Un directeur des loisirs sans solde… le temps d’une élection

L’implication politique de Rhéal Leroux n’est pas récente. Pour les élections provinciales de 1971, il était l’organisateur du candidat néo-démocrate et maire de Hawkesbury, Yvon Montpetit. Dans l’édition du 23 septembre du journal Le Carillon, on peut y lire qu’afin « de ne pas être accusé de faire de la politique active aux frais des contribuables, le directeur des loisirs Rhéal Leroux a demandé et obtenu un congé sans solde du 27 septembre au 24 octobre ». La permission a été accordée, bien sûr. Et fait intéressant, « M. Leroux continuera toutefois son travail comme directeur des loisirs, principalement dans le but d’assurer la bonne marche du programme d’automne. Pour ce faire, M. Leroux sera à son bureau du parc Mémorial les lundis, mercredis et vendredis matin et travaillera également pour les loisirs, toujours sans paye, la nuit ». Voilà pour du professionnalisme.

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Le nouveau parc provincial Carillon, à l’est de Chute-à-Blondeau, en était à sa première année d’existence et répondait manifestement à un grand besoin. « Pas moins de 45,471 personnes ont franchi la barrière du parc provincial Carillon au cours de sa première saison d’opérations » lit-on dans l’édition du 23 septembre. La moyenne de 352 visiteurs par jour se répartissait en 288 pique-niqueurs et 64 campeurs. À l’époque, on y trouvait l’une des plus belles plages de la région. Je n’y ai pas mis les pieds depuis de très nombreuses années.

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Oui, c’était il y a 40 ans. Le Cinéma Laurentien de Grenville présentait la version française du film « Love Story » avec Ali MacGraw et Ryan O’Neal. La musique était de Francis Lai. Dans le texte de l’annonce : « Elle était belle. Et terriblement intelligente. Elle aimait Mozart et Bach. Et les Beatles. Et moi. » Et il fallait obligatoirement des Kleenex dans sa poche!

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Laurier Lapierre avait été un des deux animateurs, avec Patrick Watson, de la populaire et controversée émission radio-canadienne « This Hour Has Seven Days » et il siégeait au conseil national du Nouveau parti démocratique. Il était présent à Hawkesbury lors du lancement de la campagne du candidat néo-démocrate Yvon Montpetit. Je retiens un paragraphe de mon article de l’époque sur les propos de Lapierre : « Il a mentionné que le peuple, quand il perd confiance dans les processus démocratiques, cherche à trouver d’autres solutions. Il a ajouté qu’une bonne partie du peuple québécois, lors de la crise d’octobre 1970, sympathisait avec la cause du FLQ, malgré les événements tragiques de cette époque et même s’ils n’étaient pas d’accord avec les méthodes radicales utilisées. » Sans autre commentaire.

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Une annonce électorale qui avait fait parler d’elle lors de la campagne électorale de 1971 : « Proulx connaît les problèmes des travailleurs C’EN EST UN! » L’annonce ne précisait pas s’il se référait au fait qu’il était un « problème » ou un « travailleur ». L’annonce a été répétée plusieurs fois. Reste à savoir à ce que l’électeur penserait. J’y reviendrai.

Une campagne électorale qui ne s’annonce pas trop « propre »

La campagne électorale en vue des élections provinciales du 21 octobre 1971 en Ontario s’annonce fort intéressante. Le député conservateur sortant Albert Bélanger sera encore de la course, bien sûr, et il devra affronter le libéral Philibert Proulx et le néo-démocrate Yvon Montpetit. Vous aurez remarqué que ces deux-là sont respectivement préfet et maire de la ville de Hawkesbury à cette époque. Et les deux ne s’aiment pas du tout. Lors d’une réunion précédente, le maire avait même lancé à Proulx… « Va donc ch… ». La campagne ne sentirait pas bon! Et imaginez le climat autour de la table du Conseil. L’agent officiel de Montpetit était un autre conseiller municipal, Claude Demers, qui n’aimait pas Proulx non plus. J’y reviendrai.

