1,30 $ de l’heure… le nouveau salaire minimum en Ontario

Dans l’édition du 12 décembre 1968 du journal Le Carillon, le ministère du Travail de l’Ontario fait paraître une publicité dans laquelle il avise les employeurs et les employés que la nouvelle Loi sur les normes de travail en Ontario entrera en vigueur le 1er janvier 1969.

« La nouvelle Loi des normes de travail établit des exigences minimums pour le paiement du travail supplémentaire, congés payés et vacances payées; protège contre les longues heures de travail; assure un salaire égal à travail égal pour les femmes; augmente le taux du salaire minimum. » C’était une autre initiative avant-gardiste du gouvernement de John Robarts. Ainsi, « le programme des normes de travail en Ontario vise à la prospérité économique de la main-d’œuvre de la province. La nouvelle loi met à jour et augmente les normes minimums exigées pour les salaires et les conditions de travail pour protéger les travailleurs contre l’exploitation et pour protéger les employeurs contre la concurrence déloyale résultant de normes inférieures ». Voilà!

Le salaire général minimum passait de 1 $ à 1,30 $ l’heure; pour les travailleurs de la construction, le taux passait de 1,25 $ à 1,55 $ l’heure; alors que celui des « livreurs et cireurs de chaussures » passait de 60 cents à 90 cents l’heure. Les heures de travail ne devaient pas dépasser « huit heures par jour et 48 par semaine ».

Fait intéressant, il y avait aussi cette nouvelle clause : « Aucune fille de moins de 18 ans ne devra travailler dans une entreprise entre minuit et 6 heures du matin. Si une femme qui travaille en équipes commence ou finit de travailler entre minuit et 6 heures du matin, son employeur devra fournir le moyen de transport de sa résidence à son lieu de travail ou de son lieu de travail jusque chez elle. » Je me demande jusqu’à quel point cette norme est toujours respectée.

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Contexte de cette période des fêtes de 1968. Au Cinéma Lachute, la présentation des films « Angélique, marquise des anges » et « Merveilleuse Angélique # 2 ». Le duo Michèle Mercier et Robert Hossein faisait fureur dans cette série de films à l’époque. Quant au Cinéma Laurentien de Grenville, il offre le chef-d’œuvre de Luis Buñuel, « Belle de jour » avec la déjà belle Catherine Deneuve. Au Théâtre Régent de Hawkesbury, c’est la projection de « Villa Rides » avec Yul Brynner, Robert Mitchum et Charles Bronson. Dans les hôtels du coin, Séraphin (Jean-Pierre Masson) et le Père Gédéon (Doris Lussier) sont à l’Hôtel Century Inn de Grenville à deux semaines d’intervalle; ce qui y est plutôt inhabituel, il faut réserver sa place.

Au tour de l’assistance sociale d’être centralisée

Il s’agissait d’une autre idée axée sur le regroupement des services gouvernementaux. Cette fois, selon Le Carillon du 12 décembre 1968, ce sont les services d’assistance sociale qui en sont l’objet.

Ainsi, le Conseil des comtés unis de Prescott et Russell envisage le projet majeur d’implanter un service de bien-être social pour desservir l’ensemble de son territoire. Et le Conseil reconnaît que « quoique les services coûteront plus cher, ils seront de meilleure qualité et mieux administrés ». De nos jours, on a souvent tenté de nous faire croire qu’il n’en coûterait rien de plus en regroupant des services ou des municipalités. Un rapport prévoit que les dépenses de la première année d’un service régionalisé seraient de l’ordre de 980 500 $, nettement supérieurs aux 665 987 $ qui avaient été dépensés par les municipalités locales en 1967. Le gouvernement provincial contribue déjà 80 p. cent des coûts de l’assistance sociale.

« De 1 455 qu’il était en 1967, le nombre de personnes dépendant du bien-être social a passé à 1 875 cette année, soit une augmentation de 29 p. cent. » L’objectif du regroupement était aussi de normaliser les procédures de gestion de l’assistance sociale parce que ces procédures variaient souvent d’une municipalité à l’autre et souvent au gré des élus locaux. Le regroupement a effectivement eu lieu quelques mois plus tard.

