« L’Opération Mon pays » vise les immigrants illégaux

L’immigration illégale n’est pas un problème nouveau. Ainsi, dans l’édition du 4 octobre 1973 du journal Le Carillon, on apprend que l’unité mobile du ministère de la Main-d’œuvre et de l’Immigration, responsable de « l’Opération Mon pays », serait dans la région. L’opération cherchait « à retracer et à légaliser le statut des gens entrés illégalement au pays ». L’article expliquait que « le statut d’immigrant fournira à ces gens l’occasion de devenir des résidents canadiens permanents, pouvant jouir de tous les avantages qu’offre le pays, à l’exception du droit de vote et du passeport canadien. Ces deux privilèges sont accordés seulement aux citoyens canadiens. » Et pour rassurer tout le monde, j’imagine, le texte précise qu’un « candidat aura peu de difficultés à obtenir son statut d’immigrant s’il détient un emploi au Canada; s’il a tenté d’améliorer son sort depuis son entrée illégale au pays, comme ses conditions de travail ou l’apprentissage d’une des deux langues officielles; s’il exploite une entreprise financièrement stable ou qui a des chances de le devenir; ou encore si d’autres preuves démontrent qu’il est bel et bien établi au Canada ».

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Bernard Pelot, le maire du Canton de Russell, n’a pas la vie politique facile (j’en ai parlé dans mon billet de vendredi). Comme le rapporte Le Carillon du 18 octobre 1973, celui-ci « a essuyé un lamentable échec dans sa tentative de démocratiser les procédures du Conseil des comtés unis de Prescott-Russell ». Pelot avait présenté deux projets de résolutions qui visaient à rayer une règle de procédure du Conseil des comtés. « Les autres membres du Conseil se sont contentés d’ignorer tout bonnement les deux résolutions. » Lors d’une réunion du Conseil, le maire de L’Orignal, René Bertrand, « s’en est pris violemment, aux applaudissements des autres membres présents, aux insinuations récentes de M. Pelot dans les journaux ». Bertrand (qui allait démissionner de son poste à la mairie de L’Orignal parce qu’il avait décidé de s’installer en Floride) « a exigé des excuses et une rétractation de l’accusation portée contre le système d’administration des comtés qui permettait selon lui un mauvais usage des fonds ». Quant au maire Pelot, « demeuré silencieux tout au long de la déclaration de M. Bertrand, il a affirmé qu’il ne fera aucune rétractation quelle qu’elle soit et qu’il a été plus que satisfait des réactions à ses récentes déclarations ». Il avait simplement réclamé que Russell soit traitée sur un pied d’égalité avec les autres municipalités des comtés. « C’est parmi un silence général que M. Pelot a terminé son exposé. »

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C’est drôle comment le temps répare les choses. Quelques années auparavant, l’éditeur du journal Le Carillon avait publié une « lettre à son fils » dans laquelle il l’avertissait des risques de voter pour le Nouveau parti démocratique, dirigé justement par Stephen Lewis. Lewis avait décrit le journal comme un « journal socialiste ». En octobre 1973, Lewis effectue une visite dans la région et rencontre ce même éditeur. Dans l’édition du 18 octobre 1973, on retrouve une lettre surprenante adressée à « Monsieur André Paquette »; la voici :

« Je tiens à vous envoyer ces quelques lignes pour vous dire combien j’ai apprécié notre brève conversation et combien je suis heureux que nous ayons eu cette occasion de nous rencontrer. Ma courte carrière politique n’a certainement pas comporté jusqu’ici suffisamment de conversations avec des personnes telles que vous. Lorsqu’une telle occasion m’est donnée, je suis plus que jamais décidé à garder des contacts plus sérieux avec des gens qui, comme vous, représentent si bien la collectivité.

J’ai aussi pris très cœur notre conversation au sujet des nouvelles de Queen’s Park qui pourraient être publiées dans Le Carillon. Je pense que nous vous contacterons ici et là lorsque des sujets intéressant l’Est de l’Ontario ou particulièrement la collectivité francophone sont aux débats. (Je voudrais ajouter ici que votre compte-rendu de ma visite dans votre région est des plus généreux.)

