Les Jeux de « Sotchi »… ou les Jeux de « S…Oshie »?

par Alain Guilbert

Quel match de hockey! Sans doute l’un des meilleurs de toute l’histoire olympique. Ce match disputé aujourd’hui entre la Russie et les États-Unis m’a rappelé le célèbre match entre l’Union soviétique et les États-Unis lors des Jeux de Lake Placid en 1980, match remporté par une bande d’amateurs américains, match qui a par la suite été considéré comme le plus grand événement sportif du XXe siècle par le grand magazine Sports Illustrated.

Bien sûr, la page de la guerre froide entre l’URSS et les É.-U. a été tournée depuis bien longtemps. L’URSS n’existe plus. Son noyau principal est redevenu la Russie. Une dizaine de « républiques socialistes soviétiques » qui étaient alors regroupées au sein de l’URSS sont devenues des pays indépendants. Mais la rivalité sportive demeure. La plupart des meilleurs joueurs russes évoluent dans la Ligue nationale pour différentes équipes; par exemple, Datsyuk à Détroit, Ovechkin à Washington, Malkin à Pittsburgh, Markov à Montréal. Mais pour les Jeux, tous ces joueurs se retrouvent dans la même équipe, celle de leur pays, incluant aussi quelques excellents joueurs qui évoluent dans la Ligue nationale de Russie.

Du côté des États-Unis, c’est un peu la même chose; on forme une équipe avec les meilleurs joueurs américains qui proviennent d’un peu partout dans la Ligue nationale. T.J. Oshie aura été l’un des derniers choix de l’équipe américaine. Il évolue pour les Blues de St-Louis. La seule raison pour laquelle il a été choisi dans l’équipe américaine, c’est son aptitude à compter des buts lors des tirs de barrage (« shootouts ») – il en a déjà réussi sept cette saison.

Quand le temps réglementaire du match époustouflant USA-Russie a pris fin, le compte était de 2 à 2. Une période supplémentaire de cinq minutes n’a pu départager les deux équipes. On est donc passé aux tirs de barrage. Le premier joueur américain choisi pour tenter de briser l’égalité a été (devinez qui?) T.J. Oshie, et (devinez quoi) il a compté. Il aura fallu attendre l’essai d’Ilya Kovalchuck, le 3e tireur russe, pour égaler la marque encore une fois. Bilan : un but de chaque côté en tirs de barrage, donc il faut poursuivre les tirs de barrage.

Mais après les trois premiers tirs, si le compte est encore égal, les règles olympiques permettent aux équipes de réutiliser les joueurs de leur choix pour poursuivre les tirs de barrage, même s’ils ont déjà tenté leur chance auparavant. L’instructeur américain Dan Bylsma (qui, incidemment, est l’instructeur des Pingouins de Pittsburgh) a décidé de choisir à nouveau T.S. Oshie pour le 4e tir de barrage de son équipe. But… pas de but… et finalement il a fallu huit tirs de barrage de chaque côté pour briser l’égalité. À chaque nouveau tir de barrage pour les Américains, Bylsma a choisi Oshie… pour le 4e, pour le 5e, pour le 6e, pour le 7e, et aussi pour le 8e. Oshie a donc eu six occasions de compter, et croyez-le ou non, il a réussi l’exploit quatre fois au total… et finalement donné la victoire à son équipe. Jamais on n’aurait pu espérer un scénario aussi spectaculaire, aussi dramatique. L’instructeur russe, de son côté, n’a utilisé que deux joueurs pour les tirs additionnels, soit Datsyuk et Kovalchuk, qui lui aussi a compté à plusieurs reprises, mais une fois de moins que le joueur américain – ce qui a fait toute la différence.

Une fin de match extrêmement dramatique comme on n’en avait pas vu depuis longtemps. Cette stratégie aura été un véritable coup de dés de la part de l’instructeur Bylsma, celle de faire appel à Oshie six fois (sur huit tentatives). Je n’ose imaginer les critiques qui auraient été dirigées à son endroit si sa stratégie n’avait pas fonctionné. Mais heureusement pour lui, elle a tourné à son avantage.

Tout simplement fantastique!

