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Une attitude contradictoire… c’est la vie des deux Claude

L’élection d’un nouveau conseil municipal à Hawkesbury laissait pourtant présager un avenir beaucoup plus sérieux que celui que l’on avait connu sous le « règne » du maire Philibert Proulx. Les citoyens avaient fait maison nette, ou presque, avec un message clair de changer pour le mieux. En éditorial dans Le Carillon du 2 mars 1977, je note que deux clans sont en train de se former. « D’un côté, l’on retrouve le conseiller Claude Drouin (surtout) et le sous-préfet Gilles Thériault qui tentent de bloquer tout nouvelle initiative provenant des nouveaux arrivés. Parfois, l’observateur a la nette impression qu’ils tentent de défendre les agissements de l’ancien maire Philibert Proulx, à tout prix. (…) Le maire Laurent Cayen, le préfet Lucien Berniquez et le conseiller Edward Mullin restent sages dans tout ça, analysent les deux côtés de la médaille et optent pour le plus juste. Ils ne s’abaissent surtout pas aux dénigrements du genre survenus à la dernière réunion du Conseil municipal. Deux membres du Conseil municipal devront, à notre avis modifier leur attitude, s’ils veulent donner à la population un gage de sérieux. » Claude Drouin et Claude Demers, les deux en question, maintiendraient une attitude contradictoire pendant toute la durée de leurs longs mandats communs. Difficile de montrer à des vieux singes de nouvelles grimaces! En somme, encore une fois, plus ça chance, plus c’est pareil.

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Je note dans les premières éditions de 1977 que le député conservateur Albert Bélanger devient plus vocal et qu’il manifeste un peu plus sa présence et qu’il multiplie ses communications. Il doit y avoir des élections provinciales dans l’air.

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Bon, ça commence mal une carrière semi-professionnelle ça. Yvan Joly en est à sa première saison avec les 67’s d’Ottawa et tout va plutôt bien jusque lors d’une séance de pratique quotidienne de son équipe. « Yvan s’est fracturé l’os du genou lorsque son coéquipier, le solide arrière-garde Geff Geiger, l’a mis en échec la long de la rampe. » On en parle dans le journal du 9 mars 1977. La soirée « Puce Joly » au Centre Municipal d’Ottawa, au cours de laquelle plus de 500 citoyens de Hawkesbury lui rendraient hommage, aurait lieu quand même le 11 mars… mais sans qu’Yvan joue ce soir-là. Évidemment, la saison d’Yvan venait de prendre fin.

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« Les municipalités outaouaises réclament le parachèvement immédiat de la première phase de l’autoroute 50, soit la section entre Mirabel et Lachute et celle entre Hull et Masson, et la construction complète de l’autoroute pour 1980. » Le ministre québécois des Transports, Lucien Lessard, « ne consacrera pas la moitié de son budget routier à la fameuse autoroute 50 » peut-on lire dans le journal du 9 mars 1977. En 2012, cette autoroute n’est pas encore entièrement terminée mais devrait l’être au courant de l’année, je crois.

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Les villes où j’ai vécu : Québec (troisième suite)

Depuis sa naissance, Alain a habité dans une dizaine de villes différentes, dont certaines à plus d’une reprise. Bien sûr, ses souvenirs et ses impressions de chacun de ces endroits où il a vécu sont relatifs à l’âge qu’il avait à l’époque et aux activités auxquelles il s’était livré… ainsi que des souvenirs qu’il en a gardés. Voici donc le quinzième article de cette série… qui concerne Québec où il est arrivé en avril 1984 et où il est demeuré trois années… Vous pourrez revoir tous les articles précédents de cette série dans l’onglet « Les villes où j’ai vécu » sous la subdivision « Mes catégories ». Bonne lecture.

par Alain Guilbert

Des anecdotes survenues durant mon séjour à Québec et au Soleil (comme j’en ai évoqué quelques-unes dans mon dernier texte), je pourrais en raconter jusqu’à demain… ce que je ne ferai pas. Mais je vais quand même en ajouter quelques-unes aux précédentes.

Bien sûr, ces anecdotes impliquent « mes » journalistes, dont certains étaient plutôt « spéciaux » (c’est le moins que je puisse dire!). Comme je l’ai mentionné précédemment, Marcel Aubut était une « grande vedette à Québec ». Mais il n’était pas « la seule vedette de la place ». Il y avait aussi André Arthur, « le roi Arthur » comme la plupart des citoyens de Québec le surnommaient. Plus de la moitié de la population de Québec et de la région était quotidiennement branchée sur son émission à CHRC (Québec) alors qu’il dominait outrageusement les cotes d’écoute.

Personne n’échappait à ses critiques acerbes, surtout pas Le Soleil, le « grand journal » de Québec. Toutefois, « mes » journalistes ne l’écoutaient pas… Ils le répétaient régulièrement haut et fort dans la salle de rédaction : « Arthur, jamais je ne l’écoute »… disaient-ils autant l’un que l’autre. Moi, je l’écoutais… car je voulais savoir s’il avait quelque chose à dire contre notre journal ou contre nos journalistes. Je ne voulais pas être pris par surprise. Tous les matins, en compagnie du directeur de l’information (Gilbert Athot), du chef de nouvelles (Gilles Ouellette) et de la secrétaire de la rédaction (Myriam Paquet), nous étions au centre de la salle de rédaction pour réviser notre journal du jour, examiner les autres journaux (le Journal de Québec, La Presse, le Globe and Mail et quelques autres)) et déterminer les suivis à faire ou les événements à « couvrir » ce jour-là. Quand les journalistes faisaient leur entrée dans la salle de rédaction, ils devaient nécessairement passer près de nous. Et lorsque « le roi Arthur » s’en était pris à nous (notre journal) de quelque façon que ce soit, la majorité d’entre eux s’arrêtaient près de nous et disaient : « Avez-vous entendu ce qu’Arthur a raconté à notre sujet? » Et à chaque fois, je ne pouvais m’empêcher de leur répondre : « Comment peux-tu savoir ce qu’il a dit à notre sujet si tu ne l’écoutes jamais? » La plupart du temps, ma remarque mettait fin à l’intervention.

À la suite de leur grève en 1978, les journalistes du Soleil avaient obtenu la semaine de travail de quatre jours à raison de huit heures par jour, soit 32 heures par semaine. Et ce sont les journalistes qui devaient eux-mêmes remplir une feuille de temps attestant leurs heures travaillées. Lorsqu’ils travaillaient plus de huit heures dans une journée ou plus de 32 heures dans une semaine, ils étaient payés « à temps et demi ». Et s’ils travaillaient un sixième ou un septième jour dans une même semaine, les heures supplémentaires étaient alors payées « à temps double ». Inutile de dire que certains d’entre eux se faisaient des salaires dépassant largement le salaire hebdomadaire de base prévu à la convention collective.

