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La vie et ses saisons

L’analogie des saisons de la vie a été reprise par de nombreux auteurs.
Voici la version de ma mère en mai 1986.

Où est allé le joyeux temps
De mon enfance où j’ai vécu
Dans une maison pleine d’enfants
Mais bien loin des bruits de la rue?
Notre jeunesse, c’est le printemps,
Et pour admirer tout le nouveau
Il faut ouvrir les yeux tout grand
Car c’est si court, mais c’est si beau.

Puis, c’est l’été et ses orages,
La vie nous file entre les doigts,
On tourne alors une autre page
Vers l’avenir on va tout droit.
Les enfants nous tiennent occupés
C’est le travail, c’est la moisson,
On ne voit plus le temps passer,
Des grands bonheurs c’est la saison.

Déjà l’automne, les feuilles se dorent
Et vers le sud vont les oiseaux.
On fait partie de l’âge d’or
C’est pour mieux oublier nos maux.
On regarde nos petits-enfants
Comme des fruits fraîchement cueillis
Et l’on croit voir pour un instant
Un petit coin du Paradis.

Un beau matin on s’aperçoit
Que c’est l’hiver et ses frimas,
Le ciel est gris, le vent est froid
C’est le temps de prier tout bas.
Faut que cette dernière saison
Soit remplir de moments joyeux
Pour que partout avec raison
On y voit que des gens heureux.

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Est-il « nouveau » ou désuet?

par Alain Guilbert

Mon texte sur les vins, particulièrement sur les étapes de mon apprentissage de ce divin liquide, a suscité quelques commentaires sur le blogue et quelques autres qui m’ont été personnellement dirigés.

Bien sûr, je ne me suis pas limité aux quelques vins mentionnés dans le texte pour en arriver à mieux les connaître et à mieux les apprécier. Pour limiter la longueur du texte, j’ai mentionné des vins qui, dans ma perception des choses, avaient marqué des étapes dans ma progression vers une meilleure qualité.

Comme l’a souligné ma fille, il y a bien sûr eu une époque où la Cuvée des Patriotes était à l’honneur. C’était sans doute un geste « nationaliste », mais un vin bien mineur. Et comme l’a souligné Jean-Maurice, il y a eu aussi le Pisse Dru. C’était la découverte du Beaujolais et de sa tonne de vins de piètre qualité.

Après un certain temps, j’ai appris qu’il n’y avait que 10 crus acceptables provenant du Beaujolais, et qu’un seul portait le nom de « beaujolais », soit le Beaujolais Villages, les autres étant le Brouilly, le Côte de Brouilly, le Morgon, le Moulin-à-vent (sans doute le meilleur de tous les Beaujolais), le Juliénas, le Chénas, le Chiroubles, le St-Amour et le Régnié. La plupart de ces vins, sauf peut-être le Moulin-à-vent, ne peuvent être conservés longtemps : idéalement, pas plus de deux ans.

Je ne peux évidemment parler des vins du Beaujolais sans souligner un phénomène longtemps populaire, celui du Beaujolais « nouveau »… un simple jus de raisin alcoolisé, mis en bouteille à peine quelques semaines après la récolte du raisin, une opération marketing efficace qui aura permis pendant des années aux producteurs de cette région secondaire de la Bourgogne d’empocher des millions de dollars pour un produit qui ne les valait vraiment pas.

Pendant de nombreuses années, l’arrivée du Beaujolais « nouveau » était une véritable fête, au Québec comme dans beaucoup de pays, et les bouteilles s’envolaient comme des petits pains chauds. Non seulement on en trouvait sur les tables familiales, mais également dans la plupart des restaurants. Ceux et celles qui en buvaient plus de deux ou trois verres en étaient quittes pour de sévères maux de tête le lendemain matin.

Le Beaujolais « nouveau » coûtait beaucoup trop cher. Une partie importante de ce prix « gonflé artificiellement » venait du fait que les caisses de vin étaient transportées de France au Canada par avion, de façon à ce que le produit devienne disponible le même jour de la mi-novembre partout dans le monde.

