La pollution nuit au tourisme

À cause de la pollution, l’Est ontarien perd des millions de dollars en revenus touristiques. C’était une conclusion du Conseil de développement de l’Est ontarien et il en est longuement question dans l’édition du 1er avril 1971 du journal Le Carillon. (Note du blogueur : « eau » « 1er avril »… pure coïncidence.) Les délégués se référaient précisément à la pollution des cours d’eau, dont la rivière Outaouais. La question était au centre de plusieurs débats politiques à l’époque. La Commission des ressources hydrauliques de l’Ontario venait tout juste d’obliger la ville de Hawkesbury, en quelque sorte, de se doter d’une usine d’épuration, ce à quoi les autorités municipales avaient consenti bien malgré elles. Les villages d’Embrun et de Russell devaient se doter d’un système d’égouts central, et ainsi de suite. Le préfet de Hawkesbury, Philibert Proulx, avait affirmé que « les gouvernements devraient absorber entièrement les coûts de construction d’usines d’épuration ou autres moyens pour enrager la pollution ». Il faut aussi ajouter que l’usine de la CIP de Hawkesbury, qui était en exploitation ces années-là, étaient aussi soupçonnée de contribuer grandement à la pollution de la rivière Outaouais… et conséquemment, à la mort des poissons!

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Il ne faut pas se surprendre que le gouvernement ontarien n’ait pas encore décidé de permettre la vente des boissons alcooliques dans les épiceries de la province. Par exemple, le député de Prescott-Russell, Albert Bélanger, voulait en avoir le cœur un peu plus net, lui qui avait soulevé le point à plusieurs reprises à Queen’s Park. Selon un texte dans l’édition du 8 avril 1971, Bélanger a envoyé un questionnaire à 9 000 foyers de sa circonscription afin de sonder le pouls de ses électeurs. À peine 3,5 p. cent des gens ont répondu, mais il s’agissait d’un pourcentage raisonnable pour une telle opération « marketing ». Ainsi, seulement 43,5 p. cent des contribuables « se sont prononcés en faveur de la vente de spiritueux et de bière dans les épiceries de l’Ontario ». L’article poursuit en disant que 15 p. cent « ont soutenu que ces boissons ne devraient être que dans les hôtels tandis que 17 p. cent sont favorables à la vente de ces boissons tant dans les épiceries que dans les hôtels ». Tant qu’à faire un sondage, aussi bien poser une autre question. « Par ailleurs, l’enquête a démontré que 51,5 des personnes qui ont répondu au questionnaire sont opposées à ce que le droit de vote soit accordé aux jeunes de 18 ans; 44,4 p. cent étaient en faveur, tandis que 4,1 p. cent n’ont pas répondu à cette partie du questionnaire. » À ce moment-là, il fallait avoir 21 ans pour voter.

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Elle était âgée de 98 ans. « Une descendante directe de Louis Hébert, le premier colon français à venir s’établir en Nouvelle-France, en 1617, est décédée la semaine dernière à Lancaster. » Lancaster est à une trentaine de minutes au sud de Hawkesbury. Elizabeth Rioux, madame Frank Love comme on le lit dans l’article du 8 avril 1971, était bien connue comme couturière dans ce petit village ontarien et elle était une artiste dont les peintures étaient appréciées. Elle était née à Trois-Pistoles et elle avait déjà trois enfants quand elle et son époux se sont installés à Lancaster. « Son ancêtre, Louis Hébert, a été célèbre à plus d’un titre, puisqu’il a été non seulement le premier fermier à s’établir dans la colonie, mais il en a également été le premier apothicaire et le premier avocat. Son épouse était pour sa part, dans les premières années, la seule institutrice de Nouvelle-France. » Voilà pour le petit cours d’histoire. L’article ne précise pas comment Elizabeth Rioux était descendante de Louis Hébert.

Pas d’écuries dans la cour du voisin

Je dois vous avouer que ce texte dans l’édition du 11 mars 1971 du journal Le Carillon m’a laissé un peu perplexe. Il y est question de Hawkesbury, une ville de plusieurs milliers d’habitants, et si c’est vrai que c’était il y a 40 ans, je ne me souviens pas de l’utilité d’une telle discussion autour de la table du Conseil municipal. Le conseiller Jean-Louis Montreuil avait même reproché la sévérité du règlement municipal à l’étude qu’il jugeait « trop sévère considérant que certaines personnes gagnent leur vie en utilisant des chevaux ». Parce que ce règlement prévoyait régir l’hébergement des chevaux dans les limites de la ville; en d’autres mots, la construction d’écuries… en ville. Le règlement, essentiellement, « interdira en quelque sorte l’hébergement des chevaux, ânes, mulets, mules et poneys dans la ville ». Le règlement prévoyait de nombreuses conditions entourant la construction d’écuries et les autorisations qu’il fallait obtenir. « Le règlement, s’il est adopté tel quel, ne s’appliquer pas aux écuries déjà existantes, sauf qu’elles devront être dotées d’eau courante et d’égouts, et le plancher devra au moins être en gravier. » Je ne me souviens absolument pas d’avoir vu une écurie à Hawkesbury en 1971.

