Postes Canada à l’international

Décidément, l’année 1992 était bourrée de rebondissements à Postes Canada après une fin d’année 1991 dont tout le monde aurait pu se passer. La nouvelle convention collective avec le Syndicat des postiers du Canada (son nom d’alors), l’aboutissement du conflit de l’automne 1991, ne serait signée qu’au début de juillet, mais elle assurait une certaine paix sociale jusqu’au 31 janvier 1995. Pendant ce temps, les coulisses du 9e étage de l’édifice Sir Alexander Campbell bourdonnaient d’activités, notamment autour d’une initiative très ambitieuse qui amènerait la société sur la scène internationale.

Les administrations postales du Canada, de l’Allemagne, des Pays-Bas, de la Suède et de la France étaient insatisfaites de la qualité du service des messageries exprès internationales alors offert sous l’égide de l’Union postale universelle alors que la concurrence mondiale devenait de plus en plus pointue. Le groupe avait confié la direction de l’initiative conjointe à Postes Canada; c’était Don Lander, après tout, qui s’en était fait le champion. Mais, il leur fallait un partenaire de calibre mondial.

Le géant australien TNT ferait l’affaire, surtout que cette entreprise fondée en 1946 était devenue un puissant joueur européen des messageries. Il en résultera une coentreprise nommée GD Express Worldwide NV, détenue à parts égales entre GD Net BV (les cinq administrations postales que j’ai nommées) et TNT Ltd. Le service offert serait sous la marque Skypack de TNT Express Worldwide. C’est compliqué, mais pour le client commercial, ce serait simplement une meilleure méthode de livraison express entre entreprises. En tout cas, c’était l’intention. La cible concurrentielle était FedEx, rien de moins.

Au pays, Postes Canada était l’agent de GD Express Worldwide, comme le seraient les autres administrations dans leurs pays respectifs. La nouvelle entreprise deviendrait, souhaitait-on, le troisième joueur mondial après DHL et FedEx dans ce créneau de marché. J’ai oublié de vous faire remarquer que le United States Postal Service ne pouvait participer à de telles coentreprises parce que la loi américaine le lui interdisait.

De plus, il y avait une certaine inquiétude. Au fil des ans, TNT était devenu un de plus important joueur dans le marché controversé du repostage avec son service Mailfast. Cette technique avait une influence défavorable sur le volume des frais terminaux versés à l’administration postale d’un pays puisque le livreur contournait le processus habituel. C’est très technique et un peu compliqué à expliquer, mais disons que toutes les administrations postales détestaient une telle tactique. Mais le succès du nouveau service de messagerie express international revêtait une plus grande importance que le problème du repostage, que l’on tenterait de régler autrement un jour. Je pense que cela ne l’est toujours pas. De toute façon, le courrier est de moins en moins utilisé.

L’expérience de GD Express Worldwide se poursuivrait encore quelques années jusqu’à ce que la dérèglementation des administrations postales de la communauté européenne fasse son chemin. Deux des plus importants projets concerneraient d’ailleurs les postes allemandes et néerlandaises. En 1996, les postes néerlandaises se porteraient acquéreur de TNT pour en faire TNT Post. L’expérience était terminée.

Les politiques de la poste

Robert M. Campbell était alors professeur à la faculté de science politique de l’Université Trent de Peterborough et il voulait publier une étude académique approfondie sur les postes canadiennes, ce qui n’avait jamais été fait. Au début de juin 1992, le vice-président William Kennedy m’avait confié un rôle super intéressant… celui de liaison avec Campbell pour coordonner ses recherches et ses entrevues à Postes Canada.

Cette expérience demeure une des plus belles de ma carrière à cette société. Deux ans plus tard, en 1994, Campbell publiera « The politics of the post : Canada’s postal system from public service to privatization », un livre de 10 chapitres et 463 pages… une riche mine de renseignements historiques et de statistiques sur le service postal canadien depuis sa création jusqu’au début des années 90. En 2014, plusieurs observations de Campbell ont encore leur pertinence, mais Postes Canada n’est plus du tout l’entreprise qu’elle était lorsque Campbell a effectué ses recherches et tiré ses conclusions.

Je consacrerai quelques mois à ramasser de l’information et à coordonner des entrevues et des visites pour le professeur Campbell – qui s’adressait à moi en français, en passant. Plusieurs vice-présidents, directeurs généraux et nationaux, directeurs et gestionnaires avaient été interviewés, sans oublier de nombreux anciens ministres responsables, dont André Ouellet, et Harvie Andre, le ministre responsable en 1992, et des dirigeants syndicaux tels Bob McGarry (facteurs) et Jean-Claude Parrot (postiers). Il avait aussi rencontré le député libéral de Glengarry-Prescott-Russell, Don Boudria, mon député, qui était alors critique des postes aux Communes. (Je reviendrai sur ça plus tard.)

