À Marie-Josée

Marie-Josée est l’arrière-petite-fille de ma mère. Elle a 7 ans en ce 5 mars 1985 et il fait tempête à Hawkesbury. Ma mère compose ce poème pour elle. Elle note qu’il peut se chanter sur l’air de « Au clair de la lune ». Ma nièce Pierrette, la mère de Marie-Josée, demeurait à Dubreuilville à cette époque.

Beau flocon de neige
Toi qui va partout
Comme au bal de neige
Pour un rendez-vous.
Vas à Dubreuilville,
Bien loin de chez nous
Dire à mes p’tites filles
Que j’les aime beaucoup.

Beau flocon de neige,
Avec tes amis
Et la fée des neiges
Allez loin d’ici,
À Marie-Josée
Dire un beau « Bonjour »
Elle est occupée
Mais sourit toujours.

Une campagne intéressante… des résultats prévisibles

Le très gros titre de la une du journal Le Carillon du 11 juillet 1974 est éloquent : « Ethier triomphe » et c’était vrai. Alors que les observateurs avaient cru en une lutte serrée à cause des candidats en cause, le député libéral fédéral sortant Denis Ethier est facilement réélu avec une écrasante majorité de 11 891 votes. Le candidat progressiste-conservateur et maire du Canton de Russell, Bernard Pelot, se classe deuxième avec 6 585 votes, alors que le néo-démocrate Raymond DesRochers, qui avait été omniprésent depuis de très nombreux mois et bien avant le déclenchement d’une élection, se contente de 5 484 votes. DesRochers avait été convaincu de sa victoire. En tout cas, c’est l’impression qu’il dégageait depuis des mois. Quant à Pelot, il avait été rejeté par les électeurs dans son propre canton avec 1 296 votes, alors que DesRochers allait en chercher 1 781 et Ethier, 5 563. Pelot pouvait se dire qu’il avait au moins récolté plus de voix que ses adversaires dans le village de Russell. (Ce village est toujours très conservateur aujourd’hui et chaque élection le démontre.)

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Dans Stormont-Dundas, le ministre du Travail de l’Ontario, Fernand Guindon, avait abandonné son poste pour tenter sa chance au fédéral. Les électeurs lui avaient préféré Ed Lumley, le maire de Cornwall. Les électeurs avaient le choix entre deux candidats très solides, mais ont accordé une pluralité de 4 027 voix à Lumley. Quant à Guindon, il a annoncé le soir de l’élection que c’était la fin de sa carrière politique après 17 années à Queen’s Park.

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À l’échelle du pays lors de cette élection, Pierre-Elliott Trudeau avait repris un gouvernement majoritaire « avec 140 sièges sur 264 et près de 45 p. cent du vote populaire ». Quant aux conservateurs de Robert Stanfield, ils sont passés de 106 députés à 95, pendant que les néo-démocrates de David Lewis dégringolaient à 15 sièges au lieu des 31 qu’ils détenaient auparavant. Les créditistes de Réal Caouette, tous au Québec, passaient de 15 à 12 députés. « Le seul député indépendant sera le maire Leonard Jones, de Moncton, choisi candidat conservateur dans sa circonscription mais désavoué par son chef Robert Stanfield avant les élections. » La preuve qu’en fin de compte, ce sont les électeurs qui décident.

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En éditorial commentant les résultats de l’élection, j’écris que « quoiqu’en disent les partisans des autres partis, Denis Ethier a représenté ses concitoyens comme personne d’autres n’a su le faire depuis longtemps. Son assiduité parfaite aux Communes, son poste de whip du caucus libéral ontarien, sa présidence de l’important comité permanent des travaux publics et des ressources naturelles, sa présence assidue et régulière un peu partout dans les comtés constituent la preuve irréfutable que nous avons eu en Denis Ethier un excellent député ». Les chaussures allaient être très grandes pour le député qui lui succéderait éventuellement.

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J’ai revu Denis Ethier dans le cadre de la dernière campagne électorale fédérale de mai 2011. Il était en grande forme et récoltait encore le grand respect des libéraux de la circonscription… mais pas assez pour influencer le résultat général du scrutin dans « sa » circonscription devenue tristement conservatrice.