Par exemple, les journalistes qui étaient affectés aux Nordiques et qui voyageaient avec l’équipe pouvaient accumuler un grand nombre d’heures supplémentaires. Mais le record de tous les temps appartient sans doute à Alain Bouchard. Un jour qu’il avait accompagné les Nordiques à Edmonton et que le voyage de retour avait été retardé pour cause de problèmes mécaniques avec l’avion, il avait « facturé » 25 heures de travail dans la même journée. Lorsqu’on lui avait demandé comment il avait pu « travailler 25 heures dans une seule journée » il avait expliqué avec le plus grand sérieux du monde (!) qu’il avait travaillé si longtemps à cause du « décalage horaire ». J’en ris encore!

Un autre journaliste qui était passé maître dans l’art d’accumuler des heures supplémentaires s’appelait André Bellemare. Il était le seul chroniqueur à plein temps dans tout le Québec qui soit affecté exclusivement à la chasse et à la pêche. André aimait bien les voyages de cinq ou six jours… ce qui lui permettait d’accumuler de nombreuses heures supplémentaires, dont certaines « à temps double ». Mais André ne se faisait pas payer en argent… il convertissait ses heures supplémentaires en jours de congé… ce qui lui permettait de travailler entre sept et huit mois par année (pendant la saison de pêche suivie de la saison de chasse) et de prendre entre quatre et cinq mois de vacances.

Quand je suis arrivé au Soleil et que j’ai découvert son truc, je lui ai dit qu’il ne pouvait désormais effectuer de voyages de pêche ou de chasse de plus que quatre jours. « Mais si le voyage est en avion et qu’il dure cinq ou six jours, qu’est-ce que je fais? » m’avait-il demandé. « De deux choses l’une : ou tu refuses le voyage et tu n’y vas pas, ou tu arrêtes de pêcher ou de chasser après quatre jours et tu attends ‘ en congé ‘ que l’avion te ramène », lui avais-je répondu. À partir de ce jour-là, il n’a plus jamais accumulé des heures supplémentaires pour des voyages de pêche ou de chasse.

Une autre anecdote à son sujet. André était plein de trucs ; par exemple, il réclamait comme remboursement de dépenses les achats d’équipements de pêche ou de chasse dont il se servait pour les voyages qu’il faisait dans le cadre de son travail. Il faut le faire! Au début de l’année 1984, alors que j’étais encore à Granby, j’avais été invité à un voyage de pêche au saumon (pour le mois de juillet de la même année). Puisqu’il s’agissait de mon premier voyage de pêche au saumon à vie (un voyage qui devait être suivi de plusieurs dizaines d’autres), je n’avais pas d’équipement, particulièrement je n’avais pas de canne pour moucher le saumon. J’avais donc demandé à André Bellemare s’il me prêterait l’une des siennes. Il avait gentiment accepté de le faire, mais avait insisté pour que je fasse bien attention à « sa » canne. Je lui ai répondu que je considérais un peu « sa » canne comme « notre » canne… puisqu’elle avait été payée par Le Soleil. Il n’a donc pas insisté davantage… et de mon côté, j’ai quand même fait bien attention à « sa » canne avec laquelle j’ai capturé mon premier saumon à vie, en plus de deux autres (et, dois-je ajouter, depuis ce temps, j’ai mes propres cannes!).

L’un des reproches que je faisais parfois aux journalistes du Soleil était le fait que plusieurs d’entre eux (ou elles) étaient davantage intéressés par ce qui se passait sur la scène internationale qu’à Québec même. Pour moi, les lecteurs du journal voulaient d’abord savoir tout ce qui se passait chez eux bien avant ce qui se passait en Iran ou en Israël.

Un matin où, comme tous les autres matins, j’étais à la table centrale de la salle de rédaction (en compagnie du directeur de l’information, du chef des nouvelles et de la secrétaire de rédaction), la responsable de la chronique judiciaire de l’époque, Louise Lemieux, fait son entrée au travail et s’approche de nous en disant que « le procès de Klaus Barbie (Klaus Barbie était accusé d’avoir participé au génocide de milliers de Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale) est sur le point de commencer à Paris et que Le Soleil devrait la dépêcher sur les lieux pour assurer la couverture de l’événement. Le directeur de l’information (lui aussi formé au Soleil) semble presque prêt à lui dire « oui ». En effet, il lui suggère de préparer un plan de couverture et de nous le soumettre. Je m’interpose aussitôt en disant à notre journaliste : « Ne fais pas de plan de couverture, Louise… appelle plutôt 100 lecteurs du Soleil au hasard et si trois d’entre eux peuvent te dire qui est Klaus Barbie je t’envoie immédiatement à Paris ». Inutile de dire que je n’ai plus jamais entendu parler de son projet de reportage.

Je pourrais vous raconter bien d’autres anecdotes survenues au cours de ces trois courtes mais très intenses années au Soleil. Mais ce sera pour une autre fois… peut-être!

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Une mention honorable nationale pour un éditorial

J’avais oublié ce détail. Dans l’édition du 23 février 1977, un court entrefilet souligne les récents honneurs du journal Le Carillon au concours de l’Ontario Weekly Newspapers Association, une association anglophone il va sans dire. Nous méritions des prix quasiment chaque année, tant à l’OCNA qu’à la Canadian Weekly Newspapers Association, et nous étions fiers parce que les jurys étaient composés d’anglophones. Cette fois, toutes catégories confondues, le journal avait mérité une mention honorable dans la catégorie du meilleur éditorial. « Le prix du meilleur éditorial – un seul prix – est accordé au journal qui n’a pas hésité à soulever en éditorial un point important ou à prendre position sans avoir peur de rien. Le Carillon a obtenu sa mention honorable pour son éditorial exigeant la démission de l’ancien maire Philibert Proulx, qui, selon l’opinion du journal, avait perdu la confiance de la population. Les événements qui ont suivi ainsi que le résultat des élections municipales ont démontré que l’éditorial avait alors sa raison d’être. » J’avais été particulièrement fier puisque l’éditorial, évidemment, était en français.

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Un autre détail oublié, cette fois dans le journal du 2 mars 1977. J’avais placé l’encadré à la une et le titre se lisait : « La restructuration des comtés – Des anglophones parlent d’irréalisme ». Il ne fallait pas s’en surprendre, bien qu’un nom qui semble francophone se trouve en référence.

