Ethier n’avait pas aimé que le journaliste ne morde pas à l’hameçon

Le chef néo-démocrate David Lewis avait retiré son appui aux libéraux minoritaires de Pierre Trudeau et conséquemment, le pays se retrouvait en campagne électorale en ce début d’été de 1974. Dans Glengarry-Prescott-Russell, le libéral sortant Denis Ethier devait affronter le progressiste-conservateur Bernard Pelot et le néo-démocrate Raymond DesRochers. L’Union nationale des cultivateurs avait donc organisé une « réunion contradictoire » des candidats à l’école secondaire Glengarry d’Alexandria. Ethier refuse d’y participer, claque la porte et se rend dans la salle du club d’âge d’or rencontrer les 80 « personnes réunies là pour un cours de danse »; il affirmait que le débat avait « été préparé d’avance pour le NPD ». Le journaliste Charles Burroughs rédige un compte rendu fidèle de la soirée et ses interventions des autres candidats, dont la démarche d’Ethier… mais il ne suit pas Ethier.

Lorsque le journal Le Carillondu 13 juin 1974 est publié, je reçois la visite de Denis Ethier à mes bureaux et il commence à accuser Burroughs d’incompétence et d’ignorance; Ethier avait espéré que les journalistes le suivent et sortent de la rencontre des candidats eux aussi. Charles avait respecté mes consignes et avait couvert l’événement que je lui avais demandé de couvrir. Je n’ai pas mâché mes mots avec Ethier et je n’ai pas ménagé ma colère. En fait, je lui ai demandé et obtenu qu’il s’excuse auprès de Charles pour « ses attaques injustifiées ». C’est une anecdote de ma carrière que je retiens encore.

Ethier réagit par une publicité payée dans l’édition de la semaine suivante, celle du 20 juin 1974. Il y explique les raisons qui ont motivé son geste. « L’organisatrice de ce débat refusant de respecter les règles traditionnelles de notre comté, qui donnent au candidat représentant le parti au pouvoir, seul le privilège d’une réplique de cinq minutes. Et contrairement à ce que les journaux ont rapporté, je maintiens que je fus informé de ce débat par l’éditeur du journal Glengarry News, et non pas, par les organisateurs. Les faits réels sont que : Seul le candidat socialiste fut consulté assez longtemps à l’avance afin que la date lui convienne et lui donne en plus le temps de s’assurer que son orateur suppléant soit disponible. Devant cette attitude partisane de la part des organisateurs, j’ai refusé d’y participer. Comme candidat dans une campagne électorale, le moins que l’on puisse espérer d’un groupe, qui se dit non-partisan, est d’être traité avec égale courtoisie. » Je reviendrai sur cette élection qui aura lieu un mois plus tard.

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Oh! En passant… le nouveau bureau de poste de Bourgetest inauguré par le député libéral sortant Denis Ethier le 11 juin 1974. Construction d’un nouveau bureau de poste est synonyme de campagne électorale comme je l’ai déjà mentionné dans des billets précédents.

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Rockland avait son « Centre La Ste-Famille » qui était rapidement devenu populaire dans cette communauté. À Hawkesbury, le Service de loisirs parrainerait un centre semblable et dans l’édition du 13 juin 1974, on apprend qu’il sera connu sous le nom de « Centre Le Chenail » et qu’il sera aménagé dans l’ancienne salle de quilles du Centre Mémorial. « Son rayonnement d’activités se veut plus que qu’urbain, car il englobera Hawkesbury, L’Orignal, Alfred, Chute-à-Blondeau, St-Eugène, Ste-Anne-de-Prescott, Vankleek Hill et Lefaivre car les services offerts le seront aussi pour les nombreuses écoles de la région. » L’aide monétaire proviendrait au Collège Algonquin, du Secrétariat d’État et du Conseil des arts de l’Ontario. Le centre culturel Le Chenail a poursuivi ses activités communautaires pendant de très nombreuses années. André Villeneuve en était devenu l’âme inspiratrice.

Une réflexion sur “Ethier n’avait pas aimé que le journaliste ne morde pas à l’hameçon

  1. L’affaire Éthier: je me souviens encore de cette soirée-là. C’était ma première ‘grosse’ couverture et je tenais à faire du bon boulot. J’ai su que quelque chose allait se passer lorsqu’un vendeur de publicité du Carillon, que je ne nommerai pas, me chuchota: ‘Watch bien çà, Ethier va sortir avec tous ses partisans’! Je n’ai pas mordu à l’hameçon et j’ai été le seul à le faire. Tous mes collègues se sont précipités de l’autre côté de la rue où attendaient patiemment environ 200 personnes âgées. On était à Alexandria et le député Ethier habitait Dalkeith, tout près.
    Ceci me rappelle une autre aventure, avec les conservateurs cette fois. Bill Davis, le premier ministre de l’Ontario, visitait ses partisans au restaurant Holiday de Hawkesbury. Maurice Demers, le super-organisateur du PC provincial depuis toujours, a voulu me faire payer pour avoir accès à la salle, parce que j’avais eu ‘la gueule trop sale’, j’imagine dans un article précédent. Un appel à Jean-Maurice a réglé le problème: pas d’entrée gratuite pour faire mon travail, pas un mot dans le journal du lendemain (on était un mardi et le journal publiait le mercredi). C’est le député J.-Albert Bélanger qui a mis fin aux hostilités, en payant mon entrée de sa poche. J’ai toujours cru qu’il était beaucoup plus intelligent que son organisateur. CB

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