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De nos jours, le concept des contributions par déduction à la source est bien accepté et populaire. Centraide est l’organisme le plus connu. Mais à l’automne de 1971, les entreprises locales comprenaient mal les intentions de la Fédération des œuvres de Hawkesbury, qui avait été créée quelques mois plus tôt. On en parle dans l’édition du 23 septembre du journal Le Carillon. « Le président du comité provisoire de la fédération, M. Philippe Latreille, a mentionné que seulement quatre ou cinq entreprises, sur une trentaine environ, ont répondu à la demande jusqu’à maintenant. » Les trois plus gros employeurs, Duplate, Patchogue Plymouth et la CIP, avaient refusé « la déduction hebdomadaire des contributions de leurs employés directement de leur salaire ». Les conseils scolaires régionaux ont également rejeté cette idée. Les contributions auraient été volontaires, bien sûr. « M. Latreille a ajouté que la Fédération n’a pas sa raison d’être si les contributions ne peuvent être prélevées du salaire (…) le but est de concentrer en une seule campagne celles d’une dizaine d’organisations de la ville, afin de permettre à celles-ci de recueillir de meilleurs montants pour leurs œuvres. » L’idée n’irait pas bien loin et la région devra attendre encore de nombreuses années avant de voir l’arrivée de Centraide Prescott-Russell.

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« La population de L’Orignal a autorisé dans une proportion de 87.6 p. cent la vente de spiritueux dans les limites du village, lors d’un référendum, le premier du genre tenu mercredi dernier. » Quelques 265 des 900 admissibles s’étaient prévalus de leur droit de vote.

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Statistique Canada venait de publier son deuxième bulletin lié au dernier grand recensement national de 1971. Ainsi, dans l’édition du 23 septembre, on apprend que la « population du canton de Russell a augmenté de 13.1 p. cent (…) la population est passée de 3,693 en 1966 à 4,178 au 1er juin 1971 ». Et combien d’habitants dans d’autres communautés des comtés unis? On en comptait 969 dans le canton de Longueuil, 2 388 dans le canton de Cambridge, 1 709 dans le canton d’Alfred, 1 268 dans le canton de Calédonia; 2 951 dans le canton de Lancaster et 590 dans le village du même nom, 613 à Maxville, le même montant qu’à St-Isidore-de-Prescott. Pas beaucoup de monde!

Vingt-neuf formats de tubes de pâte dentifrice

En 1971, la pâte dentifrice se vendait en 29 formats de tubes différents. Le ministère fédéral de la Consommation et des Corporations avait décidé d’intervenir. « On sait que dans six mois environ, la pâte dentifrice ne se vendra qu’en tubes de six formats, au lieu des 29 qui existent actuellement sur le marché » peut-on lire dans l’édition du 19 août 1971 du journal Le Carillon. Le journal en parlait parce qu’une entreprise locale, Montebello Metal, était concernée par cette décision. L’usine de 200 employés fabriquait « présentement les tubes pour le dentifrice Crest de la compagnie Procter and Gamble du Canada ». Mais Crest n’utilisait que quatre formats, donc la décision n’affecterait peu ce client de Montebello Metal. Fred Geizendanner, le président-proprio de Montebello Metal, croyait plutôt que « la production des tubes de pâtes dentifrices sera plutôt facilitée, étant donné qu’il y aura moins de modifications à apporter dans la fabrication ». Un beau sourire avec ça?

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C’était dans l’édition du 19 août 1971 également. « En Ontario, on pourra dorénavant obtenir sur demande des certificats de naissance imprimés en français. » Dans un communiqué, le gouvernement ontarien avait précisé que « seuls ceux qui sont nés en Ontario pourront se prévaloir de ce service qui sera rétroactif dès 1869, année à laquelle débuta l’enregistrement des naissances dans notre province ». Cette décision s’inscrivait dans le contexte « des nombreuses mesures visant à mettre en pratique la politique de bilinguisme adoptée par le gouvernement ». C’est mieux que rien.

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Le football canadien était assez populaire à Hawkesbury dans les années 70 et à un certain moment, les Hawks représentaient la ville dans une ligue semi-professionnelle. Ainsi, dans Le Carillon du 19 août 1971, on y lit que Michel Léveillé, qui avait été « vedette » de football lorsqu’il fréquentait l’École secondaire régionale de Hawkesbury, « venait d’entreprendre sa première saison dans la Ligue canadienne de football, dans l’uniforme des Lions de la Colombie-Britannique ». Un autre footballeur de la région, Ivan MacMillan, d’Alexandria, évoluait quant à lui avec les Argonauts de Toronto « après avoir été congédié, plus tôt cette année, par les Rough Riders d’Ottawa ».

