Un bel ordinateur IBM 1130… de 50 000 $

Nous sommes encore très loin des iPod et des iPad et des portables ultra-puissants. Mais comme le rapporte Le Carillon du 1er février 1973, l’École secondaire régionale de Hawkesbury est à l’avant-garde. L’école « offre maintenant à ses étudiants des cours en traitement des données, en programmation et en information à l’aide d’un ordinateur IBM 1130, modèle 4, achetée au coût de $50,000 ». Le nouvel équipement ultra-moderne « comprend une lectrice de cartes perforées, une unité centrale de contrôle, fonctionnant à l’aide de disques magnétiques et une imprimante sur papier, toutes reliées ensemble ». Et souvenir de l’ère des dinosaures informatiques : « Les machines périphériques, qui ne font pas partie intégrante de l’ordinateur, comprennent une perforatrice à cartes modèle 029 et une reproductrice 514, pour la transformation de cartes marquées à l’aide de crayons électromagnétiques en cartes perforées susceptibles d’être utilisées par l’unité de contrôle. » Voilà, expliquez tout ça à votre petit qui s’amuse avec sa Nintendo DS 3D!

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La nouvelle n’est pas annoncée officiellement par l’éditeur, mais l’édition du 1er février 1973 confirme la position que j’occupe depuis quelques semaines, celle de chef de l’information du journal Le Carillon.

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Décidément, l’histoire se répète à Rockland. En 2011, c’est le conflit entre le nouveau maire Marcel Guibord et l’administrateur Daniel Gatien. En 1973, c’était entre le maire Roger Charon et l’administrateur Denis Bissonnette. Dans l’édition du 1er février 1973, il est question de la démission de ce dernier. Il avait constaté qu’il lui serait impossible de s’entendre avec le nouveau maire. « Il aurait pu choisir de demeurer, de s’accrocher à son poste et d’essayer de faire la vie dure au maire Charron et à ceux qui l’appuient », commente Marcel Desjardins sous son pseudonyme de Paul Huneault.

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Je ne crois pas qu’un journal communautaire pourrait se permettre ça de nos jours. Pour l’édition du 8 février 1973, les 44 pages ne suffisaient pas au nombre d’articles que nous avions cette semaine-là, mais la philosophie de l’éditeur était de tout faire pour nos lecteurs; donc, je fais ajouter deux pages de « Nouvelles EXTRA » à la dernière minute… sans aucune publicité. Il m’arriverait de répéter l’exercice au fil des années, jusqu’à ce que de nouvelles presses ne le permettent plus.

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Tout le monde le reconnaissait, la route 17 était meurtrière et la route 34 presque autant; la 417 n’était pas encore terminée. Quoi qu’il en soit, comme on peut le lire dans Le Carillon du 8 février 1973, « pas moins de 1,454 collisions, faisant 43 morts et 809 blessés, se sont produites sur les routes de Glengarry, Prescott et Russell, en 1971 ». Le ministère ontarien des Transports venait de publier un rapport à cet effet. « À l’échelle de la province, en 1971, 1,769 personnes sont mortes et 84,650 ont été blessées dans 158,831 accidents qui ont occasionné des dommages matériels de $112,306,000. En 1971, il y avait 3,364,891 automobiles enregistrées dans la province, pour une population de 7,800,000. »

La Ferme Denys… le signe d’un temps

Le gouvernement fédéral a créé un programme d’initiatives locales afin d’encourager l’emploi et le développement. Comme le rapporte Le Carillon du 18 janvier 1973, la Ferme Denys obtient une subvention de 23 758 $ pour le développement d’un centre communautaire. Ce centre est la propriété de l’abbé Denis Lacelle, de Rockland. « La Ferme Denys, située entre Plantagenet et Treadwell, sera devenue un centre communautaire complet dès le début de juin. Elle se veut un centre d’accueil, de fraternité et de formation au service des groupes, organismes et individus de l’Est ontarien, sans distinction de race ou de religion. (…) Depuis son ouverture il y a trois ans, la Ferme Denys a été utilisée par des organismes tels Art Trek, Co-Formation, Direction-Jeunesse, Récupération créativité, Cinésources 10 et autres, L’animation était surtout assurée par le groupe Opiéçal, lui aussi à sa troisième année d’existence. » La Ferme Denys, qui était devenue un centre charismatique, a été la proie des flammes plusieurs années plus tard. (Denis Lacelle était un gars de Hawkesbury. Je l’avais connu au Petit séminaire où il enseignait. Je me souviens particulièrement que nous nous rencontrions dans sa chambre-bureau pour fumer, surtout l’hiver.)

