Un grand moment d’émotion… et de fierté

par Alain Guilbert

La date du 23 mars 2011 restera gravée dans ma mémoire bien longtemps. Pourquoi? Parce que ce jour-là, notre belle-fille (la conjointe de notre fils Alain), Catherine Larouche, procédait à la soutenance de sa thèse de doctorat en administration scolaire devant un jury formé de cinq brillants universitaires de carrière et aussi en présence de sa famille immédiate, son conjoint, ses trois enfants, Mireille, Sophie et Jean-Simon, ses parents, ses beaux-parents, quelques ex-professeurs et collègues aux études doctorales. L’événement se déroulait à l’Université Laval (Québec) où elle a fait ses études menant au doctorat et où se trouvaient son directeur de recherche, Denis Savard, et sa codirectrice de recherche, Lucie Héon, tous deux attachés au département des fondements et pratiques en éducation. Tous deux faisaient partie du jury, tout comme Jean-Joseph Moisset, qui a agi comme prélecteur, et Claude Trottier, comme examinateur, aussi attachés au même département. Et le cinquième membre du jury, à titre d’examinateur externe, était Pierre Michaud, professeur en administration scolaire à l’Université d’Ottawa.

Le sujet de la thèse de doctorat : « La validation d’une typologie des conceptions des universités en vue d’évaluer leur performance ». L’évaluation de la performance est aujourd’hui un sujet à la mode. On évalue la performance des employés à leur travail, la performance de nos politiciens, la performance des entreprises, la performance des organisations, etc. Mais évaluer la performance des universités… voilà pour le moins un sujet délicat et difficile à traiter. Bien sûr, le magazine Maclean présente annuellement son classement des universités. Toutes celles qui obtiennent une bonne note se disent évidemment satisfaites de cette évaluation, mais la plupart ont quand même l’impression que cette méthode ne les reconnaît pas à leur juste valeur. La thèse de doctorat de notre belle-fille s’attaquait donc à un sujet fort difficile, dont je n’ai pas compris tous les éléments, mais qui a semblé impressionner les cinq membres du jury qui à l’unanimité ont confirmé la validité de son travail.

Mon objectif en écrivant ce texte aujourd’hui n’est pas de discuter la valeur du travail de Catherine, sa valeur ayant été reconnue par le jury beaucoup mieux que je n’aurais pu le faire, mais plutôt de reconnaître le chemin extrêmement difficile qu’elle a parcouru au cours des années. Pour ce faire, je dois revenir quelque peu en arrière.

Mon fils Alain, qui est ingénieur chimiste chez Alcan (aujourd’hui Rio Tinto Alcan), a rencontré Catherine, une jeune avocate, au début de son séjour (qui dure depuis près de
20 ans) au Saguenay. En 1997, Alcan a proposé à mon fils un stage de deux années dans une usine de transformation de la bauxite (l’élément de base de l’aluminium) en Jamaïque. Catherine, qui pratiquait le droit au sein d’un cabinet d’avocats reconnu de la région, et qui était déjà la maman de deux jeunes enfants et enceinte d’un troisième, a accepté de relever le défi avec Alain en l’accompagnant dans son aventure jamaïcaine et en prenant la décision de se consacrer totalement à sa famille pendant cette période.

À son retour au Canada, après deux années d’absence, Catherine a jugé qu’elle en avait assez du droit et qu’elle voulait faire autre chose. Son rêve : devenir professeure d’université en administration, ce qui signifiait qu’elle devait reprendre des études, qui la mèneraient d’abord à une maîtrise, et par la suite au doctorat. C’est une exigence à laquelle doivent se soumettre à peu près tous les professeurs d’université. Vous le comprendrez comme moi, c’était un défi extrêmement difficile à relever qui, dans mon esprit, pouvait être assimilé à celui que relève l’alpiniste qui décide de s’attaquer au sommet le plus élevé du monde, l’Everest. Les obstacles qui se trouvaient devant elle étaient nombreux. C’est le moins que je puisse dire. Comme vous l’avez sans doute deviné, Catherine habitait Chicoutimi, là où les cours de maîtrise en administration n’existaient pas. Pendant deux années complètes, la jeune maman de trois enfants prenait l’autobus chaque semaine pour se rendre à l’école des Hautes études commerciales (HEC) à Montréal pour y suivre ses cours. Son conjoint (Alain) et ses parents (qui habitaient aussi Chicoutimi) se sont donné la main pour prendre soin des enfants lors de ses voyages dans la métropole. Ses efforts ont été récompensés puisqu’elle a réussi la première étape de son difficile parcours, soit sa maîtrise, ou, si je poursuis l’analogie de l’Everest, l’atteinte du camp de base.

