Les Jeux avant les Jeux

par Alain Guilbert

Donc, les Jeux olympiques d’hiver de Sotchi 2014 commencent demain (vendredi) avec la cérémonie d’ouverture.

Mais, non… les Jeux ont commencé aujourd’hui. J’en connais plusieurs qui sont mêlés quand je leur ai dit que les Jeux commençaient avant les Jeux.

Mais comment les Jeux peuvent-ils commencer avant les Jeux? Tout simplement parce qu’à force d’ajouter des sports ou des épreuves à l’intérieur des sports, on manque de temps pour tout faire dans les 17 jours traditionnels des Jeux les plus récents.

Pour arriver à tout présenter à l’intérieur des 17 jours traditionnels – d’un vendredi, jour de la cérémonie d’ouverture, jusqu’au dimanche, 17 jours plus tard –, il a fallu cette année céduler des épreuves de qualification le jeudi avant que les Jeux ne commencent « officiellement ».

Mais ces épreuves font partie des Jeux… ce qui veut dire que les Jeux ont officiellement commencé aujourd’hui. Vous ne comprenez pas? Moi, non plus; mais c’est comme cela.

Donc, premières épreuves ce matin en ski « slopestyle »… c’est l’épreuve de descente à travers des obstacles en planche à neige. Deux Québécois ont assez bien fait pour passer directement en finale qui aura lieu samedi, ainsi qu’une autre Canadienne chez les filles. Épreuves de qualification également pour les filles en ski acrobatique, épreuve de bosses… Quasi incroyable : mais les trois sœurs Dufour-Lapointe, Chloé, Justine et Maxime, sont passées directement en finale, de même qu’Audrey Robichaud, la seule autre Canadienne en bosses dans le groupe des filles. Mais surveillez bien l’Américaine Hannah Kerney lors de la finale de cette discipline. La médaille d’or devrait se jouer entre l’Américaine Kerney et la plus jeune des trois sœurs Dufour-Lapointe, Chloé. À Turin, c’est la Canadienne Jennifer Heil (ma préférée) qui avait remporté l’or, mais à Vancouver Jennifer s’est fait coiffer au fil par Hannah Kerney et a dû se contenter de la médaille d’argent. À voir absolument!

Donc, les Jeux ne sont pas commencés… mais oui, ils sont déjà commencés… et le Canada est en ligne pour quelques médailles. Attendons un peu avant de trop nous réjouir; la pression va aller en montant sur les épaules de tous nos athlètes, mais le Canada devrait quand même s’emparer de quelques médailles.

Pour ceux qui ne savent pas trop à quelle heure ont lieu les principaux événements des Jeux de Sotchi… ne retenez qu’une seule chose : il y a 9 heures de décalage entre Ottawa et Montréal d’une part, et Sotchi d’autre part. Quand il est midi à Ottawa ou à Montréal, il est 9 heures du soir (21 heures) à Sotchi. Ainsi, si la cérémonie officielle d’ouverture débute demain soir à 8 heures du soir (20 heures) à Sotchi, il sera 11 heures de l’avant-midi à Ottawa et Montréal. Si vous voulez voir la finale de hockey pour la médaille d’or entre le Canada et les Russes à la fin des Jeux, informez-vous de l’heure du match si vous voulez vraiment le voir en direct. N’oubliez pas que la médaille d’or en hockey est de loin la plus importante de toutes, tant pour les Russes (qui sont les hôtes de l’événement) que les Canadiens (qui ont été les hôtes des Jeux précédents). Que les Russes ou les Canadiens finissent en tête du classement des médailles (médailles d’or seulement… ou toutes les médailles ensemble… peu importe), cela n’aura aucune importance si la médaille d’or en hockey ne fait pas partie de leur récolte.

Petite surprise en vue, attendez-vous que ça parle passablement en français demain pendant la cérémonie d’ouverture. Pourquoi? Tout simplement parce que les deux langues officielles du Comité international olympique sont le français et l’anglais. Pourquoi le français est-il l’une des deux langues officielles des Jeux? Parce que le fondateur des Jeux olympiques modernes, Pierre de Coubertin, avait le français comme langue principale et aussi parce qu’à la fin du XIXe siècle et au début du XXe, le français était la langue officielle de plusieurs fédérations internationales.

Ainsi quand les Jeux d’été ont eu lieu à Montréal en 1976, toutes les communications ont été produites en français et en anglais… non pas parce qu’il s’agissait des deux langues officielles du Canada, mais bien des deux langues officielles du Comité international olympique.

En Russie, tout sera présenté en français, en anglais et, bien sûr, en Russe, puisqu’il s’agit de la langue officielle du pays hôte. Aux Jeux de Beijing en 2008, tout était présenté en français, en anglais et en chinois, la langue nationale du pays. Donc, le français et l’anglais… ainsi que la langue officielle du pays hôte lorsque cette langue n’est ni le français ni l’anglais.