Si je reviens à Hawkesbury, je ne manquerai pas de venir frapper à votre porte. Et si vous pensez qu’un politicien puisse vous être utile (ce dont on doute quelquefois!), n’hésitez pas à écrire. »

Pelot part en guerre contre les Comtés unis

Dans ma chronique du 27 septembre 1973, j’avais souligné les absences fréquentes du maire du canton de Russell, Bernard Pelot, aux délibérations du Conseil des comtés unis de Prescott-Russell, au sein duquel il représentait sa municipalité en compagnie de son sous-préfet Edgar Brisson. Pelot avait réagi vivement auprès de deux quotidiens d’Ottawa et il s’était vidé le cœur. Le Carillon du 4 octobre 1973 y fait référence : « Le maire du canton de Russell, M. Bernard Pelot, veut se mêler des affaires des autres. » Lors d’une réunion de son conseil municipal, il avait réaffirmé son « intention de participer activement aux campagnes électorales dans les municipalités de Prescott-Russell qui tiendront des élections le 3 décembre prochain ».

Pelot voulait « former un ‘comité’ de frappe, regroupant tous les intéressés, dans le but d’éliminer les ‘indésirables’ du Conseil des comtés unis de Prescott-Russell, un organisme qu’il juge ‘désuet et anti-démocratique’. (…) Le maire de Russell a soutenu que trois ou quatre municipalités seulement retiraient des bénéfices des comtés unis, tandis que les nôtres n’avaient rien. Il a ajouté que les président des comités du Conseil des comtés sont choisis parce que cela leur fait plaisir et que les membres de l’organisme sont plus préoccupés d’une ‘chaise vide’ que des questions importantes. »

Pelot avait même laissé entendre s’être rendu à une réunion du Conseil des comtés « en compagnie de cinq autres membres, dans une même automobile, et que chacun a été payé pour son millage. Il a soutenu qu’il avait personnellement refusé d’accepter son chèque. » Le maire de Russell avait demandé « au gouvernement de Queen’s Park d’enquêter sur les comtés et de réorganiser si possible le gouvernement de Prescott-Russell. Il estime en effet que le Conseil des comtés unis devrait s’occuper davantage des questions importantes et progressives, comme la planification et la protection de l’environnement, et laisser les travaux de voirie à l’administration de chaque canton ou de chaque municipalité. »

Tout un personnage que ce Pelot. J’en parle parce que les souhaits de Bernard Pelot seraient éventuellement et partiellement comblés. J’y reviendrai.

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Le Carillon du 4 octobre 1973 publie une section spéciale de 14 pages à l’occasion de l’inauguration officielle de la nouvelle école polyvalente de Plantagenet. Le nouvel édifice de 4 500 000 $ faisait la fierté de cette région et des 1 024 élèves qui la fréquentaient. Cette école secondaire était alors une des plus modernes en Ontario. Le ministre de l’Éducation, Thomas Wells, se déplacerait pour l’occasion. Pas moins de 71 enseignants y travaillaient.

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Je note un paragraphe dans un texte sur les prochaines élections municipales à Rockland dans l’édition du 4 octobre 1973. « Un nouveau venu dans l’arène municipale, M. Jules Lavictoire, a fait connaître sa décision de devenir conseiller pour la municipalité de Rockland. Actif au sein de plusieurs organisations sportives de la région, M. Lavictoire a fait ce choix à la demande de plusieurs citoyens. » J’en parle parce que Jules était un confrère de classe au petit séminaire, qu’il a toujours été énormément respecté dans sa communauté, particulièrement au niveau du hockey mineur. Jules et moi avons également travaillé à la campagne de Julie Bourgeois lors des dernières élections fédérales du printemps dernier. Un sympathique gentilhomme.

Embrun-Russell… un seul service de pompiers

« Service unique d’incendies pour Embrun et Russell » peut-on lire dans l’édition du 27 septembre 1973 du journal Le Carillon. C’était une vieille suggestion de 1970 ressuscitée par le maire Bernard Pelot. Le regroupement allait se concrétiser le 1er janvier 1974. « Élu à la mairie du canton de Russell en décembre dernier, M. Pelot, qui a déclaré à l’issue de la réunion que le ‘canton se devra d’abolir les villages policés avant les élections de 1974’ semble s’être donné pour mandat de décentraliser les deux villages d’Embrun et Russell pour donner de l’emphase au canton tout entier. À cet effet, le regroupement des services d’incendies constituerait le premier pas dans cette direction. » C’était mal connaître la population de ces deux villages qui sont toujours aussi désunis qu’à l’époque. Pourtant, au scrutin de 2010, quelques candidats ont souhaité la même chose… mettre l’emphase sur une seule municipalité plutôt que sur chacun des villages. Le mandat du Conseil vient à peine de franchir sa première année de quatre. Ce sera à surveiller!