Une des premières visites de Campbell avait été à notre centre de recherches et de développement, situé chemin Algoma à Ottawa et fermé depuis longtemps. Ken Tucker, notre vice-président de la technologie de l’information et du développement stratégique de qui je vous ai déjà parlé lui avait expliqué où Postes Canada et d’autres administrations postales en étaient rendues dans l’utilisation de la technologie pour le traitement du courrier. Campbell avait peu voir les nouveaux appareils que nous développions et qui feraient en sorte que le traitement et la livraison du courrier aux Canadiens seraient grandement modernisés. Certains de ces développements ont été mis en place au fil des années.

La pochette du livre tirait cette conclusion à propos de l’œuvre de Campbell. Je vous traduis librement : « Sous l’influence du néoconservatisme et de la mondialisation, les fonctions de service public ont été étouffées par des visées commerciales. The Politics of the Post soutient que Postes Canada a été lentement, sûrement et effectivement ‘privatisée’ par le gouvernement Mulroney – ce qui comportait des conséquences pour le service postal et les relations patronales-syndicales. »

Je pourrais vous en parler longtemps de ce livre, mais je vous en ferai grâce. J’en conserve toujours précieusement la copie que Campbell m’avait remise. « Jean-Maurice Filion at Canada Post was particularly and cheerfully helpful in providing information and organizing interviews » écrit-il dans sa préface. Un petit velours. J’avais fait mon travail.

Des briquets au butane par avion… Stop!

J’avais toujours considéré que mon rôle de porte-parole de Postes Canada était de faire la promotion de mon entreprise, mais aussi, et surtout, de la défendre contre les « attaques » externes; de protéger sa réputation. Cela représentait des risques et je n’hésitais pas à réagir sur-le-champ au besoin. En communications, vous l’aurez entendu répéter maintes fois, tout est question de perception.

Allan Freeman était un journaliste bien connu du Globe and Mail et quand il m’appelle, le 15 juin 1992, je sais pertinemment qu’il a sans doute déjà toutes les réponses à ses questions. Selon lui, Postes Canada faisait acheminer des briquets au butane par avion. Ces briquets étaient des « cadeaux » dans le cadre d’une campagne promotionnelle du fabricant de cigarettes RJR MacDonald. Freeman savait que les briquets étaient postés dans des emballages à bulles et des enveloppes brunes. Il ne lui en fallait pas plus pour invoquer le spectre d’un envoi illégal de matières dangereuses.

Je lui avais répondu que si c’était le cas, nous cesserions immédiatement ces envois, mais que je me renseignerais sur la situation et que je lui retournerais son appel. Je m’étais empressé d’aviser notre centre national de contrôle que le Globe and Mail allait publier le lendemain (il n’y avait pas de site Web à ce moment-là). Immédiatement après, j’avais expliqué au vice-président Bill Kennedy que j’avais engagé la société dans la décision d’interrompre un service à un client et j’avais expliqué mon raisonnement : je ne pouvais affirmer à un journaliste du plus important quotidien canadien que Postes Canada continuerait à enfreindre la loi et de placer notre ministre responsable dans l’embarras. Il n’était pas content.

Les gens du centre de contrôle ont commencé leur enquête dès mon appel et les conseillers juridiques se sont eux aussi penchés sur la question à la demande de Kennedy. J’attendais leurs réponses pour fournir les explications les plus justes à Allan Freeman. J’avais ouvert une méchante boîte de Pandore.

Finalement, j’avais raison. L’enquête démontre qu’il avait été difficile d’assurer un transport sécuritaire par camion et que ni Transport Canada ni notre service de santé et sécurité professionnelles n’appuyaient la démarche. Quelque 50 000 emballages étaient toujours chez le client en attente d’expédition. L’expéditeur avait été avisé de ne pas le faire, mais avait ignoré notre avertissement.

Dans le Globe and Mail, Freeman avait rapporté la chose évidemment, mais Postes Canada était présentée comme ayant réagi rapidement pour stopper ce transport aérien illégal. J’avais pris la bonne décision. Et ce ne serait pas la première fois que je me retrouverais devant le ventilateur…

Ta lettre, comment veux-tu la recevoir?

Le vice-président des systèmes d’information, Ken Tucker – pardon, Dr Tucker, comme il insistait – était en quelque sorte le visionnaire de Postes Canada en 1992. Nous nous remettions péniblement du récent conflit de travail, mais il fallait continuer à progresser. Une nouvelle réalité se pointait à l’horizon qui allait drôlement obliger les postes canadiennes à se réinventer.

Tucker avait convoqué un certain nombre de personnes à un remue-méninge sur l’infrastructure électronique de l’entreprise et comment celle-ci relèverait les futurs défis. Le Web était en développement, mais son existence n’était pas encore connue du grand public ni des entreprises. Par contre, Internet grandissait et commençait à être utilisé de plus en plus, particulièrement son volet de courriel. En fait, ce dernier mot n’existait pas encore. Le mot « hybride », en parlant de l’évolution naturelle des procédés, était sur plusieurs lèvres.