Une certaine année, le président de la SAQ de l’époque, Alain Cousineau (aujourd’hui président de Loto-Québec), avait menacé les Français de boycotter le Beaujolais « nouveau » s’il n’était pas transporté par bateau. À défaut de quoi la SAQ ne mettrait en vente dans ses succursales que du Vino « Novello » (l’équivalent italien du Beaujolais « nouveau »). Les Français n’ont probablement pas cru que la SAQ mettrait sa menace à exécution et ils ont refusé d’expédier leur vin « nouveau » par mer, ce qui aurait permis d’en réduire le prix de vente. Et cette année-là, les Québécois n’ont eu que du Vino « Novello » à se mettre sous la dent (ou dans le gosier!)… Ce fut le début de la fin pour le Beaujolais « nouveau ».

Aujourd’hui, on n’entend à peu près plus parler de ce produit qui pendant longtemps garnissait notre univers vinicole. Je me demande même si la SAQ en fait encore la mise en marché à la mi-novembre. Et le Beaujolais « nouveau » ne manque probablement à personne, surtout pas à moi. Comme d’autres vins, il aura fait partie de mon apprentissage.

P.-S. Quelqu’un m’a souligné que le Manoir St-David, dont j’ai parlé dans un texte précédent, était considéré comme vin de messe. C’est exact. Et nombreux sont les « servants de messe » qui, comme moi, une fois la messe dite et pendant que l’officiant se débarrassait de ses vêtements sacerdotaux, vidaient en cachette ce qui restait dans la burette de vin (la partie qui n’avait pas été transformée en sang du Christ!). C’est comme cela que nous avons commencé à boire du vin… et nous aimions particulièrement les curés qui versaient dans leur calice à peine quelques gouttes provenant de la burette!

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Carnets de voyage : France – 1 au 16 octobre 1999

Sixième et dernière partie : 14, 15 et 16 octobre.

14 octobre — Retour à Paris comme des professionnels : direction Porte de St-Cloud, Tour Eiffel et avenue de La Bourdonnais. Stationnement en double devant l’hôtel, comme le veut la coutume parisienne. À l’hôtel, on nous reconnaît en entrant, avec le sourire. On nous assigne la chambre 212, sûrement trois fois la dimension de la 413 que nous avions eue au début des vacances. Superbe chambre cette fois, avec un mobilier antique et romantique. (J’utilise le pupitre pour écrire les impressions du jour.) – Reste de la journée plutôt calme… volontairement. Nous nous promenons rue Saint-Dominique, entre la Motte-Piquet et de La Bourdonnais. Rue remplie de boutiques originales, de bouchers, de poissonniers, de chocolatiers, de stands de fruits et légumes, et ainsi de suite. Sans oublier tous les beaux logements du VIIe arrondissement, le quartier des diplomates. Ça paraît. (Selon les affiches chez les agents de location, plusieurs des appartements se louent dans les 8000 francs et plus par mois. La plupart se vendent un million de francs et plus. – Nous continuons ensuite au Champ de Mars, où nous croquons une pomme, sur un banc du parc, en admirant la Tour. Le soir, dîner au restaurant Le Champ de Mars, à cinq minutes de l’hôtel, suivi d’une courte marche d’une minute pour admirer la Tour toute illuminée. Nous regardons la montre en pensant à notre ami de Hawkesbury qui est en train de subir ses pontages. Dans l’après-midi, en train de savourer une pâtisserie et un capuccino, nous observons des jeunes enfants qui reviennent de l’école, avec leurs parents, et qui arrêtent à la pâtisserie pour une collation à rapporter à la maison.

15 octobre — Dernière journée complète en sol français et parisien. Beau soleil toute la journée. Le personnel de l’hôtel note l’heure où il faudra réserver le taxi pour demain matin (10 h 45) pour pouvoir faire les 45 minutes vers l’aéroport Charles-de-Gaulle et être là trois heures avant le départ de 14 h 30, tel que recommandé par Air Transat. Les menaces de la démonstration contre les 35 heures, prévue pour demain, n’inquiètent pas le personnel de l’hôtel. – Nous nous dirigeons ensuite vers les Galeries Lafayette, en passant par le Pont Alexandre, la Place de la Concorde, les Jardins des Tuileries, la Place Vendôme, l’église polonaise Notre-Dame-de-L’Assomption. En revenant, arrêt à cet autre moment qu’est l’église de la Madeleine. – Dans les réflexions d’hier, j’ai oublié notre rencontre avec trois Québécoises (deux de Montréal et une du coin d’Asbestos), qui retournaient au Canada dimanche, après avoir passé un mois à faire le tour de la France. (C’est ça la « bonne » retraite!) Une semble la mère de l’autre et est sûrement une « jeune » septuagénaire. Peu de télévision en voyage, ce qui ne nous a pas empêchés d’« adopter » Kadox, Bigdil et Le Flic de Shanghai. Finis les chèques de voyage. Service inutile à l’ère de la carte.