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Le journal annonce dans son édition du 27 septembre 1973 que le Domaine naturiste du Québec à St-Eugène a été vendu. Paul-André et Nicole Vadeboncoeur, de Lachute, les propriétaires-fondateurs, ont vendu leurs intérêts à Richard Brunet, de Ste-Justine-de-Newton. « Les facilités du domaine, notamment la piscine chauffée et le restaurant, seront tout de même disponibles cet hiver aux membres qui désirent pratiquer la motoneige. » J’imagine qu’ils ne pratiquaient pas la motoneige nus! Le Domaine avait ouvert ses portes en 1969 et avait soulevé certaines préoccupations chez la population locale. « Toutefois, les mesures prises par la direction du Domaine naturiste pour assurer l’intimité de ses membres et éloigner les curieux ont fait que le lieu est devenu une institution locale, que les résidants prennent maintenant pour acquis. » Et comme le précisait le texte : « Plus de 95 p. cent des membres sont des Canadiens-français de la région montréalaise. »

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Mgr Gérard Charette, un populaire curé de la région, était né à Bourget le 3 décembre 1911 et avait été ordonné prêtre le 24 juin 1937. De 1960 à 1964, il avait été missionnaire au Brésil, où il avait fondé le vicariat St-Dominique, dans le diocèse de Marília de la province de Sao Paulo. Il était donc normal qu’il devienne un jour curé de la paroisse St-Dominique, mais à Hawkesbury. C’est la poste qu’il occupait lors de ce terrible accident routier à Cowansville au Québec le 2 octobre 1973 qui lui a enlevé la vie. Et il n’était pas seul. « Mgr Charette conduisait son automobile, dans laquelle prenaient place Sœur Solange Chénier, s.c.o., directrice du nursing au Foyer Prescott-Russell de L’Orignal; Sœur Gabrielle Charette, s.c.o., également du Foyer; Sœur Fleurette Perron, servante de N.-D. Reine du Clergé, nouvelle ‘ménagère’ au presbytère de la paroisse St-Dominique depuis la mi-septembre; et Mlle Rose Yelle, originaire de Bourget, et pensionnaire du Foyer Prescott-Russell. » Leur automobile avait été « frappée par un autobus de la compagnie Montréal-Métropolitain. L’autobus ne transportait pas de passagers et le conducteur a subi un violent choc nerveux. » La mort des victimes avait été instantanée selon l’article du 4 octobre 1973 qui raconte le tout en page une.

Dans ma chronique de la semaine suivante, je note que « la cause de l’œcuménisme perd en lui un défenseur de valeur. Un ministre protestant m’a déjà confié que si tous les hommes pensaient comme Mgr Charette, les mots ‘catholiques’, ‘protestants’, ‘anglicans’, ‘presbytériens’ et autres n’auraient pas leur raison d’être sans les dictionnaires. Il avait raison. » C’est le chanoine anglican Frank Lawlor qui m’avait fait ce commentaire; lui aussi avait un grand sens œcuménique et il était parfaitement bilingue. Son fils fréquentait l’École prématernelle en même temps que ma fille.

Quant à Mgr Charette, je me souviens de m’être rendu à une soirée de la francophonie à l’hôtel Skyline d’Ottawa avec le directeur du journal, sa femme et sa jeune sœur (qu’il avait voulu me présenter). Comme invité ce soir-là, l’imitateur Jean-Guy Moreau, tout jeune, et qui nous avait marqué avec son imitation de Gilles Vigneault.

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Les 404 employés de la CIP en grève depuis le 3 août 1973 en subissent de plus en plus les conséquences, « manque d’argent et manque de nourriture », et les Chevaliers de Colomb organisent une importante campagne afin de leur venir en aide. La campagne avait permis de recueillir pas moins de 10 000 $, toute une somme pour l’époque.

