De Vincent Lacroix à Ruth Ellen Brosseau…

par Alain Guilbert

Pendant plusieurs jours après que les résultats des élections fédérales ont été connus, les médias ont fait de nombreuses manchettes avec une nouvelle députée totalement inconnue, Ruth Ellen Brosseau. Pourquoi en a-t-on fait une vedette? Tout simplement parce que cette jeune femme était « invisible » depuis le tout début de la campagne électorale… et pire encore, depuis son élection (jusqu’à ce qu’elle se manifeste publiquement pour la première en fin de semaine).

Son histoire n’est pas banale… Ruth Ellen Brosseau habite Gatineau dans l’Outaouais. Elle travaille comme gérante adjointe au bar des étudiants de l’Université Carleton à Ottawa. Elle est anglophone, parlant quelque peu (à ce qu’on dit) le français. Elle a été candidate du Nouveau Parti démocratique dans la circonscription de Berthier-Maskinongé en Mauricie, une région à 98 % francophone. Elle n’a fait aucune présence visible dans « sa » circonscription de toute la campagne électorale. Elle n’y a été ni vue, ni entendue. Il n’y avait d’ailleurs aucune affiche avec son nom et sa photo. Même plus, elle a demandé un congé à son patron il y a quelques semaines, non pas pour mener une campagne électorale, mais pour aller en vacances à Las Vegas.

Ruth Ellen Brosseau était de toute évidence un « poteau » politique. Avant que les élections ne soient déclenchées, le Nouveau Parti démocratique ne comptait qu’un seul député au Québec (Thomas Mulcair), et il ne pouvait s’attendre au mieux qu’à en faire élire deux ou trois de plus. Mais un parti politique qui se veut « national » doit présenter des candidats dans toutes les circonscriptions du pays. Comme le NPD ne dispose d’aucune organisation digne de ce nom au Québec, il a fait appel à des militants ou à des bénévoles pour agir comme candidats dans plusieurs circonscriptions. C’est ce qu’on appelle des « poteaux ». Ces candidats savent très bien qu’ils n’ont aucune chance d’être élus, mais chacun des votes qu’ils reçoivent vaut 2 $ par année à leur parti. Il s’agit du financement public que Stephen Harper a l’intention d’abolir. Le Parti Vert, par exemple, qui n’a fait élire qu’un seul député dans tout le Canada, a quand même recueilli 576 221 votes, ce qui pourrait lui valoir plus de 1,1 million $ par année. Le NPD avec ses 4 508 474 votes recevrait un peu plus de 9 millions $ annuellement.

Revenons à madame Brosseau. Elle n’avait donc, tout comme de nombreux autres candidats du NPD, aucune chance d’être élue. Qu’elle fasse campagne électorale ou non, qu’elle sillonne sa circonscription en tous sens ou non, qu’elle s’en aille à Las Vegas ou non, cela devait ordinairement ne rien changer à l’issue du vote.

C’était cependant sans compter sur l’imprévisibilité des Québécois… Ceux-ci ne voulaient nettement pas des conservateurs de Stephen Harper et pas plus des libéraux à qui ils n’ont pas encore pardonné l’histoire des commandites. Normalement, les Québécois auraient accordé leurs votes au Bloc québécois, comme ils l’ont fait régulièrement depuis plusieurs élections. Mais, ce qu’on ne savait pas encore, c’est qu’ils en avaient aussi assez du Bloc. Et après le débat des chefs, où son sourire et sa canne lui ont valu beaucoup de sympathie, Jack Layton a commencé à attirer l’attention des Québécois. Son capital de sympathie a encore augmenté à la suite de son apparition à la très populaire émission télévisée « Tout le monde en parle ». Une vague « orange » a commencé à prendre forme. Elle a grossi, grossi et encore grossi… jusqu’à se transformer en un tsunami qui a complètement balayé le Québec. Un rêve que même le NPD considérait comme impossible s’est réalisé. Et c’est ainsi que des « poteaux » comme Ruth Ellen Brosseau sont devenus députés sans jamais l’avoir voulu. La seule différence entre madame Brosseau et ses collègues « poteaux », c’est qu’elle est demeurée la seule « invisible » avant les élections et plusieurs jours après… ce qui bien sûr a attiré l’attention des médias.

Certains lui ont reproché son « invisibilité »; d’autres, de ne pas parler français (notez bien qu’à ce moment personne ne l’avait encore entendu parler); d’autres, d’être allée à Las Vegas au lieu de faire campagne dans sa circonscription. Et ainsi de suite.