16 octobre — Journée de retour au Canada. Nous aurions préféré rester un peu plus longtemps… Mais il faut partir pour revenir! – Longue attente à Charles-de-Gaulle. Nous partons à l’heure prévue (14 h 30) sur le vol TF 583. En prenant nos sièges et en débarquant à Mirabel, nous décidons que dorénavant, nos voyages outre-mer ne se feront qu’en première classe. Le coût additionnel en vaut la chandelle. – En route, le passager à côté de Louise nous prête des écouteurs pour que l’on puisse regarder « Wild Wild West » (version épurée pour l’avion). Nous avions oublié les nôtres dans les valises. Seul hic, il a décidé d’enlever ses chaussures en cours de vol! – À Québec à l’heure prévue, mais nous repartons quarante minutes plus tôt. Ce qui fait que nous atterrissons à Mirabel à 16 h 30 au lieu de 17 h 20. Heureusement, Jean-François nous y attendait déjà. Nous franchissons facilement les douanes et prenons nos bagages. – Tout est bien qui finit bien.

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Portraits d’objets : opus 7

Voici le dernier des portraits que j’avais écrits à l’époque. Je l’ai pondu en août 1997 et je ne me souviens plus du tout de quel voyage il s’agissait.

Plus vous la regardez plus elle vous fascine. Tout autour d’elle n’est que courbes. Elle vous relaxe. Elle vous transporte. Elle vous fait rêver. Elle vous fait oublier. Elle amplifie le moindre son qui lui parvient. Elle va et vient. Elle efface. Elle laisse sa signature. Elle vous déplace.

On peut passer des heures à la regarder. Dans un va-et-vient perpétuel, bruyante, à la fois douce et violente. Quand elle vous frôle, elle vous caresse. Elle ne peut passer inaperçue. À son paroxysme, elle est toute écume. Elle vous apporte sensation sur sensation. Tout autour de vous, il est clair qu’elle exerce chez vos voisins la même fascination, la même influence, la même satisfaction.

Je la regarde depuis quelques heures déjà. Elle gronde. Elle murmure. Autour d’elle, les gens bougent, sautillent, s’allongent, creusent, grignotent, lisent, dorment, goûtent les rayons du soleil et l’air frais. Des oiseaux la survolent, cherchant je ne sais quoi. Elle se calme et revient grondante.

Le sol qu’elle caresse frémit sous son va-et-vient. Le sol est plein de courbes. Le sol se creuse ou se gonfle. Le sol se moule à ses gestes. Le sol prend diverses formes. Vous avez beau lui infliger votre marque, cette marque n’y résiste pas longtemps.

Des enfants se jettent à l’aveuglette sur elle. Ces enfants lui accordent une confiance à la fois sans borne et prudente. Car si elle peut être douce et caressante, elle peut aussi être violente et mortelle. C’est comme ça qu’elle existe. Imprévisible. Foudroyante. Calme. Déchaînée.

Elle exerce sur nous des effets variés. On la goûte, mais pas longtemps. Si la sensation qu’elle laisse sur notre peau est douce, celle qu’elle laisse dans notre bouche est amère. On la rejette aussitôt tellement on ne peut la supporter. C’est comme ça qu’elle existe.

Dans mon petit patelin, là où je travaille, elle n’existe pas. Dans mon petit patelin, il faut aller loin pour la voir, l’admirer, la savourer, en profiter au maximum. Il lui faut de grands espaces. Il lui faut l’infini. Quand on regarde d’où elle peut bien venir, on ne peut le déterminer. Un mystère. Elle nous arrive, bien sûr, mais d’où exactement elle seule le sait.