Un bureau permanent du Collège Algonquin… la question revient

Le Collège Algonquin est assurément populaire dans les comtés unis de Prescott et Russell et Hawkesbury aimerait bien que l’institution y établisse un bureau permanent. Il en est question dans l’édition du 27 septembre 1973 du journal Le Carillon. La question revêtait une telle importance que le président du Collège, le Dr Laurent Isabelle, s’était déplacé afin d’en discuter avec des citoyens de la région. « Sous peu, le Collège Algonquin enverra un représentant dans la région de Hawkesbury afin de déterminer la possibilité d’offrir des cours à plein temps, puisque plusieurs citoyens sont intéressés à prendre des cours auxquels sont rattachés des crédits et un diplôme. » Le problème principal était de trouver un local adéquat. Le Dr Isabelle avait parlé de la possibilité de joindre leurs efforts à ceux de l’Université d’Ottawa pour certains cours. « Le représentant des comtés unis de Prescott et Russell au bureau des gouverneurs du Collège Algonquin, le juge Omer Chartrand, a déclaré que la population doit s’éduquer continuellement et que les hommes d’affaires et professionnels qui ne participent pas à des cours pour se recycler sont dépassés par les méthodes modernes. » Ses propos sont encore pertinents.

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Gérard Bossé était à l’emploi de l’imprimerie du journal depuis 16 ans et il en était devenu contremaître quand l’Agence canadienne de développement international le recrute afin d’enseigner la technique d’impression offset aux Africains de la Côte d’Ivoire. Dans le cadre de ce projet de l’ACDI, Gérard s’occuperait de l’impression de livres et de magazines éducatifs. Gérard, son épouse Ginette et leurs enfants Jean-François et Caroline s’envolèrent donc pour deux années à Bouaké, une ville ivoirienne de 200 000 habitants où le français est la langue de 80 p. cent de la population. On en parle dans l’édition du 27 septembre 1973. Gérard est revenu au journal après son expérience hors de l’ordinaire.

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Cette courte note dans ma chronique du 27 septembre 1973 ne me rappelle rien de précis, sauf qu’il s’agissait d’une référence à un autre citoyen de Hawkesbury qui s’était illustré au niveau national. « Saviez-vous qu’un des meilleurs réalisateurs de Radio-Canada, Paul Blouin, a complété ses études secondaires à Hawkesbury? C’est du moins ce qui est dit dans le volume II de l’Encyclopédie artistique 74 de TV Hebdo. Blouin est celui qui a réalisé le téléthéâtre ‘Des souris et des hommes’, d’après l’œuvre de John Steinbeck, émission qui avait soulevé des éloges dans plusieurs pays. »

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Le directeur-gérant et copropriétaire des Nationals de Rockland de la Ligue centrale junior A, Jean-Marc Lalonde, n’est pas du tout content d’une décision du Conseil d’éducation de Prescott-Russell. Le CEPR avait décidé d’imposer des frais d’inscription de 100 $ à ses joueurs qui ne résidaient pas à Rockland et qui voulaient poursuivre leurs études à l’école secondaire locale. Lalonde avait « déclaré que cette mesure, qui affecte 11 de ses joueurs, est en fait une injustice envers le hockey amateur de la région, puisque les autres commissions scolaires, selon lui, n’ont pas recours à une telle pratique ». Lalonde aurait préféré un montant forfaitaire minime pour toute l’équipe ou, mieux encore, aucuns frais. Lalonde n’avait pas prévu une telle dépense au budget de son équipe. Il en est question dans l’édition du 27 septembre 1973.

Ault Food achète la Crèmerie Plantagenet

La compagnie Ault Food Ltée, de Winchester, achète la Crèmerie de Plantagenet. Comme on peut le lire dans l’édition du 13 septembre 1973 du journal Le Carillon, une cinquantaine de travailleurs de la région perdront leur emploi. Cette crèmerie traitait pourtant 50 millions de livres de lait par année. « En plus de faire la transformation du lait en fromage ou en beurre on y traitait aussi le petit-lait. » Je reviendrai plus tard sur Ault Food et son influence politique.