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La rumeur voulait que le député de Stormont, Fernand Guindon, devienne le premier ministre de l’Éducation francophone de l’Ontario après l’élection de William Davis comme leader du Parti conservateur ontarien et, donc, nouveau premier ministre. Guindon, après tout, avait solidement appuyé la candidature de Davis et lui avait obtenu de nombreux appuis parmi les délégués. Lors de la formation de son premier cabinet, comme le rapporte le journal du 4 mars 1971, Guindon hérite du ministère du Tourisme, un rôle très secondaire… une claque en pleine face en d’autres mots. Notons que Davis s’était quand même entouré de trois ministres franco-ontariens, Guindon, René Brunelle et Léo Bernier, deux députés du nord de l’Ontario. Par contre, Davis l’a quand même nommé comme l’un des ministres dans son Conseil du trésor… une marque de confiance évidente malgré tout.

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L’idée n’était pas bête. L’Auberge Bourgetel, de Bourget évidemment, organise son cinquième « Muethon » annuel en cette mi-mars 1971. Il s’agissait de voir pendant combien de temps un participant réussirait à garder le silence le plus complet. Le premier « champion » avait réussi à ne pas dire un mot pendant 37 heures et 51 minutes en 1967 et en 1970, René Ménard, de Bourget, l’avait réussi en 57 heures et 57 minutes. Il répète son exploit en 1971, mais avec « seulement » un silence de 52 heures. Le silence est peut-être d’or, mais Ménard n’avait remporté que 200 $… quand même une somme intéressante à l’époque… quasiment une semaine de salaire moyen.

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Contexte du temps

Yvon Deschamps présente un spectacle à guichet fermé à l’école Paul VI de Hawkesbury. – Les Platters sont à l’Auberge Bourgetel qui accueillera aussi Les Jérolas. – Les Baronets (avec un certain René Angélil) sont au Century Inn de Grenville. – « Pile ou face » est à l’affiche du Cinéma Lachute, un film avec Jean Coutu (le vrai… pas celui des pharmacies!!!) et Nathalie Naubert. Si ma mémoire est fidèle, ce film avait été éventuellement interdit par la censure sous pression des autorités religieuses québécoises.

Une petite augmentation du prix du lait pour les producteurs

L’agriculture, bien sûr, est un domaine spécialisé très important et dont le citadin ordinaire comprend peu les rouages. Ainsi, dans l’édition du 25 février 1971 du journal Le Carillon, on apprend que les producteurs laitiers en Ontario bénéficieront d’une hausse de trois pour cent pour leur production. « Les cultivateurs laitiers de l’Ontario, qui produisent du lait ‘naturel’, reçoivent depuis le 1er février 20 cents de plus par quintal, soit une hausse de 3 p. cent. » Un quintal est un poids de cent livres. Le lait « naturel » est le lait vendu aux supermarchés ou à domicile, soit en bouteilles, soit en sacs. « En annonçant cette hausse des revenus pour les 700 producteurs laitiers du comté et 8,400 producteurs de la province, le président du Comité laitier de Prescott, M. Vioris Villeneuve, de Hawkesbury-Ouest, a mentionné que cette majoration est une de deux étapes visant à augmenter les revenus des producteurs laitiers pour la première fois depuis septembre 1968. Le 1er septembre prochain, une hausse de 15 cents par cent livres de lait deviendra en vigueur. » Jusque-là, les producteurs laitiers recevaient 6,85 $ par cent livres; ce montant passerait à 7,05 $ le 1erseptembre. « L’augmentation de 20 cents, selon M. Villeneuve, équivaut à un demi-cent par pinte vendue, alors que les laitiers, de différentes régions de l’Ontario ont déjà commencé à majorer le prix de la pinte, pour le consommateur, de deux à quatre cents. » En d’autres mots, ne blâmez pas le producteur!