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Les deux nouveaux conseils scolaires choisissent leur premier président : Robert Cusson, dans le cas du Conseil de l’éducation, et Yvan Séguin, dans le cas du Conseil des écoles catholiques. Yvon Lahaie est embauché comme administrateur-trésorier du Conseil des écoles catholiques, alors qu’Henri Clément l’est pour le Conseil de l’éducation. Les « grands patrons », soit les directeurs d’éducation, ne seront embauchés que plus tard. J’y reviendrai. Ces deux nouvelles sont aussi dans l’édition du 12 décembre. Les deux sièges administratifs seront éventuellement aménagés à Hawkesbury.

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Ce n’est pas la grippe A(H1N1), mais pire. Dans l’édition du 19 décembre 1968, il est question de la grippe de Hong Kong, « qui a frappé plus de 800 000 personnes dans cette colonie britannique », et qui a « déjà causé la mort de plus de 700 personnes aux États-Unis ». L’article explique que cette grippe « semble apparaître à Montréal », mais qu’elle « n’a pas encore laissé ses traces dans Hawkesbury et la région ». Ouf! Tout le monde respirait mieux! Nous aussi parce qu’à cette époque, nous attendions notre premier enfant.

De Gaulle et Lévesque ont acheté des boissons à Hawkesbury

Un entrefilet fait sourire dans l’édition du journal Le Carillon du 5 décembre 1968. Le texte fait référence à la récente grève des employés de la Régie des alcools du Québec et aux visites des consommateurs québécois à la Commission des liqueurs de Hawkesbury. En Ontario, pour acheter du vin et des boissons fortes, il faut remplir un formulaire, le remettre aux commis, avant de pouvoir « toucher » aux bouteilles. Cette pratique n’existe pas au Québec. Un employé du bureau de Hawkesbury nous révèle que des Québécois s’amusent à inscrire de faux noms… ou en tout cas des noms qui ne sont pas les leurs. Ainsi des formulaires portent les noms de Charles de Gaulle, Jean-Jacques Bertrand, René Lévesque, Jean Lesage, Réal Caouette, Lester Pearson, Gilberte Côté-Mercier et ainsi de suite.

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Preuve incontestable que Hawkesbury fait bien partie d’une zone défavorisée et le progrès industriel n’a pas encore procuré de résultats puisque les nouvelles usines sont à peine en construction. Ainsi, dans l’édition du 12 décembre 1968, Le Carillon rapporte que pas moins de 5,2 p. cent des 9 097 habitants de la ville vivent de l’assistance sociale. Le rapport du ministère ontarien des services de bien-être et de la famille démontre qu’il s’agit du taux le plus élevé en Ontario. À Hawkesbury, au cours des huit premiers mois de 1968, les services de bien-être pour les 473 personnes bénéficiaires avaient coûté 169 899 $. C’est beaucoup pour une époque où on peut obtenir une maison neuve de E. Cornett pour 13 800 $.

Dans le même ordre d’idées, un autre article mentionne que le Conseil des comtés unis de Prescott-Russell songe à créer un service régional de bien-être et qu’il faudrait un million de dollars pour le partir sur un bon pied. C’est ce qui allait éventuellement se produire et les services de bien-être sont encore aujourd’hui gérés sur une base régionale.

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Dans cette même édition, on apprend que le nouvel aréna d’Embrun, « construit au coût de plusieurs milliers de dollars », vient d’être inauguré. En 2011, on parle maintenant de le remplacer tellement cet aréna ne répond plus aux besoins de la communauté.

C’est fait… ceux (et celle) qui dirigeront les nouvelles commissions scolaires unifiées sont élus

Les importantes élections scolaires pour choisir les élus qui composeront les deux conseils scolaires regroupés de janvier 1969 approchent et je réalise une enquête auprès de chacun des 21 candidats à la section des écoles séparées de la future Commission d’éducation de Prescott et Russell, celle qui gérera les écoles secondaires.