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Le maire Yvon Montpetit avait été fidèle à sa chronique hebdomadaire dans Le Carillon pendant la durée de son mandat. Comme il l’avait précisé lui-même dans sa première chronique hebdomadaire, « ce privilège me sera retiré trois mois avant les prochaines élections municipales ». Sa dernière chronique serait donc publiée le 6 septembre 1973. Pendant ces 33 mois, « le maire Montpetit a profité de l’espace réservé dans Le Carillon pour expliquer aux citoyens ses points de vue personnels sur plusieurs questions et très souvent, il en a profité pour critiquer vertement les journalistes du Carillon. Ses propos n’ont jamais été censurés par la direction du journal, tel qu’entendu en janvier 1971 ». Il va sans dire que cette expérience n’a jamais été répétée avec les maires subséquents. De toute façon, ils n’avaient pas le même souci de la communication que Montpetit.

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Le Conseil d’éducation de Prescott-Russell gérait à la fois les écoles secondaires et les écoles élémentaires publiques de son territoire. Toutefois, les écoles publiques relevaient d’à peine six conseillers scolaires et non pas de l’ensemble pour la plupart des décisions. Évidemment, cela était source de conflits et de débats houleux depuis le regroupement du 1er janvier 1969. Dans l’édition du 20 septembre 1973, on apprend que le secteur public « réclame son indépendance ». Charles Burroughs explique tout ça en détails dans son texte. Ils n’allaient pas gagner leur point jusqu’à plusieurs années plus tard, lorsque le gouvernement ontarien allait réorganiser les conseils scolaires différemment et à une plus grande échelle territoriale.

La CIP paralysée par une longue grève

L’usine locale de la CIP était le moteur de l’économie locale et de la politique locale, en fait. Le 2 août 1973, les 380 employés syndiqués déclenchent la grève. « Les syndiqués réclament une augmentation de 40 cents l’heure la première année et une majoration de 9 p. cent ou au minimum de 45 cents de l’heure au cours de la deuxième année de la convention. » Les grévistes souhaitaient aussi des améliorations au régime de retraite, une meilleure sécurité d’emploi, une convention de deux ans au lieu de trois. Cette grève serait longue selon le président du local syndical, Georges Radford « c’est-à-dire jusqu’à ce que les offres de l’employeur correspondent avec les demandes des employés ».

Pendant la grève, les camionneurs ne pouvaient livrer leur bois à l’usine, alors ils déposaient leur cargaison sur le terrain de l’autre côté du chemin de l’hôtel Bar-X, à Grenville. En peu de temps, on peut compter des milliers de billots. Dominique Demers grimpe sur le toit de cet hôtel pour bien capter l’ampleur du problème. Sa photo orne la une du 16 août 1973 du journal Le Carillon. Pendant ce temps, les grévistes s’étaient plié à la requête de la Cour suprême de l’Ontario de ne plus piqueter devant les installations des Recherches CIP, dont les employés n’étaient pas en grève. J’y reviendrai.

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Claude Kingsbury signe un reportage sur un projet collectif dans la région de Wendover dans l’édition du 2 août 1973 du journal Le Carillon. Cette ferme Renaissance « est située à environ un mille et demi de la route 17 près de Plantagenet ». Le groupe d’artisans affirmait que près de 30 000 personnes s’y rendraient. « La ferme des mille secrets comme plusieurs résidents sont fiers de le mentionner est totalement organisée, financée, construite et opérée par les participants à cette exposition communautaire de la renaissance des arts. » Paul Kuitenbrower, le porte-parole du groupe, avait décrit l’expérience comme une sorte de retour à la vie médiévale. Le tout avait fait beaucoup jaser dans le coin à l’époque.

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« Le premier étudiant en art dramatique à l’Université d’Ottawa, M. Grant Lowe, de Grenville, a été admis à l’École nationale de théâtre à Montréal. » Âgé de 23 ans, Lowe était le premier étudiant de la région à être accepté à l’école de théâtre. On y fait référence dans l’édition du 2 août 1973. Il avait déjà participé à plusieurs productions théâtrales à Ottawa. Plus tard, Lowe serait de la distribution des films « Radib » en 1977, « The High Country » en 1981, « Chautauqua Girl » en1983 et « Vanishing Act » en 1986. Selon une source, il aurait aussi joué dans « Superman III » en 1983.