« Des citoyens anglophones de la région trouvent irréalistes les suggestions voulant que l’on s’attache à conserver la culture canadienne-française dans Prescott-Russell, dans le cadre de la restructuration. Dans une lettre au quotidien The Citizen d’Ottawa, publiée lundi, MM. et Mmes A. Robert Todd, B. Prescott, R. Kozak, G. Young et Pierre LeVasseur, de Hawkesbury, soutiennent que l’étude sur la restructuration des comtés par le commissaire Goldyn Sunderland n’apportera aucune recommandation réaliste pour les citoyens concernés. Rappelant que les comtés subissent certains changements ethniques à cause des nouvelles subdivisions résidentielles, les dix signataires affirment qu’il est irréaliste de suggérer d’imposer et de maintenir artificiellement une culture particulière. Le groupe se demande même de quelle façon la culture française ou anglaise est reliée à l’amélioration de l’administration des comtés et à l’amélioration de l’économie du territoire. Selon la lettre du groupe anglophone, un bon gouvernement réaliste devrait s’attarder davantage à dépenser sagement les deniers publics, ce qui ne semble pas avoir été fait pour l’étude de la restructuration à leur avis. »

Tristement, il s’en trouve encore énormément dans Prescott et Russell qui pensent comme ça.

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Une publicité intéressante dans le journal du 16 février 1977. Thériault Électronique annonce la plus récente nouveauté… « Le magnétoscope à cassette Betamax vous permet de regarder le match en même temps qu’il enregistre le film… avec sa minuterie réglable, il enregistre vos émissions favorites même quand vous êtes sortis. » Ce qu’il en coûtait? « Seulement $1,495.95. Prix de détail suggéré $1745.95. » C’était bien avant le PVR et, bien sûr, la technologie de Sony n’allait pas survivre à la concurrence d’un format rival… le VHS… inventé par Philips et JVC, qui est aussi en train de disparaître en 2012… si ce n’est déjà fait.

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« Il fallait décourager cette tendance »

« La crise consiste en une confrontation, à savoir si oui ou non l’unité vaut le coup. » La phrase est de Jean-Jacques Blais, ministre canadien des Postes, alors qu’il prononce un discours lors d’une rencontre du chapitre des caisses populaires de la région St-Laurent-Outaouais, au motel Holiday de Hawkesbury. Nous retrouvons un compte rendu de son intervention dans Le Carillon du 9 février 1977. Il se réfère, bien sûr, à la question de l’unité nationale, à l’avant-plan du débat politique national depuis l’élection du gouvernement de René Lévesque trois mois auparavant au Québec. Blais affirme devant les 150 participants que « les Canadiens doivent consacrer leurs énergies à solutionner les problèmes économiques, au lieu de poursuivre le débat sur la séparation du pays ». En 2012, on pourrait facilement entendre Stephen Harper répéter le même message si le débat national avait encore son cours de la même manière qu’à l’époque.

Blais jugeait que « la tendance est de ne pas discuter des vrais problèmes, mais de séparation » et il insistait sur le fait qu’il fallait « décourager cette tendance, parce qu’il y a de nombreux problèmes à résoudre ». Jean-Jacques Blais avait parlé « de contrôle de notre économie nationale, une économie où 49 p. cent des revenus taxables sont gagnés par des entreprises américaines ». Je serais curieux de savoir quelle est la proportion aujourd’hui. « Le ministre s’est référé davantage à la concurrence de l’industrie du textile et aux problèmes de cette industrie au pays; aux riches réserves des sables bitumineux de l’Alberta, une réserve plus importante que celle qui existe au Moyen-Orient, mais qui demeure non développée; la création d’un marché international pour le Canada, un pays en compétition avec General Electric et Westinghouse dans le monde. »

Blais, un ministre libéral d’origine franco-ontarienne bien sûr, avait « fait remarquer que les Canadiens-français ont encore beaucoup de droits à faire respecter au pays et qu’il n’est pas facile d’être Canadien-français. Il a cité en exemple la question des Gens de l’air, des conflits scolaires de Cornwall et Windsor, de la télévision française à Vancouver et Régina, du journalisme irresponsable qui insiste indûment sur deux députés qui restent assis pendant le chant du ‘God Save the Queen’. Il a rappelé que le premier ministre René Lévesque s’était rendu à New York et a parlé de la séparation comme un fait acquis alors qu’il n’a pas obtenu de mandat à cet effet. » Mais Blais devait reconnaître que « certains changements constitutionnels sont peut-être nécessaires, mais qu’il faut considérer toutes les conséquences et que cela ne peut se faire efficacement si tout le monde se bat ». C’était cinq ans avant le rapatriement de la Constitution.

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Toujours dans l’édition du 9 février, je me réfère à l’échec de l’expérience d’administration de la justice dans les deux langues officielles que le gouvernement ontarien avait tenté à Sudbury. « Le Palais de justice à L’Orignal est l’endroit où le gouvernement ontarien doit maintenant poursuivre ses expériences de justice bilingue, c’est-à-dire où les Franco-Ontariens peuvent s’exprimer dans leur langue, les Anglo-Ontariens pouvant le faire depuis longtemps. Depuis des dizaines et dizaines d’années, les francophones sont omniprésents à la Cour de L’Orignal. Actuellement, le juge est francophone, les avocats sont majoritairement francophones et le personnel est majoritairement composé de Franco-Ontariens… les accusés aussi d’ailleurs. La situation veut donc dire que tous ces francophones parlent anglais quand ils se retrouvent ‘officiellement’ dans l’enceinte de la Cour. Cela est ridicule, il va sans dire. » J’invitais le député Albert Bélanger à transmettre le message à Queen’s Park, sans savoir qu’il l’avait déjà fait quelques semaines plus tôt. Bélanger avait écrit au procureur général Roy McMurtry que « la population francophone de ma circonscription veut ces services ». Finalement, ce sont tant les cours de L’Orignal que de Rockland qui bénéficieraient des services en français après Sudbury.

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Une lettre en français… il fallait répondre en français

Gérard Lévesque était un ancien copain du petit séminaire et il était secrétaire du Patro d’Ottawa. Il s’était fait connaître dans les médias par sa participation active au mouvement « C’est l’temps ». Il avait reçu le texte de la politique « relative aux réponses aux communications en français du gouvernement de l’Ontario », une politique qui était demeurée sans publicité pendant tout ce temps. Gérard s’empresse de remettre le texte à qui de droit :

« Cette directive s’applique à tous les ministères, les agences, conseils et commissions sauf ceux dispensés par le Conseil des politiques administratives.

