Le contribuable trouve la facture du regroupement salée

Le regroupement scolaire n’a pas mis de temps à augmenter les coûts pour les contribuables. Il en question dans Le Carillon de ce mi-mai 1969. Moins de six mois après son entrée en existence, le Conseil des écoles catholiques de Prescott et Russell signe une première convention collective avec ses enseignants. En résumé, le personnel enseignant obtient une majoration salariale de 17 p. cent. Des telles majorations se sont répétées partout en province alors que les associations d’enseignants consolidaient leurs assises au lendemain du regroupement scolaire du 1er janvier 1969. C’est ce qui explique sans doute pourquoi ce conseil, dans son premier budget, a annoncé qu’il prélèverait 20 p. cent de plus d’impôts des diverses municipalités du territoire. Yvon Lahaie, l’administrateur-trésorier du CECPR, avait expliqué que la hausse était justifiée « par les hausses des salaires des professeurs, les constructions d’écoles en cours, et un personnel administratif et éducationnel plus nombreux ». Assurément, on ne parlait plus du tout de la même chose, mais ce n’est qu’après plusieurs années que les avantages du regroupement pour les jeunes du territoire allaient se manifester. Mais la facture, elle, n’a jamais baissé.

Entre elles, les 33 anciennes commissions scolaires du territoire avaient accumulé un déficit combiné de 167 062 $. Pour ce premier budget, le nouveau conseil avait opté pour un pourcentage fixe plutôt qu’une modification du taux d’imposition « parce que l’évaluation des municipalités n’est pas uniforme et que les facteurs égalisateurs fournis par le ministère ne sont pas justes ». De toute évidence, on n’était pas prêt à Toronto. Le prélevé municipal total passera ainsi de 565 656 $ à 678 787 $, mais les subventions provinciales seront de l’ordre de 3 438 000 $. Le premier budget prévoyait des dépenses de 4 218 254 $.

Au nouveau Conseil d’éducation de Prescott et Russell, c’est du pareil au même. Pour son premier budget de dépenses de 3 638 281 $ pour gérer les écoles secondaires du territoire, le CEPR prélèvera 22,5 p. cent de plus de taxes scolaires en 1969 des municipalités. Dans son cas, ce sont quatre commissions scolaires qui avaient été fusionnées. Ce budget ne comprenait pas les dépenses des écoles élémentaires publiques, qui seront connues plus tard.

Ajoutons que les augmentations des taxes scolaires partout en Ontario ont provoqué des remous dans tous les coins de la province, tant bien que le gouvernement provincial de John Robarts a dû intervenir et promettre une plus grande contribution de la province aux frais d’exploitation des conseils scolaires regroupés. Certaines municipalités avaient même menacé de ne pas prélever de tels impôts. Évidemment, qu’il s’agisse des taxes municipales, des taxes scolaires ou des impôts provinciaux, tout cet argent venait d’une seule et même source… le contribuable. Comme toujours d’ailleurs.

Au tour de l’assistance sociale d’être centralisée

Il s’agissait d’une autre idée axée sur le regroupement des services gouvernementaux. Cette fois, selon Le Carillon du 12 décembre 1968, ce sont les services d’assistance sociale qui en sont l’objet.

Ainsi, le Conseil des comtés unis de Prescott et Russell envisage le projet majeur d’implanter un service de bien-être social pour desservir l’ensemble de son territoire. Et le Conseil reconnaît que « quoique les services coûteront plus cher, ils seront de meilleure qualité et mieux administrés ». De nos jours, on a souvent tenté de nous faire croire qu’il n’en coûterait rien de plus en regroupant des services ou des municipalités. Un rapport prévoit que les dépenses de la première année d’un service régionalisé seraient de l’ordre de 980 500 $, nettement supérieurs aux 665 987 $ qui avaient été dépensés par les municipalités locales en 1967. Le gouvernement provincial contribue déjà 80 p. cent des coûts de l’assistance sociale.

« De 1 455 qu’il était en 1967, le nombre de personnes dépendant du bien-être social a passé à 1 875 cette année, soit une augmentation de 29 p. cent. » L’objectif du regroupement était aussi de normaliser les procédures de gestion de l’assistance sociale parce que ces procédures variaient souvent d’une municipalité à l’autre et souvent au gré des élus locaux. Le regroupement a effectivement eu lieu quelques mois plus tard.

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Les deux nouveaux conseils scolaires choisissent leur premier président : Robert Cusson, dans le cas du Conseil de l’éducation, et Yvan Séguin, dans le cas du Conseil des écoles catholiques. Yvon Lahaie est embauché comme administrateur-trésorier du Conseil des écoles catholiques, alors qu’Henri Clément l’est pour le Conseil de l’éducation. Les « grands patrons », soit les directeurs d’éducation, ne seront embauchés que plus tard. J’y reviendrai. Ces deux nouvelles sont aussi dans l’édition du 12 décembre. Les deux sièges administratifs seront éventuellement aménagés à Hawkesbury.

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Ce n’est pas la grippe A(H1N1), mais pire. Dans l’édition du 19 décembre 1968, il est question de la grippe de Hong Kong, « qui a frappé plus de 800 000 personnes dans cette colonie britannique », et qui a « déjà causé la mort de plus de 700 personnes aux États-Unis ». L’article explique que cette grippe « semble apparaître à Montréal », mais qu’elle « n’a pas encore laissé ses traces dans Hawkesbury et la région ». Ouf! Tout le monde respirait mieux! Nous aussi parce qu’à cette époque, nous attendions notre premier enfant.