Un climat survolté

Le Syndicat des postiers du Canada ne tarderait pas à démontrer la puissance de son organisation. Dès le 24 août, les premières grèves tournantes paralysent les centres de traitement d’Ottawa, Toronto, Halifax, Montréal, Kitchener, Edmonton et Victoria… le pays en entier est couvert. Les premiers signes de violence font leur apparition : un employé occasionnel du centre de traitement torontois du centre-sud se fait bousculer, un conducteur d’un camion en sous-traitance se fait battre et doit être hospitalisé.

Le centre des ressources des communications, géré alors par Jayne Watson (aujourd’hui présidente de la Fondation du Centre national des Arts et sœur du maire d’Ottawa, Jim Watson) et appuyé de plusieurs de mes collègues, dont Tim McGurrin (qui est toujours aux communications de Postes Canada à Ottawa), fonctionne 24 heures sur 24. Le centre nous alimente au Château avec l’information la plus récente sur les activités nationales et qui nous sera essentielle pour traiter avec les médias de manière ponctuelle.

Parce que les médias s’intéressent de plus en plus à nous évidemment, maintenant que la grève était déclenchée. Plusieurs journalistes passaient en fait leur journée entière, et leur nuit à un certain moment, dans les corridors du Château Laurier en attendant le plus récent rebondissement et l’espoir d’un règlement. Mais ils attendraient longtemps.

D’autres noms de journalistes s’ajoutent à ma longue liste d’hier : Robert Bourgoing, Normand Hasty, Daniel L’Heureux, Julie Miville-Deschênes et Pierre Roberge, de Radio-Canada; Lisa Pappas, Laura Lynch et Alan Garr, de la CBC; Shawn Poulter, de CJOH; Pierre Cantin et Patrice Servant, de CJMS; Sylvain Blanchard, du journal Le Devoir; Jacques Bourbeau, du réseau Global (que mes collègues féminines trouvaient assez beau merci); Roch DesGagnés, du journal Le Soleil; Kate Dunn, du quotidien The Gazette; Gord MacIntosh, de la Canadian Press. Même le Wall Street Journal s’intéressait à la situation.

Leur intérêt découlait des votes de grève qui se prenaient à l’échelle du pays, dont celui des 4 000 employés de Montréal rassemblée au Centre Paul-Sauvé et qui se prononcent dans l’ordre de 60 p. cent en faveur d’une grève générale illimitée. Les syndiqués montréalais étaient un peu plus militants qu’ailleurs au pays, mais ce sont ceux de Toronto qui étaient un peu plus violents.

Entre temps, Postes Canada avait mis en place un système de livraison alternatif. Des sites où les gens pouvaient se rendre chercher leur courrier. Nous passions notre temps à « regretter les inconvénients à nos clients » et à décrire les demandes comme « scandaleuses » et « exorbitantes » qui mèneraient inévitablement à des « tarifs plus élevés » ou des « déficits ». À cette époque, Postes Canada n’avait toujours pas commencé à engranger des surplus, mais ses déficits n’étaient pas épongés par les impôts des contribuables. C’est toujours le cas depuis 1981 d’ailleurs.

Au Château Laurier, les discussions syndicales patronales se poursuivaient de manière informelle dans l’une ou l’autre des nombreuses salles de conférence retenues par les deux parties. Au siège social, des collègues préparaient de la publicité pour annoncer nos plans d’urgence… parce que le temps des chèques sociaux mensuels approchait.

Jean-Claude Parrot parle de la « créativité » de ses unités syndicales partout au pays et déclare que les Canadiens « verront des choses qu’ils n’ont jamais vues jusqu’à maintenant ». Les dés étaient lancés.