Le nouveau pont passerait par la Grande-Île

Je n’ai jamais su si l’idée était sérieuse ou non parce qu’elle n’avait pas refait surface. « Le futur pont interprovincial reliant les deux rives de l’Outaouais à la hauteur de Hawkesbury, dont la construction a été confirmée la semaine dernière par le gouvernement fédéral, devrait enjamber la Grande-Île. » C’est Le Carillon du 4 juillet 1974 qui s’y réfère. C’était l’idée du conseiller municipal Claude Demers et il suffirait de dépenser cinq millions de dollars de plus pour le faire. Pas grave quand c’est l’argent des autres. « Selon les chiffres cités la semaine dernière, il en coûterait $10,450,000 pour un pont dont la descente serait située sur le terrain vis-à-vis l’avenue Railway, alors que $14,500,000 seraient nécessaires pour un pont qui enjamberait sur la Grande-Île. » Bien sûr, le nouveau pont sera construit un jour, mais juste à côté de l’autre et aboutissant sur la même rue John légèrement redessinée.

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J’aimais bien ce gars-là, très sympathique. Il avait été le premier directeur général du nouveau Conseil des écoles catholiques de Prescott et Russell et l’avait guidé dans ses premiers pas. Dans l’édition du 4 juillet 1974, on apprend que Jacques Beauchemin démissionne de son poste pour un emploi au sein du bureau régional du ministère de l’Éducation à Ottawa. La dernière fois que j’ai vu Jacques, c’était à l’Hôpital pour enfants de l’Est de l’Ontario. J’y étais pour un rendez-vous avec mon garçon et lui, avec son petit-fils. Jacques avait travaillé dans le nord de l’Ontario et adorait la pêche… la vraie comme il se plaisait à me dire… les vrais gros poissons des lacs du nord de la province. Il voulait m’y amener une fois… mais je n’ai jamais eu la patience pour pêcher… au grand déplaisir de mon père et des frères aînés.

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Nous étions en campagne électorale en ce début d’été de 1974 et Le Carillon du 4 juillet publiait un texte sur la rémunération des députés fédéraux. Ainsi, un député touchait alors 18 000 $ par année, en plus d’une allocation annuelle de 8 000 $ à 9 659 $ pour frais divers, en fonction de leur circonscription électorale. Et le Premier ministre lui? Il recevait 25 000 $ de plus que son salaire de député. Je ne me souviens pas si je l’avais fait intentionnellement, mais je soupçonne que oui. Je juxtapose un article dans la même page sur le nouveau salaire minimum qui entrera en vigueur en Ontario le 1er octobre 1974. Il passera de 2,00 $ l’heure à 2,25 $ l’heure. Et je fais les calculs comparatifs pour vous en prenant une semaine de 40 heures, normale pour l’époque, ce qui donne un salaire hebdomadaire de 90 $ ou de 4 680 $ par année. Nos députés étaient donc bien payés pour l’époque.

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Le tout nouveau Centre récréatif d’Embrun était officiellement inauguré le 28 juin 1974 et il en est question dans l’édition du 4 juillet. Évidemment, le député Denis Ethier y était de même que son adversaire progressiste-conservateur Bernard Pelot, maire du Canton de Russell par hasard, et du député provincial Albert Bélanger. Le nouvel édifice de 165 000 $ accueillait près de 300 personnes pour l’occasion, dont plusieurs anciens présidents du Centre récréatif d’Embrun, soit Royal Comtois, Fernand Lortie, Reynald Cléroux, Honoré Bourdeau, Jean-Paul Lafortune, Albert Bourdeau, Maurice Lemieux, en plus de Camille Piché, le président d’alors. Ce Centre s’est retrouvé récemment au milieu d’un débat politique autour de sa fermeture, de sa vente, ou de sa location à une entreprise locale. Le Conseil municipal tente d’économiser et ses membres ne sont pas nécessairement toujours favorables au village d’Embrun dans leurs réflexions politiques.

Les clubs d’âge d’or pour « acheter » des votes

Il y avait eu les quais et les bureaux de poste, maintenant, il s’agissait des clubs d’âge d’or. Au point où le député libéral sortant Denis Ethier en fait une publicité électorale dans l’édition du 20 juin 1974 du journal Le Carillon. « Citoyens de l’âge d’or, proclame-t-il. Durant cette semaine du citoyen ‘senior’ de l’Ontario. Tout en vous souhaitant les meilleurs vœux, il serait peut-être opportun de rappeler à la population de Glengarry-Prescott-Russell combien notre gouvernement a contribué à la réalisation de ces projets ‘Nouveaux Horizons’. Votre député, Denis Ethier, conscient de la popularité d’un tel programme, a obtenu ‘PLUS’ pour Glengarry-Prescott-Russell que tout autre comté au Canada. » Le journal avait en effet publié de très nombreux articles au cours de la dernière année sur les subventions versées aux nouveaux clubs d’âge d’or qui étaient nés au lendemain de l’introduction du programme Nouveaux Horizons.