Je leur pose deux questions : (1) Êtes-vous pour ou contre les écoles françaises, où tout l’enseignement serait dispensé en français, sauf l’anglais? (2) Êtes-vous pour ou contre l’enseignement de la religion au niveau secondaire? Dans l’édition du 28 novembre 1968 du journal Le Carillon, je rapporte qu’aucun « des 21 candidats ne favorise l’établissement d’écoles secondaires françaises en Ontario », mais que tous sont unanimes à soutenir l’importance de l’enseignement religieux. Tous les candidats préconisent des écoles secondaires bilingues. C’était en 1968. Personne ne voulait changer le statu quo et ces candidats étaient francophones, ne l’oublions pas. Le temps allait « arranger » les choses, heureusement.

L’édition du 5 décembre 1968 du journal Le Carillon nous fait connaître les résultats de cette élection historique. C’est mon dossier au journal et je m’y intéresse énormément. Conflit d’intérêts en quelque sorte, ma femme étant enseignante.

Ainsi, la nouvelle Commission d’éducation, qui allait éventuellement être connue sous le nom de Conseil de l’éducation de Prescott-Russell, sera composée des élus suivants:

  • pour la section des contribuables des écoles séparées, ce seront Léo Binette, de St-Eugène; Robert Cusson et Charlemagne Larivière, de Hawkesbury; Gérard Toupin, de St-Bernardin; Laurent Farmer, de Plantagenet; Gérald Joly, d’Alfred; Léon Delorme, de Curran; Gaston Chevrier, de Casselman; Aldéo Perron, de Bourget; Rolland Lepage, d’Embrun; et la Dr Annie Powers, de Rockland;
  • pour la section des contribuables des écoles publiques, ce seront David Hunter, de Hawkesbury; Donald McPhee, Stanley Forbes et Howard Cunning, de Vankleek Hill; Donald Hay, de Russell; et Gordon Fitzgerald, de Plantagenet.

Dans le cas de l’Unité scolaire séparée, qui allait devenir le Conseil des écoles séparées catholiques de Prescott-Russell, ce seront Yvan Séguin et Doris Mallette, de Hawkesbury; Yvon Huppé, de Rockland; Gérard Lalonde, de L’Orignal; Laurent Maisonneuve, de Plantagenet; Jacques Landry, de St-Albert; Jean-Louis Roy, d’Embrun; Armand Brisebois, de St-Eugène; Anselme Lacroix, de Clarence; et Benoît Cadieux, d’Alfred.

Ce sera le début d’un long cheminement sur lequel je reviendrai à quelques reprises. Le regroupement du 1er janvier 1969 était toute une tâche. J’y reviendrai bien sûr, surtout pour parler des « petits problèmes » électoraux que j’avais créés pour les conseillers Yvan Séguin et Doris Mallette : je m’étais présenté contre eux… à deux reprises.

Toutes ces personnes jouissaient d’une grande influence dans leur communauté respective. C’étaient des gens solides, pour la très grande majorité, et ce serait à eux qu’incomberait la lourde responsabilité de bien démarrer ces nouveaux conseils scolaires régionaux. Évidemment, ils ne pouvaient échapper à cette « maladie » qu’est le chauvinisme politique… la « guerre des clochers ».

Décès d’un homme qui avait laissé sa marque sur Hawkesbury

J’ai connu ce grand citoyen de Hawkesbury puisqu’il résidait tout près des bureaux du journal Le Carillon. Ainsi, dans l’édition du 14 novembre, un texte fait état de son décès le
7 novembre, à l’âge de 71 ans. Adrien H. Berthiaume avait été maître de poste de 1926 jusqu’à sa retraite en 1961. Et entre temps, il avait multiplié ses occupations.

Ce frère de Noël Berthiaume et oncle du maire actuel de Hawkesbury, René Berthiaume, avait participé très activement à la vie communautaire de sa ville et avait laissé sa marque au sein de nombreuses organisations municipales et paroissiales. On lui devait la formation de l’escadrille des Cadets de l’air et il s’était occupé des scouts catholiques.