Hank Klassen, notre vice-président responsable de la planification à long terme, nous avait lancé un mot d’ordre : Postes Canada était une entreprise de communication de classe mondiale qui jouissait d’une position privilégiée et unique pour la diffusion des messages à la fois imprimés et électroniques. En effet, à cette époque des machines à traitement de texte et de l’omniprésence du télécopieur, la plupart des documents étaient préparés électroniquement.

Quelqu’un dont j’oublie le nom avait même avancé que nous étions près des « ordinateurs avec des transmetteurs radio intégrés ». Le mot Wi-Fi n’avait pourtant pas été inventé non plus. Le modem était un petit outil très nouveau et était séparé de l’ordinateur. À Postes Canada, j’ai d’ailleurs été un des premiers à pouvoir en utiliser un et un des premiers à bénéficier de sa propre adresse électronique… @mailposte.ca… qui serait notre premier nom de domaine Internet.

Cette rencontre était en effet la naissance d’un service énormément avant-garde de Postes Canada… Omnipost. Ce nouveau service, comme toutes les nouveautés électroniques de l’entreprise, s’ajouterait à mon dossier. J’étais le « techie » du groupe des communications.

Omnipost permettait à son abonné de gérer de quelle manière ses documents seraient acheminés à leurs destinataires… selon la préférence de ces mêmes destinataires. Pour certains, ce serait la méthode traditionnelle de l’imprimé, pour d’autres, le télécopieur, alors qu’un autre segment, tout nouveau celui-là, préférerait la livraison électronique. L’expéditeur aurait préparé ses listes en tenant compte de ces préférences et, au moment d’acheminer son document, il lui suffirait de sélectionner la liste et Postes Canada se chargerait du reste.

Nous avions alors établi un réseau de centres d’impression électronique un peu partout au pays; quand l’expéditeur destinait un document à être acheminé par courrier traditionnel, son signal électronique se rendait à un de ces centres qui l’imprimait, le plaçait dans une enveloppe, l’affranchissait et le livrait, habituellement dès le lendemain puisque le message n’avait pas à traverser de longues distances. En d’autres mots, le destinataire de Vancouver et le destinataire d’Halifax recevraient leur enveloppe le même jour que celui d’Ottawa ou de Toronto, par exemple. Les destinataires qui avaient préféré la réception par télécopieur ou électronique les recevraient instantanément bien sûr. Ça fonctionnait bien puisque je l’utilisais personnellement pour transmettre des communiqués aux médias.

Mais voilà, il fallait acheter ce service et, comme cela s’est souvent produit à Postes Canada, il n’y avait aucune publicité pour le mousser. Éventuellement, l’entreprise n’a pas suffisamment investi dans Omnipost, n’a pas modernisé son interface quand Microsoft a éliminé son système DOS, que le Web gratuit est apparu et que l’utilisation du courriel s’est généralisée.

N’empêche que Postes Canada aura fait preuve de vision avant bien d’autres administrations postales et ce ne sera pas la seule fois. Nous avions bien insisté, dans nos messages, sur le fait que nous ne devenions pas une entreprise de télécommunication, mais bien de courrier, et que nous pourrions devenir « le gendarme qui dirige la circulation à l’intersection de l’électronique et du physique ».

Le concept de la lettre changeait et Postes Canada n’avait d’autre choix que s’y adapter. Elle tente toujours de le faire 21 ans plus tard.

Les à-côtés du Château

Il s’en était passé des choses pendant ces trois mois au Château Laurier. Nous avions, par exemple, consommé à peu près tous les éléments du menu à plusieurs reprises, ce qui fait que nous allions de temps à autre aux restaurants du voisinage.

Je retiens un samedi midi au restaurant Santé. Certains samedis, ce restaurant offre des défilés de mode à ses clients. Mes collègues Ida et Deborah m’y avaient donc « traîné ». Je crois que j’étais le seul homme dans le restaurant ce midi-là. À un certain moment, le tissu du pantalon d’une mannequin avait retenu mon attention et j’avais posé des questions à Ida. Rien de plus simple pour savoir et elle appelle la jeune femme à notre table pour que je puisse moi-même « apprécier » le tissu en question. Je me revois, les yeux de la salle orientés en ma direction, en train de « tâter » le pantalon. Mais, comme je vous l’ai écrit, j’étais, après tout, « one of the girls », donc rien de plus normal.

Un autre midi, l’équipe de négociations (relations du travail et communications) se retrouve au Café du Centre national des Arts. Rien d’anormal, sauf que je revois, dans ma tête, la table… où « trônait » un téléphone cellulaire, celui du négociateur en chef Harold Dunstan. Il s’agissait, vous l’aurez deviné, des premiers modèles de cet outil aujourd’hui indispensable. Ils étaient gros comme une petite bouteille d’eau, carrés, avec un gros clavier intégré, une antenne quasiment aussi longue que le boîtier, et ils tenaient debout. Déjà, à la grève suivante, il y aurait un plus grand nombre de cellulaires et beaucoup plus petits, mais rien de semblable à aujourd’hui.