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En septembre 1971, l’organisation municipale des loisirs est toujours dans son enfance. Le directeur des loisirs n’est en permanence que depuis moins de six mois. Mais entre le Comité des loisirs (des citoyens et des représentants du Conseil) et le Conseil municipal, ce n’est pas une lune de miel. On tente toujours de déterminer précisément les rôles de chacun et le directeur des loisirs se retrouve au milieu de tout ce beau monde. Les débats se prolongent depuis plusieurs semaines et dans l’édition du 16 septembre 1971, on apprend que le président du Comité des loisirs, André Paquette (éditeur-proprio du journal Le Carillon), n’en peut plus… il démissionne. Le journaliste du journal Le Droit avait eu vent de cette démission, de même que d’autres journalistes locaux et régionaux évidemment, et ils se sont pointés à la réunion du Comité municipal des loisirs pour être témoins de cette démission. Le maire Yvon Montpetit fait expulser les journalistes. Le débat se prolongerait pendant quelque temps, mais c’est le Conseil municipal qui gagnera finalement… c’est lui le « boss », point à la ligne. La question des loisirs à Hawkesbury a toujours été une source de dispute avec les autorités municipales et plusieurs directeurs de loisirs successifs l’ont appris à leurs dépens.

L’ancien député Raymond Bruneau est décédé

Le journal Le Carillon du 8 juillet 1971 rapporte que l’ancien député fédéral du comté de Prescott, Raymond Bruneau, est décédé à Ottawa le 5 juillet. Il avait été député de 1949 à 1957, lorsqu’il a été défait par le conservateur Osie Villeneuve. Bruneau était retourné à son métier de traducteur au gouvernement fédéral, après avoir enseigné à l’École industrielle d’Alfred (l’école de réforme), au Collège Bourget de Rigaud et à l’École secondaire de Hawkesbury, au lendemain de sa défaite électorale. Il est décédé à son travail, à l’âge de 54 ans. Il était le frère de l’ancien maire de Hawkesbury, Victor Bruneau, et le beau-frère de l’ex-chef de police local, Rémi Lecôt. Je me souviens que mon père m’avait dit qu’il aimait bien Raymond Bruneau et qu’il avait travaillé à ses campagnes électorales. Il m’avait dit ça quand je lui avais annoncé que je me lançais en politique.

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Le nouveau Parc provincial Carillon est officiellement inauguré par le ministre ontarien des Terres et forêts, René Brunelle. Le député Osie Villeneuve, dont la circonscription englobe le nouveau parc à l’est de Chute-à-Blondeau, prévoit des milliers de visiteurs chaque week-end. Il prédit même que « dans trois ans, le nouveau parc provincial Carillon recevra 10,000 visiteurs chaque fin de semaine et contribuera à l’essor économique du secteur ». Encore une prédiction de politiciens qui ne s’est jamais manifestée… et l’autoroute 417 n’était pas encore terminée.

Dans un texte sous l’article rapportant l’ouverture officielle dans l’édition du 22 juillet 1971 du journal Le Carillon, un autre texte fait référence à la noyade d’un jeune Montréalais d’origine italienne moins de 24 heures après l’inauguration. Le jeune de 14 ans s’est noyé en voulant récupérer le ballon de soccer qui avait été accidentellement botté dans la rivière Outaouais. Tout s’était passé si rapidement que personne n’a pu réagir à temps pour lui sauver la vie. (Trois autres noyades dans la région sont rapportées dans cette même édition.)

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Quelle grande nouvelle! « Depuis 10 heures, mercredi matin, les jeunes de 18 ans de l’Ontario, garçons et filles, sont maintenant majeurs. » L’article fait la grande manchette de l’édition du 29 juillet 1971 du journal Le Carillon. « La nouvelle loi, qui affecte 412,000 jeunes Ontariens, permet entre autres le vote, la consommations de boissons alcooliques, l’occupation d’un poste électif, le privilège de siéger sur un jury et le droit de signer des contrats juridiques et financiers. » Des vrais adultes, finalement. « Dans Prescott-Russell, la nouvelle loi affecte quelques 2,427 jeunes de 18 à 20 ans, selon le dernier recensement du Service d’évaluation, soit 956 de 18 ans, 763 de 19 ans et 708 de 20 ans. »

La publicité sur les cigarettes… c’est fini!

