammer en 1992. Normalement, les Jeux olympiques étaient présentés tous les quatre ans. Les Jeux d’été dits modernes ont commencé en 1896 à Athènes et ont eu lieu, depuis, à tous les quatre ans… sauf en 1916 (durant la Première Guerre mondiale) et sauf en 1940 et 1944 (durant la Seconde Guerre mondiale). Les Jeux olympiques d’hiver, eux, ont fait leur apparition seulement en 1924… et eux aussi avaient lieu tous les quatre ans, sauf en 1940 et 1944 (durant la Seconde Guerre mondiale).

Quand les Jeux de Montréal ont eu lieu en 1976, la télévision avait d’une certaine façon pris le contrôle de l’événement. Pour les Jeux de 1976, le réseau américain ABC avait versé la somme « faramineuse » (du moins à cette époque) de 25 millions $ pour obtenir l’exclusivité de la télédiffusion aux États-Unis. C’était alors le plus important contrat de télévision de l’histoire. En incluant les droits versés par les pays européens et les autres, l’ensemble des droits atteignait environ 40 millions $. Aujourd’hui, tout le monde rit de ces sommes. Les Américains seuls versent plus d’un milliard pour les Jeux d’hiver… et bien plus encore pour les Jeux d’été.

Comme les Jeux d’été et les Jeux d’hiver avaient toujours lieu la même année jusqu’en 1992, c’est à cette époque les Américains ont fait pression sur le Comité international olympique pour briser le cycle des Jeux d’hiver et des Jeux d’été parce que c’était devenu trop exigeant pour les réseaux comme NBC ou ABC de payer les droits de télédiffusion pour les Jeux d’été et les Jeux d’hiver la même année.

Le CIO s’est soumis aux exigences des télévisions américaines… et c’est ainsi qu’après les Jeux d’hiver de 1992 à Albertville, il y a eu d’autres Jeux d’hiver à Lillehammer (Norvège) en 1994, deux ans après les précédents. Et depuis ce temps, les Jeux d’été ont lieu tous les quatre ans, comme toujours, de même que les Jeux d’hiver, mais dans un cycle différent.

J’en reviens donc à mon ami « Nico » Fontaine, qui après sa médaille d’argent des Jeux d’Albertville, médaille qui ne compte pas puisque son sport était en démonstration, s’amène à Lillehammer rempli de confiance pour s’emparer de la médaille d’or, surtout que son ami Lloyd Langlois a pris sa retraite. Mais les choses ne vont pas comme « Nico » le souhaitait; il termine en 4e place… juste en bas du podium… sans médaille. Bien sûr, il est déçu, mais il entend bien se reprendre lors des Jeux suivants à Nagano (Japon) en 1998; mais les choses ne vont pas mieux pour lui… cette fois, il termine 10e… bien, bien loin du podium, même s’il est considéré comme l’un des meilleurs au monde dans sa discipline. Mais Nico n’abandonne pas; il gagne la Coupe du monde (la somme de toutes les épreuves d’une année) pendant quatre années consécutives…. un exploit sans précédent et qui n’a pas été répété. Il est le meilleur au monde; ses résultats le prouvent hors de tout doute. Il arrive donc aux Jeux de Salt Lake City plein de confiance, sachant qu’il est tout près de son rêve, celui d’obtenir une médaille d’or aux Olympiques.

Mais, encore une fois, les choses ne se déroulent pas comme il le souhaitait… comme il l’avait rêvé… La pression, probablement, « Nico » ne se qualifie même pas pour les finales. Son bilan olympique? Médaille d’argent qui ne compte pas vraiment… puis 4e place… puis 10e place… puis exclus de la finale composée des 16 premiers lors des qualifications. Il ne progresse pas… il régresse… et malheureusement, l’heure de la retraite a sonné pour lui. Pourtant, il était le meilleur au monde – sans aucun doute entre les années 1998 et 2002 – et l’un des meilleurs au monde de 1992 à 1998. Pourquoi une médaille d’or olympique vaut-elle autant? Pas nécessairement en dollars… mais surtout en estime de soi… parce qu’elle est tellement difficile à obtenir.