Une autre fois, j’aboutis au restaurant indien qui était aménagé dans l’édifice logeant depuis quelques années les studios de CHUM et CTV sur le Marché By. Je n’avais pas eu le choix parce que mes deux collègues m’y avaient amené, même si je leur avais clairement dit que je ne mangeais pas de mets indiens à cause de leurs épices. Disons que, ce midi-là, je me suis contenté de bières. Je n’aime toujours pas les mets indiens.

Un soir, tard après les audiences du comité des Communes qui étudiait le projet de loi de retour au travail, quelques-uns de Postes Canada (du Château et du siège social) nous nous rendons dans un restaurant du quartier italien sur Preston. J’en tais le nom parce qu’il existe encore et je tiens encore à la vie. Quoi qu’il en soit, vers 23 h 30, un type entre dans le resto, se rend à la caisse et y dépose de l’argent, geste répété par un autre un peu plus tard. Je croyais me retrouver dans un film de gangsters quelconque.

D’un point de vue des relations avec les médias, c’était l’exercice de mon métier à son plus intéressant. Il nous en fallait de l’adrénaline pour affronter les mêlées de presse ou les « scrums » pour reprendre l’expression commune. Dans la mesure du possible, je laissais cette tâche à mes collègues. J’ai rencontré des journalistes très professionnels…, la plupart en fait…, et cela m’a été fort utile pendant de nombreuses années par la suite.

Appelez le médiateur

Le conciliateur Marcel Danis perdait son temps en effet. Au pays, la situation du courrier s’aggravait, nos centres de livraison alternatifs étaient un échec total, des grévistes poursuivaient leurs tactiques d’intimidation. Postes Canada avait finalement conclu une entente avec le syndicat pour la livraison des chèques sociaux (sécurité de la vieillesse, régime de pension du Canada, assurance-chômage) à la porte des prestataires. Le syndicat avait proclamé qu’il s’agissait là d’une « victoire pour les Canadiens » et non pas pour les syndiqués.

Disons qu’un incident couvert profusément par les médias avait aidé la cause du syndicat. La télé avait montré une « petite vieille » attendant son courrier dans un centre alternatif alors qu’il y avait canicule (ça arrive encore en août). Il n’en suffisait pas plus pour forcer une entente de livraison, mais nous étions encore loin d’une nouvelle convention collective. Je ne me souviens plus où exactement, mais Postes Canada avait été blâmée pour le meurtre d’un travailleur social par un voisin qui avait perdu les pédales lorsqu’il n’avait pas trouvé son chèque dans sa boîte aux lettres. Un autre voisin nous accusait carrément. Ce n’était plus drôle du tout. L’entente de livraison nous avait tenus occupés avec les médias pendant au moins deux jours en cette fin d’août 1991.

Gilles Courville, de qui j’ai parlé hier, avait rappelé que la « Société a modifié ses positions à plusieurs reprises depuis deux ans, mais pas le SPC ». Il reconnaissait que Danis avait joué un rôle catalyseur, mais que le rythme des échanges était insatisfaisant. La rhétorique des deux parties s’amplifie, le fossé se creuse, les clients s’impatientent, surtout les petites et moyennes entreprises.

Les journalistes sont de plus en plus nombreux. Un journaliste de CKVL, à Montréal, demande une entrevue avec Courville. Son nom… Denis Coderre… Il coanime l’émission « Point de vue » avec Jean-Pierre Charbonneau. Coderre n’a plus besoin de présentation en 2014. Courville reçoit aussi une demande d’entrevue avec Jean-Luc Mongrain, animateur de l’émission « Mongrain de sel » sur les ondes de TVA. La grève perdure depuis onze jours.

Le 5 septembre, Marcel Danis confirme au ministre du Travail que son travail de conciliation n’a pas porté ses fruits. C’était à prévoir au départ. Danis parle de deux choix… la médiation ou une loi de retour au travail. Un médiateur prend la relève.

Allan B. Gold, le juge en chef de la Cour supérieure du Québec, avait été le médiateur-arbitre dix ans auparavant, en 1981, lors de la grève de 42 jours du Syndicat des postiers du Canada. Les principaux enjeux à cette époque étaient l’impartition des tâches, l’utilisation des travailleurs occasionnels, les quarts de jour, ainsi que les questions de santé et sécurité. Les deux parties semblent favorables à la présence de Gold à laquelle ils sont habitués, même si les intervenants ne sont pas les mêmes. Comme manifestation de bonne volonté, le syndicat met fin à ses grèves tournantes « de manière temporaire » et l’entreprise cesse d’utiliser ses centres de livraison alternatifs, bien que la société ne s’engage pas à les démanteler parce qu’après tout, « nous n’avons pas d’entente ».

Vers le 10 septembre, la situation se complique par une grève d’employés du Syndicat canadien de la fonction publique dans les aéroports canadiens. La grève nuit surtout aux Messageries prioritaires à Ottawa, Toronto, Montréal et Vancouver. Comme si Postes Canada avait besoin de ça. Les envois de courrier du régime intérieur étaient les seuls affectés.