Il avait été actionnaire de la firme Hawkesbury Realty, société immobilière dont le projet Mont-Roc allait devenir le plus beau quartier résidentiel de la ville à l’époque. Adrien H, Berthiaume avait été le premier à suggérer que Hawkesbury soit dotée d’un aréna (le futur Centre Mémorial). Avec d’autres citoyens bien entendu, il avait été responsable de la venue à Hawkesbury de l’Union internationale des travailleurs, ce qui avait abouti à la création du local 28 des employés de l’usine locale de la CIP. Il avait tenté de se faire élire à la mairie de Hawkesbury, en 1947, mais le maire sortant, le Dr Charles-Émile Lafrance, l’avait battu. Il avait été président de la Chambre de commerce, membre-fondateur du club Richelieu, membre de la Commission de l’École secondaire régionale de Hawkesbury et membre honoraire du club Rotary.

Pendant la Première Guerre mondiale, il s’était enrôlé dans l’infanterie et avait participé aux dernières campagnes en France. Pendant la Deuxième Guerre mondiale, il avait été commandant de la compagnie de réserve, agent de liaison pour les prisonniers de guerre et président du comité responsable de la réhabilitation des soldats. Adrien laissait dix enfants.

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Bizarre en rétrospective. Dans l’édition du 28 novembre, un article rapporte que le conseiller municipal Claude Drouin, pourtant lui-même employé de la CIP, veut que la Sûreté municipale fasse enquête sur les « taxis illicites », soit ceux qui assurent « un service de taxi » sans être munis du permis nécessaire. Aujourd’hui, nous parlerions de covoiturage, puisque c’est de ça qu’il s’agissait. Drouin affirmait que ces gens, essentiellement des employés de l’usine de la CIP qui transportaient leurs confrères travailleurs, « enlèvent ainsi aux compagnies de taxi de la ville un précieux revenu ». Il n’a pas dû se faire des amis au travail, mais personne n’osait sans doute s’afficher comme « chauffeur de taxi ».

J’en ris parce que mon beau-père était un de ces « taxis illicites ». Il faisait simplement du covoiturage avec quatre de ses confrères qui habitaient dans les rues voisines de la sienne. Il a fait ça du temps que je l’ai connu, en 1967, jusqu’à la fermeture de l’usine en 1982. Aujourd’hui, l’initiative de ces « covoitureurs » serait louangée.

Une auto passe toutes les 4,8 secondes

Question sans doute de renforcer l’importance de la future autoroute 417 (qui sera terminée vers 1974), un rapport de la Sûreté provinciale de l’Ontario, dans l’édition du
7 novembre 1968 du journal Le Carillon, prédit qu’au moins 25 personnes auront péri dans des accidents de la circulation sur la route transcanadienne, entre la capitale et la frontière québécoise, en 1968. À la fin d’octobre, il y en avait déjà 18. « Il a été démontré qu’aux heures les plus achalandées, une auto passe toutes les 4.8 secondes à n’importe quel endroit précis dans ce secteur couvrant 75 milles. » Le reste du temps, il s’agirait d’une fréquence de 11 secondes entre chaque auto. C’est beaucoup. Ça m’intrigue ce que ce peut bien être aujourd’hui, en tenant compte seulement de la circulation de Rockland vers Ottawa.

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Toujours dans l’édition du 7 novembre, un court texte à l’effet que le maire de Rockland, Georges Martin, a demandé au député Viateur Ethier d’entreprendre les démarches pour que le comté de Russell soit lui aussi désigné « zone défavorisée » à la manière du comté voisin de Prescott. Ethier n’obtiendra jamais cette désignation et le comté de Russell, au fil des ans, est devenu le « dortoir » de la Fonction publique fédérale. Ce n’est pas une situation qu’on peut appeler « défavorisée ».