Je vous parle du ski acrobatique parce que j’y ai été personnellement associé pendant plus de 10 ans. J’ai assisté à une douzaine d’épreuves de la Coupe du monde; j’ai assisté à des championnats du monde; j’ai assisté aux Jeux olympiques de Salt Lake City. Lorsque j’étais à Postes Canada, nous avons commandité l’équipe canadienne de ski acrobatique, mais aussi plusieurs athlètes, dont Nicolas Fontaine (bien sûr), Deidra Dionne (médaillée de bronze à Salt Lake City), Jennifer Heil (4e place à Salt Lake City – un tout petit dixième de point derrière la médaille de bronze – puis médaille d’or à Turin et enfin médaille d’argent à Vancouver); Jeff Bean, 4e place par « des poussières » à Salt Lake City… et d’autres. J’ai côtoyé les « bosseurs » de Jean-Luc Brassard jusqu’à Alexandre Bilodeau; ainsi que les « sauteurs » comme Nicolas Fontaine et tous ceux qui l’ont suivi jusqu’aux Jeux de Turin. J’ai côtoyé ces athlètes pendant des années; je me considérais comme « un ami » pour eux et je crois sincèrement qu’eux aussi me considéraient comme « un ami ».

Malgré toutes leurs performances en Coupe du monde, et même en Championnat du monde, les médailles olympiques ont été plutôt rares pour ces athlètes. Dans les « bosses », on peut nommer Jean-Luc Brassard, Jennifer Heil (deux fois) et Alexandre Bilodeau. Dans les « sauts », Veronica Brenner et Deidra Dionne. Ce n’est quand même pas beaucoup dans un sport où le Canada est considéré comme l’un des meilleurs au monde.

Quelle sera la performance canadienne cette année à Sotchi dans ces deux disciplines du ski acrobatique que sont les sauts et les bosses? (Depuis les Jeux de Vancouver, on y a ajouté la demi-lune et le ski cross avec lesquels je suis moins familier).

Dans les « bosses », Alexandre Bilodeau, médaillé d’or à Vancouver, et Michael Kingsbury, la grande vedette mondiale des deux dernières années, pourraient se retrouver tous deux sur le podium. Il s’agirait d’une première pour le Canada. Chez les femmes, le Journal de Montréal, dans un texte publié le 21 janvier dernier, parlait des trois sœurs Dufour-Lapointe et de leur rêve de se retrouver toutes les trois sur le podium. Bien sûr, c’est un rêve… mais selon moi, un « rêve impossible »… La seule de trois sœurs Dufour-Lapointe (Chloé, Justine et Maxime) que je vois sur le podium est Chloé, la plus jeune des trois.

Bien performer en Coupe du monde est une chose… bien performer aux Olympiques en est une autre. Demandez à Nicolas Fontaine ce qu’il en pense. Il faut rêver « grand » et « haut »… mais on dirait que les podiums olympiques sont plus petits… et plus hauts que tous les autres podiums du monde.

Voilà pourquoi une médaille olympique vaut tellement.

Les Canadiens excellent dans de nouveaux sports

par Alain Guilbert

Dans la note chapeautant le tout premier de mes commentaires au sujet des Jeux olympiques de Sotchi, j’écrivais que mes textes pourraient à l’occasion afficher un ton « baveux »… ce qui ne s’est pas encore produit jusqu’à maintenant. Mais un vieil ami m’a rappelé un incident survenu il y a plus de 37 ans où ce n’était pas moi qui avais été « baveux », mais bien lui. Bien sûr, en racontant cette aventure, je serai bien loin des Jeux de Sotchi… mais je vous promets que cela ne se produira pas très souvent.

Le souvenir de cet incident est tellement présent dans ma mémoire que je peux m’empêcher de vous le raconter…

C’était pendant les Jeux olympiques de Montréal (en 1976) alors que je remplissais le rôle de chef de presse adjoint. Ayant acheté des billets un an avant les Jeux, j’ai pu inviter plusieurs membres de ma famille aux cérémonies d’ouverture et de clôture… J’ai aussi invité un ami et voisin de Sherbrooke, Robert « Bob » Martimbault, à une soirée de natation à la piscine olympique alors qu’on y disputait de nombreuses finales et que les gradins étaient remplis au maximum de sa capacité.

Profitant d’un moment de relâche en cours de soirée, j’ai quitté mon poste dans le Centre de presse pour aller rejoindre mon ami « Bob » pour quelques minutes. Nous en avons profité pour visiter ce spectaculaire édifice situé sous la tour du Stade et aussi faire une « pause pipi ». En sortant des toilettes, nous (Bob et moi) sommes arrivés face à face avec un spectateur qui était « déguisé en drapeau américain ». En effet, tous les vêtements qu’il portait, soit « tee-shirt », « shorts », casquette, bas, souliers de toile, foulard au cou, sac de style « pack-sack »… tous sans exception affichaient un ou des drapeaux américains. Je n’en avais jamais tant vu sur une seule personne!

