Les villes où j’ai vécu : Ste-Geneviève de Pierrefonds

(Depuis sa naissance, Alain a habité dans une dizaine de villes différentes, dont certaines à plus d’une reprise. Bien sûr, ses souvenirs et ses impressions de chacun de ces endroits sont relatives à l’âge qu’il avait à l’époque et aux activités auxquelles il s’était livré…ainsi que des souvenirs qu’il en a gardés. Voici donc le troisième article de cette série. Vous les retrouverez dans l’onglet « Les villes où j’ai vécu » sous les «Grands thèmes » de mon blogue. Bonne lecture.)

par Alain Guilbert

Après avoir obtenu mon baccalauréat ès arts en mai 1958 au Séminaire de St-Hyacinthe, il fallait bien choisir une vocation. Pendant un grand moment, à cette période, et particulièrement à la suite d’une retraite fermée de trois jours vers la fin de ma dernière année d’études classiques, j’ai sincèrement cru être appelé à devenir prêtre. Après avoir longuement hésité entre le Grand Séminaire de St-Hyacinthe, où on formait les prêtres séculiers, j’ai finalement opté pour la Congrégation de Sainte-Croix, une communauté « moderne » (fondée au XIXesiècle), qui était à l’origine de la célèbre université Notre-Dame dans l’Indiana (États-Unis) et aussi très bien reconnue au Québec pour son Collège Sainte-Croix, rue Sherbrooke Est à Montréal, son collège St-Laurent, à ville St-Laurent, l’un des meilleurs au pays, et aussi son œuvre de l’Oratoire St-Joseph. La différence entre devenir un prêtre séculier et un père de Sainte-Croix, c’est qu’il fallait faire une année de noviciat avant d’entreprendre quatre années d’études théologiques.

C’est ainsi qu’un bon jour du mois d’août 1958, à peine âgé de 18 ans, je me suis retrouvé à Ste-Geneviève de Pierrefonds, une municipalité située dans la banlieue ouest de Montréal dont j’ignorais même l’existence, mais où se trouvaient regroupés le noviciat et le scolasticat de la Congrégation de Sainte-Croix. Le monastère qui m’a accueilli pendant huit mois (la durée de mon séjour) se trouvait le long du boulevard Gouin (la voie de circulation la plus au nord de l’île de Montréal), en bordure de la rivière des Prairies, juste en face de l’Île Bizard, et à quelques pas à peine du pont qui y donnait (et y donne encore) accès. Autre point de repère, le monastère était à peine à un kilomètre du célèbre Parc Belmont. Cet édifice (le Monastère, et non le Parc Belmont), alors la propriété de la Congrégation de Sainte-Croix, existe encore, mais il a été transformé en cégep (anglophone, je crois) il y a bien des années.

Un peu comme pour mes années de pensionnat à St-Hyacinthe, où j’ai passé près de 98 % de mon séjour de sept ans à l’intérieur des limites du séminaire, le même phénomène s’est produit au noviciat des pères de Sainte-Croix où la presque totalité de mon séjour s’est déroulée à l’intérieur des limites de la propriété. Pour ceux et celles qui ne seraient pas familiers avec la notion de noviciat, disons qu’il s’agit d’une année consacrée à la prière, à la réflexion, à la méditation, à des lectures (toutes reliées d’une façon ou de l’autre à la religion) afin de vérifier si nous avions vraiment la vocation pour devenir prêtre, ou « père », si vous le préférez. Voici à quoi ressemblait une journée typique : lever à
6 heures, messe vers 6 h 30, suivie de 30 minutes de méditation, puis petit-déjeuner. Par la suite, vers 8 heures, chacun vaquait aux tâches qui lui avaient été assignées : par exemple, pour mes trois premiers mois, j’étais sacristain; ceux qui n’avaient pas de tâches précises et les autres, lorsque leurs tâches étaient terminées, participaient à la fabrication des lampions et des lampes de sept jours que les pèlerins faisaient brûler à l’Oratoire
St-Joseph en échange d’une obole. Par la suite, il y avait une longue conférence spirituelle animée par le père « maître » des novices, laquelle était suivie du dîner. Après une récréation bien méritée, il y avait une heure ou deux pour la lecture et la réflexion personnelle, le tout suivi d’une autre conférence spirituelle et d’une autre période de méditation. Enfin, en soirée, il y avait le souper, suivi d’une seconde récréation et d’une dernière période de lecture ou de réflexion. À travers ce programme, nous nous rendions à la chapelle à plusieurs reprises pour chanter les psaumes de l’office religieux, à différentes heures de la journée, en commençant tôt le matin par les laudes, en poursuivant durant la journée par prime, tierce, sexte, none, puis vêpres et complies. Tôt les dimanches matins, on y ajoutait les matines. Je chantais tellement mal, même des choses aussi simples que les psaumes, qu’on m’avait demandé de me limiter à faire du « lipsync » (faire bouger mes lèvres sans faire de bruit).

Inutile de dire que nos journées complètes se passaient en silence, sauf pour les deux périodes de récréation. Même les repas se prenaient en silence pendant que chacun des novices, à tour de rôle (nous nous remplacions chaque semaine), faisait la lecture à haute voix d’un livre à caractère religieux à l’intention de ses collègues. Pendant mon séjour, je me rappelle que nous avions passé à travers (ou presque) « l’Histoire de l’Église » par Daniel-Rops, une œuvre de sept ou huit « briques » de plus de 500 pages chacune. Au moins, c’était très intéressant.