De toute façon, je ne sais pas si je veux réellement savoir. L’horizon se perd, mystérieuse, si éloignée. L’horizon qui nous l’amène et qui nous la fait apprécier. J’ai passé des heures à regarder cette vague de l’océan.

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Souvenirs d’antan

Ma mère a écrit ce poème le 25 février 1985. Elle a pris la peine d’ajouter qu’elle a connu ce qu’elle y raconte. Je n’en doute pas un instant, bien que je n’étais pas né à cette époque.

J’ai dormi la nuit sur une paillasse
Sentant bon les champs au temps des moissons,
Ce sont des souv’nirs que plus rien n’efface,
Qui nous charment un peu comme une chanson.

J’ai appris comment on doit traire les vaches,
Comment on sépare le lait de la crème,
Pour nous préparer la bonne « crème à glace »,
Et puis faire du beurre que tout le monde aime.

J’ai su travailler sans avoir d’évier,
Fallait des seaux d’eau et un bol à mains,
Des grandes cuvettes, une planche à laver
Et puis commencer plus tôt le matin.

J’ai connu le temps de la lampe à l’huile
Qui fait sur les murs d’étranges dessins,
Le bon poêle à bois, les planches sans tuiles,
Les chaises empaillées et l’armoire en pin.

J’ai connu les soirs sans « télévision »
Pas beaucoup de choses à faire pour nous amuser,
Rien qu’un vieux piano et « La Bonne Chanson »
Puis jouer aux cartes et tâcher d’gagner.

J’ai connu les jours de la Dépression,
On devait apprendre à se débrouiller,
L’argent était rare, pas la religion,
Et c’est peut-être ça, qui nous a sauvés.

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Carnets de voyage : France – 1 au 16 octobre 1999

Cinquième partie : 12 et 13 octobre

12 octobre — Il fait toujours 21 degrés Celsius en quittant Bordeaux. Nous sortons de la ville comme des pros, sans hésitation, direction Libourne. Pourquoi? Parce que l’hôtesse à la Maison du Vin, la veille, nous avait fortement suggéré de quitter un peu la route et de visiter Saint-Émilion. – Nous y resterons finalement trois heures. Nous aurions pu y rester trois jours ou trois semaines. Un vieux village, sur une côte, qui remonte au Moyen-âge et qui produit le fameux vin Saint-Émilion, surtout des grands crus. Nous nous émerveillons à chaque dix pas. J’arrête de prendre des photos parce qu’il me faudrait des dizaines de films. Nous passons devant le Château La Gaffelière de qui nous avions acheté une bouteille la veille. En haut, à côté de la tour de l’église médiévale, nous apercevons l’Hostellerie de Plaisance, classée quatre étoiles, où nous aimerions passer une semaine dans un autre voyage éventuel. – Dans une boutique près du « Lavoir du village », nous nous faisons poster quelques cadeaux, pour nous et les enfants. Le proprio nous raconte qu’il prévoit mettre un catalogue sur Internet vers décembre. Son fils s’occupe de monter un site. Nous prévoyons nous lancer dans la collection de ses superbes carafes et autres bidules liés au vin, dont une pipe à cognac en cristal! Nous déjeunons au Logis de la Gadène, dans un coin vers le milieu d’un escalier en pierres et très à pic. Descendre cet escalier est une expérience en soi. L’endroit est enchanteur et la nourriture fantastique. – Ce que nous mangeons. Louise commence par une salade aux lardons et aux noix, suivie d’une darne de saumon grillée et d’une gratinée aux fraises. La réaction de Louise à son dessert, à la première bouchée… « Orgasmique »!!! Je commence par une terrine de foies de volaille aux poivres, suivie d’une daube de joues de bœuf et pour dessert, une crème brûlée (Laurier sur Montcalm a de la forte concurrence.) Pour accompagner tout ça, une demi-bouteille de Château Godeau 1993, Saint-Émilion grand cru. – Nous avions quitté Bordeaux à 11 heures et nous étions à moins d’une heure. Quand nous nous sommes forcés à quitter Saint-Émilion, il était déjà 15 heures et nous avions encore six heures de route pour Orléans. Nous roulons à pas d’escargots dans une centaine de petits villages, direction Limoges. À l’approche de Limoges, nous constatons que nous avions assez vu de vieux châteaux et de vieilles églises et qu’il fallait rouler si nous voulions nous rendre à Orléans à une heure raisonnable. La A-20 nous y a conduits à 21 heures. (Nous avons trop bien déjeuné. Nous nous passons de dîner.) Sur la A-71, nous passons à côté d’un accident typique des autoroutes françaises… collision de plusieurs véhicules, etc. – À Saint-Émilion, une boutique du nom de La Grotte à Louise (photo obligatoire) et un restaurant Dominique (autre photo obligatoire). Sur la route, le Château Lalande de Pomerol, la commune de Lamarche, le restaurant Gabbilou. Nous avons traversé un coin du Périgord et ses fameux foies gras. – Nous avons traversé la forêt du Limousin et les monts d’Ambazac. Nous ne savions pas que notre itinéraire nous conduirait dans une région qui ressemble à nos Laurentides… moins les centres de ski et le développement résidentiel. La forêt semble protégée. Il faudra que je vérifie. (Note du blogueur : Il s’agit de la Forêt d’Epagne et elle est protégée.)