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Au début de janvier 1973, la télévision de Radio-Canada présentait huit émissions-maison pour les enfants : Les Chiboukis, Minute Moumoute, Clak Coco-Soleil, Au jardin de Pierrot, Bobino, Nic et Pic, Fanfreluche et Picotine. Radio-Canada les annonçait dans l’édition du 11 janvier. Combien d’émissions-maison pour les enfants Radio-Canada présente-t-elle aujourd’hui? Je crois que la réponse est « aucune ».

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La nouvelle est rapportée dans Le Carillon du 25 janvier 1973 : « L’aéroport d’Embrun sera bientôt doté d’un système d’atterrissage aux instruments. Ce système, qui s’apparente au radar, permettra aux avions et hélicoptères d’effectuer des atterrissages à l’aéroport dans des conditions de brouillard et de visibilité nulle. » Le gérant et copropriétaire de l’aéroport, Gordon Thomas, avait « prédit un accroissement notable du volume du trafic aérien à la suite de l’installation de ce nouveau système ». Établi en 1962, l’aéroport d’Embrun avait été reconnu comme aéroport commercial en 1968. Quand je suis déménagé à Embrun en 1989, cet aéroport était le rendez-vous des parachutistes; il a fermé ses portes il y a une quinzaine d’années. Il existe un autre petit aéroport à Embrun, mais pour les petits avions privés.

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Pas bête comme idée. Il en question dans l’édition du 25 janvier 1973. « Les citoyens de Hawkesbury ne devront pas se surprendre dorénavant quand ils entendront une drôle de sirène dans les rues de la ville. » La sirène spéciale produirait un son semblable aux sirènes en Europe (hi! ha! hi! ha!). L’ingénieur municipal Kenneth Ménard avait « rappelé que la sirène (dont le son sera aisément identifiable) sera utilisée pour avertir la population quand le service d’aqueduc sera interrompu ou encore quand une automobile sera stationnée de la mauvaise façon dans la rue au moment des opérations de déneigement ».

Le système semestriel des écoles secondaires

Aujourd’hui, dans les écoles secondaires de la région et de quasiment partout, le système de semestres est tenu pour acquis, mais il n’a pas toujours été la norme. Dans Le Carillon du 21 décembre 1972, on apprend que « les étudiants de l’École secondaire régionale de Rockland pourront profiter d’un système d’enseignement semestriel, si les autorités du Conseil d’éducation de Prescott-Russell le veulent ». Ce système « existe en Alberta depuis cinq ans et connaît une certaine popularité dans les écoles secondaires ontariennes ». Le CEPR allait y consentir et toutes les écoles secondaires allaient éventuellement passer à ce système.

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Sa carrière prend son envol. J’en parle dans ma chronique du 28 décembre 1972. « Daniel McKale, le caricaturiste du Carillon, est maintenant le caricaturiste attitré du journal Hydro-Presse de l’Hydro-Québec. Il remplace l’excellent Girerd, le caricaturiste du quotidien La Presse. Daniel réalise également des dessins pour l’hebdomadaire La Patrie. » Il était toujours à notre service, nous ayant promis de ne jamais nous abandonner étant donné que nous lui avions donné sa première chance.

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Une nouvelle signature apparaît dans Le Carillon du 4 janvier 1973. Charles Burroughs présente la revue de l’année 1972. Charles, qui est au service de l’imprimerie depuis de nombreuses années, vient de joindre les rangs de la salle des nouvelles. Il y restera jusqu’en 1986 alors qu’il deviendra journaliste du journal Le Droit. C’est de là qu’il a pris sa retraite il y a quelques années, non sans avoir passé quelques années avec moi aux communications de Postes Canada. J’y reviendrai.

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Le canton de Cumberland s’était dissocié des Comtés unis de Prescott et Russell en 1967 afin d’être relié à la nouvelle municipalité régionale d’Ottawa-Carleton, formée cette année-là. Le canton est intégré à la nouvelle circonscription fédérale de Glengarry-Prescott dans le cadre d’une restructuration annoncée par la Commission fédérale de délimitation des circonscriptions électorales pour l’Ontario. Cumberland était jusque-là rattaché à la circonscription d’Ottawa-Est. On explique le tout dans l’édition du 4 janvier 1973. Cumberland, qui fait partie de la nouvelle cité d’Ottawa, est toujours dans la circonscription.