Cette politique ne s’applique pas aux communications destinées à d’autres juridictions qui sont devenues officiellement bilingues et ont accepté le principe que, quelle que soit la langue officielle utilisée par le gouvernement, les correspondants sont libres de rédiger une réponse dans leur langue maternelle.

Le français et l’anglais étant les deux langues officielles du Canada, la politique du gouvernement de l’Ontario juge qu’il est nécessaire que toute correspondance en provenance du gouvernement de l’Ontario soit rédigée dans l’une ou l’autre langue selon celle utilisée par le correspondant.

Cette politique s’applique sans exception à toutes les communications écrites.

Le gouvernement de l’Ontario a adopté la politique selon laquelle il doit répondre verbalement dans l’une ou l’autre langue officielle d’après l’ordre des priorités établies par lui et définies selon la représentation de francophones dans les secteurs de la province. Selon ces priorités, les bureaux du gouvernement situés dans les communautés à concentration francophone doivent se plier à développer une habilité à pouvoir communiquer verbalement en français. »

C’était bien avant la Loi sur les services en français en Ontario.

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On attend toujours après. « L’Hydro-Ontario envisage, d’ici 1990, la construction d’une immense centrale génératrice d’électricité quelque part dans l’Est ontarien. L’emplacement exact de la centrale n’a pas encore été divulgué puisque les plans ne sont qu’à leur stage embryonnaire, mais l’Hydro a dévoilé que la centrale pourrait être éloignée jusqu’à dix milles de l’Outaouais ou du St-Laurent, où serait puisée l’eau servant au refroidissement. » On en parlait dans le journal du 2 février 1977.

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Après 10 ans d’exploitation, « l’usine de la firme General Magnetic Products de Hawkesbury a fermé ses portes le vendredi 28 janvier laissant une vingtaine d’employés sans emplois. De plus, l’usine de la même compagnie à Grenville doit cesser toute opération à la fin du mois, privant environ 60 employés de leur travail. » La firme produisait des composants pour appareils électriques et électroniques pour les appareils ménagers. Le président de GMP, René Quesnel, avait expliqué, entre autres, que « l’affiliation des employés au Syndicat des travailleurs unis de l’acier n’a pas aidé ».

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L’effet du PQ en Ontario… un comité du cabinet sur la confédération

L’élection du Parti Québécois pour administrer la province voisine avait eu des répercussions jusqu’à Queen’s Park. « Le gouvernement ontarien a créé un comité spécial dont le rôle et le but seront de proposer diverses mesures favorisant et sauvegardant l’unité nationale au Canada. » Il en est question dans Le Carillon du 19 janvier 1977. Le premier ministre Bill Davis présidera lui-même ce « Cabinet Committee on Confederation ». Des ministres influents en feront partie et « le secrétaire permanent sera M. Don Stevenson, sous-ministre adjoint aux Affaires intergouvernementales ». J’en parle parce que j’ai eu le plaisir de rencontrer et d’échanger avec Stevenson, un parfait bilingue, lors de la conférence « Destinées Canada » à l’université York de Toronto et où j’avais été le délégué de Glengarry-Prescott-Russell. Le pendant québécois de Stevenson, un certain Claude Morin (oui, le même), participait également à cette conférence, une initiative justement de ce « Cabinet Committee on Confederation ». J’y reviendrai.

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Et la hiérarchie catholique avait elle aussi réagit. Dans une livraison de Présence, le journal d’information du diocèse d’Ottawa distribué dans toutes les paroisses du diocèse, on pouvait lire ceci : « Au lendemain de son élection comme premier ministre du Québec, M. René Lévesque a salué les autres Canadiens, non plus comme ses compatriotes, mais comme ses ‘voisins du Canada’. Et quand on sait que M. Lévesque ne croit pas à la survie des groupes francophones en dehors du Québec, – il l’a dit clairement à Fredericton il y a quelques années – nous pouvons nous demander si nous ne sommes pas, à ses yeux, des voisins condamnés à mort. » Le journal diocésain y allait des recommandations habituelles pour assurer la survie des Franco-Ontariens, dont le message fondamental de « s’occuper de ses propres affaires ». « Sans fierté, il n’y a pas conviction dans l’action. » J’avais traité de tout ça en éditorial. Il s’en est passé des choses depuis en Ontario français, dont La Cité collégiale et la survie de Montfort pour n’en nommer que deux.

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Henri Clément, une personnalité bien connue de L’Orignal, publie son livre sur le centenaire de son village, « le chef-lieu de Prescott-Russell », « le berceau de ce territoire ». Le texte dans le journal du 26 janvier 1977 signale que « c’est depuis L’Orignal que tout Prescott-Russell s’est développé. On peut même affirmer que c’est le berceau de la vie franco-ontarienne ». Le volume de 124 pages note, entre autres, que « la Seigneurie de L’Orignal comprenait une superficie de 23,000 acres ». À peine sorti, le livre s’était déjà vendu à une centaine d’exemplaires. Le volume avait nécessité sept mois de travaux pour sa préparation et son impression. Le projet avait été réalisé encore là grâce, en partie, à une subvention de la loterie Wintario.

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Les villes où j’ai vécu : Québec (deuxième suite)

Depuis sa naissance, Alain a habité dans une dizaine de villes différentes, dont certaines à plus d’une reprise. Bien sûr, ses souvenirs et ses impressions de chacun de ces endroits où il a vécu sont relatifs à l’âge qu’il avait à l’époque et aux activités auxquelles il s’était livré… ainsi que des souvenirs qu’il en a gardés. Voici donc le quatorzième article de cette série… qui concerne Québec où il est arrivé en avril 1984 et où il est demeuré trois années… Vous pourrez revoir tous les articles précédents de cette série dans l’onglet « Les villes où j’ai vécu » sous la subdivision « Mes catégories ». Bonne lecture.

par Alain Guilbert

Je ne peux raconter mon séjour à Québec sans vous signaler quelques anecdotes survenues à cette époque.

Commençons par ma rencontre avec l’un des personnages les plus célèbres de Québec (et du Québec), Marcel Aubut… Avant de quitter Granby, j’avais fait de nombreuses démarches afin de pouvoir transmettre sur les ondes de CHEF-radio les matches de hockey du Canadien. CHEF diffusait depuis déjà très longtemps le baseball des Expos (d’autant plus que l’une des « voix » de « nos amours » était Jacques Doucet, un authentique citoyen de Granby). Il me semblait logique d’y ajouter le hockey. Mais il y avait un problème… le fait que le Canadien avait accordé l’exclusivité de ses matches à la radio à une station de Montréal et personne d’autre ne pouvait en faire la diffusion dans un rayon de 50 milles.

