Bien difficile d’être prophète en son pays

par Alain Guilbert

Comme le dit l’adage populaire, il est bien difficile d’être prophète en son pays.
Et l’ex-ministre responsable de la région de l’Outaouais dans le gouvernement du Québec, Benoît Pelletier, s’en est sans doute rendu compte lui aussi cette semaine.

L’homme qui a représenté le comté de Chapleau pendant 10 ans à l’Assemblée nationale s’est vu décerner un immense honneur. En effet, pour sa contribution au renforcement des relations entre la Belgique et le Canada, Sa Majesté le Roi des Belges, Albert II, a nommé le constitutionaliste canadien Commandeur de l’Ordre de la Couronne. Il s’agit d’un club extrêmement sélect dans lequel très peu de Canadiens ont été admis. Il s’y trouvera en compagnie de personnes comme Paul Desmarais, père (Power Corporation du Canada) et Hugo Powell (Labatt Interbrew).

C’est d’abord son travail comme professeur qui a valu cet honneur à l’ex-ministre. En effet, depuis les 1980, le professeur Pelletier (Université d’Ottawa – Faculté de Droit) avait développé des relations privilégiées avec les universités belges et permis à de nombreux universitaires belges de bénéficier de sa vaste connaissance des mécanismes constitutionnels et institutionnels. Ses études comparatives entre les institutions belges et canadiennes constituent aussi une contribution importante à l’acquis que partagent nos deux pays, la Belgique et le Canada. Tout au long de sa carrière politique, il a maintenu ces contacts privilégiés, non seulement dans le cadre des relations entre la Belgique, le Canada et leurs entités fédérées (communautés, régions, provinces et territoires), mais également dans les cadres de la construction européenne et de la Francophonie.

Et voilà en résumé, la « bonne nouvelle » qui a été annoncée plus tôt cette semaine. Et compte tenu de la réputation et du travail réalisé par Benoît Pelletier, autant pour l’ensemble des Québécois que pour les citoyens de l’Outaouais, je m’attendais vraiment à ce que cette information tienne une bonne place dans les médias du lendemain. Mais c’était sans doute rêver en couleurs. Le lendemain matin, j’ai dû feuilleter Le Droit à deux reprises avant d’y découvrir une nouvelle brève de deux paragraphes enfouie tout au bas de la page 12 – et ce n’était guère mieux dans La Presse alors que la nouvelle, également de format bref, était dissimulée tout au bas de la page A-14.

Ce traitement accordée à une « bonne nouvelle » m’a rappelé que quelques jours plus tôt à peine, la Caisse de dépôt et de placement du Québec avait fait connaître ses résultats de l’année 2010, des résultats tout à fait exceptionnels, bien au-dessus des indices de référence. Une nouvelle sûrement extrêmement positive dans un contexte économique difficile, et après les terribles pertes encourues par le «bas de laine» des Québécois à peine deux ans plus tôt. Croyez-vous que les médias en auraient félicité le nouveau président de l’institution, Michael Sabia? Mais non! Le titre de La Presse, pour un, se lisait comme suit : Résultats de la Caisse : un ennui splendide… Et la journaliste Sophie Cousineau commençait son texte en avouant candidement que « par une déformation professionnelle qui les incite à faire preuve d’esprit critique, les journalistes cherchent toujours la petite bête noire ».

Comme on dit souvent dans les salles de rédaction des journaux et des médias électroniques, « une bonne nouvelle n’est pas une nouvelle ». En anglais, on dit : « Good news is no news ». Les moindres accrochages entre un maire et ses conseillers ou avec ses concitoyens, entre un premier ministre et les partis d’opposition ou des groupes de pression, entre des chefs d’entreprise et leurs syndicats, entre un instructeur de hockey et l’un de ses joueurs, etc. font facilement les manchettes dans les médias. Nos journaux en sont remplis à tous les jours, tout autant que les bulletins d’information de nos réseaux de télévision.

Mais les bonnes nouvelles font rarement les manchettes. On les relègue plus souvent qu’autrement en bas des pages 12 ou 14A. Et à la fin de la journée, les lecteurs ou les auditeurs ont l’impression que tout va mal autour d’eux… ce qui est parfois bien loin de la réalité.

Quand viendra-t-il le jour où une bonne nouvelle fera la manchette au même titre qu’un conflit ou un scandale? Quand ce jour sera venu, nous nous en porterons probablement tous mieux!

2 réflexions sur “Bien difficile d’être prophète en son pays

  1. L’information spectacle, c’est du marketing. On devrait imposer un quota de bonnes nouvelles dans les médias, pour notre santé mentale individuelle et collective !

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