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« Cinésources 10, un organisme d’animation en audio-visuel, voudrait inaugurer un centre d’activités culturelles dans les locaux vacants de l’école Ste-Famille, dans Rockland-Est. » Il en est question dans l’édition du 11 janvier 1973. Il a résulterait le Centre culturel La Ste-Famille, qui allait contribuer grandement au développement culturel de l’ouest des comtés pendant de longues années. J’en reparlerai sûrement au fil de mes futurs billets.

« La mort du Père Noël » – L’auteure avait 16 ans

Je note dans l’édition spéciale des fêtes du journal Le Carillon du 21 décembre 1972, en page I-3, un conte intitulé « La mort du Père Noël » et qui avait valu à son auteure le deuxième prix dans le cadre du Concours de contes de Noël du journal. Et qui était cette auteure? Dominique Demers, alors âgée de 16 ans, et qui habitait au « 711 de la rue Laflèche à Hawkesbury ». Les futurs écrits de Dominique Demers, dont la réputation n’est plus à faire, allaient lui apporter plusieurs autres honneurs. Je tiens pour acquis que Dominique l’a conservé. Pour le simple plaisir, voici ce texte qui démontrait déjà ses grands talents :

Il était une fois un vieux bonhomme souriant. Sa barbe étincelait comme la neige de décembre, ses sourcils étaient aussi fournis que les branches du sapin de Noël, ses yeux aussi bleus qu’un ciel d’hiver, et ses lèvres aussi rouges que le costume qu’il portait. Ses longues bottes noires et sa ceinture scintillaient au soleil. Son rire aussi franc, aussi doux, aussi sincère que celui des enfants, tintait avec les cloches de la nuit de Noël.

Son nom est celui des sommets enneigés, des nuits féériques, des sourires moqueurs, des espoirs fleurissants : « le Père Noël ».

Chaque année, de janvier à décembre, le Père Noël se retirait en son royaume en Paradis. Là, des milliers de lutins travaillaient pour le bonheur de tous les enfants. En une seule année, l’équipe du Père Noël fabriquait des millions de poupées souriantes, de soldats de bois des plus courageux, de trains les plus longs, d’animaux les plus doux. Et chaque année, le Père Noël surveillait du haut d’un nuage tous les enfants de la terre. Il faisait une longue liste de tous ceux qui étaient sages. Le 24 décembre, à l’heure où tous les enfants sommeillent profondément, le Père Noël, transporté dans un grand chariot tiré par des rennes, perçait les nuages et volait à travers la nuit. À chaque maison où dormaient des enfants sages, il descendait la cheminée et déposait des bonbons dans les bas suspendus à la cheminée et des trésors enveloppés sous l’arbre de Noël. Pendant toute la nuit, on entendait le gros rire bienveillant du Père Noël.

Depuis toujours, le Père Noël était demeuré fidèle à sa tâche et au bonheur des enfants sages de l’univers.

Malheureusement, il y a plusieurs années déjà, le Père Noël et ses lutins firent la grève au Paradis. Immédiatement le Bon Dieu averti vint les retrouver.

« Père Noël, qu’est-ce qui t’arrive? Tu dois ordonner à tes lutins de fabriquer des jouets. Tu dois te dépêcher, peut-être qu’en ce moment certains enfants ne sont pas sages. Remettez-vous à l’ouvrage car sur la terre on commencera bientôt à chanter Noël! »

« Non, Bon Dieu », répliqua le Père Noël. Sur la terre maintenant, il n’existe plus de nuit de Noël. Mes rennes ne peuvent plus descendre car en bas l’homme a créé un gros brouillard, l’air a perdu sa pureté et même l’homme n’y peut plus respirer. Plus personne ne chante la Noël, car on n’a plus le temps de chanter. Je ne sais plus si les enfants sont sages, parce qu’ils ne vivent plus avec leurs parents. Tous les enfants demeurent ensemble avec des professeurs qui les instruisent. Bon Dieu, il y a trop longtemps que les poupées ont été inventées. Les enfants d’aujourd’hui n’aiment plus mes jouets. Mes poupées souriantes ont été remplacées par des robots qui peuvent tout faire sauf rire et mes trains par des boules que l’on lance et qui font sauter l’univers. Je ne peux plus leur donner des chiens de peluche car depuis quelque temps l’homme a décidé que les animaux domestiques ne lui apportaient rien. Il les a tués et mes petits enfants ne connaissaient pas l’amitié du chien. Les maisons sont de verre et n’ont plus de cheminée. Les bonbons n’existent plus.