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La firme torontoise Read, Voorhees et associés remet son rapport sur la circulation routière à Hawkesbury. Le rapport avait coûté 72 000 $ une somme énorme pour l’époque. Le gouvernement provincial en avait absorbé les trois quarts. Dans Le Carillon du 14 novembre 1968, on y lit que ces spécialistes recommandent aux autorités municipales suggère que « la construction d’une route au nord de la rue Principale, en bordure de la rivière Outaouais, entre les rues McGill et John, demeure la solution idéale pour décongestionner la principale artère de la municipalité aux heures de pointe ». L’artère aurait permis aux camions transportant des billots et autres matériaux à l’usine de la CIP de contourner la rue Principale, seul secteur commercial à l’époque. Un résumé du rapport de Read, Voorhees, avait été distribué à chaque citoyen de la ville.

La Route du Nord, ou boulevard du Chenail comme on s’y référait, allait être réalisée quasiment 30 ans plus tard, l’opposition des commerçants de la rue Principale ayant été trop forte à l’époque. Aujourd’hui, les grandes surfaces se sont installées le long de la route transcanadienne 17 et la rue Principale ne l’est que de nom.

Un gouvernement régional serait la solution idéale

Le regroupement sous toutes ses formes est au centre de nombreux débats en cette fin des années 60. Après celui des administrations scolaires et des unités sanitaires, voilà que le Conseil de développement de l’Est ontarien affirme que « l’implantation d’un gouvernement régional groupant les comtés de Prescott, Russell, Stormont, Dundas et Glengarry, sera la seule solution aux problèmes qui existent présentement dans l’Est ontarien ». Il y a un article à cet effet dans Le Carillon du 7 novembre 1968.

Un représentant du CDEO, l’ingénieur Rae Grinnell, avait insisté qu’il « nous faut surtout de véritables chefs, c’est-à-dire des hommes qui savent penser au regard de la vie dans 20 ans » pour réaliser un tel projet. L’économiste Paul Schrauwen, de Cornwall, avait même prédit que « la ville de Hawkesbury deviendra un ‘Hawkesbury métropolitain’ dans vingt ans et que les villages de Vankleek Hill, L’Orignal et Chute-à-Blondeau feront partie intégrante de cette agglomération urbaine ».

Évidemment, les deux se sont trompés royalement, bien que cette idée de fusions et de regroupements allait refaire surface plus tard dans le Rapport Sunderland. J’y reviendrai parce que j’ai été un ardent promoteur des conclusions de ce rapport.

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Dans ses « Pleins feux sur l’Ontario » de l’édition du 7 novembre 1968, Marcel Desjardins parle d’une nouvelle mode à Toronto : le français. Desjardins fait référence aux décisions de John Robarts pour accroître la présence du français dans sa province et au fait que le premier ministre avait craint « le ressac de l’élément WASP où les Conservateurs recrutent une bonne partie de leur appui depuis de nombreuses années. Au contraire. »

Desjardins ajoute que « cette année, le français est à la mode dans la région métropolitaine de Toronto ». Il fait ensuite référence aux médias locaux et à la grande popularité des cours du soir destinés aux adultes qui souhaitent apprendre le français. En parlant de la lutte constitutionnelle que mène le Québec de plus en plus fortement, Desjardins insiste que « sans un Québec fort, où le français pourra s’épanouir partout, au travail comme dans les écoles et les universités, il vaudrait mieux mettre bas les armes. Les Canadiens français de l’Ontario doivent tirer d’évidentes leçons de la présente évolution. Les Franco-Ontariens ne doivent pas craindre d’utiliser le français, de s’afficher en français, de faire passer leur langue d’abord, surtout là où ils sont en majorité, comme à Hawkesbury ». Il fait allusion à de nombreux commerçants de Hawkesbury qui préfèrent s’afficher en anglais. En 2011, cette question n’a toujours pas été comprise dans Prescott et Russell, à quelques exceptions près.