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« N’est-il pas ironique que le Nouveau parti démocratique en soit amené à s’aliéner sa clientèle du Canada anglais en cherchant à courtiser les Québécois. » Non, ce n’est pas un texte récent. Marcel Desjardins, sous son pseudonyme de Paul Huneault, l’écrivait dans l’éditorial du 4 mars 1971 du journal Le Carillon. Il y a 40 ans. Desjardins commentait le récent congrès de l’aile québécoise du NPD, présidée par Raymond Laliberté. Il était question d’une résolution « reconnaissant aux Québécois le droit à l’autodétermination » que l’aile québécoise prévoyait présenter lors du prochain congrès national du NPD à Ottawa. « N’empêche qu’il sera possible aux adversaires du NPD de raconter, lors d’éventuelles élections fédérales (…) d’affirmer que les néo-démocrates couchent avec les séparatistes québécoisde M. René Lévesque. » Et d’observer Desjardins : « Il est malheureux que le NPD-Québec ait choisi d’opérer un retour dans la grande famille néo-démocrate en empruntant la route tortueuse et semée d’embûches qu’est le sentier constitutionnel. » Intéressant et comme le disait le titre… « L’histoire se répète ».

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Imaginez si un journal, aujourd’hui, rapportait une nouvelle semblable à celle publiée dans Le Carillon du 4 mars 1971. Le titre : « Retour des châtiments corporels ». Les deux premiers paragraphes :

« Devant des problèmes qui ne sont pas nouveaux, l’homme est souvent tenté de recourir aux solutions qui s’étaient avérées efficaces dans le passé. Le Conseil d’éducation du comté de Renfrew vient – à la grande frayeur de maints enfants turbulents – d’en donner une preuve en remettant à l’honneur, dans ses écoles primaires, l’ancienne coutume de châtiments corporels.

Après six mois d’enquêtes auprès des professeurs et des associations de parents, un comité consultatif du Conseil a en effet découvert que la très grande majorité des gens interrogés favorisent le retour aux châtiments corporels (plus communément connus, dans le bon vieux temps, sous le doux vocable de ‘la strap’) pour tenter de rétablir dans les écoles une discipline comme celle qui y existait jadis. » La politique s’appliquerait « à tous les élèves, garçons et filles, de la première à la 8e année ».

Ouch!

Plantagenet hérite de la nouvelle polyvalente

Si vous empruntez la route 17, vous ne pouvez la manquer du côté nord en approchant de Plantagenet. Au milieu des années 70, vous auriez cru qu’il s’agissait d’une halte routière avec un restaurant… à cause du toit orange. Quoi qu’il en soit, en ce début de 1971, le ministère ontarien de l’Éducation a approuvé la construction d’une nouvelle école secondaire polyvalente au coût de 3 372 225 $ (voilà pour un chiffre précis avant même l’appel d’offres). Ce sera le maximum admissible aux subventions provinciales. Dans l’édition du 18 février 1971 du journal Le Carillon, on y apprend que « la future école de 146,367 pieds carrés, qui sera érigée dans le canton de Plantagenet-Nord, immédiatement à l’extérieur du village de Plantagenet, comprendra pas moins de 64 locaux différents dont 16 salles de classe ordinaires. Le tout pourra recevoir 1,380 étudiants de la 9e à la 13e année. » L’école deviendrait un véritable lieu de rendez-vous pour toutes sortes de rassemblements à l’échelle des comtés puisqu’elle était située quasiment au centre des comtés unis. Par exemple, au début de septembre 2009, l’Association libérale fédérale de Glengarry-Prescott-Russell y tenait son congrès d’investiture en vue de prochaines élections fédérales inévitables (situation minoritaire) et attirait plusieurs centaines de partisans. Lors du Sommet du G8 de Montebello, l’école avait été utilisée par l’armée et la GRC comme centre d’opérations. Le Château Montebello est située « tout près » de l’autre côté de l’Outaouais. La décision de construire la nouvelle polyvalente à Plantagenet plutôt qu’à Rockland avait provoqué une « guerre froide » entre les deux municipalités à cette époque.

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Dans le Canton de Russell, le conseiller Bernard Pelot aime bien brasser les choses. Depuis un certain temps, il « s’amusait » à dénicher tous les accrocs à la Loi sur les affaires municipales « perpétrés » par le Conseil municipal. Ainsi, Pelot avait reproché aux membres du Conseil de ne pas respecter la loi en matière de rémunération… les élus étaient payés en fonction du nombre de réunions auxquelles ils participaient (soit 25 $ par réunion). « Le Conseil municipal de Russell tient 24 réunions régulières publiques par année, sans compter les assemblées des comités. » Le Carillon du 18 février 1971 nous apprend qu’un nouveau règlement a été adopté afin de se conformer à la loi. Ainsi, « les conseillers recevront $1,500 par année; le préfet, $1,800 par année; et le maire, $2,400 par année. Il n’y a pas d’autres allocations spéciales. »