La distance entre Granby et Montréal était justement de 50 milles…plus ou moins… selon qu’on mesurait en ligne droite entre les limites des deux villes ou à partir des tours de diffusion des stations concernées. Je croyais pouvoir gagner mon point jusqu’au jour où j’ai reçu un appel de Ronald Corey, alors président du Canadien, qui me demandait de ne pas insister, car cela pourrait lui causer des ennuis avec le diffuseur de Montréal. Il m’avait dit : « J’apprécierais que tu retires ta demande; et si tu le fais, je t’en serai reconnaissant. »

Finalement, CHEF a retiré sa demande… et moi je suis parti pour Québec quelques mois plus tard. À l’automne 1984, à la veille de mon premier hiver dans la Vieille Capitale, le Canadien s’amène à Québec pour y disputer un match à ses « grands rivaux », les Nordiques. Je reçois un appel de Ronald Corey qui m’invite à l’accompagner au Colisée. Bien sûr, j’accepte son invitation… et j’assiste au match en sa compagnie, juste derrière le banc du Canadien.

Tôt le lendemain matin (je crois qu’il n’était pas encore 8 heures), mon téléphone sonne au Soleil… c’est Marcel Aubut en personne qui m’apostrophe : « Qu’est-ce que tu faisais hier soir en compagnie du président du Canadien. Tu es maintenant un ‘ gars ‘ de Québec. Tu n’as pas à te faire voir avec le président du Canadien. Pourquoi tu n’étais pas avec moi? » Ma réponse a été toute simple : « Marcel, je n’étais pas avec toi parce que tu ne m’as jamais invité. Lui l’a fait. » Le bouillant président des Nordiques a compris le message. À la visite suivante du Canadien à Québec, j’étais avec lui derrière le banc des Nordiques… Le photographe du Soleil a même capté une photo (que j’ai encore) où je suis assis directement derrière Michel Goulet et Dale Hunter en plus de Michel Bergeron, qui est en train d’engueuler un arbitre. Et pour dire que Marcel a toujours su faire les choses en grand, il m’a même invité dans le vestiaire après le match, là où j’ai eu l’occasion de serrer la main de tous les joueurs. À partir de ce jour, j’ai entretenu une relation non seulement professionnelle, mais aussi d’amitié avec Marcel.

D’ailleurs, cela me rappelle un autre incident survenu deux années plus tard et impliquant encore une fois Marcel Aubut. Je dois dire que les journalistes du Soleil (du moins, la plupart d’entre eux) n’aimaient pas celui qu’on surnommait « le kid de la Grande Allée ». Ils ne rataient jamais une occasion d’en faire la preuve. Marcel avait décidé de modifier la formule du match annuel des étoiles de la Ligue nationale pour en faire un affrontement de deux matches entre les étoiles de la LNH et l’équipe de l’Union soviétique. Chose certaine, on ne pourra jamais reprocher à Marcel de ne pas avoir exploré des avenues dans lesquelles personne avant lui n’avait osé s’aventurer. Le « Rendez-vous 87 » en est un exemple parfait… surtout qu’il a été un succès sur toute la ligne. (Cet événement a eu lieu en février 1987, il y a tout juste 25 ans.)

Lorsque Marcel a annoncé la nomination de cinq importantes personnalités à titre d’ambassadeurs de son « Rendez-vous », il y avait deux super vedettes, soit Guy Lafleur et Vladislav Tretiak, un homme d’affaires, Lee Iacocca, alors président de Chrysler, le principal commanditaire de l’événement, le maire de Montréal, Jean Drapeau, et Brian Mulroney, alors premier ministre du Canada. Le titre du texte paru le lendemain dans Le Soleil a failli me jeter par terre. Il s’intitulait : « Aucune femme parmi les ambassadeurs du Rendez-vous 87 ». Quand je l’ai vu (le titre), je n’en croyais pas mes yeux… À l’époque (tout comme aujourd’hui), je ne peux pas voir quelle femme aurait pu être associée au hockey professionnel au point d’en être l’ambassadrice. Bien sûr, il était encore bien tôt ce matin-là quand mon téléphone a sonné et que Marcel a exprimé sa déception devant le titre de notre première page. Je n’ai eu d’autre choix que de lui donner raison… C’est sans doute un peu parce que « mes journalistes le détestaient » que « je l’aimais bien ». Probablement ma façon de compenser un peu.

J’ai mentionné dans un texte précédent que les gens de Québec n’avaient pas beaucoup de relations avec ceux qui venaient de l’extérieur, particulièrement ceux qui venaient de Montréal. Dans chaque ville où j’ai vécu, que ce soit Sherbrooke, Granby, St-Hyacinthe ou même Montréal, je me suis toujours senti « chez moi »… sauf à Québec où je me suis toujours senti comme un « étranger ».

Lors de mes années au Comité organisateur des Jeux olympiques de Montréal, j’avais rencontré l’un des plus grands relationnistes du Québec, un homme très important parmi les gens d’affaires de la Vieille Capitale, Pierre Tremblay. Mon patron à l’époque des Jeux, Jean Loiselle, lui-même un expert en relations publiques et en communications, avait retenu les services des meilleurs relationnistes au Québec pour la durée des Jeux, question d’appuyer nos chefs de presse dans les différents lieux de compétition pour faire face aux imprévus ou même aux crises appréhendées. Puisque j’agissais alors comme chef de presse adjoint, je me suis automatiquement retrouvé à tous les endroits « chauds » des Jeux, là où il y avait des problèmes ou des difficultés avec les médias, mais également (et surtout) des compétitions exceptionnelles. Jean Loiselle m’avait donc jumelé avec Pierre Tremblay à cause de son expérience et de sa versatilité. Pierre a passé les Jeux en ma compagnie. Je l’ai entraîné au bassin de natation où chaque compétition a donné lieu à un nouveau record du monde; au Forum où Nadia Comaneci a réécrit le livre de la gymnastique; au Forum encore (plus tard) où nous avons vu boxer les frères Spinks ainsi que l’un des plus grands de l’histoire, Sugar Ray Leonard; au Stade olympique où les Bruce Jenner, Lasse Virén et combien d’autres ont été les rois de l’athlétisme; au Vélodrome où Daniel Morelon et Anton Tkac se sont disputé un sprint d’anthologie; au stade Étienne-Desmarteaux où le grand (et gros) Vasili Alexeiev a fracassé les records du monde d’haltérophilie et combien d’autres endroits encore. Pierre et moi étions devenus « amis à la vie à la mort ».