À une époque pas tellement lointaine, il y avait deux langues officielles au Comité international olympique ainsi que trois langues « officieuses », le russe, l’allemand et l’espagnol. Lors des Jeux de Munich en 1972, les Allemands ont relevé le défi de tout produire en cinq langues. Ils auraient pu se contenter des deux langues officielles (français et anglais) ainsi que de leur langue nationale (allemand), mais, en acceptant d’utiliser aussi le russe (c’était l’époque de la guerre froide entre les Américains et les Russes), ils devaient aussi inclure l’espagnol… c’était les deux langues officielles… ou les trois langues officieuses en plus. Aujourd’hui, les pays qui n’ont pas le français et l’anglais comme langues officielles se contentent d’ajouter leur langue nationale aux deux « officielles ».

C’est à Vancouver, l’un des rares pays au monde qui a pour langues officielles les deux mêmes que le CIO, où le français a été le plus négligé… particulièrement lors de la cérémonie d’ouverture.

Si les dirigeants des Jeux de Vancouver regardent la cérémonie d’ouverture des Jeux de Sotchi, ils recevront très probablement une grande leçon de savoir-vivre! J’espère personnellement que Jacques Gauthier, celui qui avait comme mandat d’assurer la présence et le respect du français aux Jeux de Vancouver, aura les yeux et les oreilles tous grands ouverts demain!

À demain… après la cérémonie d’ouverture…

Les pires moments avant les Jeux

par Alain Guilbert

Au moment de publier ces lignes, il reste moins de 24 heures avant l’ouverture officielle des Jeux olympiques de Sotchi en Russie.

Pour le comité organisateur de ces Jeux (Cojo) que les Russes ont obtenu il y a sept ans, ce sont les pires heures de leur mandat.

Pourquoi? Tout simplement parce que tous les journalistes qui assureront la « couverture » de ces Jeux sont déjà arrivés sur place… Et il ne se passe rien… RIEN du tout. Les compétitions ne débutent qu’après la cérémonie d’ouverture. Mais puisque les médias dépensent des sommes faramineuses pour avoir des journalistes sur place, ceux-ci doivent remplir des pages et des pages de journaux, des heures et des heures de radio et de télévision. Mais il ne se passe rien… Tout le monde est occupé à finaliser les derniers détails de l’organisation.

Alors les journalistes cherchent des « bibittes » dans l’organisation, dans les lieux de compétition ou même d’entraînement, dans les services, dans les transports, dans les logements, dans l’hébergement, dans la nourriture, dans la météo, etc. Il y a également tous ces journalistes qui en sont à leurs premiers Jeux et qui ne connaissent rien à un événement du genre. Tous les journalistes qui veulent être accrédités aux Jeux doivent avoir soumis leur candidature au moins une année complète avant le début des Jeux et avoir obtenu une recommandation du Comité olympique de leur pays.

Comme vous le savez, nombreux sont les journalistes qui n’ont pas le sens de l’organisation et qui se retrouvent dans la ville hôte des Jeux deux ou trois jours avant la cérémonie d’ouverture sans avoir rempli quelque formulaire que ce soit avant leur arrivée.

Je me souviens que, la veille de l’ouverture des Jeux de Montréal en 1976, je m’étais retrouvé face à face avec trois « Mongols ». Il s’agissait des premiers « vrais » Mongols que je rencontrais de toute ma vie… eh oui, ils étaient originaires de la Mongolie. Ils se présentent tous trois au centre de presse principal et demandent « leur » accréditation ainsi qu’une position de caméra dans le Stade olympique pour la cérémonie d’ouverture. Les seules positions de caméra dans le Stade olympique étaient réservées exclusivement au télédiffuseur américain (ABC) qui avait payé une « fortune » à l’époque pour les droits de diffusion, et au diffuseur hôte (ORTO – Organisation de la radiotélévision olympique) qui devait fournir les images et le son au monde entier, sauf les É.-U..

Bien sûr, mes nouveaux « amis mongols » n’avaient jamais soumis de demande d’accréditation… ils n’avaient aucune recommandation de la part de leur Comité olympique national (et « by the way », il n’y avait aucun athlète de leur pays qualifié pour les Jeux). Je leur demande quand même de quelle sorte d’équipement technique ils disposent. L’un des trois me répond avec un grand sourire qu’ils ont une caméra 8 mm et il me la montre fièrement (c’est le genre d’appareil qui à l’époque se vendait environ 19,95 $ dans n’importe quelle boutique de caméras). Je ne peux m’empêcher de sourire… Mais ils sont sympathiques… et je leur remets finalement à tous trois une « carte officielle » qui leur donne accès au centre de presse. Ils ne seront pas admis dans le Stade avec cette carte (ni dans aucun autre lieu de compétition), mais ils pourront aller à l’endroit où la plupart des journalistes travaillent et là où il y plein d’écrans de télévision et là où on peut suivre les événements qui se dérouleront plus tard dans chaque lieu de compétition. Mes trois « Mongols » sont bien heureux… et ils me gratifieront de leur plus beau sourire chaque fois que je les verrai dans le centre de presse dans les jours suivants; mais ils m’ont fait perdre plus de deux heures dans une journée où j’avais encore mille tâches (eh oui, j’exagère un peu!) à compléter.