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« Les 275 délégués du 22e congrès annuel de l’Association canadienne-française de l’Ontario, réunis à Toronto au cours de dernier week-end, ont réclamé du gouvernement provincial qu’il institue une commission d’enquête sur la situation économique des Franco-Ontariens, comparée à celle des autres groupes ethniques de la province. » C’était écrit comme ça dans l’édition du 25 février 1971 du journal Le Carillon. « Des autres groupes ethniques »… comme si les Franco-Ontariens étaient un « groupe ethnique ». En tout cas! Selon un document de travail présenté par la commission économique de l’ACFO, « la situation des Franco-Ontariens sur le plan économique n’a rien de très reluisant par rapport aux autres groupes : les francophones sont à l’avant-dernier rang de la province, devant les Italiens, dans l’échelle des revenus ». « Le Franco-Ontarien serait en outre généralement moins scolarisé que ses concitoyens. » Le gouvernement provincial n’a jamais donné suite à cette demande. Au niveau de la direction de l’ACFO provincial à ce moment-là, Me Ryan Paquette est le président. Au nombre des directeurs provinciaux provenant de Prescott, Russell, Glengarry, Stormont et Cornwall, l’article fait référence à Jeannine Séguin, de Cornwall, Gisèle Richer, de Rockland, Rhéal Leroux, de Hawkesbury, et Jean-Maurice Lafond, de Cornwall.

Embrun et Russell auront leur système d’égouts

Les villages d’Embrun et de Russell auront finalement un système d’égouts domestiques. Mais ce sera dans deux ans si l’on se fie à un article dans l’édition du journal Le Carillon du 11 février 1971. La Commission des ressources hydrauliques de l’Ontario venait de rendre publics des plans pour doter ces deux villages d’un système d’égouts central. Bien qu’aucune somme n’ait été précisée à ce moment-là, on estimait qu’il en coûterait quelque 120 $ par année à chaque contribuable pour réaliser ce projet. « Quant aux deux champs d’épuration, un pour Embrun et un pour Russell, ils sont conçus pour être capables de fournir la population du canton prévue pour dans vingt ans, soit 3 000 pour Embrun et 1 450 pour Russell. La population actuelle de ces deux villages est respectivement de 1 400 et 600 âmes. » Un système central était nécessaire parce que les fosses septiques contaminaient la rivière Castor qui traverse les deux communautés. Le projet a été réalisé, mais les prévisions avaient été sous-estimées. En 1991, la population des deux villages dépassait de beaucoup les projections à cause de l’expansion résidentielle qu’avaient connue les deux villages après l’inauguration de l’autoroute 417.

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La suggestion remontait à 1967, mais avait été oubliée. Cette année-là, le maire de Plantagenet, Laurent Perrier, avait proposé au Conseil des comtés unis de Prescott et Russell d’entreprendre des démarches pour faire changer le nom de la route 17 à celui de « Route Champlain » ou « Champlain Trail » en bon anglais. L’idée n’avait pas fait son chemin, des membres du Conseil soupçonnant que Perrier ne voulait que faire la promotion du nouveau Motel Champlain qui venait d’ouvrir ses portes en bordure de la route 17 à Plantagenet. D’autres jugeaient que l’expression anglaise « trail » était péjorative et que la 17 était beaucoup plus qu’un simple sentier. Perrier reprend son idée et il en est question dans l’édition du 11 février 1971. Cette fois, Perrier fait référence à la demande de la Chambre de commerce de Vanier (alors ville autonome) de changer le nom du « Chemin de Montréal » à celui de « rue Champlain ». Perrier, comme certains autres, voyaient le nouveau nom comme un moyen d’attirer les touristes dans la région une fois l’autoroute 417 ouverte à la circulation. Perrier avait rappelé que l’explorateur Samuel de Champlain, après tout, était passé dans la région lors de ses expéditions. L’idée n’a pas été plus loin qu’une bonne intention.

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Je ne me souviens pas de tous les détails, mais ce nom me rappelle vaguement son existence. Opiéçal (c’était son nom) était « un centre de services mis sur pied par des jeunes et destiné à fournir aux diverses associations les services matériels dont ils peuvent sentir le besoin ». On en parle dans l’édition du 11 février 1971. Le groupe avait organisé une séance d’information à Casselman et avait invité tous les députés fédéraux et provinciaux du territoire de l’Est ontarien desservi par Opiéçal. Seul Albert Bélanger, le député provincial de Prescott-Russell, s’était présenté devant la cinquantaine de jeunes Franco-Ontariens qui s’étaient donné rendez-vous. Nicole Lortie, de Bourget, s’occupait des relations publiques pour Opiéçal et avait décrit les services offerts : « des simples locaux de réunions aux services d’animation, de communication entre mouvements aux ateliers socio-culturels où sont possibles les activités telles que la peinture, la sculpture ou l’initiation aux techniques audio-visuelles ».