« Les lutins ne veulent plus travailler car ils savent leur inutilité. Ma mission est finie. Pendant plusieurs années, j’ai fait rire des millions d’enfants, j’ai allumé du feu dans une multitude de cœurs, j’ai fait briller des étoiles dans beaucoup d’yeux. Toujours, j’ai symbolisé l’espoir, le bonheur, l’unité. L’homme ne connaît plus la définition de ces mots. Maintenant, plus personne ne veut sourire, ils ont oublié que la nuit de Noël est unique, différent de toutes les autres nuits. Même dans sa noirceur, la nuit de Noël était illuminée, elle ne l’est plus. L’homme a oublié que le Père Noël aime les enfants. Il a oublié de souhaiter « Joyeux Noël » et d’envoyer des cartes de vœux décorés d’anges roses, de sapins verts et de ciel bleu. L’homme a cessé d’être heureux. »

Pendant tout le récit, le Bon Dieu était demeuré silencieux. Calmement, il avait écouté. Depuis longtemps qu’il s’attendait à ces paroles du Père Noël. D’une voix sourde et étouffée par l’émotion, il reprit :

« Je sais, Père Noël, ne t’en fais pas. Toujours, tu as rendu les gens heureux en ces nuits de Noël. Ton exemple a toujours servi à l’homme charitable. L’homme m’a oublié… »

À ces mots, le Père Noël laissa échapper du plus profond de son cœur, là où l’on réprime les soupirs, une larme fondante. Et parce que le Père Noël n’avait jamais pleuré et que le monde l’a ignoré, il s’affaissa sur un nuage du Paradis et rendit l’âme. Le Bon Dieu s’écria : « Père Noël, l’homme t’a tué… »

Dominique l’a écrit il y a 39 ans. Je trouve ce conte encore pertinent…

D’importants dommages à l’usine Dansereau

Les pertes étaient énormes pour l’époque. Les flammes causent des dommages de plus de 750 000 $ à l’usine Georges Dansereau et fils de Grenville, une division de la compagnie Mason and Risch, et « une centaine d’employés se retrouvent en chômage ‘temporaire’ à la suite de l’incendie ». Un long article y fait référence dans l’édition du 14 décembre 1972 du journal Le Carillon. « La section incendiée était la plus vieille des installations de la firme Dansereau. (…) L’élément destructeur aurait pris naissance dans l’entrepôt, où quelque 100,000 pieds de bois franc étaient empilés, pour se propager très rapidement aux séchoirs et à la section des bureaux. » Les employés ont repris le travail peu de temps après, heureusement.

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Pour économiser de l’argent, le gouvernement ontarien avait décidé de s’occuper lui-même de l’entretien du pont Perley. C’est le service municipal de voirie qui s’en occupait jusqu’alors. Les conséquences de cette décision ont été évidentes dès l’arrivée de la première neige. Ainsi, dans l’édition du 21 décembre 1972, on apprend que « le mauvais entretien du pont interprovincial Perley est à la source de l’embouteillage gigantesque qui a paralysé la circulation sur la rue Principale pendant six heures d’affilée samedi après-midi ». Par suite de violentes bourrasques de neige, les descentes du pont Perley se sont transformées en patinoire. Les « difficultés des automobilistes à l’entrée du pont Perley, sur la rue John, ont créé un bouchon de circulation qui a paralysée la rue Principale, depuis le rue Hampden jusqu’à la rue McGill, jusque vers 20 heures en soirée ».

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« MM. Gaston Patenaude, d’Embrun, et Lucien Berniquez, de Hawkesbury, les deux nouveaux membres du Conseil d’éducation, participeront à une conférence à l’intention des nouveaux conseillers scolaires, en janvier à Toronto. » J’en parle dans ma chronique du 21 décembre 1972. Patenaude et Berniquez deviendront éventuellement maire de leur municipalité respective, le canton de Russell et la ville de Hawkesbury, mais le secteur scolaire avait été un bon tremplin politique. Berniquez avait acquis de l’expérience en gérant la campagne à la mairie d’Yvon Montpetit. Patenaude était sous-préfet du canton de Russell. Dans un cas comme dans l’autre, j’y reviendrai.