Pendant ce temps, en coulisses, Gold tente de raccorder les deux parties. Le service de traitement et de livraison se poursuit, mais le climat n’est pas de tout repos et tout le monde connaît les risques. Les formulaires du recensement de Statistique Canada de 1991 sont bloqués dans les bureaux de poste. Pierre Cremer, de l’Asssociation de la presse francophone, nous mentionne que le journal communautaire Le Soleil de Colombie risque de disparaître si le conflit n’est pas réglé. L’incertitude règne chez nos clients.

Nous sommes le 20 septembre et les députés fédéraux sont de retour à Ottawa. Dans les corridors du Château Laurier, la possibilité d’une loi de retour au travail pour clore le conflit est le sujet de conversations, et de la part des deux parties et de la part des médias.

Je pourrais m’éterniser encore longtemps parce que ce n’était pas fini. Éventuellement, le gouvernement conservateur de Brian Mulroney déposerait un projet de loi pour régler le conflit et imposer l’arbitrage exécutoire. Je me souviens d’une interminable séance du comité des Communes qui étudiait le projet de loi. Nous y étions bien sûr.

Le projet de loi n’a pas eu besoin d’être adopté parce que le Syndicat des postiers du Canada et Postes Canada conviendraient d’une convention à la dernière heure. L’employeur n’avait à peu près rien gagné; le syndicat n’avait rien perdu. Je vous reviendrai avec d’autres récits sur des grèves; il y en aurait d’autres. Et les effets néfastes sur la réussite financière de Postes Canada allaient se poursuivre. Ce n’est pas pour rien si, en 2014, la direction de Postes Canada parle du besoin d’un redressement majeur.

Cinq ans plus tard, en 1996, le Canadian Union of Postal Workers (CUPW) se donnerait un nouveau nom français. Le Syndicat des postiers du Canada devenait une référence historique. Le mot Canada disparaissait du nom. Il fallait dorénavant s’y référer comme le Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes (STTP).

Après la signature d’un projet de convention collective, en quittant le Château Laurier pour retourner au bureau et à la maison, je me retrouvais à attendre un taxi en compagnie des gars aux tee-shirts noirs que je croissais dans les ascenseurs et qui m’ignoraient. En attendant le taxi, ce sont les poignées de mains, les grands adieux… et les grands sourires. Comme si rien ne s’était passé pendant les trois mois précédents.

Disons que c’était une expérience inoubliable… mais que je ne répéterais pas.

« Une grève est une grève »

La citation est de Gilles Courville lors d’un point de presse de fin d’après-midi le 25 août 1991. Gilles était le négociateur francophone, Harold Dunstan, le négociateur principal et responsable des relations du travail, était unilingue et s’adressait aux médias en anglais. « Qu’elle soit générale ou tournante, n’importe quelle grève coûte économiquement. » Et ce long conflit de 1991 coûterait des millions à Postes Canada et les pertes salariales pour les syndiqués seraient pénibles.

« Tous font de grands efforts, afin qu’il y ait, entre les employés, leurs syndicats et la haute direction, de meilleures relations de travail. Malgré ces efforts, il y a encore des améliorations à apporter dans ce domaine. On ne saurait s’attendre à ce que les résultats soient rapides ou faciles. » La citation, cette fois, est du vérificateur général du Canada en 1981, Kenneth M. Dye, dans un rapport qui suivait la transition entre le ministère des Postes et la nouvelle Société canadienne de postes. Les résultats rapides et faciles se font encore attendre en 2014.

Au Château Laurier, les journalistes devenaient de plus en plus persistants. Ils voulaient savoir, mais les deux parties avaient convenu d’un moratoire sur les déclarations détaillées. Entre temps, 20 sacs de courrier étaient repêchés du lac Ontario à Cherry Beach, essentiellement du courrier prioritaire provenant des États-Unis. Un tel incident ne serait pas isolé au cours des semaines suivantes. Les journaux s’inquiétaient de la livraison aux abonnés (nous sommes bien avant l’ère d’Internet).

Le 26 août, des journalistes s’intéressent à l’incident au centre principal d’acheminement de Toronto (le centre Gateway dans le jargon postal). Trente grévistes (impossible de le certifier) provoquent une mini-émeute vers 23 heures. Un gardien se fait tabasser. Ils voulaient exprimer leur colère et leur impatience. Une impatience qui devenait d’ailleurs de plus en plus tangible. Notre vice-président de groupe responsable des négociations, William T. Kennedy (Bill pour les intimes), voulait que nous alertions les médias sur le fait que les policiers n’intervenaient pas là où la violence se manifestait. Encore aujourd’hui, les employeurs peuvent difficilement obtenir l’aide des policiers lors de grands conflits ouvriers. À Montréal, deux emplacements de livraison alternatifs sont endommagés. Douze sont arrêtés à Québec pour du grabuge dans de tels emplacements. Ailleurs, du sucre avait été versé dans des réservoirs de camions. Je vous épargnerai de tels détails parce que leur fréquence devenait grande.

