Les villes où j’ai vécu : Sherbrooke (suite)

(Depuis sa naissance, Alain a habité dans une dizaine de villes différentes, dont certaines à plus d’une reprise. Bien sûr, ses souvenirs et ses impressions de chacun de ces endroits où il a vécu sont relatives à l’âge qu’il avait à l’époque et aux activités auxquelles il s’était livré… ainsi que des souvenirs qu’il en a gardés. Voici donc le sixième article de cette série. Cet article représente la suite d’un précédent texte. Vous les retrouverez tous  dans l’onglet « Les villes où j’ai vécu » sous les « Grands thèmes » de mon blogue. Bonne lecture.)

par Alain Guilbert

Dans un récent texte de la série « les villes où j’ai vécu », j’ai raconté mon arrivée à Sherbrooke à l’été 1959 pour y étudier le droit à l’université en plus d’y travailler au quotidien La Tribune.

Sherbrooke a été une ville très importante dans ma vie, celle de mes débuts professionnels, celle de ma rencontre avec Céline et de mon mariage, celle de la naissance de mes enfants et bien d’autre. Je pourrais probablement écrire un livre au complet en lien avec la « Reine des Cantons de l’Est », mais je me contenterai, du moins pour l’instant, de faire une suite à mon premier texte consacré à Sherbrooke.

Donc, j’ai rencontré Céline pour la première fois en 1961, mais il aura fallu deux autres années pour que nous « cliquions » vraiment ensemble. Notre véritable aventure a donc débuté le 25 juin 1963. Je me souviens de cette première rencontre comme si c’était hier (c’était pourtant il y a presque 50 ans). Nous étions (sa sœur Luce et son ami Claude Gamache, Céline et moi) allés au ciné-parc à Newport, dans l’état du Vermont. Les ciné-parcs étaient encore prohibés à cette époque au Canada. Sur la route du retour, nous avions fait escale au Ripplecove Inn à Ayers Cliff pour un « night cap ». Nous nous sommes fréquentés pendant deux années complètes à tous les jours, presque sans exception, jusqu’au jour de notre mariage le 10 juillet 1965.

Notre fils Alain est né à l’hôpital St-Vincent-de-Paul le 4 juillet 1967, l’année de l’Expo! Notre fille Anne, elle, est née deux ans et demi plus tard, le 28 novembre 1969, au Centre hospitalier universitaire (CHUS), qui venait à peine d’ouvrir ses portes.

Notre premier logement était situé sur la 8e Avenue Sud, dans le quartier est de Sherbrooke, un édifice qui appartenait à mes beaux-parents et dont ils occupaient eux-mêmes un logement. Quand les enfants sont nés, cela ne nous faisait pas très loin pour dénicher une gardienne, soit « grand maman » ou « tante Luce »! Mais avec deux enfants qui grandissaient rapidement, notre quatre pièces devenait de toute évidence trop étroit pour quatre personnes, et nous sommes déménagés dans un cinq pièces (c’est quand même 20 % de plus que quatre!) au Jardin des Sables, dans le quartier nord de Sherbrooke. Ce déménagement nous a permis d’élargir notre espace de vie, et il nous a aussi rapproché de l’école élémentaire Hélène-Boullé, qui était alors dirigée par Jean-Jacques Bégin, établissement reconnu comme la « meilleure » école primaire de toute la ville de Sherbrooke. Bien sûr, notre fils y a complété ses études élémentaires et notre fille y a fait ses quatre premières années, études qu’elle a poursuivies à Granby… sujet dont je traiterai dans un autre texte de la série « les villes où j’ai vécu ».

À la fin de l’année 1972, après moultes hésitations, j’ai finalement accepté un travail à Montréal à titre de rédacteur en chef du magazine L’Actualité. Il faut dire qu’au cours de mes 13 premières années à La Tribune (1959-1972), j’ai eu souvent des propositions pour aller travailler ailleurs. Mais de promotion en promotion, ainsi que d’augmentation de salaire en augmentation de salaire, je finissais toujours par « rester » à Sherbrooke. Il faut dire aussi que je me sentais bien à l’aide à La Tribune où j’avais grandi professionnellement en occupant tour à tour, ou simultanément dans certains cas, des postes de pupitreur, journaliste, chef des nouvelles, chef de l’information, directeur de l’information et directeur de la page éditoriale. Mais après toutes ces années, j’avais l’impression d’avoir fait « le tour du jardin  et j’avais aussi envie d’aller voir ailleurs de ce qui s’y passait. D’ailleurs, mon patron de l’époque, Yvon Dubé, qui avait accédé à la présidence du journal, m’avait souligné que son seul regret professionnel était de n’avoir jamais œuvré ailleurs qu’à La Tribune, ce qui lui aurait permis de découvrir d’autres façons de faire, quitte à revenir à Sherbrooke plus tard. Son message n’était pas tombé dans l’oreille d’un sourd.