Mais si quelqu’un doit être blâmé dans cette histoire, ne croyez-vous pas que ce devrait être les électeurs de Berthier-Maskinongé? Ce sont eux qui ont voté pour une personne qu’ils ne connaissaient ni d’Ève, ni d’Adam, une personne qui n’avait jamais mis les pieds dans leur circonscription, une personne qu’ils n’avaient jamais même vue en photo. Ces gens ont voté « aveuglément », comme des moutons qui suivent un troupeau. Je comprends qu’au Québec, comme ailleurs au Canada, on vote souvent plus pour un chef de parti que pour un candidat dans une circonscription. Mais cela veut-il dire qu’on doit voter les yeux fermés? Il me semble que les électeurs doivent faire un minimum d’efforts pour s’informer au sujet des différents candidats qui désirent obtenir leur vote avant d’aller faire leur « X » dans l’isoloir. Si leur nouvelle députée venait à les décevoir à l’avenir, les électeurs de Berthier-Maskinongé (comme ceux de quelques autres circonscriptions qui ont vécu des situations similaires) n’auraient alors qu’eux-mêmes à blâmer. Heureusement pour la circonscription de Berthier-Maskinongé et aussi pour madame Brosseau, rien ne dit pour le moment qu’elle ne fera pas une excellente représentante de sa circonscription et de ses citoyens à la Chambre des communes. Après tout, elle ne sera pas la première (ni la dernière) élue à se présenter à Ottawa sans expérience préalable.

Je m’interroge aussi sur le rôle des médias dans cette histoire. En effet, la « non-visibilité » de Ruth Ellen Brosseau a été le quatrième sujet qui a occupé le plus d’espace dans nos médias la semaine dernière, après les élections elles-mêmes, la mort d’Oussama Ben Laden et les inondations en Montérégie. N’est-ce pas là faire vraiment preuve de démesure?

Ce genre de situation me fait aussi penser (jusqu’à un certain point) aux victimes de fraudeurs comme Vincent Lacroix et Earl Jones… Loin de moi l’idée de vouloir justifier de quelque façon les gestes de ces spécialistes de la fraude. S’emparer sans scrupule des économies de personnes qui ont souvent consacré une grande partie de leur vie à les réaliser demeure un crime très grave. Mais ce qui m’inquiète dans ces histoires, c’est qu’on ne s’interroge jamais sur le rôle des « victimes » dont certaines ont sans doute fait preuve de cupidité. Même si ces gens ont été victimes d’arnaques bien organisées, peut-on les dégager de toute responsabilité quand elles succombent à des promesses d’investissements qui pourraient leur rapporter 15, 20 ou même 25 % par année? Quand une chose est « trop belle pour être vraie », et qu’on y souscrit, peut-on ne prétendre avoir aucune responsabilité dans ce qui nous arrive par la suite? Que fait-on des règles élémentaires de prudence en matière de placements et d’investissements?

Encore une fois, c’est un domaine où les médias se rangent solidement derrière ceux et celles qu’ils identifient comme des « victimes », soit les personnes flouées par les Vincent Lacroix, Earl Jones et autres, ou soit les électeurs de Berthier-Maskinongé prétendument « floués » par l’absence de leur toute nouvelle députée. Pour un, j’estime que les torts ne sont pas toujours à 100 % d’un seul côté.

Le curé et son vicaire seront désormais salariés

« Le clergé sera désormais salarié » selon un article de l’édition du 18 janvier 1968 du journal Le Carillon. L’archevêque Joseph-Aurèle Plourde avait annoncé de nouvelles mesures sur l’administration des paroisses et la rémunération des prêtres dans son diocèse d’Ottawa. Ainsi, les recettes des quêtes restent dans la paroisse et ces quêtes n’auront lieu qu’une seule fois par messe, « soit à l’offertoire ». Auparavant, il y en avait deux et parfois trois. Ce décret de Plourde établit également le concept des offrandes dans une enveloppe.

« La dîme ou support paroissial à verser annuellement doit être l’équivalent d’une journée de travail pour toute personne gagnant un salaire et de $5.00 pour les personnes retraitées qui le peuvent. » Le prêtre touchera un salaire mensuel de 185 $ s’il a moins de dix ans de sacerdoce et 225 $ s’il a 20 ans ou plus d’expérience. Les prêtres sont évidemment logés et nourris dans le presbytère paroissial. « Le traitement de base de l’Archevêque est de $300 par mois et celui des évêques auxiliaires de $250. » Une autre époque quoi! Et il ne manquait pas de prêtres. À la paroisse St-Alphonse-de-Liguori, par exemple, il y avait un curé et deux vicaires en 1968… pour une même paroisse.

À propos d’un projet de loi déposé aux Communes sur l’avortement et l’homosexualité, Mgr Plourde en avait profité pour rappeler à ses ouailles que « c’est toujours à la loi de Dieu que la conscience des citoyens doit se conformer ». Ce projet de loi faisait jaser partout au pays bien entendu. Autre signe des temps que ces interventions archiépiscopales.

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Une annonce intéressante dans l’édition du 4 janvier parlant du nouveau restaurant Chez Michel sur la rue James à Hawkesbury. Je ne me souviens pas de ce restaurant. Quoi qu’il en soit, ce sont les prix de l’époque qui retiennent mon attention : deux œufs, bacon, rôties et café pour 70 cents; un demi-poulet barbecue, 1,25 $; un sandwich club, 1 $; un « small steak », 1,20 $; une omelette au jambon, 85 cents. Et chaque jour, il y a un « spécial » à 99 cents. Vous ne laisseriez même pas ces mêmes montants en pourboires aujourd’hui.