Tout s’était accéléré en cet été de 1971. « Le ministre de la Santé nationale et du Bien-être social aura mis deux ans avant d’arrêter le contenu de la loi sur la cigarette, c’est-à-dire avant d’interdire aux fabricants canadiens la publicité des produits à cigarette à la télévision, la radio, dans les journaux ou au moyen de primes et de coupons. » Paul Huneault/Marcel Desjardins s’y référait dans un éditorial du 17 juin 1971 du journal Le Carillon. « Cette période de réflexion aura aussi permis à M. John Munro de réduire sa consommation personnelle de cigarettes de trois paquets à un paquet et demi par jour. » Toute forme de publicité sera interdite à compter du 1er janvier 1972. À cette époque-là, je fumais environ un paquet de Mark Ten (les coupons bien connus) par jour. J’ai mis fin à cette habitude il y a maintenant près de 35 ans quand mon fils était tout jeune, un vendredi en fin de journée, quand j’ai eu terminé la dernière cigarette de mon paquet. Une des meilleures décisions de ma vie.

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Je note, depuis un certain temps, qu’il se passe rarement une semaine en ce début des années 70, sans qu’il n’y ait un accident routier mortel dans la région desservie par le journal Le Carillon, tant du côté ontarien que québécois. Les incidents de toutes sortes sont nombreux, y compris un trop grand nombre de noyades.

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« Dès le 1er juillet, le salaire minimum fédéral passera de $1.65 à $1.75 l’heure dans toutes les entreprises sous la juridiction du gouvernement fédéral » rapporte Le Carillon dans son édition du 24 juin 1971. « Malgré cette hausse, il est à noter qu’en s’en tenant à $1.75 l’heure, en raison de 40 heures par semaine, cela signifie un salaire annuel de $3,640. Pourtant la somme citée comme étant la limite de la pauvreté, pour une famille de quatre individus, reste à $3,750, soit $110 de plus que la somme offerte par la nouvelle augmentation. »

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La comparaison était plutôt curieuse. Les quartiers généraux de la Forêt expérimentale Larose, à Bourget, avaient été officiellement inaugurés par le ministre ontarien des Terres et forêts, René Brunelle. « Le maire du canton de Clarence, Roger Ouellette, municipalité au sein de laquelle se trouve une bonne partie de la forêt, faisait remarquer au conseiller Albert Giroux, de Hawkesbury, présent à la cérémonie, que la Forêt Larose était aux cantons de Clarence et de Cambridge, ce que la CIP, Duplate et Patchogue étaient à Hawkesbury. » La Forêt Larose avait 17 employés permanents et en embauchaient une centaine à temps partiel pendant la saison estivale. « Mme Ferdinand Larose, l’épouse de l’agronome qui, en 1928, a mis sur pied le développement de la forêt qui porte aujourd’hui son nom, participait à la cérémonie en compagnie de sa fille, Mme Françoise Labelle. »

« Bref, vous voyez ce que cela veut dire »

La publicité du Bureau fédéral de la statistique dans Le Carillon du 27 mai 1971 ne pouvait être plus claire dans ses explications. « Le recensement, c’est votre affaire. Tout le monde a le droit et le devoir d’y participer. » La publicité était liée au grand recensement national du 1er juin 1971 et à cette époque, la contestation de son utilité ne faisait pas partie des débats. Personne ne doutait du caractère privé et confidentiel du recensement; aucun incident n’avait laissé supposer le contraire. « Les renseignements recueillis devenus statistiques, seront utilisés par les nombreux groupements qui participent à l’organisation de notre avenir » précise l’annonce de presque une page. « C’est ainsi, par exemple, que trouvant dans tel quartier un grand nombre d’enfants âgés de moins de cinq ans, votre commission scolaire saura qu’il faudra peut-être construire une nouvelle école. Ou encore que là où il existe trop de logements insalubres, il faudra sans doute prévoir leur démolition et le réaménagement urbain. Bref, vous voyez ce que cela veut dire. » En 2011, les politiciens conservateurs de Stephen Harper ne voient pas le recensement avec les mêmes yeux. Le recensement de 1971 était le premier au cours duquel les personnes pouvaient remplir le questionnaire dans le confort de leur maison, sans la présence d’un recenseur. Quant aux exploitants agricoles, « les renseignements que vous fournirez seront très utiles à l’établissement des programmes gouvernementaux nécessaires au développement agricole ». L’annonce ajoutait que sans ces renseignements « sur vous-même et votre famille, le recensement ne sera pas complet ». Et en 1971, le recensement était obligatoire et personne ne s’en plaignait.