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Dans la région de Limoges, c’est une véritable institution. Le Carillon du 16 août 1973 annonce la réussite de ce centre inauguré une année plus tôt. « Environ quinze personnes de ‘Fact Entreprise Ltée’ et travaillant pour le camp Kittawa, ont acheté cinquante acres de terrain qu’ils diviseront en terrains plus petits. Présentement, le parc met à la disposition des campeurs 93 terrains avec eau et électricité. Les responsables du camp projettent le développement d’une aire pour pique-niqueurs, d’un sauna et d’une salle eucalyptus s’ajoutant au pavillon muni d’une piscine et existant présentement. » L’article précisait que la population de Limoges pourrait utiliser la piscine extérieure. Le terrain de camping Kittawa est toujours là et, au fil des ans, s’est développé au point d’accueillir plusieurs centaines de campeurs. Il est strictement privé aujourd’hui et rempli à capacité.

Bonne fête!

Celui-ci est un acrostiche avec le prénom d’une nièce de ma mère, Sandra. Elle lui avait composé ce poème-souhaits le 23 octobre 1984.

Sais-tu qui pense à toi? Bonne fête
Alors! Tu comptes un an de plus
N’est-ce pas que le temps passe vite?
Dans la vie tout doit avancer
Reste confiante en l’avenir
Ainsi, tu auras l’âge que j’ai.

Une première convention à la Patchogue-Plymouth

J’ai parlé auparavant des difficultés qu’avaient éprouvées les employés de l’usine Patchogue-Plymouth à obtenir leur accréditation syndicale. Ils l’avaient obtenu, bien sûr, et dans l’édition du 19 juillet 1973 du journal Le Carillon, on apprend que les syndiqués viennent de signer une première convention collective. « Cette convention vaut une hausse générale de 60 cents l’heure pour les quelque 300 employés de cette firme » répartie sur les deux années et demie de l’entente. L’article ne fait pas référence au tarif horaire. Jean-Marie Bédard, le vice-président du syndicat et négociateur, déclare « que la signature de la convention collective marquait une date importante dans l’histoire des relations industrielles à Hawkesbury ». Je reviendrai sur cette usine et ses relations industrielles plus tard.

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Cette semaine-là, celle du 12 juillet 1973, était exceptionnelle, mais de tels avis étaient fréquents à l’époque. Ainsi, dans cette édition, quatre « maris » publient l’avis en question et qui se lisait toujours de la même façon : « Je, xxx, de xxx, déclare qu’à partir de cette date, je ne suis plus responsable des dettes contractées en mon nom par mon épouse, née xxx. Signé à Hawkesbury ce xx jour de xxx 19xx. » Les premiers pas vers un divorce étaient alors connus du grand public.

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L’usine de Duplate Canada avait eu besoin de recruter de ses anciens employés d’Oshawa et de Windsor. Ils s’étaient évidemment installés à Hawkesbury et dans la région. Ce groupe se sentait défavorisé par la présence du seul média local, soit Le Carillon, étant donné que plusieurs unilingues ne pouvaient comprendre son contenu. Un groupe avait donc réclamé un journal en anglais et avait même souhaité que Le Carillon traduise une partie de son contenu dans une édition complémentaire. Ils avaient convoqué la direction du journal à une réunion publique, de même que l’éditeur du journal anglophone du village voisin de Vankleek Hill, The Review. Ils voulaient que ce journal couvre la ville de Hawkesbury. À l’époque, Hawkesbury était à 83 p. cent francophone; il n’y avait pas de marché pour un journal en anglais. Il en est question dans l’édition du 19 juillet 1973. La situation est différente et la presque totalité des médias locaux sont maintenant bilingues.

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On en avait bien ri au journal et nous avions partagé le tout avec nos lecteurs dans l’édition du 19 juillet 1973. Cinq étudiantes avaient obtenu des subventions dans le cadre du programme Perspectives-Jeunesse et avaient ouvert un comptoir artisanal le long de la route 17, à l’intersection du chemin de Wendover. Le Secrétariat d’État en était fier et avait confié le public et les médias à son inauguration officielle. Comme le précise le communiqué du Secrétariat, « l’honorable Denis Ethier, député fédéral du comté Prescott-Russel et Fermount, de même que l’honorable Laurent Bélanger, député provincial du comté Prescott-Russel seront les invités d’honneur ». Mais voilà, Denis Ethier et Albert (non pas Laurent) Bélanger ne sont pas ministres, donc ils ne sont pas « honorables »; Russell s’écrit avec deux l; et Fermount n’existe pas, Ethier représentant la circonscription de Glengarry-Prescott-Russell. Dans un paragraphe, Glengarry est épelé « Glendgary ». « Une bonne coquille » titrait le journal.