Quand je suis arrivé à Québec (huit années plus tard), il est venu me saluer au cocktail de bienvenue organisé à mon intention par les dirigeants du Soleil. Par la suite je l’ai croisé à plusieurs reprises lors de mes activités professionnelles. Il a toujours été poli, voire gentil à mon endroit, mais jamais il ne m’a invité au restaurant, ou encore moins chez lui. Je n’étais malheureusement pas un « Québécois pure laine ». Durant mes trois années à Québec, je n’ai eu qu’une seule invitation à prendre le repas dans une maison privée, et cette invitation venait d’un collègue de travail qui était originaire non pas de Québec, mais de Chicoutimi.

J’ai parlé souvent de cette « phobie » des Québécois à l’endroit des non-Québécois. La plupart ont d’abord nié que mon constat reflétait vraiment la réalité… mais quand ils réfléchissaient davantage sur le sujet, surtout lorsque je demandais à des « Québécois pure laine » s’ils avaient déjà invité des « étrangers » à leur domicile, ils étaient tous, sans exception, incapables de se rappeler l’avoir fait même une seule fois. C’est la seule ville que je connaisse au Québec où les gens ont un tel comportement. (J’ai bien d’autres anecdotes à raconter au sujet de Québec et des Québécois; il y aura donc une autre suite à ce texte.)

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Les élections sont passées… profitons-en!

Les élections municipales viennent d’avoir lieu et les nouveaux élus ne seront pas en place avant le début de janvier, ce qui n’empêche pas les membres sortants du Conseil des comtés unis de Prescott-Russell d’approuver une majoration de leur rémunération. Dans une proportion de 15 contre trois, le Conseil adopte une nouvelle rémunération de 4 000 $ pour les membres et 10 000 $ pour le président. Évidemment, la recommandation devra être revue par la Commission de lutte contre l’inflation. Jusque-là, les membres touchaient 99 $ par séance du Conseil (il y en avait 14 par année) et 66 $ par réunion de comité (et ça il y en avait beaucoup). À tout événement, cela équivalait à une hausse de 185 p. cent, pas mal loin du maximum de 8 p. cent que souhaitait la Commission de lutte contre l’inflation. Une autre recommandation qui minait la crédibilité des politiciens. Il en est question dans Le Carillon du 22 décembre 1976.

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La nomination d’un administrateur en chef à Hawkesbury porte déjà ses fruits. Comme on peut le lire dans le journal du 5 janvier 1977, Raymond Lacroix a commencé à restructurer l’organisation en tenant compte des recommandations de la firme Price Waterhouse et Associés. « Ainsi, le secrétaire-trésorier Jean-Baptiste Cuillerier devient greffier et remplira les fonctions prévues par la Loi municipale, tandis que Jean-Jacques Poulin occupera les fonctions de trésorier. »

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Les Hawks, l’équipe de Hawkesbury dans la Ligue centrale junior « A », ne figuraient pas aussi bien que les partisans ne l’auraient souhaité. L’instructeur Jean Payette démissionne et se vide le cœur auprès du rédacteur sportif Yvon Legault : « Certains actionnaires des Hawks de Hawkesbury et certains membres de l’exécutif sont tout simplement incompétents en matière de hockey. » Le jugement ne peut être plus direct. Plusieurs croyaient que les Hawks, à leur première année dans cette ligue de calibre supérieur, avaient une chance de remporter le championnat. Payette croyait plutôt qu’il fallait bâtir une équipe solide. Les attentes étaient beaucoup trop grandes et fallait que ça casse! Payette avait démissionné avant d’être congédié. Payette était le cinquième instructeur a quitté l’équipe en l’espace de deux ans et demi. Legault signe un long texte à cet effet dans le journal du 5 janvier 1977.

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« Je suis loin de toi Mignonne… une comédie sentimentale de Claude Fournier avec Juliette Huot, Denis Drouin et Gilles Renaud » est à l’affiche du Théâtre Laurentien de Grenville. Ce film met en vedette Dominique Michel et Denise Filiatrault « enfin, pour la première fois, réunies au grand écran ». Je ne me souviens pas du tout d’avoir vu ce film, ni à cette époque, ni plus tard. Une grande publicité à cet effet dans le journal du 5 janvier 1977.

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Dehors, M. le maire!

Quelque 3068 votes contre 1495 pour l’adversaire. Ce sont les résultats de l’élection à la mairie de Hawkesbury le 6 décembre 1976 et il en est amplement question dans l’édition du 8 décembre du journal Le Carillon. Laurent Cayen, qui avait été préfet le mandat précédent, est le favori des électeurs, tandis que Philibert Proulx, le maire controversé sortant, se fait remercier par la population. Ce sera finalement la fin de sa carrière politique à Hawkesbury. Le préfet Lucien Berniquez et le sous-préfet Gilles Thériault avaient été élus sans opposition lors de la mise en candidature. Quant aux six postes de conseillers, quatre seraient occupés par des nouveaux : Armand Brunet, Claude Demers, Armand Larocque et Johanne Lapointe, alors que Claude Drouin et Edward Mullin avaient été réélus. Aux deux postes de conseillers au Conseil des écoles catholiques de Prescott-Russell, les deux candidats sortants Yvan Séguin et Doris Malette étaient réélus. J’avais tenté une deuxième fois ma chance pour un de ces deux postes, en n’ayant toutefois aucun espoir de déloger ces deux « vedettes » de la CIP. Je m’en suis sorti quand même avec 1357 votes, deux fois plus que lors de l’élection scolaire de 1972, mais deux fois moins que les deux élus. Je n’avais pas fait campagne; encore une fois, je voulais simplement que les gens choisissent leurs représentants scolaires lors d’une élection. Ma carrière politique n’était pourtant pas terminée; j’y reviendrai.

« Quant au maire défait Philibert Proulx, comme je l’écrivais dans mon éditorial du 8 décembre, la population lui a transmis un message clair: c’est elle ‘le patron’ et c’est pour elle que le Conseil administre la ville. On ne rit pas de la population, on ne la traite par en ‘petit enfant’, on ne tente pas de lui faire gober continuellement toutes sortes d’histoires plus ou moins réelles. Nous croyons que ce ne sont pas des vacances que la population a accordé au maire sortant, mais un billet à sens unique pour un voyage sans retour. »

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Dans cette même édition du 8 décembre, une nouvelle qui confirme ce que tous avaient anticipé depuis longtemps. « La Commission ontarienne du lait a refusé à la compagnie Saputo Cheese Ltd, de Montréal, l’autorisation de construire une fromagerie à Hawkesbury. » Ault Foods, de Winchester, et le député de la circonscription où est située Winchester, Osie Villeneuve, exerçaient tout simplement trop d’influence à Toronto, même si le ministre ontarien de l’Agriculture avait approuvé la demande… avant l’appel d’Ault Foods. Le mutisme d’Albert Bélanger, le député conservateur de Prescott-Russell, avait encore une fois été éloquent. Je m’en souviendrais lors de l’élection provinciale suivante.