L’offre du magazine L’Actualité était intéressante, tant au point de vue professionnel que financier. Lors de ma première rencontre avec le directeur de la publication, il m’avait montré mon « futur » bureau au sixième étage d’un édifice moderne situé angle Sherbrooke et De Lorimier à Montréal, l’édifice le plus élevé de ce secteur de la ville (du moins à cette époque). Mon bureau comptait deux murs en verre, ce qui me donnait une vue imprenable sur le fleuve St-Laurent et l’Île Ste-Hélène, de même que sur l’est de la Métropole. J’étais tombé « en amour » avec ce bureau… mais je devais connaître une grande déception quelques mois plus tard lorsque notre patron nous a annoncé que pour des raisons d’économie nous devions quitter cet édifice et déménager au deuxième étage d’un édifice plutôt vétuste angle Pie IX et Hochelaga, ce qui devait finalement s’avérer un véritable cauchemar (j’y reviendrai).

C’est à regret que j’ai quitté Sherbrooke, une ville que j’adorais vraiment au point de la considérer comme ma ville d’adoption, et une ville où, grâce à mes études et à mon travail, je me suis fait d’innombrables amis. Mes fonctions à La Tribune, particulièrement à partir du moment où je suis devenu un « petit boss », m’ont permis d’être associé directement ou indirectement à tout ce qui bougeait, non seulement à Sherbrooke mais aussi dans toute la région des Cantons de l’Est. Une façon pratique de rencontrer bien des gens.

La fin de l’année 1972 a signifié que j’arrivais à Montréal pour la deuxième fois de ma vie après y avoir passé l’été 1959. J’y reviendrai dans un prochain texte.

Des cours de français et d’anglais pour tous les Canadiens

Je ne crois que sa suggestion ait été bien loin. Quoi qu’il en soit, dans le journal Le Carillon du 17 octobre 1968, nous apprenons que le député Viateur Éthier « désire que le gouvernement institue des cours du soir portant sur la conversation française et anglaise dans toutes les villes du Canada afin de permettre à tous les Canadiens d’apprendre à s’exprimer dans les deux langues officielles du pays ». L’article poursuit en affirmant que « la Chambre s’est déclarée favorable à ce que le gouvernement fédéral étudie la possibilité, après consultation et entente avec les provinces, d’instituer de tels cours ». Voilà pour les bonnes intentions… mais l’enfer n’en est-il pas pavé?

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Je ne sais pas ce que je fais là. Je viens de me marier et ma fille Dominique n’est pas encore dans le portrait, pas pour neuf autres mois en tout cas, mais je me retrouve trésorier du comité central de l’Association des parents et instituteurs de la paroisse St-Alphonse-de-Liguori, paroisse dont je ne fais même pas partie. Je suis dans une photo de l’édition du 24 octobre 1968. J’en conclus, en rétrospective, que j’avais été « charmé » par les belles Marinette Lalande, présidente, Rollande Currier, vice-présidente, et Claudette Ouimet, secrétaire, les autres membres du comité. Je dois dire aussi qu’elles étaient épouses d’hommes influents dont j’avais besoin comme contacts pour le journal! (Le fils de Claudette, Francis, est apparu un jour dans le groupe des communications de Postes Canada où je travaillais. Il m’a montré cette même photo que sa mère avait conservée.)

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Je retiens l’éditorial de mon collègue Jean-Robert Danis dans l’édition du 24 octobre, intitulé « Un dur coup pour la presse ». Il y est question d’une récente annonce du ministre des Postes, Eric Kierans, « à la tête d’un ministère perpétuellement en mal de déficit ». Kierans propose de majorer les tarifs postaux pour les publications « de l’ordre de 275 p. cent ». L’éditorial se référait aussi aux accords « américano-canadiens de réciprocité » qui libéraient les grandes publications telles Time, Life, Look et Reader’s Digest des tarifs postaux. « M. Kierans et le gouvernement Trudeau pourraient tout au moins faire preuve de juste en accordant un traitement égal aux publications canadiennes. » Les attaques des journaux contre Postes Canada allaient se prolonger pendant de nombreuses années. Au journal, nous avions toujours l’impression que le personnel du bureau de poste de Hawkesbury faisait tout leur possible pour nous créer des problèmes. Les responsables de la vérification des revenus, par exemple, mesuraient chaque article, chaque annonce, pour s’assurer que la proportion entre les deux était conforme aux directives sur les publications. Trop d’espace de publicité et le journal n’était plus qu’une ignoble circulaire.

Lorsque le ministère des Postes est devenu la Société canadienne des postes, il devenait encore plus important de garantir les revenus postaux. Je me souviens lors d’un congrès de la Canadian Community Newspapers Association à Edmonton (en Alberta), Michael Warren, alors PDG de Postes Canada, avait averti les éditeurs des journaux communautaires que sa société ferait tout pour obtenir une plus grande part de la distribution des encarts publicitaires, si lucratifs pour les médias. Plusieurs années plus tard, alors que j’étais d’ailleurs au service de Postes Canada, la société avait même créé une section spéciale pour livrer exclusivement des circulaires publicitaires. Quand Publi-Sac est arrivée dans le portrait, les médias se sont ligués contre Postes Canada et ont exercé tellement de pressions sur l’actionnaire (le gouvernement fédéral) qu’elle a été obligée de démanteler son groupe spécial de livraison. Ce qui n’empêche pas Postes Canada de livrer encore des circulaires dans votre boîte aux lettres, mais les journaux et les « publi-sacs » de ce monde en distribuent beaucoup plus.