Notre déclaration officielle : « Les postiers ont, semble-t-il, un autre but que celui de la SCP. Alors que la Société voulait rendre le courrier disponible à tous les Canadiens, les postiers eux veulent le contraire et veulent bloquer le courrier par tous les moyens et toute la violence possible. » Rien pour calmer la tension. « Les postiers vont avoir de la difficulté à être crédibles à l’avenir quand ils diront qu’ils ont à cœur les intérêts de la population. » Nous étions surtout que nos clients ne seraient pas victimes de cette violence en allant chercher leur courrier.

À Vancouver, comme à Toronto, nous avions même utilisé des hélicoptères pour transporter le courrier. J’ai oublié de préciser que nos employés non syndiqués avaient été déployés dans les établissements de traitement un peu partout au pays. Ça, c’est une tout autre histoire. Plusieurs de mes anciens collègues, qui ont vécu cette situation, en auraient des pages et des pages à vous raconter. D’ailleurs, entre nous, ce serait un sujet de conversation pendant longtemps. Malgré cela, le traitement efficace du courrier n’était qu’une illusion; les « déployés » faisaient leur possible.

Quant à la livraison des chèques sociaux mensuels, le syndicat avait accepté que des facteurs « bénévoles » les livrent, mais le syndicat s’y opposera après la nomination de Marcel Danis comme médiateur dans le conflit. Deborah Bourque, alors 3e vice-présidente nationale, et Philippe Arbour, directeur national des griefs, n’avaient pas mâché leurs mots.

Une anecdote à propos d’Arbour. Nous étions au Château, donc dans le même immeuble que les studios de la radio de Radio-Canada. Un jour, les deux parties sont invitées à une émission spéciale pour discuter du conflit. Je représente Postes Canada et Arbour, le syndicat. À l’extérieur du studio, j’offre de serrer la main à Arbour, mais il évite même de me parler. L’équipe de Radio-Canada trouve ça ridicule de sa part. En fait, il y avait une sorte de convention non écrite au Château d’éviter de prendre l’ascenseur avec des représentants de l’autre partie. Je me faisais un plaisir d’ignorer cette convention. Je me revois dans un ascenseur, en complet-cravate, avec trois « géants » en tee-shirts noirs au slogan de « la lutte continue ». Je faisais le brave bien sûr.

Le 28 août, le médiateur Marcel Danis s’adresse aux médias pour expliquer son rôle et ses attentes. Il affirme que le gouvernement n’a aucune intention d’adopter une loi de retour au travail et que les deux parties lui ont affirmé leur intention de régler entre eux. Il rappelle que les actes de violence sont illégaux et que la décision de Postes Canada de continuer à livrer le courrier est tout à fait légitime. Il ajoutait même, dans la conclusion de son point de presse, que les relations de travail entre le Syndicat des postiers et Postes Canada étaient parmi les pires au pays et qu’elles se détérioraient. Nous étions loin du désir du gouvernement, lors de la création de la société en 1981, d’améliorer ces relations.

Les négociations se poursuivaient malgré tout, les grèves tournantes se prolongeaient et Marcel Danis perdait son temps.

Un climat survolté

Le Syndicat des postiers du Canada ne tarderait pas à démontrer la puissance de son organisation. Dès le 24 août, les premières grèves tournantes paralysent les centres de traitement d’Ottawa, Toronto, Halifax, Montréal, Kitchener, Edmonton et Victoria… le pays en entier est couvert. Les premiers signes de violence font leur apparition : un employé occasionnel du centre de traitement torontois du centre-sud se fait bousculer, un conducteur d’un camion en sous-traitance se fait battre et doit être hospitalisé.

Le centre des ressources des communications, géré alors par Jayne Watson (aujourd’hui présidente de la Fondation du Centre national des Arts et sœur du maire d’Ottawa, Jim Watson) et appuyé de plusieurs de mes collègues, dont Tim McGurrin (qui est toujours aux communications de Postes Canada à Ottawa), fonctionne 24 heures sur 24. Le centre nous alimente au Château avec l’information la plus récente sur les activités nationales et qui nous sera essentielle pour traiter avec les médias de manière ponctuelle.

Parce que les médias s’intéressent de plus en plus à nous évidemment, maintenant que la grève était déclenchée. Plusieurs journalistes passaient en fait leur journée entière, et leur nuit à un certain moment, dans les corridors du Château Laurier en attendant le plus récent rebondissement et l’espoir d’un règlement. Mais ils attendraient longtemps.

D’autres noms de journalistes s’ajoutent à ma longue liste d’hier : Robert Bourgoing, Normand Hasty, Daniel L’Heureux, Julie Miville-Deschênes et Pierre Roberge, de Radio-Canada; Lisa Pappas, Laura Lynch et Alan Garr, de la CBC; Shawn Poulter, de CJOH; Pierre Cantin et Patrice Servant, de CJMS; Sylvain Blanchard, du journal Le Devoir; Jacques Bourbeau, du réseau Global (que mes collègues féminines trouvaient assez beau merci); Roch DesGagnés, du journal Le Soleil; Kate Dunn, du quotidien The Gazette; Gord MacIntosh, de la Canadian Press. Même le Wall Street Journal s’intéressait à la situation.