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Tiens, tiens! Un encadré intéressant dans l’édition du 21 décembre 1972. « Le programme TIP (Turn In a Pusher), qui se répand de plus en plus chez nos voisins du sud, vient d’être instauré à Alexandria, où un groupe de parents, alarmés de voir la consommation de drogues chez les jeunes, se sont cotisés pour créer un fonds afin de récompenser le porteur de tout renseignement amenant l’arrestation et la condamnation subséquente de trafiquants de drogues. » Bien sûr, « l’anonymat est à la base de tout le système ». Une sorte de précurseur du programme Échec au crime (Crime Stopper). « Le programme TIP à Alexandria est l’initiative d’un citoyen d’Alexandria, qui tient évidemment à rester dans l’ombre. Découvrant que son jeune fils utilisait régulièrement de la drogue, il se souvint d’un article paru dans une revue où il était fait mention du programme TIP. Il n’eut aucune difficulté par la suite à regrouper plusieurs autres parents qui avaient des idées semblables aux siennes. »

Un campus permanent du collège Algonquin

Le nouveau maire Yvon Montpetit l’avait fortement souhaité lors de son élection en 1970 et il avait lancé une grande étude communautaire afin de le justifier. C’était par contre la Jeune chambre de Hawkesbury qui en avait assumé l’organisation, mais avec des fonds municipaux. Comme je l’écris dans un reportage dans l’édition du 7 décembre 1972 du journal Le Carillon, le groupe responsable de cette étude propose « la création d’un campus permanent du collège Algonquin à Hawkesbury ». Il s’agissait là de l’une des conclusions de l’étude, les autres étant « l’ouverture de salles communautaires, la publication d’un bottin de renseignements, l’embauche d’un animateur social, les communications entre les organismes de services ». Le groupe, présidé par l’ancien préfet Marcel Gélineau, avait « recommandé la création d’un campus permanent du collège Algonquin à Hawkesbury afin de desservir de 500 à 600 étudiants diplômés des écoles secondaires de Hawkesbury, Vankleek Hill et Plantagenet et d’offrir des cours qui répondent à leurs besoins ». Le collège Algonquin avait déjà un campus permanent à Pembroke « pour seulement 124 étudiants ». Le collège allait éventuellement avoir un campus à Hawkesbury. Tout ça bien avant l’arrivée de La Cité collégiale.

L’étude communautaire traitait de divers volets, dont celui de la santé. « Les participants ont déploré que la vasectomie et la ligature des trompes à l’Hôpital général de Hawkesbury étaient interdites pour des principes de religion, comme dans tous les hôpitaux affiliés à l’Association des hôpitaux catholiques du Canada et dirigés par des religieuses. Ces deux interventions sont pratiquées à la clinique Smith. » En ce qui a trait à l’information, à la communication et à la participation, on « a déploré la non-participation à l’étude communautaire des clubs sociaux, du clergé, des conseillers municipaux et scolaires, ainsi que des représentants des services gouvernementaux ».

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Il n’était pas encore question de fermer tout l’hôpital, comme cela serait proposé quelques décennies plus tard, mais la seule suggestion de fermer le service d’obstétrique avait soulevé les boucliers des autorités municipales de la région. Comme on peut le lire dans Le Carillon du 7 décembre 1972, « les maires des municipalités de la région située près de la ville d’Ottawa rencontreront le député provincial Albert Bélanger, pour protester contre la fermeture du département d’obstétrique de l’hôpital St-Louis-Marie-de-Montfort, à Ottawa ». Les maires de Plantagenet, Russell, Cambridge, Casselman, Clarence Creek, Orléans et Rockland voulaient que Bélanger intervienne le plus rapidement possible. « Le caractère francophone de l’hôpital St-Louis-Marie-de-Montfort est un facteur qu’il est également important de considérer. » Le ministre de la Santé avait changé d’idée finalement devant tant de pressions, parce que l’Association canadienne-française de l’Ontario avait aussi mobilisé les francophones et les médecins avaient eux aussi fortement réagi.

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Des élections municipales ont lieu un peu partout autour de Hawkesbury. Ainsi, Bernard Pelot, qui avait été candidat libéral indépendant au dernier scrutin fédéral, défait le maire sortant Ernest Burton dans le canton de Russell, alors que Bruno Massie montre la porte au maire sortant Jean-Paul Touchette d’Alexandria. À St-Isidore-de-Prescott, Donat Bergevin est réélu une quatrième fois, alors que Marcel Châtelain déloge Fernand Larocque à la mairie d’Alfred. Ailleurs, les maires avaient été réélus sans opposition lors des mises en candidature comme cela se produisait régulièrement à l’époque.