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Tiens, c’était inhabituel ça. Le maître de poste de L’Orignal, Gaétan Bertrand, n’apprécie pas du tout que l’Unité sanitaire de l’Est ontarien lui ait fait parvenir une affiche unilingue anglaise pour le bureau de poste. « J’ai eu bien envie de ne pas l’afficher du tout, a déclaré M. Bertrand, mais le service au public doit passer avant les considérations linguistiques. » Il avait ajouté : « Je ne suis pas plus francophone ou plus nationaliste que la moyenne, mais j’aime bien que mes droits soient respectés. » C’était dans l’édition du 8 décembre 1976. C’est que des affiches bilingues de l’Unité sanitaire avaient été publiées ailleurs dans la municipalité.

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Les villes où j’ai vécu : Québec (suite)

Depuis sa naissance, Alain a habité dans une dizaine de villes différentes, dont certaines à plus d’une reprise. Bien sûr, ses souvenirs et ses impressions de chacun de ces endroits où il a vécu sont relatifs à l’âge qu’il avait à l’époque et aux activités auxquelles il s’était livré… ainsi que des souvenirs qu’il en a gardés. Voici donc le treizième article de cette série… qui concerne Québec où il est arrivé en avril 1984 et où il est demeuré trois années… Vous pourrez revoir tous les articles précédents de cette série dans l’onglet « Les villes où j’ai vécu » sous la subdivision « Mes catégories ». Bonne lecture.

par Alain Guilbert

Mon premier contact avec Québec à la mi-avril 1984 aura été plutôt brutal. En effet, quand j’ai quitté Granby en fin de journée le dimanche, il faisait un soleil resplendissant… la neige avait presque totalement fondu… les bourgeons remplissaient les arbres autour de la maison… c’était le printemps. Quand je suis arrivé à Québec en soirée, il faisait froid, les bancs de neige de chaque côté des rues étaient très élevés… c’était l’hiver quoi! Je n’avais apporté qu’un simple manteau de printemps pour ma première semaine puisque je devais retourner à Granby la fin de semaine suivante. Inutile de dire que j’ai eu froid et qu’à mon retour, le dimanche suivant, j’avais changé mon manteau de printemps pour un manteau d’hiver. C’est à ce moment (et les années suivantes également) que j’ai compris que l’hiver à Québec commençait deux à trois semaines plus tôt qu’à Granby et Montréal, et se terminait deux à trois semaines plus tard. Une fois qu’on le sait, on s’ajuste en conséquence.

Sauf pour la météo, mon arrivée à Québec s’est faite relativement en douceur. Bien sûr, les Québécois « détestent » les Montréalais… et n’aiment guère ceux qui viennent de la rive sud du St-Laurent. Il ne s’agit pas d’un préjugé, mais d’une réalité. Ceux (et celles) qui sont nés à Québec le nieront, mais la rumeur veut que ceux dont les grands-parents ne sont pas inhumés dans le cimetière de Sillery ne soient jamais considérés comme de vrais citoyens de la ville de Québec. On tolère ceux (et celles) qui viennent de la rive nord, et plus particulièrement ceux (et celles) qui sont originaires du Saguenay et du Lac St-Jean. Heureusement, je n’arrivais pas de Montréal, mais de Granby… et j’avais beaucoup travaillé dans les Cantons de l’Est… c’était moins mauvais que d’être un Montréalais!

La salle de rédaction du Soleil m’a réservé un accueil plutôt froid, mais correct. Après tout, on se préparait à négocier une nouvelle convention collective et le nouveau rédacteur en chef (à leurs yeux) venait de la « campagne ». Pourrait-il s’adapter à un « grand journal » comme Le Soleil, et à une « grande capitale » comme Québec? Un élément en ma faveur… quelques journalistes avaient déjà travaillé sous ma direction à La Tribune de Sherbrooke… et ils se sont montrés sympathiques à mon endroit. Quant aux dirigeants du Soleil, ils ont été plus que corrects. En effet, quelques jours à peine après mon arrivée, ils avaient organisé une réception de bienvenue au Château Frontenac pour me présenter aux chefs de file de la Capitale. Des représentants de tous les milieux (affaires, universitaires, religieux, politiques, sportifs, communications) étaient sur place pour me souhaiter la bienvenue (et peut-être aussi pour se faire voir du nouveau « patron » au Soleil?).

Quelques semaines après mon arrivée, j’avais rencontré par hasard le « grand patron » de Quebecor, Pierre Péladeau. Lorsqu’on m’a présenté à lui, il m’a simplement dit : « Je constate, monsieur Guilbert, que vous avez changé votre plan de carrière ». J’ai compris que son bras droit, Maurice Custeau, lui avait transmis ma réponse à savoir que « mon plan de carrière ne passait pas par Québec » lorsque j’avais refusé le poste de directeur général du Journal de Québec (voir le texte précédent sur Québec). J’avais apprécié le sens de l’humour de « Monsieur Péladeau », même si je n’ai jamais regretté de ne pas avoir travaillé au sein du groupe Quebecor.

Comme le propriétaire du journal, Jacques Francoeur, me l’avait laissé entendre, il y avait beaucoup de projets dans l’air, et beaucoup de pain sur la planche à mon arrivée au Soleil. Le premier défi consistait à négocier une nouvelle convention collective avec le syndicat considéré comme le plus revendicateur parmi tous les médias du Québec. Aucun des projets du Soleil n’était réalisable sans une entente avec les journalistes, laquelle passait nécessairement par une nouvelle convention collective. Moins d’un mois après mon arrivée, j’ai invité le président du syndicat de l’époque, Georges Angers, à luncher avec moi en tête à tête, question de mieux se connaître. Un lunch qui a duré plus de trois heures, au cours duquel nous avons bu quelques bières, et un lunch qui nous a surtout permis de nous parler franchement et de mettre nos cartes respectives sur la table. Sans aucun doute l’un des lunchs les plus fructueux de ma carrière. Entre autres, Georges et moi avions convenu de toujours nous donner « l’heure juste » sur les enjeux « essentiels » tant pour le syndicat que pour le patronat et de ne jamais nous faire « perdre » la face l’un comme l’autre devant l’exécutif syndical ou devant l’équipe des cadres de la rédaction. En moins de quelques semaines, nous en sommes arrivés à une entente sur une nouvelle convention collective (une entente autant à l’avantage des syndiqués que de la direction), ce qui nous a permis de réaliser la plupart de nos projets. Quelques années plus tôt, en 1978, il avait fallu une grève de 11 mois avant d’en arriver à conclure une convention collective.