En bref…

Avez-vous noté qu’on parle de moins en moins de la domination des Québécois. Si les Québécois ont accroché plusieurs médailles autour de leur cou au début des Jeux (je pense aux sœurs Dufour-Lapointe, à Alex Bilodeau, à Mikaël Kingsbury, à Charles Hamelin) et que plusieurs commentateurs se laissaient aller à dire que le Québec n’avait pas besoin du Canada pour se classer avantageusement aux Jeux olympiques, depuis quelques jours le vent semble en train de tourner… et plusieurs de nos « espoirs québécois » sont, à mon avis, en train de s’écraser. Je pense à Alex Harvey (en ski de fond); bien sûr, ce n’est pas sa faute (!), mais la faute de ceux qui ont choisi la mauvaise cire pour ses skis. (?) Je pense aux chutes des frères Hamelin, l’un dans le relais 1500 mètres et l’autre dans le 1000 mètres; je pense aux piètres performances de Marianne St-Gelais et des autres filles en patinage de vitesse courte piste; ces patineurs et patineuses sont excellents sur le « bla-bla-bla-bla », mais les médailles se font plutôt rares dans un sport où la compétition n’est pas tellement forte après tout. Une patineuse comme Marie-Ève Drolet (une fort gentille personne) s’était retrouvée en finale B (une course sans médaille) il y a 12 ans (oui, vous avez bien lu, il y a 12 ans!). Elle a alors pris sa retraite, puis est revenue à « son » sport 12 ans plus tard, et elle s’est encore une fois arrêtée à la finale B (celle qui ne donne pas de médaille). Ce qui prouve que ce sport n’a guère évolué. Comment pouviez-vous être l’une des meilleures au monde en 2002 et l’être encore en 2014 (à moins d’être un cavalier aux sports équestres ou un archer au tir à l’arc)? Vous vous souviendrez peut-être du commentaire de Ronald King (La Presse) qui écrivait en décembre dernier, en parlant du patinage de vitesse courte piste : « Vous n’avez qu’à attendre que les deux petits Coréens s’enfargent et vous passez au podium comme dans du beurre! » Mais ce ne sont pas les deux petits Coréens qui se sont enfargés ces jours-ci, mais plutôt les deux petits Canadiens! Savoir performer quand ça compte, c’est là la clé du succès dans le sport. Les deux médailles de Denny Morrison en patinage de vitesse sur longue piste sont tout à fait extraordinaires (argent au 1000 mètres et bronze au 1500 mètres). Incidemment, Morrison n’a pas eu besoin que son coéquipier Gilmore Junio lui cède sa place dans cette épreuve. Les deux médailles d’argent de Patrick Chan au patinage artistique par équipe et individuel sont tout simplement fabuleuses. Je ne croyais pas avant les Jeux que le Canada pouvait surpasser sa performance de Vancouver, soit 26 médailles au total dont 14 d’or – et il me semble bien que cet objectif ne sera pas atteint.

Dans mes commentaires diffusés hier, je commentais les différentes politiques visant à favoriser le sport d’élite par rapport au « sport » de masse… ou vice versa. Mélanie Turgeon, l’une de nos meilleures skieuses, soutient que l’élite attire la masse « à cause de la puissance de l’inspiration ». Combien de skieurs acrobatiques ont été inspirés par Jean-Luc Brossard; combien de patineurs de vitesse (courte et longue piste) l’ont été par Gaétan Boucher; combien d’Alex Harvey (et autres skieurs de fond) ont été inspirés par Pierre Harvey (le père d’Alex). Je me souviens d’un programme qui avait été institué au début des années 1970 et qui s’appelait Québec 76; ce programme avait pour objectif que les athlètes québécois forment 30 % de la délégation canadienne aux Jeux d’été de Montréal en 1976. Aux Jeux précédents, à Munich, ils n’étaient que 20 %. L’objectif pour 1976 était ambitieux et n’avait finalement pas été atteint. Cette année, aux Jeux de Sotchi, les athlètes québécois représentent 40 % de la délégation canadienne. C’est un immense chemin parcouru au cours des années, grâce à ceux et celles qui ont ouvert la voie. Mais de là à se prétendre « plus fort que le reste du Canada », c’est un pas que je n’oserais pas franchir.

Le Canada n’a pas gagné une seule médaille olympique en ski alpin depuis 20 ans. La série « non gagnante » risque de se poursuivre pour, encore quatre autres années.

Vous avez sans doute (tout comme moi) remarqué la vasque de la flamme olympique aux Jeux de Sotchi. Cette structure ressemble étrangement à la tour du Stade olympique de Montréal. Je me demande s’il n’y a pas un peu de Roger Taillibert dans ce « design ».

À la prochaine…

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s