Des millions pour développer la Grande Île

« Le développement des 3,092,760 pieds carrés de la Grande Île nécessitera des investissements de quelques millions de dollars au cours des prochaines années. » L’affirmation rapportée dans l’édition du 2 novembre 1972 du journal Le Carillon cite un conseiller touristique du ministère de l’Industrie et du Tourisme de l’Ontario. Plusieurs misaient sur le développement de cette île pour en faire une attraction touristique pour Hawkesbury, mais l’idée de millions de dollars allait décourager la moindre initiative. En 2011, cette Grande Île est toujours un bel espace inutilisé au bord d’une belle rivière et voisine d’un pont neuf tout récent.

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Je trouvais qu’il était injuste pour les conseillers scolaires Yvan Séguin et Doris Mallette, représentants de Hawkesbury au Conseil des écoles catholiques de Prescott et Russell, de ne pas savoir si les contribuables voulaient d’eux ou non puisqu’ils ne faisaient jamais face à leur électorat. Même si j’avais un énorme respect pour eux et que j’avais en fin de compte aucun désir d’être élu (j’aurais été souvent en conflits d’intérêts étant donné que ma femme était enseignante de ce Conseil), j’ai décidé de leur offrir l’occasion d’être confirmé par scrutin. Je soumets donc ma candidature au scrutin du 4 décembre, qui est confirmée dans l’édition du 9 novembre 1972 du journal Le Carillon. Je ferai une campagne très minimale, mon seul désir étant que les gens aient le choix d’aller voter pour leurs conseillers scolaires. Bien sûr, Séguin et Mallette seraient réélus, mais cette fois avec la conviction que c’était le choix des électeurs. Je leur referai le même coup à l’élection suivante, avec les mêmes résultats.

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Cela peut paraître du déjà vu pour les citoyens actuels de la Cité de Clarence-Rockland, mais dans l’édition du 23 novembre 1972 du journal Le Carillon, la manchette annonce la démission du maire de Rockland, Georges Martin, un an avant la fin de son mandat de deux. Il avait été élu conseiller en 1962, puis maire en 1966, réélu les deux élections subséquentes. Le maire Martin était la cible de toutes sortes d’accusations à saveur politique et il en avait assez. « Dernièrement, écrit-il dans sa lettre de démission reproduite intégralement dans le journal, j’étais la cible de violentes accusations grossièrement exagérées. J’ai lancé un défi de faire enquête sur mon administration en exigeant que si l’accusateur principal me trouvait innocent qu’il laisse son poste public. Cet accusateur et son agitateur endiablé (et compagnie) ont consacré de nombreuses heures à fouiller toutes sortes de dossiers et à faire circuler un document des plus diffamatoires probablement jamais vu dans toute l’histoire de Rockland. Leurs recherches confirmaient toutefois mes déclarations d’être un serviteur honnête et celui avait voulu laisser planer des doutes sur mon intégrité m’a évidemment exonéré en laissant récemment son poste public. Quant à son collaborateur jaloux, le temps rend normalement justice à des tels individus. » Roger Charron le remplacera à la mairie.

Denis Ethier remplace son frère aux Communes

Glengarry-Prescott-Russel demeure dans le giron libéral comme prévu. Denis Ethier remporte l’élection du 30 octobre 1972 avec une pluralité de 7 773 voix sur son plus proche adversaire, le conservateur Jean-Louis Montreuil. Ethier récolte 14 674 votes, alors que Montreuil se contente de 6 901. Le néo-démocrate Jacques Boyer se range troisième avec 2 490 votes, alors que le libéral indépendant Bernard Pelot réussit quand même à obtenir 2 479 votes. Le créditiste Wilfrid-Raymond Marin s’en tire avec 1 708 votes.

Mais la vraie histoire se déroule au niveau national. Trudeau et ses libéraux font élire 110 députés sur les 264 que comptent les Communes, alors que le soir-même du scrutin, les observateurs donnaient Robert Standfield vainqueur. Dans un cas comme dans l’autre, il s’agissait d’un gouvernement minoritaire. Trudeau comptait sur les 31 députés néo-démocrates pour conserver le pouvoir. Tout ça dans l’édition du journal Le Carillon du 2 novembre 1972. J’y reviendrai forcément.

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Dans la région de Hawkesbury-Lachute, tout le monde connaît la laiterie Lowe et son excellente crème glacée. Dans l’édition du 5 octobre 1972, un encadré dans la section des nécrologies attire mon attention : « Un autre membre de la famille Lowe, des produits laitiers du même nom, est décédé lundi matin après une brève maladie. Il s’agit, cette fois, de M. Clifford Lowe, 48 ans, président de Lowe Brothers Dairy, dont les frères Jim, George et Martin l’ont précédé dans la tombe en l’espace de quatre ans seulement. Un autre frère, Bernard, est, lui aussi, décédé subitement il y a quelques années. » Clifford laissait quatre enfants, dont Kevin, qui allait s’illustrer plus tard dans la Ligue nationale de hockey avec les Oilers d’Edmonton. Il fait toujours partie de cette organisation.