Interdire totalement la vente du tabac

« Ethier voudrait empêcher les jeunes de fumer » est le titre d’un long texte dans l’édition du 28 juin 1973 du journal Le Carillon. L’article se réfère à une intervention du député libéral Denis Ethier lors du débat sur un projet de loi visant à restreindre l’usage du tabac au Canada. « Peut-être même devrions-nous interdire totalement la vente du tabac » opine Ethier dès le commencement de son discours. Il se réfère aussi à la loi qui existait alors depuis 40 ans (la Loi sur la répression de l’usage du tabac chez les adolescents) et qu’il « y a quand même une augmentation croissante de l’usage du tabac au cours des années ». Ethier déplorait que toutes les tentatives avaient échoué afin de réduire la consommation de tabac et ajoute même que l’interdiction de publicité « n’a abouti qu’à une seule chose; épargner des sommes fabuleuses aux fabricants de produits du tabac ». Ethier conclut que « nous devrions, pour le bénéfice de tous les Canadiens, penser à l’effet causé par la fumée sur la santé des non-fumeurs, à la pollution, aux incendies et même aux morts causées par la cigarette. (…) nous pourrions surmonter l’habitude de fumer et plus important encore, empêcher les jeunes de commencer ». Le député de Glengarry-Prescott-Russell préconisait l’application « d’un programme éducatif de nature à empêcher les gens de commencer à fumée » plutôt qu’une autre loi inefficace. Évidemment, avec les années, les différentes lois et les programmes variés ont contribué à la baisse de la consommation, mais pas à son élimination.

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Elle s’appelait Cécile Quesnel. Elle tenait un magasin général avec son mari Cléridan à St-Eugène et en 1960, elle était devenue la première femme à obtenir ses permis de conductrice d’autobus scolaire dans l’Est ontarien. « En 1959, M. Howard Cunning a été le premier commissaire à lui offrir le premier parcours scolaire de l’école publique de Pleasant Corner. » Elle avait accepté l’offre. Plus tard, ses fils Gilbert et Marcel ont pris la direction de l’entreprise connue maintenant sous le nom de Quesnel Bus Lines et dont la réputation déborde largement les comtés unis de Prescott-Russell. Dominique Demers raconte l’histoire de cette femme dans Le Carillon du 5 juillet 1973.

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Je vous en ai parlé. Dominique Demers avait été couronnée « reine de la Semaine française ». À ce titre, elle avait été invitée à participer au défilé de la rencontre annuelle des Anciens du Chenail à Hawkesbury, un grand rassemblement de 5 000 personnes. Étant donné qu’elle devait s’y rendre de toute façon, je lui demande de réaliser un reportage et de prendre quelques photos. Son reportage est dans l’édition du 12 juillet 1973 et elle ne s’était pas contentée de photos au sol. Elle en avait prises du haut d’une grande roue et une de ses photos a fait le plaisir des lecteurs à la une. C’est banal en soi, mais Dominique, comme je l’ai souvent écrit, est devenue une grande écrivaine et la fierté de la ville de Hawkesbury.

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C’était ambitieux. Comme on peut le lire dans l’édition du 12 juillet 1973, la firme Maurice Lamoureux, de St-Isidore, recevrait une subvention de 36 736 $ du ministère de l’Expansion économique régionale pour créer 12 nouveaux emplois et construire une nouvelle installation de classement d’œufs de 367 000 $, beaucoup d’argent pour l’époque. Le nouvel établissement de 16 000 pieds carrés a été construit près de l’autoroute 417 et de la route 9 à St-Isidore. « À partir de septembre prochain, la firme Maurice Lamoureux effectuera la classification de 25,000 douzaines par jour soit 300,000 œufs. Le marché existera surtout dans les régions du Québec avec les chaînes Steinberg, Dominion et plusieurs autres et fournira la moitié de l’île de Montréal. On envisage même la possibilité d’exportations. » Voilà pour l’ambition.