Un camp de nudistes près de St-Eugène

Nous sommes toujours en 1968 et Le Carillon du 31 octobre, loin dans les pages intérieures, annonce qu’un « camp de nudistes » s’établira dans le canton de Hawkesbury-Est, près de St-Eugène, « à deux pas de la frontière du Québec ». C’est que de tels camps n’étaient pas bienvenus chez nos voisins… pas encore en tout cas. Le camp sera un véritable petit village. Le promoteur Paul André, de Montréal, avait expliqué que « le village sera pourvu d’une place publique. C’est là que sera situé le centre récréatif, une immense bâtisse de 100 pieds par 50 pieds, une piscine de grandeur olympique et des jeux en plein air, tels que ballon-volant, badminton, fers à cheval, ainsi qu’un parc pour enfants ».

L’alcool ne sera pas vendu au restaurant. « Les membres seront soumis aux règlements de l’Association des nudistes d’Amérique : interdiction de consommer des boissons alcooliques, de blasphémer, de détériorer le bien d’autrui et de voler. De plus, seuls les couples mariés ou les familles seront acceptés. » J’y reviendrai parce qu’en 1970, comme tout bon journaliste l’aurait fait, je m’y suis rendu pour un reportage. Le camp est toujours là et un autre avait ouvert ses portes près de Casselman il y a de nombreuses années.

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Rien à voir avec les nudistes, mais l’édition du 7 novembre 1968 fait référence au fait que la région de Hawkesbury serait « sérieusement considérée comme emplacement du futur jardin zoologique que la Société zoologique de Montréal compte établir prochainement dans le district compris entre la métropole et la capitale canadienne ». Ce projet ne s’est malheureusement jamais matérialisé. Le jardin zoologique de 1000 acres aurait été d’une superficie semblable à celle de la Ferme expérimentale à Ottawa. Ç’aurait fait un bon complément au Parc aquatique Calypso.

Les villes où j’ai vécu : Sherbrooke (suite)

(Depuis sa naissance, Alain a habité dans une dizaine de villes différentes, dont certaines à plus d’une reprise. Bien sûr, ses souvenirs et ses impressions de chacun de ces endroits où il a vécu sont relatives à l’âge qu’il avait à l’époque et aux activités auxquelles il s’était livré… ainsi que des souvenirs qu’il en a gardés. Voici donc le sixième article de cette série. Cet article représente la suite d’un précédent texte. Vous les retrouverez tous  dans l’onglet « Les villes où j’ai vécu » sous les « Grands thèmes » de mon blogue. Bonne lecture.)

par Alain Guilbert

Dans un récent texte de la série « les villes où j’ai vécu », j’ai raconté mon arrivée à Sherbrooke à l’été 1959 pour y étudier le droit à l’université en plus d’y travailler au quotidien La Tribune.

Sherbrooke a été une ville très importante dans ma vie, celle de mes débuts professionnels, celle de ma rencontre avec Céline et de mon mariage, celle de la naissance de mes enfants et bien d’autre. Je pourrais probablement écrire un livre au complet en lien avec la « Reine des Cantons de l’Est », mais je me contenterai, du moins pour l’instant, de faire une suite à mon premier texte consacré à Sherbrooke.

Donc, j’ai rencontré Céline pour la première fois en 1961, mais il aura fallu deux autres années pour que nous « cliquions » vraiment ensemble. Notre véritable aventure a donc débuté le 25 juin 1963. Je me souviens de cette première rencontre comme si c’était hier (c’était pourtant il y a presque 50 ans). Nous étions (sa sœur Luce et son ami Claude Gamache, Céline et moi) allés au ciné-parc à Newport, dans l’état du Vermont. Les ciné-parcs étaient encore prohibés à cette époque au Canada. Sur la route du retour, nous avions fait escale au Ripplecove Inn à Ayers Cliff pour un « night cap ». Nous nous sommes fréquentés pendant deux années complètes à tous les jours, presque sans exception, jusqu’au jour de notre mariage le 10 juillet 1965.

Notre fils Alain est né à l’hôpital St-Vincent-de-Paul le 4 juillet 1967, l’année de l’Expo! Notre fille Anne, elle, est née deux ans et demi plus tard, le 28 novembre 1969, au Centre hospitalier universitaire (CHUS), qui venait à peine d’ouvrir ses portes.