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Une petite annonce retient mon attention dans l’édition du 20 juin 1974. On peut y lire qu’Eugène Brunette, « 2 milles à l’est de St-Eugène Ont., sur chemin de Rigaud », organise un encan d’animaux et de machines aratoires le samedi 22 juin à sa ferme. Mansel Hay, le réputé encanteur de Dalkeith, présidera à la vente de « 60 bêtes, 20 taures Holstein, 2 taureaux; machinerie agricole au complet, 2 terres, antiquités, etc. Tout doit être vendu. » J’y fais référence pour deux raisons. D’abord, la ferme voisine, jusqu’en 1959, était celle de ma sœur et de mon beau-frère; j’y allais pour les aider, même si j’étais plutôt jeune avant 1959. Évidemment, j’ai bien connu cet Eugène et sa femme Thérèse (veuve qui habite Hawkesbury depuis de nombreuses années). Ensuite, parce que cette ferme a été achetée par des entrepreneurs qui l’ont transformée en ce qui est connu aujourd’hui comme la Ferme Skotidakis et leurs produits laitiers de chèvre sont vendus dans de nombreuses grandes surfaces, y compris à Ottawa.

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Charles de Lotbinière Harwood est le directeur général du protocole pour le Comité organisateur des Jeux olympiques de 1976 (COJO) qui auront lieu à Montréal. Il est conférencier lors d’un souper interclubs à Hawkesbury et affirme aux 140 participants qu’il « est convaincu que le COJO peut autofinancer les jeux qui atteignent un budget total de $60 millions, (…) M. de Lotbinière Harwood a mentionné que la vente des timbres et de la monnaie allait bon train. » Lyse Huot signe un reportage sur sa conférence dans l’édition du 27 juin 1974. « À cause de la fréquentation quotidienne des Jeux, 250,000 personnes par jour seront à la recherche d’un endroit pour loger. COJO considère tous les endroits qui sont à une distance raisonnable de Montréal. Même Hawkesbury serait considérée puisqu’elle n’est qu’à environ une heure et demie de Montréal. Si cette situation se réalise, la région bénéficiera certainement d’une retombée économique. » C’est ce qu’il affirmait. À ce que je me souvienne, Hawkesbury n’a jamais profité de retombées liées aux Olympiques de 1976. Oh, j’oubliais : « Le chef du protocole a avoué que le contribuable canadien ne recevra aucune facture pour payer les dettes encourues par les Jeux olympiques de 1976. » Il avait pourtant déclaré que les jeux s’autofinanceraient. De la vieille histoire!

Ethier n’avait pas aimé que le journaliste ne morde pas à l’hameçon

Le chef néo-démocrate David Lewis avait retiré son appui aux libéraux minoritaires de Pierre Trudeau et conséquemment, le pays se retrouvait en campagne électorale en ce début d’été de 1974. Dans Glengarry-Prescott-Russell, le libéral sortant Denis Ethier devait affronter le progressiste-conservateur Bernard Pelot et le néo-démocrate Raymond DesRochers. L’Union nationale des cultivateurs avait donc organisé une « réunion contradictoire » des candidats à l’école secondaire Glengarry d’Alexandria. Ethier refuse d’y participer, claque la porte et se rend dans la salle du club d’âge d’or rencontrer les 80 « personnes réunies là pour un cours de danse »; il affirmait que le débat avait « été préparé d’avance pour le NPD ». Le journaliste Charles Burroughs rédige un compte rendu fidèle de la soirée et ses interventions des autres candidats, dont la démarche d’Ethier… mais il ne suit pas Ethier.