Mais le plus difficile restait à venir. Cette nouvelle étape qui a mené Catherine au doctorat s’est allongée sur 10 ans… eh oui, dix longues années. Il lui a fallu énormément de travail, de courage, de persévérance, d’enthousiasme, de passion et quoi encore pour y parvenir. Heureusement, des démarches menées auprès de l’Université Laval, à Québec, lui ont permis de se rapprocher un peu de sa résidence pendant la période de sa scolarité de doctorat de même que pendant les années où elle a effectué les recherches nécessaires pour la rédaction de sa thèse de doctorat. Comme elle l’expliquait dans ses mots de remerciements qui ont suivi la décision unanime du jury à l’endroit de son travail, elle a traversé aller-retour des dizaines et des dizaines de fois le parc des Laurentides, entre Québec et Chicoutimi, bien avant que la route sinueuse et si dangereuse de ce parc ne devienne tout récemment une superbe autoroute à quatre voies. Elle a vu de ses propres yeux la construction de toutes les étapes de cette voie aujourd’hui sécuritaire qu’elle a connue dans la neige, le verglas, la pluie, la brume et quoi encore. Elle y a vu des animaux sauvages, des dizaines d’accidents, mais elle a tenu le coup… et malgré tous les obstacles sur son parcours, elle est demeurée une maman exemplaire pour Mireille, Sophie et
Jean-Simon (qui ont respectivement à quelques mois près 18, 16 et 14 ans. Ils n’en avaient que 8, 6 et 4 lorsque la grande aventure du doctorat a été entreprise).

Depuis, les cinq dernières années, en plus des enfants et du conjoint, elle avait obtenu le poste dont elle rêvait depuis longtemps, celui de professeure à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), mais à la condition qu’elle poursuive avec succès les travaux qui la mèneraient à son doctorat, ce qui aurait pour résultat d’assurer sa permanence comme professeure. Vous aurez compris qu’il s’agissait de tâches qui équivalaient tout compte fait à trois emplois à plein temps: mère de trois enfants, professeure d’université et étudiante au doctorat en administration scolaire. Quand je parlais d’atteindre l’Everest, cela y ressemblait sous plusieurs aspects.

Inutile de vous dire que pendant ses remerciements à ses professeurs, à ses collègues, aux membres du jury, à ses parents, à ses enfants et à son conjoint, à qui elle a dit que « ce doctorat était aussi le sien », l’émotion était à son comble. Catherine a dû s’arrêter à quelques reprises pour refouler ses larmes, sans doute des larmes de joie… qui étaient pourtant parfaitement justifiées dans les circonstances en revenant sur ce qu’avaient été les 10 (même les 12) dernières années pour elle. Mais en même temps, elle avait toutes les raisons du monde d’être FIÈRE de ce qu’elle avait accompli… d’avoir atteint cet objectif qui, pour moi, était aussi élevé que l’Everest… d’avoir finalement réalisé ce qui avait été son rêve durant tellement d’années… de n’avoir jamais quitté des yeux son objectif final.

Et pour Céline et moi, ses beaux-parents, c’était aussi un grand moment d’émotion… et surtout de fierté. Nous sommes extrêmement FIERS de toi, Catherine Larouche, Ph. D., trois lettres qui t’ont tellement demandé, mais qui valent tellement à tes yeux comme à nos yeux. C’est la première fois que nous accueillons une DOCTEURE dans notre famille! BRAVO! Catherine!!!

Tell me!

J’ai oublié de vous dire que ma mère s’était aventurée dans la poésie en anglais. Elle a d’ailleurs noté que celui-ci est « mon premier poème en anglais » et elle l’a écrit le 9 mars 1985. Elle l’a dédié à deux de ses petites-filles, Lucie et Carol Ann. Qui prend mari prend pays! Mes deux nièces se sont mariées et ont déménagé en Colombie-Britannique; Lucie, en banlieue de Vancouver; Carol Ann, à Victoria (son mari était dans la marine canadienne et était basé là). Lucie y est toujours; Carol Ann habite en banlieue d’Halifax.

Sometimes I think of the past,
It makes me lonesome so fast,
If I could see where you are
But I know B.C. is far.

No doubt, my dear granddaughter,
You’ve grown up like the others.
You decided to follow
The man you love, this I know.

The future belongs to you
Life has always something new,
As long as you have a somebody
To share your joy; be happy!

We are all very lucky
To live in a large country.
You travelled from east to west,
Tell me, where is it the best?