Leur intérêt découlait des votes de grève qui se prenaient à l’échelle du pays, dont celui des 4 000 employés de Montréal rassemblée au Centre Paul-Sauvé et qui se prononcent dans l’ordre de 60 p. cent en faveur d’une grève générale illimitée. Les syndiqués montréalais étaient un peu plus militants qu’ailleurs au pays, mais ce sont ceux de Toronto qui étaient un peu plus violents.

Entre temps, Postes Canada avait mis en place un système de livraison alternatif. Des sites où les gens pouvaient se rendre chercher leur courrier. Nous passions notre temps à « regretter les inconvénients à nos clients » et à décrire les demandes comme « scandaleuses » et « exorbitantes » qui mèneraient inévitablement à des « tarifs plus élevés » ou des « déficits ». À cette époque, Postes Canada n’avait toujours pas commencé à engranger des surplus, mais ses déficits n’étaient pas épongés par les impôts des contribuables. C’est toujours le cas depuis 1981 d’ailleurs.

Au Château Laurier, les discussions syndicales patronales se poursuivaient de manière informelle dans l’une ou l’autre des nombreuses salles de conférence retenues par les deux parties. Au siège social, des collègues préparaient de la publicité pour annoncer nos plans d’urgence… parce que le temps des chèques sociaux mensuels approchait.

Jean-Claude Parrot parle de la « créativité » de ses unités syndicales partout au pays et déclare que les Canadiens « verront des choses qu’ils n’ont jamais vues jusqu’à maintenant ». Les dés étaient lancés.

Le conflit serait long… très long

Dès mon arrivée dans notre « suite de travail », une suite du Château Laurier aménagée en lieu de travail expressément pour notre équipe, il fallait bien établir certains paramètres. Après tout, pour un homme « cotravaillant » (à ne pas confondre avec cohabitant) du matin au soir avec trois femmes, ce n’aurait pas toujours été de tout repos. Je vous épargne un abus de détails, mais disons que j’aurais pu me passer des bas-culottes pendus dans une des salles de bain. Heureusement, il y avait une deuxième salle pour moi et nos collègues de passage.

J’ajoute qu’Ida et Deborah m’avaient depuis longtemps qualifié de « one of the girls », un « running gag » qui me resterait collé tout au long de ma carrière. En fait, pendant notre séjour, l’équipe des relations du travail comptabilisait les « présences » et au bas de chaque colonne hommes et femmes, il y avait « ½ »… J’étais le demi et la demie! J’en ris encore. Ce dont je ris moins, c’est que mes deux collègues Ida et Deborah sont toutes deux décédées à un âge où tout est encore à espérer.

Je reviens à nos moutons. Le 23 août 1991, les négociations sont rompues. Pour vous donner une idée de l’ampleur de la tâche des relations avec les médias, je vous dresse un bilan de mes entrevues ce jour-là (Ida et Deborah en avaient faites autant ou presque) : Martine Couture, CBC Radio Edmonton; Jeremy Loons, Fort Francis Times; Janice Landry, ATV Halifax; John Pater, CBC Radio Iqualuit; Dan Lett, Winnipeg Free Press; François Jalbert, CJMS Montréal. Il y avait eu Réjean Léveillé de TVA (oui, celui-là qui a failli ne pas sortir d’un accident d’hélicoptère et qui est présentement chef d’antenne de la fin de semaine à TVA). Puis, ce fut le tour d’Adam Vaughan, de CBC Toronto; Grant McInnis, de CJOB Winnipeg; François Berger, de La Presse; France Beaudry, qui me réservait pour une entrevue à 7 h 15 le lundi matin suivant; Denis St-Roch, également de CKAC, mais aussi pour Broadcast News de Vancouver. Broadcast News est le pendant radiophonique de La Presse canadienne.

Vinrent ensuite, toujours en ce même 23 août, Jennifer Cook, de CFSN Quesnel C.-B.; John Young, d’Interior News, en C.-B. aussi; Judith Goldman, de CBC Montréal; Chantal Carignan, de CJTR Trois-Rivières; Sylvain Blanchard, de La Presse; John Geddes, du Financial Post; un journaliste du Medicine Hat News dont je n’ai pas noté le nom; Isabelle Maher et Guy Gendron, de TVA : Joanne Schnur, de CJOH; David Pugliese, du Ottawa Citizen; Dwayne Deslauriers, de Standard Broadcasting; Jules Bordeleau, dont je n’ai pas noté le média; Alain Martineau, de NTR; Alex Binckly, de la Canadian Press; Pauline Vanasse, de Radio-Canada Montréal; Michel Bellemarre, de CKAC; Pierre Champagne, de CJMS; Mathieu Turbide, de CKCH (Mathieu est aujourd’hui cadre au Journal de Montréal et Sun Media). Il y en avait eu quelques autres. Ce serait semblable encore quelques mois, le temps que le conflit se règle.