Notre premier logement était situé sur la 8e Avenue Sud, dans le quartier est de Sherbrooke, un édifice qui appartenait à mes beaux-parents et dont ils occupaient eux-mêmes un logement. Quand les enfants sont nés, cela ne nous faisait pas très loin pour dénicher une gardienne, soit « grand maman » ou « tante Luce »! Mais avec deux enfants qui grandissaient rapidement, notre quatre pièces devenait de toute évidence trop étroit pour quatre personnes, et nous sommes déménagés dans un cinq pièces (c’est quand même 20 % de plus que quatre!) au Jardin des Sables, dans le quartier nord de Sherbrooke. Ce déménagement nous a permis d’élargir notre espace de vie, et il nous a aussi rapproché de l’école élémentaire Hélène-Boullé, qui était alors dirigée par Jean-Jacques Bégin, établissement reconnu comme la « meilleure » école primaire de toute la ville de Sherbrooke. Bien sûr, notre fils y a complété ses études élémentaires et notre fille y a fait ses quatre premières années, études qu’elle a poursuivies à Granby… sujet dont je traiterai dans un autre texte de la série « les villes où j’ai vécu ».

À la fin de l’année 1972, après moultes hésitations, j’ai finalement accepté un travail à Montréal à titre de rédacteur en chef du magazine L’Actualité. Il faut dire qu’au cours de mes 13 premières années à La Tribune (1959-1972), j’ai eu souvent des propositions pour aller travailler ailleurs. Mais de promotion en promotion, ainsi que d’augmentation de salaire en augmentation de salaire, je finissais toujours par « rester » à Sherbrooke. Il faut dire aussi que je me sentais bien à l’aide à La Tribune où j’avais grandi professionnellement en occupant tour à tour, ou simultanément dans certains cas, des postes de pupitreur, journaliste, chef des nouvelles, chef de l’information, directeur de l’information et directeur de la page éditoriale. Mais après toutes ces années, j’avais l’impression d’avoir fait « le tour du jardin  et j’avais aussi envie d’aller voir ailleurs de ce qui s’y passait. D’ailleurs, mon patron de l’époque, Yvon Dubé, qui avait accédé à la présidence du journal, m’avait souligné que son seul regret professionnel était de n’avoir jamais œuvré ailleurs qu’à La Tribune, ce qui lui aurait permis de découvrir d’autres façons de faire, quitte à revenir à Sherbrooke plus tard. Son message n’était pas tombé dans l’oreille d’un sourd.

L’offre du magazine L’Actualité était intéressante, tant au point de vue professionnel que financier. Lors de ma première rencontre avec le directeur de la publication, il m’avait montré mon « futur » bureau au sixième étage d’un édifice moderne situé angle Sherbrooke et De Lorimier à Montréal, l’édifice le plus élevé de ce secteur de la ville (du moins à cette époque). Mon bureau comptait deux murs en verre, ce qui me donnait une vue imprenable sur le fleuve St-Laurent et l’Île Ste-Hélène, de même que sur l’est de la Métropole. J’étais tombé « en amour » avec ce bureau… mais je devais connaître une grande déception quelques mois plus tard lorsque notre patron nous a annoncé que pour des raisons d’économie nous devions quitter cet édifice et déménager au deuxième étage d’un édifice plutôt vétuste angle Pie IX et Hochelaga, ce qui devait finalement s’avérer un véritable cauchemar (j’y reviendrai).

C’est à regret que j’ai quitté Sherbrooke, une ville que j’adorais vraiment au point de la considérer comme ma ville d’adoption, et une ville où, grâce à mes études et à mon travail, je me suis fait d’innombrables amis. Mes fonctions à La Tribune, particulièrement à partir du moment où je suis devenu un « petit boss », m’ont permis d’être associé directement ou indirectement à tout ce qui bougeait, non seulement à Sherbrooke mais aussi dans toute la région des Cantons de l’Est. Une façon pratique de rencontrer bien des gens.