13 octobre — Pour la première fois depuis Paris, nous avons besoin de nos manteaux. Il ne fait que 13 degrés Celsius. Première direction : le Château de La Ferlé-St-Aubin. Très vieillot, mais intéressant. La guide nous donne toutes sortes de petites histoires : les fraises-collets, les ustensiles à la française, le rituel du rince-bouche, les fillettes de sept ans attachées à leurs chaises de travail alors qu’elles brodent de la dentelle fine, le fait de dormi assis pour ne pas avaler sa langue ou pour mieux digérer ou pour éviter que la mort ne prenne le dormeur pas les pieds. – Il manque une fourchette sur l’énorme table de la salle à dîner. Notre guide en conclut que ce soit être quelqu’un du groupe de personnes âgées la veille, qui avait également fauché de la marchandise à la boutique. Aux cuisines, une dame nous prépare des madeleines au miel. Louise achète la recette. – Deuxième destination : le célèbre Château de Chambord, le plus important château de la Loire, dont le début de la construction remonte à Louise XIV. Une merveille architecturale à voir absolument. Nous en apprenons plus des guides du premier et au troisième château. Nous déjeunons au restaurant de l’Hôtel du Grand St-Michel, situé en face du Château de Chambord. Au menu, Louise prend une salade beauceronne et moi, une terrine de campagne maison. Les deux nous prenons ensuite la fricassée de coquelets aux pleurotes. Le tout arrosé d’un Pouilly Fumé 97. Chambord : il faut le voir pour le croire. On comprend, comme à Versailles, pourquoi les Français ont senti le besoin de se révolter. – Troisième destination : le Château de Villesavin, pas trop loin de Chambord et de Cheverny (où nous n’avons pas le temps de nous rendre). Villesavin est un château très vieux, encore habité. Ses châtelains restaurent depuis quarante ans. Le guide est charmant et intéressant. Un de ceux qui préfèrent de vieux pas trop restaurés et qui font trop XXe siècle. Il préfère le cachet Renaissance du château de ses patrons. À Villesavin, une aile réservée à un musée de l’hippomobile et une autre aux anciennes voiturettes d’enfants. Très intéressant et instructif. Le guide nous montre le colombier du château, où on « élevait » jusqu’à 3000 colombes à manger, lorsque c’était permis. Le château a également sept chevaux représentant chacune des espèces chevalines françaises menacées. Villesavin est aussi une orangeraie. Il faudrait passer plusieurs semaines pour visiter tous les châteaux, chacun aussi intéressant que le prochain.

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« Le bon vin réjouit le cœur de l’homme. » (Proverbe latin)

par Alain Guilbert

J’aime le vin… Je ne sais pas pourquoi je me suis attaché à ce divin breuvage parce qu’il n’y avait pas d’alcool à la maison quand j’étais enfant. Mon père est décédé à l’aube de mes 4 ans, tandis que ma mère a dégusté ses premières bières après avoir franchi le cap des 50 ans.