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La rumeur était trop persistante. Le Carillon du 3 juin 1971 rapporte que la société japonaise Toyota construirait une usine de fabrication d’automobiles dans le canton de Longueuil, sur un terrain voisin des installations de l’Industrial Fastners (Ivaco). La rumeur se propageait étant donné le refus de plusieurs intervenants de nier une telle possibilité. Bien sûr, Toyota ne s’est jamais installée à Longueuil, bien qu’Ivaco y construise éventuellement une deuxième usine. J’y reviendrai.

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Louis-Denis Lord, celui avec qui j’avais tenté de syndiquer le journal, quitte Le Carillon pour joindre les rangs de la salle des nouvelles du journal Le Droit le 7 juin. Il n’aura passé que deux années à Hawkesbury finalement. La dernière fois que j’ai parlé à Louis-Denis, il était directeur des politiques de ressources humaines à la Société Radio-Canada. Il est sans doute retraité lui aussi.

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L’organisation des loisirs municipaux à Hawkesbury est un phénomène nouveau depuis l’embauche d’un directeur des loisirs et Rhéal Leroux, le directeur, ne tarde pas à agir. Mais tous ne sont pas d’accord, notamment le conseiller municipal Jean-Louis Montreuil, dont les propos sur la justification des dépenses municipales à ce chapitre fait couler de l’encre. Le Service des loisirs de Hawkesbury est justement présidé par André Paquette, l’éditeur du journal Le Carillon, et dans un article publié dans l’édition du 10 juin 1971, Paquette ne se gêne pas pour rétablir les faits. Selon ses calculs, « le coût réel du service municipal des loisirs pour les contribuables de Hawkesbury s’établit à seulement $2.66 par personne, par année ». Quant à Rhéal Leroux, il affirme carrément que « Montreuil ne comprend pas ce qu’est un service de loisirs » et il s’empresse de lui fournir cette explication publiquement. Il invite Montreuil à participer aux rencontres du comité « où il pourrait s’informer davantage sur le service qu’on est à établir sur une base permanente et où il pourrait lui-même formuler les suggestions qu’il juge à propos ». Montreuil avait aussi critiqué le « Drop-In » aménagé au Centre Guindon et dont certains citoyens critiquaient le fonctionnement et le comportement des jeunes qui le fréquentaient, au nombre de 300 selon Leroux, à peu près un jeune sur trois de Hawkesbury. Et le coup de matraque qui réveille : « Il est vrai, admet d’autre part Rhéal Leroux, que des jeunes posent parfois des gestes décevants et que leur comportement général puisse déplaire. Mais il ne faut pas pour autant accuser les organisateurs de loisirs; le service de loisirs vient à peine de prendre naissance, alors que la population était déjà là avant. Ce n’est pas nous qui les avons élevés, dit-il, ce sont les parents; le service des loisirs ne fait en somme, à cet égard, qu’hériter d’une situation créée par d’autres. » Son intervention publique, lors d’un point de presse en compagnie du président du Service des loisirs, lui avait créé des problèmes auprès des élus du Conseil, qui n’avaient pas du tout apprécié ses critiques à l’endroit d’un des leurs. Il ne faut pas oublier que Leroux venait à peine de commencer sa permanence au poste de directeur des loisirs.

Le canton de Russell veut sa bibliothèque

Tiens, tiens; c’est intéressant cet article! Je le retrouve dans l’édition du 27 mai 1971 du journal Le Carillon et il est question d’un projet d’une bibliothèque dans le Canton de Russell. « Un groupe de citoyens du canton de Russell souhaiteraient l’établissement d’une bibliothèque publique pour desservir la population anglaise et française de ce territoire. (…) Le groupe (…) voudrait que la bibliothèque soit construite ou aménagée soit à Embrun ou dans le village de Russell. » Une bibliothèque paroissiale existait déjà à Embrun, « mais elle a été dissoute il y a quelques années et les livres ont alors été remis aux écoles primaire et secondaire d’Embrun ». Évidemment, les promoteurs du projet étaient pragmatiques et comprenaient leur communauté : « L’aménagement d’une bibliothèque publique représenterait certains problèmes à cause de la répartition de la population, soit 70 p. cent de francophones et 30 p. cent d’anglophones. Le premier groupe veut un genre de bibliothèque, tandis que l’autre a lui aussi sa préférence. » Ce dilemme se pose toujours en 2011 (avec une population maintenant répartie presque également entre francophones et anglophones) dans le cadre du récent débat sur l’avenir de la succursale de la bibliothèque publique du canton de Russell à Embrun. Et l’article prophétise sans doute sans le savoir : « Le groupe d’intéressés doit également communiquer avec le Conseil d’éducation et le Conseil des écoles catholiques afin d’obtenir leur aide, si possible, pour la réalisation du projet de bibliothèque. » En 2011, c’est justement le Conseil scolaire (qui regroupe aujourd’hui les deux entités) qui vient à la rescousse et qui logera la succursale d’Embrun dans une de ses écoles locales. Bizarre! Mais la population d’Embrun n’est pas contente.