Toutes les personnes qui croisaient ce visiteur se tournaient pour s’assurer qu’elles ne rêvaient pas. Bob, lui, s’est arrêté en plein devant le gars et d’un ton pour le moins sarcastique, il lui a demandé dans son anglais avec le pur accent de Drummondville (sa ville natale) : « YOU… AMERICAN? » Tous ceux et celles qui l’ont entendu ont éclaté de rire… Après toutes ces années, j’en ris encore… et cet incident je l’ai certainement raconté 100 fois plutôt qu’une… merci, « Bob », de m’avoir rappelé que toi aussi tu pouvais être « baveux » à l’occasion!

Pour revenir aux Jeux de Sotchi, rappelons-nous que le Comité olympique canadien et son président Marcel A. (qui incidemment achève son mandat) ont prédit une fois de plus que l’équipe canadienne remporterait le plus grand nombre de médailles de son histoire. Vous vous souviendrez que le Canada avait remporté 26 médailles à Vancouver, dont 14 d’or. Ce total était quasi inespéré. Les athlètes sont certainement mieux entraînés et mieux préparés qu’autrefois, mais examinons les résultats canadiens lors des plus récents Jeux olympiques d’hiver pour constater notre progression.

Jeux                        Or  Argent  Bronze  Total

Calgary 1988                 0         2         3             5
Albertville 1992            2         3         2              7
Lillehammer 1994        3         6         4            13
Nagano 1998                 6          5         4            15
Salt Lake City 2002     7          3         7            17
Turin 2006                    7        10         7            24
Vancouver 2010         14           7         5           26

Comment expliquer cette incroyable progression depuis Calgary soit un quart de siècle à peine? Nous sommes passés de cinq médailles à 26, un gain de plus de 500 %.

Comme je l’ai dit précédemment, les athlètes sont mieux entraînés et préparés qu’autrefois. Mais il y une autre explication dont on ne parle pas très souvent… c’est l’ajout de disciplines dans lesquelles peu de pays participent et dans lesquelles les Canadiens excellent.

Par exemple, lors des Jeux de Calgary, il n’y avait que deux épreuves de ski acrobatique (les bosses et les sauts) pour les hommes et les deux mêmes pour les femmes. Aujourd’hui le ski acrobatique compte au moins quatre épreuves pour les hommes (les bosses, les sauts, la demi-lune et le ski cross) et autant pour les femmes. En conséquence, le nombre de médailles est doublé. Et à Calgary, il n’y avait pas d’épreuves de planche à neige (snowboarding). Aujourd’hui, il y en a au moins trois pour les hommes (demi-lune, obstacles et snow-cross) et autant pour les femmes), ce qui représente 18 médailles supplémentaires à gagner. Autre exemple, à Calgary, le patinage de vitesse courte piste en était à sa première présence à titre de sport de démonstration… ce qui signifie que les médailles gagnées à Calgary ne sont pas incluses dans les résultats puisqu’il ne s’agissait pas d’un sport officiel… ce qu’il est devenu par la suite. Les épreuves y sont nombreuses, 500 mètres, 1000 mètres, 1500 mètres, 5000 mètres, 10 000 mètres (hommes seulement) ainsi que plusieurs relais. Des dizaines de médailles à gagner pour les hommes et les femmes… et les pays qui se les partagent ne sont pas très nombreux (Canada, Corée, Chine, Japon, États-Unis… et pas beaucoup d’autres.

Au hockey, sans doute le sport le plus prestigieux pour la majorité des Canadiens, il n’y qu’une seule médaille possible pour les hommes et une autre pour les femmes. Même chose pour le curling. Mais dans le patinage, si on additionne les épreuves courte piste avec les épreuves longue piste, il y a plus de 50 médailles à gagner.

Voilà qui explique en grande partie la progression des médailles gagnées par le Canada au cours des années : l’arrivée de nouveaux sports et de nouvelles épreuves… dans lesquelles le Canada doit absolument se distinguer pour bien paraître au classement des médailles.

Pour un, je crois qu’il sera impossible au Canada d’améliorer ses résultats de 2010.

À la prochaine…