Lorsque le journal Le Carillondu 13 juin 1974 est publié, je reçois la visite de Denis Ethier à mes bureaux et il commence à accuser Burroughs d’incompétence et d’ignorance; Ethier avait espéré que les journalistes le suivent et sortent de la rencontre des candidats eux aussi. Charles avait respecté mes consignes et avait couvert l’événement que je lui avais demandé de couvrir. Je n’ai pas mâché mes mots avec Ethier et je n’ai pas ménagé ma colère. En fait, je lui ai demandé et obtenu qu’il s’excuse auprès de Charles pour « ses attaques injustifiées ». C’est une anecdote de ma carrière que je retiens encore.

Ethier réagit par une publicité payée dans l’édition de la semaine suivante, celle du 20 juin 1974. Il y explique les raisons qui ont motivé son geste. « L’organisatrice de ce débat refusant de respecter les règles traditionnelles de notre comté, qui donnent au candidat représentant le parti au pouvoir, seul le privilège d’une réplique de cinq minutes. Et contrairement à ce que les journaux ont rapporté, je maintiens que je fus informé de ce débat par l’éditeur du journal Glengarry News, et non pas, par les organisateurs. Les faits réels sont que : Seul le candidat socialiste fut consulté assez longtemps à l’avance afin que la date lui convienne et lui donne en plus le temps de s’assurer que son orateur suppléant soit disponible. Devant cette attitude partisane de la part des organisateurs, j’ai refusé d’y participer. Comme candidat dans une campagne électorale, le moins que l’on puisse espérer d’un groupe, qui se dit non-partisan, est d’être traité avec égale courtoisie. » Je reviendrai sur cette élection qui aura lieu un mois plus tard.

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Oh! En passant… le nouveau bureau de poste de Bourgetest inauguré par le député libéral sortant Denis Ethier le 11 juin 1974. Construction d’un nouveau bureau de poste est synonyme de campagne électorale comme je l’ai déjà mentionné dans des billets précédents.

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Rockland avait son « Centre La Ste-Famille » qui était rapidement devenu populaire dans cette communauté. À Hawkesbury, le Service de loisirs parrainerait un centre semblable et dans l’édition du 13 juin 1974, on apprend qu’il sera connu sous le nom de « Centre Le Chenail » et qu’il sera aménagé dans l’ancienne salle de quilles du Centre Mémorial. « Son rayonnement d’activités se veut plus que qu’urbain, car il englobera Hawkesbury, L’Orignal, Alfred, Chute-à-Blondeau, St-Eugène, Ste-Anne-de-Prescott, Vankleek Hill et Lefaivre car les services offerts le seront aussi pour les nombreuses écoles de la région. » L’aide monétaire proviendrait au Collège Algonquin, du Secrétariat d’État et du Conseil des arts de l’Ontario. Le centre culturel Le Chenail a poursuivi ses activités communautaires pendant de très nombreuses années. André Villeneuve en était devenu l’âme inspiratrice.

Fumer autre chose que des « cigarettes des autres »

Vous rappelez-vous de « La Québécoise »? Probablement pas. Le Carillon publie un message publicitaire dans son édition du 30 mai 1974. « Une nouvelle cigarette vient d’être lancée sur notre marché. Fabriquée à Louiseville, elle est de grandeur long format ou 85 mm et est munie d’un filtre de très haute qualité. Elle porte le joli nom de ‘LA QUÉBÉCOISE’ et est présentée dans un emballage orangé de 25 cigarettes, des plus modernes, qui reflète bien le caractère dynamique de la société. Les meilleurs tabacs blonds, de type Virginie, du Québec ont été sélectionnés pour donner à la cigarette toute sa faveur et sa finesse. » La Société des Tabacs Laurentiens Inc. avait retenu les services de nul autre que Jean Duceppe comme porte-parole. Et quel était son slogan : « Pourquoi fumer des C.D.A.? » La Société se défendait de vouloir inciter « la jeunesse à multiplier indûment l’usage du tabac, mais plutôt de lancer une offensive pour déplacer une part importante de ce marché au profit d’une société québécoise ». Je me souviens d’en avoir acheté un paquet et de ne pas l’avoir aimée. Je ne me souvenais pas combien longtemps cette cigarette a été publicisée sur le marché. Par contre, Santé Canada, dans un rapport lié au Règlement sur le potentiel incendiaire des cigarettes, fait état des résultats de ses échantillons prélevés entre octobre 2005 et mars 2010. Selon ce rapport, « La Québécoise », alors fabriquée par Bastos du Canada Limited, étaient toujours sur le marché en mai 2007. Je ne fume plus depuis 35 ans, donc je ne pourrais vous le confirmer.