Un psychiatre arrive en ville

Ce n’est pas que la région de Hawkesbury comptait un plus grand nombre de « fous », mais on apprend dans Le Carillon du 14 juin 1973, qu’un psychiatre offrira maintenant ses services en permanence à la Clinique Smith de Hawkesbury. Cette clinique était un hôpital privé en quelque sorte, fréquenté surtout par la communauté anglophone, bien que les francophones y aient été accueillis à bras ouverts. Le psychiatre Lionel Kerwood venait donc appuyer les docteurs Drummond et Irwin Smith, Ian Warrack, Roger Emsley, Simon McCall et Alex Hunter, et les deux nouvelles recrues, les docteurs Geoffrey Bars et Ian Battye. Je ne reconnais pas ces deux derniers; je tiens donc pour acquis qu’ils n’y sont pas demeurés longtemps. La Clinique Smith a fermé ses portes depuis de nombreuses années. Lorsque l’Hôpital général de Hawkesbury s’est laïcisé, plusieurs services interdits du temps de la gestion religieuse y étaient offerts et la raison d’être de la Clinique Smith n’était plus la même. Et les médecins fondateurs avaient pris leur retraite de toute façon.

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En fait, dès l’édition de la semaine suivante, celle du 21 juin 1973, je publie un article sur le projet d’un nouvel hôpital de 125 lits au coût de quatre millions de dollars qui sera construit sur un terrain de 14,5 acres à la hauteur de la rue Spence à l’été de 1976. La firme Hawkesbury Realty avait offert le terrain pour la somme nominale de un dollar. « La construction de la nouvelle institution, de plus, signifierait pour le moment la fermeture des deux annexes ‘A’ et ‘B’ de l’Hôpital général actuel, qui comptent présentement, ensemble, quelque 80 lits. Les besoins à long terme de la région nécessiteraient près de 210 lits. » Et de préciser l’article : « Quant au sort qui sera réservé aux institutions opérant dans le moment, il n’est pas encore connu. Dans certains milieux, on parle de les convertir en foyers pour vieillards ou en maisons de convalescence pour lesquels les besoins existent également. » J’y reviendrai forcément en temps utile.

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Le grand événement méritait une pleine page dans l’édition du 21 juin 1973. Dominik Demers signe un texte à cet effet. « Mme Olivier Picard, 43 ans, a donné naissance à son vingtième enfant le jeudi 14 juin à 5 h 45. » L’âge de ses quatorze enfants vivants variait entre 23 ans et 2 ans. Six enfants n’ont pas survécu J’ose affirmer que tout le monde à Hawkesbury connaissait la famille Picard. L’aîné Jean-Pierre a siégé au Conseil municipal en même temps que moi. Je note que le long article ne fait aucune référence au prénom de la mère. Olivier, son mari, exploitait un garage et sa réputation de mécanicien était bonne; mon père utilisait ses services. Et Dominik note en conclusion que « la chambre 204 mérite probablement une médaille. Dans le lit voisin de Mme Picard, Mme Albert Goyer, de Curran, venait d’enfanter. Âgée de 27 ans, Mme Goyer a réussi en sa neuvième année de mariage à donner naissance à son neuvième enfant. » Encore là, on ne connaît pas son prénom. Autres temps, autres mœurs.

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Vous en avez assez de manger des céréales le matin, alors pensez au foin. Oui, celui dont raffolent les vaches. Et j’imagine qu’en 2011, c’est encore mieux qu’en 1973. Je me réfère à un article publié dans Le Carillon et 21 juin 1973 et qui cite l’agronome Roger Pommainville. Pommainville vantait les mérites protéiques du foin de luzerne. « Pour récolter du foin de luzerne contenant 18 p. cent de protéine brute par exemple, il serait important de le couper dès l’apparition des premières fleurs. Quelques jours plus tard, le contenu de protéine aura diminué à 14 ou 15 p. cent. (…) En coupant le foin tôt, il est possible de faire une deuxième coupe de bon foin. » J’en conclus que c’était le point de départ de la double coupe le foin que l’on observe dans nos secteurs ruraux. Voilà, vous vous coucherez moins niaiseux ce soir!