C’est samedi, mais ça compte comme le dimanche

Paul VI était pape et les effets du dernier Concile se faisaient encore sentir. Ainsi, un article dans l’édition du 21 janvier 1971 du journal Le Carillon mentionne que « l’observance du précepte dominical obligatoire pourra être suivie le samedi soir dans la province ecclésiastique d’Ottawa, qui comprend entre autres le diocèse de Hull, à compter du samedi 30 janvier ». En d’autres mots, l’arrivée de la messe du samedi soir; mais ce devait être alors après 19 heures et non pas en fin d’après-midi comme actuellement. La messe dominicale du samedi était déjà courante dans les diocèses avoisinants. « Par contre, les paroisses qui auront une messe le samedi devront réviser leurs horaires des messes du dimanche, afin de ne pas surcharger le travail du clergé. »

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Dans ma chronique du 14 janvier 1971, j’annonce l’arrivée au service de la comptabilité du journal Le Carillon d’un nouvel employé, André Cayer. André y était encore quand j’ai quitté le journal en 1987 et quelques années, plus tard, il a quitté son tour… pour lancer un journal concurrent, Le Régional, toujours publié d’ailleurs.

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John Robarts a annoncé il y a quelque temps qu’il ne serait pas à la tête de son parti aux prochaines élections provinciales. La spéculation sur son successeur fait rage. Le nom de William Davis revient souvent. C’est lui qui le remplacera en fin de compte et qui deviendra premier ministre de l’Ontario pendant longtemps. Le député Albert Bélanger avait appuyé Bert Lawrence, tandis que Fernand Guindon appuyait Davis.

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Une douzaine de cultivateurs expropriés à cause du projet d’aéroport de Ste-Scholastique (Mirabel) ont acheté des fermes dans la région, notamment dans les cantons de Hawkesbury-Est et de Plantagenet-Nord. On en parle dans l’édition du 14 janvier 1971.

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Je vois dans une publicité de l’édition du 21 janvier 1971 du journal Le Carillon que Louise et moi nous occupions encore des cours de préparation au mariage avec nos amis Norbert et Rita Denis, et Guy et Susan Proulx. Je me souviens que c’était une belle expérience et cette fois, nous étions bel et bien mariés. Précédemment, nous nous en étions occupés… mais comme couple fiancé.

Un bon p’tit verre de cidre avec ça? C’est légal vous savez.

Vous pensiez sûrement que cela était permis depuis toujours. Mais non. Dans l’édition du 17 décembre 1970 du journal Le Carillon, un article rapporte que la vente du « cidre fort » est légalisée au Québec. L’Assemblée nationale du Québec venait d’adopter une loi à l’effet qu’à « compter de maintenant la vente de cidre léger et fort sera permise dans toutes les épiceries licenciées du Québec ». De plus, « tout pomiculteur pourra se prévaloir d’un permis de fabrication qui l’autorisera à effectuer la vente de son produit dans son établissement pour consommation à l’extérieur ». « Au Québec, poursuit l’article, on prévoit maintenant que l’industrie du cidre deviendra rapidement l’une des plus importantes dans la province. On sait qu’il y a des générations que le cidre est fabriqué et vendu au Québec, mais jusqu’à la récente loi, ce commerce demeurait illégal. » L’histoire a démontré le bien-fondé de cette conclusion.

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Ce n’est pas d’aujourd’hui que le Centre hospitalier pour enfants de l’Est de l’Ontario (CHEO) organise des loteries pour obtenir des fonds. Alors que l’institution était connue sous le nom d’Hôpital pour enfants de l’Est ontarien et que la construction n’était prévue que pour l’automne de 1971, la direction organisait déjà une loterie. Un article dans l’édition du 29 décembre 1970 du journal Le Carillon nous explique d’ailleurs que tous les billets d’une première loterie ont été vendus et que le premier tirage sera effectué par le maire d’Ottawa, Kenneth Fogarty, le 6 janvier 1971. Chaque mercredi de 1971, une somme de 1 000 $ sera octroyée à un gagnant. Mille billets de loterie ont été vendus. Les mêmes billets étaient utilisés à chaque semaine. L’article ne mentionne pas le prix du billet. Il y a de telles loteries, sous une forme ou une autre, pour CHEO depuis ce temps-là je crois.