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L’Association Lacordaire du Canada change de nom; elle sera connue dorénavant sous le vocable de « Sobriété Canada ». Le journal du 30 mai 1974 en parle. Alors que les Lacordaires préconisaient une abstinence totale d’alcool, l’organisme avait réorienté ses programmes et « met davantage l’accent sur l’aide aux buveurs excessifs et sur l’apport positif d’une consommation d’alcool toujours modérée et uniquement occasionnelle ». Les buveurs du dimanche, quoi! Et le président national du mouvement, Jean-Louis Vennes, avait ajouté que « toute personne qui se préoccupe du problème de l’alcoolisme et qui elle-même n’abuse pas d’alcool peut joindre ses efforts personnels aux nôtres ». Je n’ai plus entendu parler de ce mouvement depuis très longtemps.

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Dans l’édition du 6 juin 1974, je signe mon premier éditorial; je signerai le dernier 13 ans plus tard. C’est que notre collaborateur Paul Huneault, de son vrai nom Marcel Desjardins, venait d’obtenir une promotion au journal La Presse et il devenait donc impossible pour lui de poursuivre sa collaboration de six ans avec nous. Avec Marcel, les éditoriaux étaient souvent axés sur les scènes fédérale et provinciale; dorénavant, les éditoriaux du Carillon allaient offrir une perspective locale et régionale. Quant à une autre chronique qu’il signait en page éditoriale et intitulée « Au fil des jours », sa rédaction serait partagée entre mes journalistes de l’époque, Charles Burroughs, Claude Kingsbury et Lyse Huot. (En passant, Lyse est maintenant directrice des publications et des communications pour l’Association des universités et collèges du Canada. Lorsqu’elle était directrice du Service des communications de l’Université d’Ottawa, elle avait embauché un autre de mes anciens journalistes, Yvon Legault, comme agent de communications. Je reviendrai sur celui-ci plus tard.)

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Le projet de complexe sportif à Hawkesbury retient toujours les attentions et les débats se poursuivent. Dans l’édition du 13 juin 1974, on apprend que l’emplacement favorisé serait le terrain au coin sud-est des rues Spence et Cameron. Le terrain aurait été donné par Patchogue-Plymouth. Récemment, à cet endroit, c’est un immense entrepôt et magasin de type « outlet » que la société Bentley a construit. Quant au complexe, j’y reviendrai encore quelques fois.

Un débrayage illégal de 800 syndiqués… ce n’est pas rien

Je ne sais pas si c’est la récente grève illégale des employés des postes qui avait motivé des syndiqués de Hawkesbury et la région, mais qu’elles qu’en soient les raisons, 800 syndiqués avaient décidé de déclencher une grève illégale dans quatre industries locales : Patchogue-Plymouth, Fiberworld, Texturon Yarns et Ivaco Rolling Mills. Le groupe réclamait une majoration salariale qui tiendrait compte du coût de la vie. Un vendredi soir, ils avaient marché dans les rues de la ville pendant plus de deux heures. Personne n’avait pu manquer leurs protestations. Heureusement, tout s’était déroulé dans l’ordre. Le débrayage illégal avait duré plus d’une semaine et il en est longuement question dans l’édition du 16 mai 1974 du journal Le Carillon. « Sommairement, écrit Claude Kingsbury, ce groupe d’environ 800 travailleurs syndiqués demande un rajustement des salaires en fonction de la hausse du coût de la vie, une sécurité à tous les niveaux dans les usines et, finalement, le respect des travailleurs. » Le candidat néo-démocrate Raymond DesRochers en avait profité pour se gagner des crédits politiques et affirmer que « si la grève est illégale les profits excessifs de trop de compagnies sont criminelles ». DesRochers avait expliqué qu’alors « que trop souvent on accuse les ouvriers de contribuer à l’inflation à cause des hausses de salaire, l’ensemble des compagnies ont augmenté leurs profits de 30 p. cent alors que la hausse du coût de la vie se situe à près de 10 p. cent. Le dollar de 1961 ne vaut plus de 62 cents aujourd’hui alors que les employés dans la même période n’ont touché que 8 p. cent de plus. » Les syndiqués « illégaux » étaient membres du Syndicat international des travailleurs du bois d’Amérique (Patchogue-Plymouth et Texturon Yarns), des Ouvriers unis des textiles d’Amérique (Fiberworld) et des Métallurgistes unis d’Amérique (Ivaco).