L’un des plus importants projets consistait à convertir Le Soleil, un journal d’après-midi depuis toujours (presque 90 ans), en journal du matin, comme l’étaient alors tous les autres quotidiens au Québec. Cela signifiait que la majorité des équipes de typographes et pressiers travailleraient désormais en soirée et durant la nuit (alors qu’ils avaient toujours travaillé tôt le matin et en après-midi). Tout un changement pour plusieurs de ces employés qui comptaient de très nombreuses années de service. Un autre changement consistait à publier une édition du dimanche, ce qui signifiait quelques journalistes supplémentaires ainsi qu’une réorganisation de la semaine de travail où une majorité de journalistes œuvraient du lundi au vendredi et quelques autres du jeudi au dimanche. Même chose pour des typographes et des pressiers qui devaient désormais travailler les fins de semaine. Quant aux cadres, faut-il le dire, ils devaient travailler cinq jours par semaine, quand ce n’était pas six ou sept. Un autre important changement prévoyait que la section des sports serait présentée en format tabloïd plutôt qu’en grand format (broadsheet) comme elle l’avait toujours été. L’idée de base était de constituer un journal distinct consacré aux sports dans un journal grand format consacré à l’information générale (ce que La Presse avait déjà fait quelques années plus tôt).

Comme nous étions à l’aube de l’été « Mer et monde » à Québec, l’été des Grands voiliers, nous avions proposé de créer une section tabloïd pour les événements reliés à cette célébration « grandiose » qui devait durer tout l’été… question de nous pratiquer à réaliser un format tabloïd quotidiennement… et à transformer ce supplément quotidien de l’été 1984 en section sportive à compter de septembre de cette même année. Personne n’avait prévu que cet été « Mer et monde » serait le fiasco qu’il a été. Disons que bien souvent durant cet été « Mer et personne » à Québec, il a quasiment fallu accomplir des miracles pour remplir un cahier de 24 pages format tabloïd tous les jours.

Il y avait enfin un autre très grand défi à relever au Soleil cet être-là, celui d’informatiser la salle de rédaction. Ceux et celles qui lisent régulièrement mes textes dans la série « Les villes où j’ai vécu… » savent déjà que j’ai dirigé l’informatisation de la salle de rédaction de La Tribune à Sherbrooke, la première salle de rédaction d’un quotidien de langue française au Québec à relever ce défi. Par la suite, j’ai eu l’occasion d’informatiser la salle de rédaction de La Voix de l’Est à Granby, un défi un peu particulier parce que l’ordinateur principal de cette opération était situé à Sherbrooke (La Tribune). Il s’agissait de la première informatisation « à distance » d’un quotidien en Amérique du Nord. Quant au Soleil, il constituait une sorte de « dinosaure » en ce sens qu’à mon arrivée il était le seul quotidien au Québec à ne pas être informatisé. Nombreux étaient les journalistes qui étaient effrayés de faire ce saut dans le monde moderne… ce qui fut finalement fait sans trop de heurts et en consacrant des milliers d’heures à rassurer ceux et celles qui craignaient que tous les malheurs du monde ne s’abattent sur leurs têtes.

C’est donc dire qu’à l’automne 1984, environ cinq mois après ma nomination à Québec, de nombreux obstacles avaient été franchis et tout semblait se dérouler relativement bien… jusqu’au jour où le président du syndicat, Georges Angers, celui avec qui nous avions négocié la mise en place de ces nombreux changements, décidait de quitter son poste et de réintégrer la salle de rédaction à titre de simple journaliste. À cause des relations privilégiées que nous avions établies, cela fut tout un choc pour moi. D’autant plus que le syndicat décida à ce moment d’élire un nouvel exécutif qui soit à la fois féminin et féministe. Quand j’avais accepté de diriger la salle de rédaction du Soleil, j’avais prévu qu’après la période initiale de tous les changements je devrais consacrer à peu près 10 p. cent de mon temps à la gestion de la salle de rédaction, 10 p. cent aux relations du travail et 80 p. cent au contenu éditorial et rédactionnel. Mais dans les faits, ce n’est absolument pas ce qui s’est passé… avec le nouvel exécutif syndical en place, j’ai plutôt consacré, en 1985 et 1986, 80 p. cent de mon temps aux relations du travail, 10 p. cent à la gestion de la rédaction et 10 p. cent à peine au contenu éditorial et rédactionnel. Le moins que je puisse dire, c’est que cette situation ne me rendait pas très heureux.

Et quand au début de l’année 1987, Jacques Francoeur a dépêché son bras droit Jean-Guy Faucher à Québec pour m’annoncer qu’il venait de nommer Gilbert Lacasse à la présidence du Droit à Ottawa (au moment où Robert Bélanger venait d’annoncer sa retraite et que je m’attendais à ce qu’on m’offre son poste comme promis au moment d’accepter la direction de la rédaction du Soleil), je me suis senti comme un peu abandonné. (Incidemment, le choix de Gilbert Lacasse, qui était au Droit depuis longtemps, constituait une excellente décision.) Je me souviens que ce même jour j’avais convoqué mon adjoint administratif, Berthold Landry, à mon bureau et que je lui avais annoncé bien confidentiellement « qu’à compter d’aujourd’hui, je me sens comme un agent entièrement libre ». Mon adjoint m’a pressé de questions, mais j’ai refusé de lui en dévoiler davantage. Ce jour-là, je savais que je quitterais bientôt Le Soleil… et quand quelques semaines plus tard ma décision de rejoindre mes amis du Groupe Everest (à Montréal) a été rendue publique, j’ai dit à Berthold Landry : « Tu comprends maintenant ce que je voulais te dire l’autre jour quand je t’ai dit que j’étais désormais agent libre ». Et le même jour, Jean-Guy Faucher m’a appelé de Montréal pour me dire « qu’il n’était pas surpris de ma décision » et « qu’il l’avait prévue dès le moment où il m’avait annoncé que je n’aurais pas le poste de président et éditeur du Droit ».

Dans un prochain texte, je raconterai quelques anecdotes survenues durant mon séjour à Québec.