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J’ai déjà écrit que le maire Yvon Montpetit avait été beaucoup trop en avant de son temps pour la ville de Hawkesbury. Dans l’édition du 27 mai 1971 du journal Le Carillon, un long article fait état des grandes idées du maire pour sa ville. « L’avenir de la ville ne réside pas que dans l’essor de son industrie manufacturière : il faudra aussi, selon lui, attacher une importance de premier plan au secteur du tourisme et des loisirs et équiper la ville en conséquence, en tirant parti de toutes ses possibilités. » Ainsi, Montpetit veut fermer un tronçon de la rue Principale pour le transformer en mail piétonnier, entre la rue John et la rue McGill. Notons qu’il était alors question de la Route du Nord ou Boulevard du Chenail, qui aurait détourné la circulation de cette partie de la rue Principale. Cela sous-entendait des élargissements de rues secondaires et l’aménagement de parcs de stationnement. Montpetit envisageait également des services de plein air et des terrains de camping en bordure de la rivière (un atout majeur de la ville de Hawkesbury qui n’a jamais été réellement exploité à sa capacité). Un peu plus tard, Montpetit allait suggérer un projet semblable à Ontario Place pour la Grande île. Comme je disais, il était en avant de son temps. Rien de tout ça ne s’est matérialisé, la volonté politique et publique n’étant pas là.

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Oh la la! L’Association du hockey mineur de Hawkesbury n’est pas contente du tout. Le Conseil municipal, qui est devenu plus conscient de son obligation de récupérer le coût de ses services, et qui doit maintenant générer suffisamment de revenus pour aller de l’avant avec des projets de loisirs, a décidé que l’Association, dès la prochaine saison de hockey, devra payer un loyer de 5 000 $ par année pour la location de la glace du Centre Mémorial. De son côté, l’Association voulait « absolument obtenir le droit de disputer gratuitement des rencontres au Centre Mémorial, sans être obligée de débourser $5,000 pour louer la glace ». C’était peine perdue. Les temps avaient changé et il en coûterait dorénavant plus cher pour inscrire ses enfants au hockey mineur.

Plus de peur que de mal… mais quand même!

« La population de Hawkesbury a vécu des heures de peur et d’angoisse, vendredi soir dernier, alors qu’un nuage d’ammoniaque a enveloppé tout le secteur ouest de la ville, obligeant ainsi près de 3,000 personnes à évacuer leurs demeures. » Toute la première page du journal Le Carillon du 13 mai 1971 y est consacrée à cet incident à l’usine de la CIP de Hawkesbury et deux pleines pages intérieures. Le gaz provenait d’un wagon-citerne garé sur les terrains de l’usine. Heureusement, « seulement 60 des 480 employés étaient alors au travail ». « Pendant les cinq heures que l’ammoniaque a continué à se répandre avant que des experts venus de Brockville réussissent vers 1h30 samedi matin, à déceler la fuite et à la colmater, pas moins de 215 personnes ont reçu des soins dans les hôpitaux de la ville. » Une valve de sécurité défectueuse aurait été à l’origine de la fuite inquiétante, la première à survenir à l’usine locale. La fuite s’était produite après qu’un employé de l’usine, Malcolm Dicaire, 62 ans, « eut ouvert une des valves du wagon-citerne contenant pas moins de 70 tonnes d’ammoniaque ». Dicaire avait subi des brûlures majeures aux jambes, aux bras et au visage et il a dû être hospitalisé pendant plusieurs jours avant de retourner chez lui. L’événement avait été couvert par tous les grands médias. Il y avait eu finalement plus de peur que de mal, mais ç’aurait été une toute autre histoire si la fuite en aurait été une de chlore, un produit que l’usine de la CIP utilisait à la tonne chaque jour. Le chlore est un gaz mortel, contrairement à l’ammoniaque.