Le gérant général de l’usine Patchogue-Plymouth, Robert Pearson, avait d’ailleurs envoyé une lettre à tous les employés afin de leur expliquer que l’entreprise s’était montrée disposée à discuter de leurs doléances, mais pas dans le contexte d’une grève illégale. Cette lettre avait été publiée intégralement dans Le Carillon.

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Le barrage de Carillon avait maintenant dix ans et ses effets néfastes se faisaient sentir au lendemain de pluies diluviennes. « Le niveau d’eau le plus élevé de la rivière Outaouais depuis la construction du barrage hydroélectrique de Carillon, terminée en 1964, a déjà suscité des réactions de la part de propriétaires riverains qui assistent impuissants à l’érosion de leurs terrains par l’élément liquide. » Charles Burroughs signe un long reportage à cet effet dans l’édition du 16 mai 1974. En se référant à ces propriétaires riverains, Burroughs écrit qu’un « certain nombre d’entre eux s’est déjà groupé et a retenu les services d’un avocat afin d’obtenir des compensations monétaires pour les dommages considérables causés par la crue des eaux, mais sans grand succès jusqu’à date ». Le mécontentement des propriétaires riverains allait se prolonger pendant longtemps. Quant aux dégâts, ils étaient considérables et même le traversier de Lefaivre est touché par la crue; les billots s’amoncellent sur les piliers du pont Perley.

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Le premier ministre Bill Davis se déplace pour l’inauguration officielle du tout nouvel Hôpital pour enfants de l’Est de l’Ontario, plus connu maintenant sous son vocable de CHEO (Centre hospitalier pour enfants de l’Est de l’Ontario)… vocable bilingue. L’événement a lieu le 17 mai.

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Autre signe du temps. Dans l’édition du 16 mai 1974, on ne retrouve pas moins de cinq annonces pour des bingos : salle des Chevaliers de Colomb d’Alfred, aréna de Hawkesbury, centre récréatif d’Embrun, salle de l’église St-Dominique à Hawkesbury et salle des Chevaliers de Colomb d’Alfred.

Transformer le Conseil des comtés unis… au tour de Georges Martin

L’ancien maire de Rockland, Georges Martin, en était maintenant son sous-préfet et, à ce titre, représentait sa ville au Conseil des comtés unis de Prescott et Russell. « Le temps est venu de changer le Conseil des comtés » avait-il affirmé selon un texte dans l’édition du 25 avril 1974 du journal Le Carillon. Martin n’était pas le premier à vouloir changer cet organisme régional. Martin avait « déploré les pertes de temps énormes qui existent à chaque réunion des comtés, situation qui pourrait être corrigée selon lui par la rédaction d’un ordre du jour, comme il en existe pour les conseils scolaires, les conseils municipaux et la plupart des organisations constituées ». Le sous-préfet de Rockland trouvait qu’il y avait « beaucoup trop de ‘tiraillage’ entre les représentants des différentes municipalités qui doivent utiliser toutes sortes de subterfuges s’ils veulent faire adopter une décision quelconque ». Martin avait proposé une série de mesures afin d’améliorer les procédures, mais sa résolution avait été reportée à une réunion subséquente. Ce qui ne l’a pas empêché d’ajouter « qu’il faudra (si ça continue) enlever le mot ‘unis’ du nom de l’organisme, car la situation est au point où l’unité est inexistante entre les représentants des différentes municipalités qui se ‘chamaillent’ continuellement pour obtenir quelque chose pour ‘leur’ municipalité ». D’autres après lui soulèveront souvent la même préoccupation. C’était la nature même de cette organisation régionale. J’y reviendrai.

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En Ontario, les retraités étaient contents. Comme l’explique un texte dans l’édition du 25 avril 1974, « l’Ontario va mettre sur pied en juillet un régime de supplément de revenu annuel garanti en faveur des 311,000 personnes à bas revenu, soit les personnes retraitées et les bénéficiaires de l’assistance sociale qui sont aveugles ou invalides, dont le revenu est inférieur au niveau garanti de $50 par semaine pour une personne seule et de $100 par semaine pour un couple marié. (…) Le revenu garanti sera de $216.67 par mois pour une personne seule et #433.33 pour un couple. » Ce programme existe toujours, mais les revenus sont plus importants bien sûr.