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« La ville devra absorber entièrement l’organisation des loisirs communautaires parce que la ‘récréation communautaire’ organisée au niveau municipal est pour certaines gens la seule forme de loisirs qu’ils peuvent se permettre. » C’était là la conclusion des récréologues John Zauhar et Gordon Wells dans leur rapport d’enquête sur les loisirs à Hawkesbury. (La pertinence de cette conclusion pourrait s’appliquer à toute municipalité encore aujourd’hui.) Ils avaient entrepris cette enquête à la demande du Conseil municipal et conformément à la suggestion du tout nouveau directeur des loisirs, Rhéal Leroux.

Les récréologues mentionnaient « que la nouvelle structure des loisirs devrait reposer sur ce qui existe déjà, en tentant de reconstruire et en impliquant le plus de gens possible dans l’organisation des loisirs ». Le duo de spécialistes recommandait « d’utiliser au maximum les produits locaux en ce qui a trait au talent, aux possibilités et à la compétence et de centraliser la récréation sans détruire le caractère individuel des groupements. De plus, ils disent qu’il faut considérer la récréation comme un procédé éducationnel aussi qu’il qu’un effort de démocratisation ». Voilà pour les vœux pieux. Il s’agissait d’un rapport très exhaustif qui comportait pas moins de 69 observations différentes. Le nouveau directeur des loisirs, qui ne serait à plein temps qu’en avril, en avait du pain sur la planche pour longtemps.

En passant, je note dans l’édition du 14 janvier 1971 une lettre de Rhéal Leroux qui remercie le journal Le Carillon pour sa couverture de l’actualité locale. « En mon nom personnel, ainsi qu’au nom de la population, je tiens à vous remercier vous et toute votre équipe, surtout vos journalistes MM. Jean-Robert Danis, Jean-Maurice Filion et Denis Lord, pour l’encouragement et l’exposé véridique de la situation des loisirs dans notre ville. (…) Vous pouvez être assuré de ma collaboration et je suis sûr que voulant le bien-être et le progrès de toute la population de Hawkesbury, vous et votre équipe me donnerez l’appui si nécessaire que j’ai besoin pour un meilleur épanouissement de notre belle jeunesse. » Il venait de nous placer dans une drôle de situation et évidemment, il a pu compter sur notre appui pendant toute la durée de son mandat à Hawkesbury.

Bruneau l’avait pressentie, mais pas Montpetit

Le maire sortant Victor Bruneau avait pressentie sa défaite dès la soirée des mises en candidatures, tandis que son adversaire victorieux, Me Yvon Montpetit, il voulait tout simplement se faire mieux connaître en vue des prochaines élections provinciales au cours de laquelle il voulait être porte-étendard du Nouveau parti démocratique. C’est ce qu’il m’avait confié en cette soirée du 7 décembre 1970, à l’arrière de la salle de l’hôtel de ville, alors que lui, moi et les nombreux citoyens dans la salle apprenaient qu’il venait de remporter la victoire avec une majorité de 123 votes (après un recomptage). C’était la consternation dans la salle où personne n’avait imaginé la défaite de Bruneau… y compris Montpetit. Pire encore, le préfet Germain Tessier était délogé par à peine 22 votes (c’était de 13 votes avant le recomptage)… un chiffre malchanceux il va sans dire… par nul autre que le conseiller Philibert Proulx. Dans ce dernier cas, il y avait eu un retard dans un bureau de scrutin et le résultat n’a été connu que 40 minutes après tous les autres. Un suspense dont le résultat n’a pas plus à tous. C’est aussi lors de ce scrutin que Claude Demers est arrivé à la table du Conseil. Il allait y semer la pagaille pendant de très nombreuses années. Proulx et Demers, en passant, étaient des employés de la CIP… l’endroit où se décidaient les élections. Et les deux étaient des « brasseurs de m… », de leurs propres aveux. J’aimais bien Montpetit; mais il était avant son temps. Tout ça dans l’édition du 10 décembre 1970 du journal Le Carillon.

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Dans ma chronique du 3 décembre 1970, je cite Ernie Calcutt, le populaire animateur sportif de la station CFRA d’Ottawa, et qui était le conférencier au Gala sportif du club Lions d’Alexandria… un événement qu’il ne fallait pas manquer tellement il attirait les gens. Ainsi, Calcutt commente la mode des longs cheveux popularisée notamment par les Beatles : « Préoccupez-vous donc de ce qui pousse dans la tête des gens au lieu de critiquer ce qui pousse dessus. » Pas bête!