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Dans l’édition de la semaine suivante, celle du 20 mai, une autre tragédie fait la une et trois pages intérieures. Cette fois, ce sont 55 acres de terre qui s’enfoncent et bloquent la rivière Nation-Sud à Lemieux, dans la région de Casselman. Je me souviens vivement de ce reportage que j’avais réalisé sur place. « Les gens du secteur Casselman-Lemieux n’oublieront pas pour longtemps le glissement de terrain, rappelant la tragédie de St-Jean-Vianney, qui s’est produit en bordure de la rivière Nation-Sud dans la nuit de dimanche à lundi. Une superficie de près de 55 acres s’est en effet engloutie, pour des raisons encore mystérieuses, laissant à la vue un immense cratère. » Pour mettre le tout en perspective, l’article faisait référence à une superficie de « 2,400,000 pieds carrés » répartie surtout sur la ferme de Marcel Leroux, mais aussi dans une partie de la Forêt Larose et sur la ferme de Rosaire Desjardins.

« La terre effondrée a aussitôt été emportée par le courant de la rivière Nation-Sud jusqu’à une distance d’un mille de chaque côté de l’éboulement, brisant en certains endroits les poteaux d’électricité. Les horloges dans la maison du père de Marcel Leroux se sont arrêtées à minuit et dix minutes. » Par suite de ce glissement de terrain, il a fallu redessiner le tracé de la route 138 et éventuellement, le village de Lemieux allait être évacué. Je reviendrai sur cette partie de l’histoire en temps opportun.

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Toujours dans l’édition du 20 mai, je parle dans ma chronique de l’ouverture officielle d’Ontario Place, le projet du gouvernement provincial à Toronto, qui a été aménagé sur les berges du lac Ontario, à proximité des terrains de l’Exposition nationale du Canada. « Les prix d’entrée quotidiens sont de $1 pour les adultes et de 50 cents pour les étudiants. » Aujourd’hui, le prix d’admission au guichet est de 29 $ par personne ou 15 $ pour un enfant ou une personne aînée. Une famille de quatre déboursera 99 $ pour une journée. Il y a des prix pour la saison bien sûr.

Il y aurait 37 districts bilingues… pour commencer

La Loi sur les langues officielles avait été une initiative de Pierre Elliott Trudeau et de son gouvernement. La loi était en vigueur au pays et pour la mettre plus facilement en pratique, la « création de 37 districts bilingues » avait été recommandée par le Conseil consultatif des districts bilingues à la Chambre des communes. « Les districts bilingues sont des zones où les organismes fédéraux devront être en mesure de servir les citoyens dans les deux langues officielles du pays. » Deux de ces districts englobaient des provinces entières, le Québec et le Nouveau-Brunswick; l’Ontario en compterait 12, le Manitoba, huit, la Saskatchewan, sept, l’Alberta, trois, la Nouvelle-Écosse, deux, et un seul à Terre-Neuve, dans l’Île-du-Prince-Édouard et en Colombie-Britannique. « Le Conseil suggère également qu’on prenne en considération la création de 24 autres districts après le recensement de 1971. » En Ontario, les districts seraient les suivants : Cochrane, Renfrew-Nipissing, Sudbury, Timiskaming, Carleton (Ottawa), Glengarry, Midland-Penetang, Prescott, Russell, Stormont, Welland-Port Colborne et Windsor-Essex-Kent. Dans chaque district, des voix s’élèveraient pour protester contre l’imposition de services bilingues et l’obligation d’embaucher des personnes bilingues au détriment des unilingues. Cette critique est soulevée encore de nos jours un peu partout, y compris la capitale nationale.

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C’était une de nos fiertés régionales du milieu artistique. Les habitués de l’hôtel Sportsman Inn de Pointe-aux-Chênes, réputé pour sa musique « country-western », le connaissait bien; c’est un peu là qu’il avait été découvert. Quoi qu’il en soit, je parle de lui dans ma chronique du 6 mai 1971. « Ronnie Prophet, le fils de Mme Elsie Prophet, de Calumet, connaît une popularité croissante aux États-Unis, où il fait carrière de chanteur depuis une dizaine d’années. Résidant de Nashville, au Tennessee, Ronnie sera covedette avec Danny Thomas au club Harrah’s de Reno, au Nevada, en juin. » Quelques années plus tard, Ronnie animerait des émissions de musique country à la télévision canadienne. Ronnie habite maintenant au Missouri. Il était né à Hawkesbury, mais avait passé sa jeunesse à Calumet.