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McKale pond une caricature à point dans l’édition du 19 octobre. Un panneau montre le candidat conservateur Jean-Louis Montreuil (propriétaire d’un magasin de tissu à la verge) en train de dérouler une longue pièce de tissu avec en sous-titre « Des promesses… à la verge », alors que l’autre panneau montre Denis Ethier (propriétaire d’une boulangerie) en train de lancer des tranches de pain avec le sous-titre « Du pain enrichi… de promesses ». Qu’il était bon ce McKale! Je me demande si ses collections de caricatures sont encore accessibles.

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J’en parle dans ma chronique du 26 octobre 1972. « Le Conseil des étudiants de l’École secondaire régionale de Hawkesbury vient de publier la première édition de son nouveau journal ‘Desiderata’ dirigé par Dominique Demers et plusieurs autres étudiants. » Dominique allait joindre les rangs du service des nouvelles plus tard; j’y reviendrai.

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La compagnie montréalaise Canadian Uniforms Ltd annonce sa venue à Hawkesbury et la création d’une quarantaine d’emplois. Il s’agissait de la troisième entreprise à s’installer à Hawkesbury en 1972 après la Sun Metal Products Ltd, une entreprise de fabrication de roues de l’Indiana, et la Hawkesbury Kitchen Ltd, qui fabrique des meubles de cuisine.

Des piscines intérieures dans les écoles secondaires

Un vœu pieux! Le Carillon du 21 septembre 1972 en parle. « D’ici 1975 dans Prescott-Russell, trois écoles secondaires seront dotées d’une piscine intérieure », alors que les trois autres écoles auraient la leur au cours des deux années subséquentes. « Tous les membres du Conseil d’éducation ont été favorables à l’idée de construire des piscines intérieures, principalement à cause de l’adoption d’une nouvelle loi permettant aux conseils scolaires et aux conseils municipaux à collaborer financièrement à des initiatives communautaires, ce qui était interdit jusqu’à maintenant, même si les taxes proviennent de la même source. » Aucune piscine intérieure, ni extérieure, ne sera construite finalement. L’idée du Conseil d’éducation sous-entendait la collaboration des conseils municipaux concernés, ce qui était une utopie en fin de compte. L’idée était quand même géniale.

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« L’Ontario, la province la plus populeuse du Canada, compte actuellement 482,045 citoyens francophones » peut-on lire dans l’édition du 28 septembre 1972 du journal Le Carillon. Statistique Canada venait de le confirmer. Ces francophones étaient répartis presque à parts égales (un tiers chacune) dans les régions de l’Est et du Nord; les autres sont essentiellement dans le Sud de l’Ontario et la région du grand Toronto. « Prescott et Russell sont les seuls comtés de la province dont la majorité de la population est francophone. » À cette époque, « le groupe francophone constitue le plus fort élément de la population ontarienne dont la langue maternelle n’est pas l’anglais ». Les autres étaient répartis ainsi : Italiens, 344 285; Allemands, 184 880; Ukrainiens, 80 230; Néerlandais, 77 475; Polonais, 73 985. Manifestement, les Asiatiques n’avaient pas commencé à s’installer en grand nombre.

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« La candidature de Denis Ethier suscitait des craintes au sein du Parti libéral. Est-ce le moment, se demandait-on, de choisir un deuxième candidat qui vient de la même région que le premier et qui par surcroît est le frère de l’autre? » C’est ce qu’opinait Paul Huneault (Marcel Desjardins) dans l’éditorial du 28 septembre 1972. Mais il était déjà trop tard. Lors d’un congrès d’investiture à St-Isidore-de-Prescott, devant près de 2 000 personnes, Denis Ethier devient le candidat libéral pour succéder à son frère, le député Viateur Ethier. Il remporte la course par seulement deux votes… 242 contre 240 pour son plus proche adversaire, Philibert Proulx. Germain Tessier, de Hawkesbury, avait été éliminé après le deuxième tour, alors que Fernand Boucher, de Rockland, et Adrien Gadbois, le maire de Charlottenburg, avaient été éliminés dès le premier tour. Proulx et Tessier avaient mené campagne avec de la publicité dans les journaux et des pancartes lors du congrès; Tessier avait même inondé la salle de jeunes bruyants et un ensemble instrumental. Quant au « candidat choisi, M. Denis Ethier, il s’est contenté de serrer la main aux personnes. Il n’avait aucune pancarte et aucune identification visible, Il n’avait pas utilisé les journaux avant le congrès de mercredi. » Je reviendrai évidemment sur la prochaine élection fédérale du 30 octobre avec Denis Ethier comme candidat libéral.

