On peut faire gras les vendredis

Un article plutôt inhabituel en page 3 de l’édition du 20 octobre 1966 du journal Le Carillon et intitulé « On peut faire gras le vendredi ». Le titre à lui seul aura peu de signification pour toute une génération sinon deux. Je le reproduis tel quel, parce que c’est drôle avec le passage du temps :

« Les évêques du pays, réunis en conférence plénière à Ottawa, ont annoncé vendredi dernier le 14 octobre que dorénavant tous les catholiques du Canada pourront ‘faire gras’ le vendredi. La nouvelle loi est entrée en vigueur à 5 heures vendredi après-midi.

Les évêques tiennent à souligner que la pénitence demeure une exigence importante de la vie chrétienne, mais que la manière de satisfaire cette exigence est laissée à la discrétion des fidèles. Les évêques insistent également sur le fait que la nouvelle législation, qui s’adresse principalement aux adultes, rappelle aux parents et aux éducateurs le devoir d’initier graduellement les enfants à la pratique de la pénitence. »

C’est le genre de texte qui démontre jusqu’à quel point notre société a changé. Le texte fait référence à « la loi », comme si on pouvait finir en prison pour ne pas respecter ces édits religieux. L’article est de 1966… deux ans avant la Révolution tranquille.

* * *

Dans l’édition du 29 septembre 1966, trois pages de publicité faisaient la promotion des cours de préparation au mariage. Parmi les titres des conférences hebdomadaires : « Notre amour », « Nos psychologies », « Notre corps », « Administration du foyer », « Lois et fêtes de la société civile », « Lois et liturgie de l’Église », « Chasteté conjugale », « Fécondité des chrétiens mariés », « Vocation et mission du foyer ». Rien bien sûr sur l’après-divorce!

L’année suivante, Louise et moi avions obligatoirement suivi ces cours de préparation de mariage. À la fin des séances, les responsables nous avaient demandé notre opinion. Et quand on me demande mon opinion, je la donne… parfois malheureusement. J’avais commenté que ces cours auraient intérêt à intégrer un couple de fiancés. Vous me voyez venir! Au printemps de 1968, avant notre mariage d’août, une certaine Louise et un certain Jean-Maurice se retrouvaient parmi le groupe des « couples » responsables. Une fois mariés, nous avons continué et quand notre petite fille s’est mise à grandir, nous avons abandonné. Nous avons repris plusieurs années plus tard, mais la nouvelle génération de futurs mariés n’était pas la même que ces premières années. C’était le temps de laisser le flambeau à d’autres.

* * *

Autre signe du temps dans Le Carillon du 3 novembre 1966. « La grève de la Dominion Ayers est terminée ». Cette grève, à Lachute, durait depuis très longtemps et des gens de Hawkesbury y travaillaient. Quelque 93 p. cent des 250 syndiqués de cette division du bois d’Ayers acceptent l’offre patronale. « Le nouveau contrat donne une augmentation de 40 p. cent chez les hommes et de 45 p. cent chez les femmes. » Nous sommes loin de l’équité en matière d’emploi : « Les revenus de base seront de 1,26 $ pour les hommes et de 1,13 $ pour les femmes. » C’est un taux horaire il va sans dire. Dominion Ayers a éventuellement fermé ses portes.