Quand j’ai goûté du vin pour la première fois de ma vie, je devais avoir 14 ou 15 ans. J’étais encore étudiant (pensionnaire) au Séminaire de St-Hyacinthe. Pendant les vacances d’été, avec des amis, nous avions acheté une bouteille de Manoir St-David, qui se vendait alors 78 cents (oui, oui, vous avez bien lu… 0,78 $) à la Commission des liqueurs (comme la SAQ s’appelait à l’époque). Les magasins de la Commission des liqueurs ressemblaient à des banques. Il y avait un comptoir avec des grillages… et il fallait demander ce qu’on voulait au commis qui se tenait derrière le grillage. Si le produit demandé n’était pas disponible, c’est le commis qui nous proposait autre chose. On ne pouvait savoir ce qui était disponible ou pas derrière le grillage.

Inutile de vous dire que le Manoir St-David, un vin plutôt liquoreux, n’était pas très bon à boire. Mais c’est avec cela que nous avons déclenché nos premiers « feelings » d’alcool.

Quand je suis arrivé à l’Université de Sherbrooke, j’ai découvert les « partys » de bière entre étudiants. Nous achetions un baril de « draught » et nous arrêtions de boire quand il était vide. C’était le bon temps!!!

Mais il y avait aussi du vin… C’est beaucoup plus tard que j’ai découvert que de nombreux membres de ma génération avaient fait le même genre d’apprentissage en évoluant à travers les mêmes vins que moi.

Au début, nous achetions du Ben Afnam, un vin « supposément » algérien qui se vendait en cruches d’un gallon, un vin qui donnait vraiment mal à la tête si on en absorbait plus de deux verres. (Des années plus tard, un ami ingénieur qui s’était rendu en Algérie pour y réaliser des travaux, et qui avait lui aussi bu du Ben Afnam lorsqu’il était plus jeune, avait pris le temps de s’informer sur l’origine de ce vin pour découvrir qu’il n’avait jamais existé, qu’il s’agissait sans doute d’une sorte de mélange trafiqué plus ou moins légalement avec un arrière-goût de pétrole.) L’autre vin très populaire à cette époque était le Mateus rosé, tout simplement imbuvable. Après l’avoir essayé à une ou deux reprises, je n’y ai plus jamais touché.

Puis, comme mes amis, j’ai gravi un échelon ou deux dans la gamme de dégustation. Du côté des blancs, nous achetions du Liebfraumaulch ou du Black Tower, deux vins allemands aussi sucrés l’un que l’autre, tandis que du côté des rouges, c’était le Chianti, celui vendu dans des bouteilles recouvertes de paille, bouteilles qu’on retrouvait dans toutes les chambres où les logements d’étudiants, de même que dans toutes les boîtes à chansons de l’époque, parce qu’on insérait des chandelles dans le goulot et que la cire fondante s’accumulait sur l’enveloppe de paille.

Quand on a eu assez de boire du vin blanc trop sucré, on est passé au Clos St-Odile, qui, lui, faisait définitivement partie des vins blancs secs. Du côté des rouges, nous avons « gradué » au Mouton Cadet, un vin pas trop cher et sans doute le meilleur que nous n’avions jamais bu, et aussi à la fiole du pape, un Châteauneuf du pape bas de gamme vendu dans une bouteille déformée et givrée. Au moins, dans les deux cas, et sans doute pour la première fois de ma vie, il s’agissait de vrai vin.

Plus tard, quand j’ai œuvré au Comité organisateur des Jeux Olympiques (Cojo) de Montréal 76, nous avons dû installer notre centre de presse principal à la toute nouvelle Place Desjardins, face à la Place des Arts. Ce centre de presse aurait dû normalement se trouver dans la tour du Stade Olympique, mais comme tout le monde le sait, la tour n’existait pas encore au moment des Jeux Olympiques. Il y avait un excellent restaurant à l’intérieur de la Place Desjardins qui s’appelait Le Grilladin. Et le grand patron des Communications, Jean Loiselle, un fin connaisseur de vins, avait fait mettre de côté exclusivement pour nous (les directeurs du service des Communications) une immense réserve de Château La Garde, le meilleur vin que je n’avais jamais bu de toute ma vie. Et Dieu sait combien nous en avons bu de bouteilles entre le début de mars et la fin d’août 76!!!!