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Toujours dans l’édition du 10 décembre, nous apprenons que le ministre fédéral de l’Expansion économique régionale, Jean Marchand, a désigné les comtés de Prescott, Glengarry et Stormont comme une « zone spéciale » admissible à des subventions de développement économique. La désignation précédente avait permis à la ville de Hawkesbury, par exemple, d’attirer dix entreprises entre 1967 et 1969 et de créer plusieurs centaines d’emplois. Le nouveau programme, éventuellement, n’allait pas connaître autant de succès auprès des employeurs. Il faut dire que les subventions étaient assujetties directement au nombre d’emplois réels créés, ce qui n’avait pas été le cas précédemment. En d’autres mots, il fallait cette fois « mériter » la subvention.

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Au Cinéma Laurentien de Grenville du 20 au 26 décembre, la projection du film « Woodstock », un long métrage documentaire de trois heures et quart sur le fameux rassemblement de Woodstock, dans l’état de New York, et qui avait attiré plus de 400 000 personnes. Sur scène, Jimi Hendrix, John Sebastian, Joe Cocker, The Family Stone, The Who, Santana, Joan Baez et Richie Havens, parmi tant d’autres. Un phénomène qui n’a jamais été égalé.

Une Ontario un peu moins puritaine, mais…

« L’Ontario perd le dernier vestige de son puritanisme » lit-on dans l’édition du journal Le Carillon du 5 novembre 1970. L’Assemblée législative venait de modifier la Loi des liqueurs « dans le but d’éliminer le dernier vestige de la prohibition dans la province reconnue pour sa prospérité et son avant-gardisme » pouvait-on lire. Ainsi, « les tenanciers d’établissements de villégiature et touristiques dans les municipalités soumises à la prohibition pourront obtenir un permis pour la vente de boissons alcooliques sans avoir à passer par un référendum » comme c’était le cas depuis de très nombreuses années. Dans les tavernes, les femmes et les hommes pourront s’attabler dans une salle commune pour consommer de la boisson sans l’escorte exigée par l’ancienne loi. (On se serait cru en Arabie saoudite.) « Les modifications permettront l’émission de permis de boissons dans les cafés-terrasses et la conversation des tavernes en salons-bars permettant la vente de boissons en plus de la bière en fût. Ceci permettra aux taverniers de rehausser la réputation de leur établissement et d’améliorer leur propriété. » Le gouvernement prévoyait également instaurer une politique concernant la présentation de spectacles dans les établissements licenciés. Par contre, les modifications ne permettaient toujours pas la vente de boissons dans les épiceries du coin.

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Tiens, tiens! Parlant de changements en Ontario, l’édition du 12 novembre 1970 nous apprend qu’à compter du 1er décembre 1970, la discrimination contre les femmes dans le milieu de travail sera interdite en Ontario. Une nouvelle loi « interdit aux employeurs toute discrimination quant au sexe ou à l’état matrimonial dans l’engagement, la formation, la promotion ou le congédiement des travailleurs ». La loi s’applique tant aux hommes qu’aux femmes, mais elle a été instituée précisément « pour corriger les injustices dont ces dernières sont victimes ». En vertu de cette nouvelle loi, « les employées auront droit à un congé de maternité de 12 semaines, soit six semaines avant la date prévue de la naissance et six semaines après cette date ». Mais il y avait plusieurs conditions quant à la nature de l’employeur et à la durée de l’emploi. Mais c’était mieux que rien du tout. Le congé de maternité d’une année, populaire maintenant, était encore loin dans le temps.

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Un long reportage dans l’édition du 26 novembre 1970 du journal Le Carillon sur l’inauguration officielle du nouvel hôtel de ville de Hawkesbury… deux semaines avant le scrutin municipal. Quelle belle publicité pour les membres sortants du Conseil qui sollicitaient un autre mandat, dont le maire Victor Bruneau, pour qui ce serait la dernière fonction officielle d’ailleurs, comme le préfet Germain Tessier aussi. J’y reviens plus tard.

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À quelques jours des élections justement, la fameuse « affaire Proulx-Angers » revient encore à la surface (relire le blogue du 15 juillet). Cette fois, c’est le conseiller Philibert Proulx qui déclare, lors de la rencontre des candidats, que l’architecte Marc Angers a abandonné son intention de le poursuivre. Personne ne semble au courant de cette situation et le principal intéressé refuse de se mêler de la campagne électorale. Semble que tout ça, en fin de compte, était une tornade dans un verre d’eau. De toute évidence, il semble que toute cette « crise » n’aura finalement aucune influence sur la future carrière politique de Proulx, comme nous le verrons prochainement.