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Tiens, j’avais cru que cette possibilité existait depuis toujours. Comme nous l’apprend le journal dans son édition du 2 mai 1974, « les Télécommunications CN-CP sont désormais en mesure d’accepter des télégrammes en français d’où que ce soit au Canada ». La province de Québec et la ville d’Ottawa profitaient déjà des services de télégraphie bilingues, mais à partir de ce moment le service couvrirait « neuf provinces, les deux territoires et la Labrador ».

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Me Roch Lalande, de L’Orignal, est nommé juge de la Cour provinciale, division familiale, pour les comtés de Stormont, Dundas, Glengarry, Prescott et Russell. Il remplaçait le juge à la retraite Jean-Louis Cloutier, une personne qui avait été énormément respectée dans la région de Hawkesbury. Et comme le note l’article dans l’édition du 16 mai 1974, « il est la deuxième avocat de l’étude légale Woods, Lalande, Lapalme et Houle à obtenir un poste de juge provincial, l’autre est Me René Marin ». J’ai parlé de ce dernier à quelques reprises dans mon blogue.

La grève postale « illégale » de 1974

Comme le rapporte le journal dans son édition du 25 avril 1974, Le Carillon est lui aussi victime de « la grève illégale qui paralyse depuis plusieurs jours le système postal canadien ». Je note que le ministre des Postes est alors André Ouellet, qui deviendra un jour mon président-directeur général à Postes Canada. Le journal avait dû mettre sur pied un service de distribution d’urgence afin d’assurer la livraison aux abonnés. Il fallait parcourir 350 milles « afin de livrer les copies du Carillon aux bureaux de poste, aux camelots et aux dépositaires réguliers ». Et comme le précise l’article, « les maisons d’affaires doivent compter sur le bon esprit de leurs banquiers pour assurer la continuité de leurs affaires, en attendant que les ‘comptes à recevoir’ puissent être perçus et la poste est la plupart du temps le seul moyen de les recevoir. D’autres touchés par le conflit sont les récipiendaires d’assistance sociale et les prestataires d’assurance-chômage, pour n’en nommer que deux groupes. »

Marcel Desjardins, sous son pseudonyme de Paul Huneault, y va de son opinion dans son éditorial de cette semaine-là. « Dire que le ministre des Postes a sous-estimé la détermination des employés du service postal, c’est se montrer bien gentil pour M. André Ouellet. La veille de Pâques, le ministre des Postes s’est fâché devant les caméras de télé et il a affirmé que le malaise était attribuable à une poignée de fiers-à-bras opérant à Montréal. De deux choses l’une: ou le ministre ne savait pas de quoi il parlait, ou il mentait carrément à la population. Depuis une semaine, on sait que le conflit des Postes n’est pas seulement ‘une affaire de Montréal’ mais qu’il est bel et bien national. (…) Et pourtant nul mieux que M. Ouellet ne sait comment le ministère des Postes ne peut endurer de perdre une autre fois de la clientèle par suite d’un arrêt prolongé de travail. M. Ouellet devrait aussi savoir que les syndicats des postes, des pionniers de la négociation collective dans la Fonction publique fédérale, (les postiers et les facteurs négociaient et ‘grèvaient’ avant même que la loi sur les relations de travail ne soit adoptée) n’en sont pas à leur première confrontation. Ces syndicats sont bien organisés et maintiennent un contact quasi permanent avec leurs membres. » Cette influence syndicale à Postes Canada prévaut encore de nos jours.

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Le journal du 25 avril 1974 annonce aussi que les ateliers du Carillon seront dotés d’une « nouvelle presse de marque Cottrell à quatre unités, qui permettra l’impression d’un seul coup d’une section de 32 pages avec plusieurs couleurs ». Nous franchissions toute une étape de celle où le journal était imprimé quatre pages à la fois avec une seule couleur qui étaient ensuite « mariées » dans une seule publication. Le journal avait adopté le procédé d’impression « offset » dix ans auparavant. La nouvelle presse serait installée au début de l’été. Le propriétaire André Paquette avait obtenu du fabriquant, une société américaine de Rhode Island si ma mémoire est fidèle, que les plaquettes d’instruction sur les unités soient en français.