C’est à partir de ce moment que je me suis vraiment intéressé aux vins. Des cours de dégustation, que j’avais d’ailleurs suivi en compagnie de mon regretté ami Claude Masson, des guides, des livres, des encyclopédies ont tous contribué à mon éducation. La rencontre de Denis Marsan, sans doute le plus grand connaisseur de vins de toute l’actuelle Société des alcools, a aussi été déterminante dans l’évolution de ma connaissance des vins. Au moment où j’ai commencé à meubler un cellier dans les années 80, c’est lui qui me conseillait sur les vins à acheter, sur leurs caractéristiques, sur leur temps de garde, etc.

Aujourd’hui, je ne me prétends pas un expert, mais je possède une relativement bonne connaissance des vins, particulièrement de ceux provenant de la France, et aussi d’autres pays comme l’Italie, le Canada (où on trouve de très bons vins, si on cherche un peu) et les États-Unis. Certains amis me demandent parfois conseil en cette matière, et il me fait toujours plaisir de les renseigner du mieux que je peux. Heureusement, le temps du Manoir St-David, du Ben Afnam et du Black Tower est bien loin derrière moi… mais il s’agissait possiblement d’un apprentissage incontournable pour me permettre d’évoluer au cours des années. Je suis certain que plusieurs des amis de ma génération se reconnaîtront dans ces différentes étapes.

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Carnets de voyage : France – 1 au 16 octobre 1999

Quatrième partie : 10 et 11 octobre.

10 octobre — Il fait plus 22 degrés Celsius à Bordeaux. Une journée d’été… plutôt difficile à croire. Les terrasses (les quelques-unes qui sont ouvertes).Il fait très chaud en marchant. Bordeaux, le dimanche, c’est plutôt endormi. Tout est fermé ou presque. Nous avons quand même vu de beaux coins. Depuis hier, nous notons que les sirènes de police sont fréquentes. En sortant de la cathédrale Saint-André, nous avons vu les camions des sapeurs-pompiers devant l’hôtel de ville, en face. – Notre hôtel est à deux coins de la cathédrale, église titulaire du cardinal de Bordeaux. Y sont enterrés entre autres, le cardinal Lecôt et le cardinal Guilbert. (Note du blogueur : La famille voisine de ma femme à Hawkesbury, celle du chef de police de l’époque, était une Lecôt; mon vice-président à Postes Canada, à l’époque du voyage, était un Guilbert… celui-là qui est maintenant mon contributeur invité.) Nous assistons à la messe, surtout pour écouter les grands orgues. Deux messes en moins d’une semaine. (Ce vin a un drôle d’effet.) – Quelques calculs mentaux : j’ai l’impression qu’on peut placer à l’intérieur de cette énorme cathédrale trois églises d’Embrun (clochers en moins bien sûr). Tout autour du chœur, une série de chapelles secondaires, dont une tout de marbre sculpté. À l’extérieur, des travaux de nettoyage sont en cours. Les murs noirs contrastant avec la devanture déjà restaurée. – Près de l’Office du tourisme, le Grand Théâtre de Bordeaux, qui remonte à 1733. On y annonce des prochains spectacles de Julien Clerc et la comédie musicale « Hello Dolly ». À l’Office du tourisme, nous réservons nos places pour la visite guidée de vignobles, lundi après-midi. Il est évident que nous ne pouvons tout voir. Notre serveur au café Le Cintrat nous parle du carrousel d’en face. Valeur de 8 millions de francs. Son constructeur en a quatre. Pour voir plusieurs vignobles, il faudrait passer une semaine et effectuer plusieurs visites guidées puisque des régions différentes sont visitées chaque jour. L’hôte dit qu’il y a 14 000 châteaux autour. Ou bien il exagère. Ou bien il est ignorant. Ou bien j’ai mal compris. Selon les indications, il y en a des centaines. Chaque petit village cache plusieurs vignobles et la carte routière en montre des milliers de ces petits villages ou hameaux. – Notre serveur au petit déjeuner était si mal engueulé que nous ne lui demanderons pas conseil, comme à ceux de Rennes et de Nantes. Je remplirai le sondage pour le faire savoir à Novotel. C’est là que le « service compris » a ses inconvénients. Nous remarquons que les Français ne boivent pas leurs boissons gazeuses ou leurs eaux minérales froides. Il faut toujours demander des « glaçons », quand on y pense. Le Coca Light est affreux quand il est tiède. Par contre, le vin blanc est toujours bien frais, comme souvent le rouge. Nous avons repris notre habitude de 1993… celle de la Badoit quotidienne. S’il est vrai que le vin en modération est bon pour la santé, nous avons de beaucoup prolongé notre espérance de vie pendant ce voyage! – Nous prenons la soirée pour nous reposer et nous allons aux Cinémas Gaumont voir le dernier film de Claude Berri, avec Berri, Fanny Ardant et Claude Brasseur. On y annonce l’arrivée en France, mardi de cette semaine, de Star Wars, l’épisode 1, que nous avons sur nos écrans depuis mai dernier (ou juin?). Ils verront le prochain James Bond un mois plus tard que nous. Nous avons au moins ça d’avance sur eux. Par contre, dans le bar du Novotel, ce soir après le film, nous regardons la nouvelle télé numérique sur écran panoramique. – Notre serveur (beaucoup plus sympathique que celui de ce matin) nous apprend que nous sommes à moins de deux heures et demie de l’Espagne, en longeant la côte par Biarritz. Ce qui veut dire que nous pourrions revenir plus tard et aller faire une petite visite aller-retour d’une journée dans le nord-ouest de l’Espagne. Même pas besoin de franchir les Pyrénées par la route de la côte. – J’ai oublié de mentionner le film de Berri… « La Débandade », un titre qui se passe de commentaires ou d’explications.