Je ne sais pas si nous pouvons appeler cela des « congés », mais nous avions du temps libre les mercredis et les dimanches en après-midi pour nous livrer à des activités sportives ou à des excursions. Bien sûr, ces excursions consistaient en de longues marches, quelques fois le long du boulevard Gouin, mais la plupart du temps sur l’île Bizard qui n’était pas encore passée entre les mains des promoteurs immobiliers et qui n’était alors habitée que par quelques producteurs agricoles. La campagne à la porte de Montréal, quoi! Cette île était tout simplement magnifique. Lors des grandes fêtes religieuses, comme Noël, Pâques et quelques autres, nous pouvions profiter de sorties très spéciales : en effet, nous nous rendions (en autobus) à l’Oratoire St-Joseph pour y participer aux superbes cérémonies que la Congrégation de Sainte-Croix préparait pour les fidèles et les pèlerins. Nous pouvions en même temps y voir brûler des centaines de lampions et de lampes que nous avions fabriquées de nos mains. Quelles belles sorties.

Pour les sports, c’était un peu limité puisque nous n’étions qu’une douzaine de novices, ce qui ne nous permettait pas vraiment de faire deux équipes de balle (softball ou baseball), mais nous pouvions techniquement former une équipe de hockey. La plupart du temps nous jouions entre nous (les novices), mais très occasionnellement nous pouvions affronter les scolastiques (nos aînés). Nous n’étions pas vraiment en mesure de leur livrer de trop chaudes luttes, mais au moins cela nous faisait faire de l’exercice et nous procurait une saine détente. Le plus bizarre, c’est que nous devions toujours nous « vouvoyer » par respect mutuel. Cela n’était pas trop difficile dans nos activités quotidiennes et même lors de nos excursions, mais disons que ce n’était pas évident lors des compétitions sportives. J’avais de la difficulté à crier : « Allez-y Bernard » ou encore « Envoyez Adélard ». J’avais trouvé un truc : j’utilisais l’anglais où le « tu » et le « vous » sont confondus. C’était bien plus simple de dire « Let’s Go Bernard » ou « Com’on Adélard ». Cela faisait plus sportif, du moins je le crois.

Au Séminaire de St-Hyacinthe, j’avais commencé à fumer quand j’ai atteint la classe de Versification. Mais au monastère, c’était bien sûr interdit. À l’hiver, en arrière du monastère, il y avait une longue pente qui descendait jusqu’à la rivière des Prairies. Nous y avions installé un genre de rampe surélevée qui nous permettait de nous laisser descendre en skis et de nous rendre loin sur la rivière. Un jour, j’ai pris une spectaculaire culbute au cours de laquelle je me suis accroché le nez avec mon bâton de ski. Visite chez le médecin et deux points de suture… et une occasion en or de fumer… Quand je suis retourné voir le médecin pour enlever les points, je lui ai demandé s’il pouvait n’en enlever qu’un seul à la fois, ce qui me permettrait de revenir une autre fois… et me donnerait une autre occasion de fumer… Le médecin a été supercompréhensif… Il m’a enlevé les deux points au même moment, mais m’a donné trois autres rendez-vous pour vérifier si la cicatrice guérissait bien… trois occasions de fumer… Un vrai bon médecin!

Malgré les bons soins du médecin et l’amitié sincère de mes collègues novices, j’ai réalisé au bout de huit mois que je n’étais pas destiné à devenir un prêtre ou un « père ». Par un beau matin d’avril 1959, j’ai enlevé ma soutane, fait ma valise et suis rentré chez moi à Acton Vale… où ma mère m’a accueilli les bras grands ouverts! Ma vraie vie d’adulte allait alors commencer.

Les fermetures d’usine, ce n’est pas d’aujourd’hui

Dans son édition du 18 mai 1967, Le Carillon parle du coup dur qui frappe le petit village de Calumet, au Québec, à quelques milles de Grenville. La Compagnie internationale de papier (la CIP) annonce qu’elle ferme sa scierie de Calumet. La décision touche les 130 employés de cette scierie vieille de 55 ans. Le pin blanc, principale source d’approvisionnement pour cette scierie, n’existe plus en quantité suffisante dans la région.

En fait, l’histoire de la scierie remonte à bien plus que 55 ans. Alex Baptist avait érigé la première scierie en 1888. Après une débâcle en 1889, Sir George Perley, d’Ottawa, en a fait l’acquisition. (Je ne sais pas s’il s’agit du Perley qui a laissé son nom à l’ancien pont qui reliait Hawkesbury à Grenville.) En juillet 1911, la scierie est détruite par les flammes, mais reconstruite peu de temps après. Perley la vend ensuite à la Riordon Pulp and Paper Company, qui fait faillite. La CIP l’achète en 1925. Pendant ses belles années, la scierie produisait 30 millions de pieds de planche chaque année. Il en faut des arbres! Calumet ne s’est jamais remise de cette fermeture, bien que le village soit toujours là bien sûr.

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Dans Le Carillon du 1er juin 1967, l’Hydro de Hawkesbury écrit que « Pour quelques sous par jour, une laveuse automatique moderne vous libérera de la corvée du lavage de vaisselle, Elle lave et rince automatiquement votre vaisselle. Achetez-en une immédiatement. » En 2011, l’Hydro-Ontario, elle, vous rappelle que la laveuse automatique exige beaucoup d’énergie et qu’il est préférable de ne l’utiliser que tard le soir ou même la nuit. Autre temps, autre message.