Les élections sont la conversation

En novembre 1965, les différentes éditions du journal Le Carillon traitaient beaucoup à la fois des élections fédérales et des élections municipales, qui étaient très rapprochées l’une de l’autre. Les partis politiques ne tenaient pas compte de telles considérations. Aujourd’hui, les citoyens détesteraient être convoqués aux urnes à deux ou trois semaines d’intervalle.

Ainsi, dans Le Carillon du 4 novembre 1965, une pleine page de publicité électorale du député libéral sortant Viateur Ethier. Ce dernier rappelait aux électeurs qu’il avait obtenu la construction de bureaux de poste à Apple Hill, Martintown et Lancaster, dans Glengarry, au coût total de 51 000 $. Il précisait aussi que deux autres sont en construction à St_Eugène et L’Orignal, dans Prescott, cette fois pour une dépense totale de 32 000 $. Comme je le mentionnais dans un billet précédent, « acheter » des votes par la construction de bureaux de poste (et de quais fédéraux) était un exercice courant. Les électeurs mordaient apparemment à l’hameçon; il y a des bureaux de poste partout. Il faut ajouter que Postes Canada était un ministère et non pas une société d’État. Il faut dire qu’à l’époque, on ne parlait pas d’économie difficile et de la nécessité de réduire les dépenses gouvernementales. Autre temps!

Dans l’édition de la semaine suivante, celle du 11 novembre, le journal rapporte que Viateur Ethier (maître boulanger, comme le bulletin de vote le précisait à l’époque) a été réélu député de Glengarry-Prescott. Le comté de Russell était alors une circonscription distincte. Ethier remporte 10 244 votes, en comparaison à 6 510 pour le candidat Progressiste-Conservateur Albert Cadieux. Raymond Berthiaume, du Ralliement créditiste, récolte 1 203 votes et Wilfrid Latreille, du NPD, 1 165 votes. Le député libéral sortant de Russell, Paul Tardif, est lui aussi réélu avec une forte majorité. Fait intéressant, le Ralliement créditiste est identifié dans Wikipédia comme un parti qui défendait les intérêts du Québec; un peu comme un candidat du Bloc québécois qui se présenterait dans Glengarry-Prescott-Russell en 2011.

* * *

Pendant ce temps, du côté municipal…

Dans l’édition du 25 novembre 1965, un encadré souligne que le local 28 du syndicat des employés de l’usine CIP (Canadian International Paper) de Hawkesbury appuie son ancien président, Rhéal Rouleau, lors des prochaines élections municipales. Celui-ci est l’un des candidats sous la bannière de la Ligue de réveil civique (relire billet du 8 mars). C’est la première fois que le local syndical intervient dans une campagne municipale. Fait à noter, l’ancien conseiller démissionnaire Denis Guilbault (l’affaire Giroux du billet du 14 mars) porte la même bannière. Les autres candidats de la Ligue au Conseil sont Lomer Carrière, Yvon Bertrand, Germain Tessier et Rhéal Rouleau; à la commission scolaire, Maurice Laurin, Edward Mullin et Henri Larocque. Le journal appuie abondamment la Ligue dans ses articles et ses chroniques, en plus de sa page éditoriale.

Donc, il ne faut pas se surprendre que la grande manchette de l’édition du 9 décembre 1965 crie littéralement, en grosses majuscules rouges, que « Ca vraiment changé » (sic), en référence au slogan « Faut que ça change » de la Ligue du réveil civique. La Ligue avait fait élire tous ses candidats, sauf Guilbault. Rhéal Rouleau, l’ex-président syndical, récolte le plus grand nombre d’appuis. (À l’époque, c’est le bassin d’employés de la CIP qui contrôlait littéralement les résultats politiques.) Le conseiller défait Albert Giroux, au dernier rang, déclare que quelqu’un « payera cher ces accusations », allusion bien sûr à l’affaire de ses terrains et des matériaux qui y avaient été déposés par la firme qui réalisait les travaux de reconstruction de rues.

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Imaginez ceci aujourd’hui…

Dans l’édition du 2 décembre, l’ingénieur municipal Ghislain Séguin publie une grande annonce publicitaire dans laquelle il reproche au conseiller municipal Philibert Proulx de l’avoir attaqué injustement le soir des mises en candidatures officielles. M. Séguin rétorque avec ses propres attaques, notamment avec le fait que M. Proulx « a déjà payé ses taxes aux écoles publiques au lieu de toujours supporter les écoles séparées de notre ville ». (Cette question d’appui aux écoles séparées était importante parce que les conseils scolaires des écoles catholiques séparées n’obtenaient leur financement que par la portion des taxes scolaires que les citoyens versaient.) Dans son annonce, M. Séguin signale également que le conseiller Proulx avait lui aussi voté avec ses collègues une résolution unanime félicitant l’ingénieur Séguin « pour le beau travail accompli pour la construction des rues durant 1965 ». Il posait brutalement la question : « Est-ce que Philibert Proulx est un ‘mange-canayen français’…? ». Proulx a sûrement été le politicien municipal le plus controversé de Hawkesbury. Je reviendrai souvent sur ses « exploits ».

3 réflexions sur “Les élections sont la conversation

  1. Dans le passé, on achetait des votes avec l’ouverture de bureaux de poste. Aujourd’hui, on les achète avec des enveloppes brunes. Un « mange-canayen français », un canadianisme que je n’avais jamais entendu ! J’espère que cette expression est incluse dans le « dictionnaire des canadianismes ». Sinon, faudrait la rajouter. Est-ce que Philibert Proulx était notaire ? J’essaye de me rappeler. J’étais encore enfant en 1965.

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