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C’est un nom que j’avais oublié et pourtant… « Un pionnier de la radio française est décédé » peut-on lire en titre dans l’édition du 25 avril 1974 du journal Le Carillon. Rolland Chevrier, de la station CFML, de Cornwall, n’avait que 58 ans. « À l’emploi de CFML depuis 1959, M. Chevrier a passé 32 ans de sa vie au service de la radiophonie française. Avant d’entrer au poste de Cornwall. M. Chevrier était à l’emploi du poste de St-Jérôme où il a organisé de nombreuses tournées de vaudeville dans la région de Montréal. Il a aussi longtemps travaillé pour le défunt journal francophone L’Étoile de Cornwall. « Le principal instigateur et animateur de l’émission Radio-Hawkesbury à la station radiophonique CFML de Cornwall, Rolland Chevrier était aussi très actif au sein de la communauté francophone de Cornwall. Il était membre du club Richelieu, de Couple et Famille et ancien président de la Semaine française. »

« Une langue n’est vivante que par sa présence… »

J’avais parlé de la frousse provoquée par la popularité du Parti québécois de René Lévesque aux dernières élections québécoises. Robert Bourassa avait obtenu un mandat fort mais il avait forcément senti la soupe chaude. En ce printemps de 1974, il est question de faire du français la langue officielle du Québec. Marcel Desjardins, sous son pseudonyme de Paul Huneault, en parle dans son éditorial du 11 avril 1974 du journal Le Carillon. Il y reproche à Bourassa de trop tarder à prendre les mesures qui s’imposent, à ses nombreuses hésitations. « Une langue n’est vivante que par sa présence dans la vie quotidienne des individus. On aura beau donner tous les statuts à la langue française, seule langue officielle, langue de la majorité, langue nationale, etc. Mais si cette langue n’est toujours pas parlée de façon systématique dans tous les secteurs de l’activité québécoise, comme le travail entre autres, on aura légiféré à l’aide de phrases et de mots et de bonnes intentions qui ne changent rien à la réalité. »

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C’était son nom : sœur Marie-de-Ste-Thérèse-de-l’Enfant-Jésus, sœur Marie pour les intimes, et elle avait été une des fondatrices de l’hôpital St-Cœur-de-Marie et responsable du foyer d’accueil Maria pour les mères célibataires. Elle avait passé le tiers de sa vie à Hawkesbury, jusqu’à sa retraite en 1968. Comme on peut le lire dans l’édition du 18 avril 1974, « sœur Marie-de-Ste-Thérèse-de-l’Enfant-Jésus est morte à l’âge de 86 ans après 64 années de vie religieuse avec les Servantes du Cœur Immaculé de Marie du Bon-Pasteur de Québec ».

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Le concept de l’éducation permanente était relativement récent et le Conseil d’éducation de Prescott-Russell comptait utiliser davantage ses écoles secondaires à cette fin. « Il existe, dans les comtés de Prescott et Russell, un mouvement de plus en plus accentué vers l’éducation des adultes, a expliqué le directeur d’éducation du CEPR, M. Edgar Mageau, et il y a encore beaucoup à faire dans cette veine à l’intérieur des comtés. » Le CEPR offrait des programmes restreints en collaboration avec le Collège Algonquin, le Centre de main-d’œuvre du Canada et la division de l’extension de l’Université d’Ottawa, mais il voulait les développer davantage compte tenu de « la tendance provinciale de l’utilisation des locaux scolaires à l’année longue ». Un article à cet effet dans l’édition du 18 avril 1974.

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Contexte du temps

La Cie Câble Vision de Hawkesbury offrait à ses abonnés les canaux 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10 et 12, en plus de signaux FM. Loin des centaines de postes offerts aujourd’hui par câble ou par satellite ou par Internet. – Une bicyclette pour hommes, 10 vitesses, cadrage 21 et 23 pouces, freins avant et arrière, vitesses manuelles, pneus 27 pouces pouvait être achetée pour 99,95 $. – Dairy Queen vous offrait un « bananes split » à 49 cents. – Pour 639,88 $, vous achetiez un tracteur-tondeuse de 10 c.v. à la Coopérative agricole d’Embrun. – Une bouteille de Listerine de 24 onces coûtait 1,16 $ au magasin LaSalle de Hawkesbury. – Le steak de ronde vous était offert à 1,59 $ la livre à l’épicerie Dominion.