Une boîte à chansons à Hawkesbury

Fallait le faire dans une ville comme Hawkesbury à l’époque. Ainsi, Le Carillon du 4 août 1966 annonce que la Société St-Jean-Baptiste de Hawkesbury, qui venait de ressusciter, annonce son projet de boîte à chansons.

La Légion canadienne offre sa salle gratuitement. Ce qui était extraordinaire étant donné que de nombreux légionnaires étaient des vétérans anglophones, mais très francophiles. J’ai eu le bonheur d’en connaître de nombreux et de rédiger des textes sur eux chaque année à l’occasion du jour du Souvenir. Marcel Gélineau, le président de la Légion, et Roger Côté, le gérant de la salle, avaient manifesté un appui inconditionnel à ce projet.

L’article explique que « la boîte à chansons est ouverte aux jeunes de 16 ans en montant et les adultes sont plus que bienvenus. La tenue est semi-formelle, soit le col et la cravate pour les garçons et les robes ou les jupes pour les filles. » Signe des temps. C’était une initiative du comité jeunesse de la SSJB, dont le président était Michel Charbonneau (un futur avocat et juge de la Cour provinciale). J’étais le codirecteur-gérant de cette boîte avec mon ami Jean-Marc Portelance, dont j’ai perdu trace avec les années.

Plus de 80 personnes assistent à la soirée d’ouverture de la boîte à chansons « Au petit bonheur », le nom qui avait été proposé dans le cadre d’un concours. Le premier soir avait dépassé les espérances, mais ça ne devait pas durer. Hawkesbury n’avait pas la démographie étudiante type pour ce genre de « bistro » qui était populaire à Ottawa et ailleurs. Dès l’édition du 22 septembre, un entrefilet déplore l’absence du public aux représentations de la boîte à chansons. Déclaration : « Nous essayons d’organiser des loisirs pour la population de Hawkesbury et ils ne montrent même pas leur intérêt. Nous continuerons tout de même toutes les semaines. »

Des musiciens et des orchestres locaux, que nous connaissions par leurs prestations dans les bars-hôtels de l’autre côté du pont (Paul Duplantie, Vincent Caron, Scotty Golden), jouent pour rien tellement ils croyaient en ce projet. J’avais invité quelques anciens du séminaire, artistes à leurs heures, à venir présenter leur spectacle. Mais le public n’avait pas voulu d’une telle boîte. Elle fermait ses portes après quelques mois.

La Société Saint-Jean-Baptiste, dont ma future femme était secrétaire du comité, ne pouvait appuyer financièrement une telle initiative sans qu’elle ne fasse ses frais.

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Dans cette même édition du 4 août 1966, une manchette annonce qu’un parc provincial sera aménagé à l’est de Chute-à-Blondeau. Ce projet amènerait la construction d’une route reliant l’est de ce village à la route transcanadienne. Tout est bien qui finit bien pour cette saga du village fantôme (blogue précédent).