Du côté des conservateurs, le candidat sera Jean-Louis Montreuil. Cet homme d’affaires et conseiller municipal de Hawkesbury est le choix des délégués lors d’un congrès également tenu à St-Isidore, le centre de rassemblement politique favori des deux grands partis. Montreuil n’avait eu qu’un adversaire, soit Brian West, d’Alexandria. Sept autres personnes avaient été mises en candidature, mais toutes avaient invoqué des motifs personnels pour refuser la nomination.

Entre temps, le Nouveau parti démocratique avait choisi Jacques Boyer, un professeur à l’école secondaire St-Laurent de Cornwall, comme candidat pour cette même élection. Une soixantaine de militants avaient participé au congrès d’investiture. Boyer n’avait pas eu d’adversaire.

Bernard Pelot, conseiller municipal dans Russell, avait déjà indiqué qu’il se porterait candidat libéral indépendant. Et Wilfrid-Raymond Marin, de Ste-Rose-de-Laval, portera les couleurs du parti Crédit social de Réal Caouette. La table est mise.

La naissance des clubs d’âge d’or

C’était, à toutes fins utiles, le début des clubs d’âge d’or au pays. Le ministère de la Santé nationale et du Bien-être social avait créé le programme Nouveaux-Horizons « dans une perspective de développement social permettant aux citoyens âgés de plus de 65 ans de sortir de leur isolement, de s’entraider et de s’adonner à des activités créatrices ». Il en est question dans l’édition du 7 septembre 1972 du journal Le Carillon. « Les subventions serviront à l’organisation de projets, à la location de locaux à l’achat d’équipement, à l’administration générale de l’initiative et même pour l’embauche de personnel. » Les députés auraient une nouvelle raison de « trouver » des contributions à la veille d’élections.

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Mes propos dans ma chronique du 14 septembre 1972 pourraient s’appliquer encore aujourd’hui parce que l’on entend souvent des critiques adressées aux journalistes.

« Le maire Yvon Montpetit disait, lors de la cérémonie de la fête du Travail, que les critiques dans les journaux à l’endroit du Conseil municipal, n’avaient pas la même valeur que celles exprimées directement par les citoyens. Si l’auteur de cette chronique n’est pas considéré comme un citoyen (étant contribuable comme un autre), quel statut a-t-il? De toute façon, il faut l’admettre, la majorité des ‘suggestions’ retransmises dans cette chronique à l’intention des membres du Conseil municipal ou d’autres organismes proviennent de lecteurs qui sont, eux, des citoyens tel que déterminé par le maire Montpetit. »

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Le projet représente un investissement de six millions de dollars et la création éventuelle de cent emplois supplémentaires dans le canton de Longueuil. La société Ivaco annonce en effet la construction d’une deuxième usine, voisine de celle qu’elle a construite et exploite depuis 1971. Celle-là, qui emploie 200 personnes, fabrique du fil métallique; la nouvelle se spécialisera dans la fabrication de billettes d’acier pour alimenter entre autres la première usine. L’usine de fabrication de billettes « sera exploitée comme une division de Sivaco Wire and Nail Company, une filiale à appartenance entière d’Ivaco ». L’usine existante en était une d’Industrial Fastners L’article du 14 septembre 1972 rappelle qu’Ivaco « est l’un des grands producteurs de fil-machine, de fil métallique et de divers produits en fil, de clous, de boulons, d’essieux et de pièces de précision ».

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Et voilà, cette nouvelle était attendue depuis belle lurette. On en parle dans le journal du 14 septembre 1972. « Le tronçon de la nouvelle autoroute 417, entre la frontière du Québec et le chemin de Chute-à-Blondeau, sera ouvert à la circulation au cours des prochains jours (…) le tronçon d’une longueur de 6.22 milles de l’autoroute 417, à partir de la frontière Ontario-Québec jusqu’à un mille à l’ouest du restaurant-garage Half-Way House, était maintenant prêt à recevoir la circulation sur ses deux voies ». Ce restaurant-garage n’existe plus depuis très longtemps.