Nous avions nos « lignes » pour les médias. Contrairement aux porte-parole syndicaux, nous ne pouvions nous permettre des balivernes. Nous étions, après tout, redevables aux contribuables canadiens, alors que le syndicat, en « lutte continue », n’avait pas à se justifier. J’allais oublier de préciser que le Syndicat des postiers du Canada était alors sous la présidence de nul autre que Jean-Claude Parrot. C’est lui qui annoncerait ce soir-là que le syndicat déclencherait des grèves tournantes un peu partout au pays, mais sans en préciser le calendrier. Auparavant, le syndicat avait annoncé par voie de communiqué que les négociations étaient rompues. Nos divers porte-parole, y compris Gilles Courville, un des négociateurs, expliquaient qu’il aurait été plus décent que le syndicat nous en informe autrement que par une dépêche de La Presse canadienne et nous répétions, comme à chaque grève, que « nous ne négocierions pas avec le public, mais avec lui », en parlant de Parrot. Et nous affirmions, comme nous le faisions et ferions souvent, que notre objectif ne fût pas « de créer des milliers d’emplois qui dépendraient de tarifs plus élevés ou de subsides gouvernementaux pour éponger nos déficits ». L’ampleur de l’écart entre les demandes syndicales et les offres patronales étaient à ce moment-là de l’ordre de 260 millions de dollars. Je vous avais dit que, Postes Canada, c’était un énorme bateau. Ça en prenait des dollars pour le mener à bon port ou, à tout événement, le mettre sur le bon chemin.

Ce 23 août, nous réaffirmions que le service à la clientèle serait maintenu; que nous n’avions pas de plans de grève, que nous n’étions pas en grève. Et il y avait encore tout ce qui s’ensuivrait…

Tu t’en vas au Château…

Postes Canada, une société d’État à mandat commercial depuis 1981, avait adopté toutes sortes de mesures afin de se débarrasser des méthodes du passé lorsqu’elle était un ministère fédéral, y compris, en 1986, l’idée de remplacer des bureaux de poste par des comptoirs en entreprise privée. Je vous en ai fait un résumé avant Noël. La société avait même convaincu le Conseil des relations du travail (CRT) de regrouper ses trop nombreux syndicats, surtout les postiers et les facteurs. Ce qui fut fait en 1989.

En fait, le CRT avait décrété la tenue d’un vote afin de laisser aux employés le choix de ce qui serait leur nouveau syndicat : le Syndicat des postiers du Canada (travailleurs internes) et l’Union des facteurs du Canada (travailleurs externes). Le premier a remporté la confiance de la majorité des travailleurs et deviendrait ainsi le seul agent négociateur avec l’employeur pour ces deux groupes d’employés, les plus importants parmi tout le personnel de l’entreprise. Je me souviens d’avoir rédigé un communiqué interne pour annoncer cette nouvelle alors que j’étais aux communications avec les employés. En fait, j’étais retourné à Hawkesbury, où je résidais toujours, à 5 h 30 le matin… une petite journée de 23 heures sans interruption… le jour même où mon nouveau directeur (Antoine Normand) commençait. Il m’avait téléphoné pour se rassurer que je n’avais aucune intention de retourner au travail ce jour-là.

L’année suivante (1990), je passe au groupe des relations avec les médias, sous la direction de Jack Van Dusen (un ancien journaliste et membre de cette famille de communicateurs de père en fils et de frères/sœurs en neveux/nièces que sont les Van Dusen à Ottawa). Jack était venu me recruter sans passer par les canaux habituels des ressources humaines, ce qui lui a valu quelques problèmes. Entre temps, il faudra quasiment une année à Antoine pour qu’il me parle de nouveau. La politique de bureau n’est pas toujours de tout repos.

Comme je disais, le nouveau syndicat n’allait pas se faire tasser dans un coin du jour au lendemain. Au contraire. Le Syndicat des postiers du Canada, ne l’oubliez pas, avait été, en 1981, le premier syndicat canadien à obtenir le congé de maternité pour ses membres. Ce n’est qu’un exemple de ses gains. À l’époque, la poste constituait un véritable monopole des communications imprimées ou écrites; l’électronique n’existait pas encore et le télécopieur s’installerait vers la même époque. Les syndiqués savaient très bien qu’ils pouvaient paralyser tout un système et obtenir tous les gains ouvriers qu’ils souhaitaient.

Les premières négociations de 1991, qui suivaient ce regroupement, allaient nécessairement être ardues et complexes. L’employeur le savait. Le syndicat aussi. Retenez que son slogan était et est encore : « La lutte continue », ce qui laisse supposer, bien sûr, qu’il n’y a pas de fin en perspective.

Ces négociations se poursuivent depuis de longs mois quand au début d’août, pendant mes vacances, je reçois un appel de mon directeur Jack : « Tu t’en vas au Château. Fais tes valises. » Deux collègues porte-parole, Ida Irwin et Deborah Saucier, y sont déjà, de même qu’une agente de soutien, Lynn Hewett. Nous y passerons les trois prochains mois, 24 heures sur 24, sept jours sur sept. Nous, des relations avec les médias, et toute l’équipe des relations du travail.