« Le Tigre » avait été une étoile pour les Météors de Hawkesbury

Je n’ai pas parlé souvent de la petite histoire sportive de Hawkesbury et la région. Dans l’édition du 29 octobre 1970 du journal Le Carillon, il est question des Météors de Hawkesbury, une équipe qui évoluait dans la Ligue intermédiaire du Nord, et dont l’instructeur était Philippe Morris. Pour leur match inaugural de la nouvelle saison au Centre Mémorial de Hawkesbury, l’arbitre est nul autre que Maurice « Rocket » Richard. Je retiens dans le texte et dans une photo qui l’accompagne la présence parmi les joueurs des Météors de plusieurs hockeyeurs montréalais, dont Michel Bergeron… oui, celui-là! Celui que l’on surnomme « Le Tigre ». Bien sûr, c’est quelque chose que j’avais oublié depuis longtemps, mais je me souviens par contre d’avoir assisté à plusieurs parties des Météors. Leur gardien de buts Marcel Séguin était tout un phénomène.

Quant à Bergeron, nous découvrons dans des éditions subséquentes qu’il avait compté quatre buts lors d’un match contre Lachute et qu’à mi-saison, il était déjà en tête du classement des compteurs de la ligue. Morris déplorait qu’à peine 300 personnes assistent aux matchs à domicile alors que plus de 1000 spectateurs les voyaient évoluer dans les autres arénas. Les Météors, à cause de Bergeron et d’autres joueurs de grand calibre, dominaient la ligue. Je n’ai jamais entendu Bergeron dire qu’il avait déjà évolué pour une équipe de Hawkesbury. Bien sûr, Bergeron, quatre ans plus tard, commençait sa carrière d’entraîneur avec les Draveurs de Trois-Rivières et en 1980, il prenait la barre des Nordiques de Québec. Le reste fait partie de l’histoire.

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Le regroupement des administrations scolaires en Ontario en 1969 n’allait pas tarder à entraîner le phénomène de la syndicalisation de leurs travailleurs. Ainsi, l’édition du 29 octobre 1970, nous apprend que « les concierges des 31 écoles primaires catholiques des comtés unis se sont affiliés au Syndicat canadien de la fonction publique, imitant en cela leurs confrères des écoles secondaires et publiques ».

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Le nouveau directeur des loisirs Rhéal Leroux ne perd pas de temps. Dans l’édition du 5 novembre 1970, on apprend qu’il lancera « une vaste enquête au niveau de la population entière de la ville, pour connaître avec précision les besoins et les aspirations du public en matière de loisirs organisés ». Les 10 000 questionnaires qui seraient distribués à la mi-novembre « comprendront une cinquantaine de questions et les réponses données — ou l’abstention à répondre selon le cas — serviront de guide pour l’élaboration du programme d’action du service municipal de loisirs en 1971 ». Et le nouveau directeur était en fonction depuis moins de deux semaines.

En fin de compte, le questionnaire ne sera pas distribué. On privilégiera plutôt une enquête plus formelle qui sera confiée à deux récréologues, John Zauhar, de l’Université d’Ottawa, et Gordon Wells, du Collège Algonquin. Leur enquête visera surtout les associations, les organismes divers et les entreprises locales, tout autant que la population en général. Je reviens un peu plus tard sur leurs conclusions.

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L’idée n’était pas bête. Elle venait de Fred Giezendanner, le président de la firme Montebello Metal de Hawkesbury, et il l’avait formulée lors d’une rencontre de la zone 4 du Conseil de développement de l’Est ontarien, dont le président était le sous-préfet Germain Tessier, de Hawkesbury, et grand inspirateur de la récente expansion industrielle. Il en est question dans l’édition du 5 novembre 1970 du journal Le Carillon. M. Geizendanner avait « d’abord soutenu que les dirigeants municipaux doivent chercher à attirer des entreprises qui utiliseront pour leur production des matières brutes disponibles dans la région et non des matières brutes qu’il faut importer ». Il a fait référence spécifiquement à « l’industrie de la mise en conserve qui serait très profitable pour l’industrie agricole du territoire. Selon lui, il faut créer la demande et, conséquemment, les fermes deviendront plus importantes et les cultivateurs en tireront de meilleurs profits. » Quant à Tessier, il avait soutenu que « la ‘terre’ était le principal atout des comtés unis de Prescott et Russell » et il ajoutait qu’il valait la peine de poursuivre des recherches en ce sens compte tenu du « problème du manque éventuel de nourriture pour la population ». Rien de ce bel idéal ne s’est matérialisé, bien que les Biscuits Leclerc soient installés à Hawkesbury depuis quelques années. Par contre, je doute que leurs matières brutes proviennent de la région.