La fin de l’année 1972 a signifié que j’arrivais à Montréal pour la deuxième fois de ma vie après y avoir passé l’été 1959. J’y reviendrai dans un prochain texte.

Des cours de français et d’anglais pour tous les Canadiens

Je ne crois que sa suggestion ait été bien loin. Quoi qu’il en soit, dans le journal Le Carillon du 17 octobre 1968, nous apprenons que le député Viateur Éthier « désire que le gouvernement institue des cours du soir portant sur la conversation française et anglaise dans toutes les villes du Canada afin de permettre à tous les Canadiens d’apprendre à s’exprimer dans les deux langues officielles du pays ». L’article poursuit en affirmant que « la Chambre s’est déclarée favorable à ce que le gouvernement fédéral étudie la possibilité, après consultation et entente avec les provinces, d’instituer de tels cours ». Voilà pour les bonnes intentions… mais l’enfer n’en est-il pas pavé?

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Je ne sais pas ce que je fais là. Je viens de me marier et ma fille Dominique n’est pas encore dans le portrait, pas pour neuf autres mois en tout cas, mais je me retrouve trésorier du comité central de l’Association des parents et instituteurs de la paroisse St-Alphonse-de-Liguori, paroisse dont je ne fais même pas partie. Je suis dans une photo de l’édition du 24 octobre 1968. J’en conclus, en rétrospective, que j’avais été « charmé » par les belles Marinette Lalande, présidente, Rollande Currier, vice-présidente, et Claudette Ouimet, secrétaire, les autres membres du comité. Je dois dire aussi qu’elles étaient épouses d’hommes influents dont j’avais besoin comme contacts pour le journal! (Le fils de Claudette, Francis, est apparu un jour dans le groupe des communications de Postes Canada où je travaillais. Il m’a montré cette même photo que sa mère avait conservée.)

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Je retiens l’éditorial de mon collègue Jean-Robert Danis dans l’édition du 24 octobre, intitulé « Un dur coup pour la presse ». Il y est question d’une récente annonce du ministre des Postes, Eric Kierans, « à la tête d’un ministère perpétuellement en mal de déficit ». Kierans propose de majorer les tarifs postaux pour les publications « de l’ordre de 275 p. cent ». L’éditorial se référait aussi aux accords « américano-canadiens de réciprocité » qui libéraient les grandes publications telles Time, Life, Look et Reader’s Digest des tarifs postaux. « M. Kierans et le gouvernement Trudeau pourraient tout au moins faire preuve de juste en accordant un traitement égal aux publications canadiennes. » Les attaques des journaux contre Postes Canada allaient se prolonger pendant de nombreuses années. Au journal, nous avions toujours l’impression que le personnel du bureau de poste de Hawkesbury faisait tout leur possible pour nous créer des problèmes. Les responsables de la vérification des revenus, par exemple, mesuraient chaque article, chaque annonce, pour s’assurer que la proportion entre les deux était conforme aux directives sur les publications. Trop d’espace de publicité et le journal n’était plus qu’une ignoble circulaire.

Lorsque le ministère des Postes est devenu la Société canadienne des postes, il devenait encore plus important de garantir les revenus postaux. Je me souviens lors d’un congrès de la Canadian Community Newspapers Association à Edmonton (en Alberta), Michael Warren, alors PDG de Postes Canada, avait averti les éditeurs des journaux communautaires que sa société ferait tout pour obtenir une plus grande part de la distribution des encarts publicitaires, si lucratifs pour les médias. Plusieurs années plus tard, alors que j’étais d’ailleurs au service de Postes Canada, la société avait même créé une section spéciale pour livrer exclusivement des circulaires publicitaires. Quand Publi-Sac est arrivée dans le portrait, les médias se sont ligués contre Postes Canada et ont exercé tellement de pressions sur l’actionnaire (le gouvernement fédéral) qu’elle a été obligée de démanteler son groupe spécial de livraison. Ce qui n’empêche pas Postes Canada de livrer encore des circulaires dans votre boîte aux lettres, mais les journaux et les « publi-sacs » de ce monde en distribuent beaucoup plus.