Ce jour-là, j’ai aussi eu à négocier avec plusieurs journalistes allemands qui avaient mille questions à poser sur le financement des Jeux de Montréal, sur le coût des constructions et de l’organisation, sur la sécurité. Ces journalistes ne pouvaient pas se faire à l’idée que Montréal pourrait faire mieux qu’à Munich où avaient eu lieu les Jeux précédents et où la délégation israélienne avait été victime d’un attentat terroriste; ce qui a obligé tous les comités organisateurs suivants à des déployer des centaines de millions de dollars pour des opérations de sécurité plus impressionnantes les unes que les autres.

Heureusement, quand les compétitions commenceront vraiment samedi, tous les journalistes qui sont à Sotchi se disperseront dans les différents lieux de compétition et pourront remplir les pages de leurs journaux de même que les heures de diffusion de leurs réseaux de radio ou de télévision avec les exploits des athlètes – après tout, ce sont eux (les athlètes) qui sont les vraies vedettes de ces Jeux.

Petit test de connaissances au sujet des Jeux

Incidemment, savez-vous où ont eu lieu les Jeux olympiques d’hiver avant ceux de Sotchi?

Si les Jeux d’été modernes ont commencé à Athènes en 1896, les Jeux d’hiver, eux, ont commencé seulement en 1924 à Chamonix (dans les Alpes françaises).

Voici d’ailleurs tous les endroits où les Jeux d’hiver ont été tenus :

1924 – Chamonix (France)
1928 – St Moritz (Suisse)
1932 – Lake Placid (États-Unis)
1936 – Garmisch-Partenkirden (Allemagne)
1940 – Sapporo (Japon) – ces Jeux n’ont pas lieu à cause de la Seconde Guerre mondiale
1944 – Cortina d’Ampezzo (Italie) – ces Jeux n’ont pas lieu à cause de la Seconde Guerre mondiale
1948 – St Moritz (Suisse)
1952 – Oslo (Norvège)
1956 – Cortina d’Ampezzo (Italie)
1960 – Squaw Valley (États-Unis)
1964 – Innsbruck (Autriche)
1968 – Grenoble (France)
1972 – Sapporo (Japon)
1976 – Innsbruck (Autriche)
1980 – Lake Placid (États-Unis)
1984 – Sarajevo (Yougoslavie)
1988 – Calgary (Canada)
1992 – Albertville (France)
1994 – Lillehammer (Norvège)
1998 – Nagano (Japon)
2002 – Salt Lake City (États-Unis)
2006 – Turin (Italie)
2010 – Vancouver (Canada)
2014 – Sotchi (Russie)
2018 – Pyeongchang (Corée) – à venir

Comme vous le constatez, trois de ces villes (ou régions) ont organisé les Jeux d’hiver à deux reprises. Il s’agit de Lake Placid, Innsbruck et St Moritz.

Pour les Jeux d’été, une seule ville les a organisés trois fois… il s’agit de Londres (Grande-Bretagne); Athènes, Paris et Los Angeles les ont organisés deux fois chacune; et Tokyo en sera à sa 2e fois aussi leurs des Jeux d’été 2020.

Les pays qui ont organisé les Jeux le plus souvent sont les États-Unis avec huit fois… soit quatre fois les Jeux d’été et quatre fois les Jeux d’hiver.

Le Canada a organisé trois fois les Jeux, soit les Jeux d’été 1976 à Montréal ainsi que les Jeux d’hiver à Calgary (1998) et Vancouver (2010).

Quant aux continents qui ont accueilli le plus souvent les Jeux, c’est bien sûr l’Europe qui vient en tête de liste avec 30 fois (16 fois les Jeux d’été et 14 fois les Jeux d’hiver)

L’Amérique du Nord vient en 2e place avec 12 fois (soit six fois les Jeux d’été et six fois les Jeux d’hiver).

Petite astuce : Comment l’Amérique du Nord a-t-elle pu organiser les Jeux d’été six fois, si les États-Unis l’ont fait quatre fois et le Canada une fois (comme mentionné précédemment)? Pour la bonne et simple raison qu’il y a aussi eu des Jeux d’été à Mexico en 1968 (et que Mexico fait partie de l’Amérique du Nord). Les Jeux de Rio de Janeiro en 2016 seront disputés en Amérique du Sud pour la première fois de l’histoire.

À la prochaine…