« Bref, vous voyez ce que cela veut dire »

La publicité du Bureau fédéral de la statistique dans Le Carillon du 27 mai 1971 ne pouvait être plus claire dans ses explications. « Le recensement, c’est votre affaire. Tout le monde a le droit et le devoir d’y participer. » La publicité était liée au grand recensement national du 1er juin 1971 et à cette époque, la contestation de son utilité ne faisait pas partie des débats. Personne ne doutait du caractère privé et confidentiel du recensement; aucun incident n’avait laissé supposer le contraire. « Les renseignements recueillis devenus statistiques, seront utilisés par les nombreux groupements qui participent à l’organisation de notre avenir » précise l’annonce de presque une page. « C’est ainsi, par exemple, que trouvant dans tel quartier un grand nombre d’enfants âgés de moins de cinq ans, votre commission scolaire saura qu’il faudra peut-être construire une nouvelle école. Ou encore que là où il existe trop de logements insalubres, il faudra sans doute prévoir leur démolition et le réaménagement urbain. Bref, vous voyez ce que cela veut dire. » En 2011, les politiciens conservateurs de Stephen Harper ne voient pas le recensement avec les mêmes yeux. Le recensement de 1971 était le premier au cours duquel les personnes pouvaient remplir le questionnaire dans le confort de leur maison, sans la présence d’un recenseur. Quant aux exploitants agricoles, « les renseignements que vous fournirez seront très utiles à l’établissement des programmes gouvernementaux nécessaires au développement agricole ». L’annonce ajoutait que sans ces renseignements « sur vous-même et votre famille, le recensement ne sera pas complet ». Et en 1971, le recensement était obligatoire et personne ne s’en plaignait.

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La rumeur était trop persistante. Le Carillon du 3 juin 1971 rapporte que la société japonaise Toyota construirait une usine de fabrication d’automobiles dans le canton de Longueuil, sur un terrain voisin des installations de l’Industrial Fastners (Ivaco). La rumeur se propageait étant donné le refus de plusieurs intervenants de nier une telle possibilité. Bien sûr, Toyota ne s’est jamais installée à Longueuil, bien qu’Ivaco y construise éventuellement une deuxième usine. J’y reviendrai.

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Louis-Denis Lord, celui avec qui j’avais tenté de syndiquer le journal, quitte Le Carillon pour joindre les rangs de la salle des nouvelles du journal Le Droit le 7 juin. Il n’aura passé que deux années à Hawkesbury finalement. La dernière fois que j’ai parlé à Louis-Denis, il était directeur des politiques de ressources humaines à la Société Radio-Canada. Il est sans doute retraité lui aussi.

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L’organisation des loisirs municipaux à Hawkesbury est un phénomène nouveau depuis l’embauche d’un directeur des loisirs et Rhéal Leroux, le directeur, ne tarde pas à agir. Mais tous ne sont pas d’accord, notamment le conseiller municipal Jean-Louis Montreuil, dont les propos sur la justification des dépenses municipales à ce chapitre fait couler de l’encre. Le Service des loisirs de Hawkesbury est justement présidé par André Paquette, l’éditeur du journal Le Carillon, et dans un article publié dans l’édition du 10 juin 1971, Paquette ne se gêne pas pour rétablir les faits. Selon ses calculs, « le coût réel du service municipal des loisirs pour les contribuables de Hawkesbury s’établit à seulement $2.66 par personne, par année ». Quant à Rhéal Leroux, il affirme carrément que « Montreuil ne comprend pas ce qu’est un service de loisirs » et il s’empresse de lui fournir cette explication publiquement. Il invite Montreuil à participer aux rencontres du comité « où il pourrait s’informer davantage sur le service qu’on est à établir sur une base permanente et où il pourrait lui-même formuler les suggestions qu’il juge à propos ». Montreuil avait aussi critiqué le « Drop-In » aménagé au Centre Guindon et dont certains citoyens critiquaient le fonctionnement et le comportement des jeunes qui le fréquentaient, au nombre de 300 selon Leroux, à peu près un jeune sur trois de Hawkesbury. Et le coup de matraque qui réveille : « Il est vrai, admet d’autre part Rhéal Leroux, que des jeunes posent parfois des gestes décevants et que leur comportement général puisse déplaire. Mais il ne faut pas pour autant accuser les organisateurs de loisirs; le service de loisirs vient à peine de prendre naissance, alors que la population était déjà là avant. Ce n’est pas nous qui les avons élevés, dit-il, ce sont les parents; le service des loisirs ne fait en somme, à cet égard, qu’hériter d’une situation créée par d’autres. » Son intervention publique, lors d’un point de presse en compagnie du président du Service des loisirs, lui avait créé des problèmes auprès des élus du Conseil, qui n’avaient pas du tout apprécié ses critiques à l’endroit d’un des leurs. Il ne faut pas oublier que Leroux venait à peine de commencer sa permanence au poste de directeur des loisirs.

Une réflexion sur “« Bref, vous voyez ce que cela veut dire »

  1. Je faisais partie des jeunes qui fréquentaient ce fameux « Drop-In », lorsque j’étais en 9e et 10e année. Les jeunes aimaient beaucoup s’y rassembler, surtout la fin de semaine. Monsieur Leroux avait raison. Il ne fallait pas accuser les organisateurs de loisirs, lorsque des jeunes posaient des gestes décevants. Par contre, je ne suis pas prête à nécessairement lancer la pierre aux parents non plus, l’adolescence étant une période charnière de la vie, qui sépare l’enfance de l’âge adulte, et qui peut être très difficile pour un jeune et ses parents.

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