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J’imagine difficilement lire un tel titre dans un journal de nos jours, mais le 6 mai 1971, dans Le Carillon, on voyait qu’à Alexandria, « Le Conseil se refuse une hausse de salaire ». Les membres du Conseil avaient en effet rejeté une recommandation de leur comité de finances visant à majorer du tiers leur rémunération annuelle. Pourtant, le comité était formé des membres du Conseil; c’est à n’y rien comprendre. « En rejetant la recommandation du comité des finances, les membres du Conseil ont laissé entendre qu’ils n’avaient pas besoin d’augmentation de salaire présentement. » J’imagine que c’était l’influence du maire Jean-Paul Touchette. Après son élection à ce poste, en 1967, il avait fait réduire son salaire de 2 000 $ à 1 500 $. Les conseillers touchaient environ 360 $ par année, en plus de 100 $ pour la présidence d’un comité. Le préfet recevait 200 $ de plus.

Répétez après moi : La 417 est la clef du développement

Le député provincial Albert Bélanger, comme plusieurs autres, était catégorique, l’autoroute 417 était la clef du développement des comtés. Il avait fait cette affirmation après avoir été confirmé comme porte-étendard du Parti progressiste-conservateur aux prochaines élections en Ontario. On en parle dans Le Carillon du 29 avril 1971. Bélanger était convaincu que l’ouverture de l’autoroute 417 allait attirer les touristes américains. « L’industrie touristique est l’espoir de l’avenir pour sa circonscription et il juge cela aussi important que la ‘grosse industrie’. Il a ajouté que la ‘grosse industrie’ pollue alors que l’industrie touristique, elle, n’ajoute pas à la pollution. » J’en conclus qu’il n’était pas de ceux qui tentaient d’attirer des « grosses industries » à Hawkesbury et dans la région. Bélanger avait même déclaré que le gouvernement provincial « étudie sérieusement la possibilité de convertir la Forêt Larose, la plus importante forêt expérimentale de reboisement de l’Ontario, en parc provincial, près de l’autoroute 417 ». Cela ne s’est jamais matérialisé et le développement touristique sur grande échelle non plus. L’autoroute 417, en fin de compte, ne servait qu’à transporter rapidement les automobilistes d’Ottawa vers Montréal et vice versa; ils n’avaient pas le temps de s’arrêter. Par contre, le nouveau Parc aquatique Calypso, à Limoges, est en train de prouver que le développement touristique est possible à condition d’y investir adéquatement.

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Les conducteurs de camions et d’automobiles les appréciaient l’hiver, mais les autorités gouvernementales avaient jugé que les inconvénients étaient largement supérieurs aux avantages. Donc, comme le rapporte Le Carillon du 29 avril 1971, le gouvernement ontarien a décidé que les pneus cloutés seraient interdits à compter du 30 avril. Le ministre du Transport et de la Voirie, Charles MacNaughton, avait admis « que les pneus munis de crampons peuvent faciliter, dans certaines circonstances, la conduite sur des surfaces glacées ». Mais il s’était empressé d’ajouter que des recherches poussées « ont cependant démontré que ces pneus n’offrent aucun avantage sur les pneus à neige ordinaires sur le neige ou la neige fondante ». Les pneus toutes saisons n’étaient pas encore à la mode. MacNaughton avait affirmé, « qu’au contraire, les pneus cloutés augmentent le distance de freinage sur les surfaces d’asphalte ou de béton, qu’elles soient sèches ou mouillées ». En fait, ces pneus cloutés endommageaient les routes, effaçaient les lignes de démarcation et compliquaient le contrôle du véhicule dans les courbes prononcées. Le gouvernement n’aimait pas ça.

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Contexte de l’époque

La/le célèbre Guilda est en vedette à l’Auberge Bourgetel de Bourget en cette fin d’avril 1971, alors que Baby Papillon, « une danseuse exotique de 350 lb », est sur la scène de l’hôtel Bar-X de Grenville. Ce dernier hôtel était le « trou » par excellence du coin et s’y rendre était à ses risques et périls. Je crois y être entré une seule fois… et j’ai compris que ce n’était pas un endroit à fréquenter. – Le magasin Continental vous offre une « Forme de tête en Styrofoam » au prix de 59 cents. Nous sommes à l’époque des perruques pour les sorties de la fin de semaine. Au même magasin, les hommes pouvaient acheter une paire de pantalons au prix de 5,77 $, alors que trois livres, en français ou en anglais, se vendaient 81 cents. – Chez Farmer, si vous vouliez être à la mode, les « hot pants » se vendaient 4,98 $. Si mes yeux ne me trompent pas, les « hot pants » sont revenus à la mode en 2011!