11 octobre — La journée commence plutôt mal; pas pour nous, mais pour un adolescent en rouli-roulant derrière nous. À une intersection, il se fait happer par une voiture. Heureusement, nous n’avons entendu que le coup. En nous retournant, il était déjà affaissé le long de la rue, tête sur le trottoir. Nous assumons qu’il s’en sortira. Faire du rouli-roulant sur un boulevard de Bordeaux, c’est tenter le sort. – Nous allons chercher nos billets pour la visite des vignobles de l’après-midi. À la Maison du Vin, on nous suggère de parler au Syndicat aux négociants des vins de Bordeaux pour savoir comment faire envoyer du vin au Canada. La réponse : le Canada, comme les États-Unis, sont des pays monopoles. Il faut passer par la SAQ ou la LCBO. Sinon, on s’en tient aux trois bouteilles par personne pour rapporter au Canada. – Déjeuner : confit de canard pour Louise, magret d’oie rôti pour moi. – Nous prenons place dans l’autobus de l’Office du tourisme, mais seulement après avoir pris des gros plans du fameux Monument des Girondins. Deux sculptures extraordinaires. Première destination… Château de Ségonzac dans le Côte-du-Blaye. Un vignoble de 32 hectares propriété d’un couple suisse. Récolte à la machine. Vinification en fût de béton. Visite très intéressante. Notre guide nous explique les divers processus et ce qu’est l’appellation d’origine contrôlée. Tous les vins de la région du Bordeaux sont des AOC et des vins dits « de garde », c’est-à-dire pour conserver longtemps. – Avec nous dans l’autobus, un jeune couple australien et une Japonaise, en France pour visiter sa fille qui y suit des cours d’immersion. Objets de curiosité : un sexagénaire avec sa compagne qui a l’air beaucoup plus jeune mais qui en est une imitation. Ses rides trahissent son âge, malgré les cheveux blonds et les jeans serrés. – Nous dégustons une cuvée 1997 (vieillie en fût de ciment) et une cuvée 1996 (vieillie en fût de chêne). Aucun ne nous pousse à en acheter pour rapporter. À Blaye, une superbe citadelle médiévale. Nous passons sans nous y arrêter. – Prochain vignoble… Château de Tayac en Côte-de-Bourg. (Plus tard, le type de la Vinothèque nous dira que c’est le meilleur vin Côte-de-Bourg.) La châtelaine nous accueille personnellement dans son vignoble. Des ouvriers s’affairent à restaurer le château vieux du XIXe siècle. Ce vignoble remonte à plus de vingt siècles, le plus vieux vignoble du Bordelais. Les Romains y ont planté les premières vignes. (Les vignes durent rarement plus de 50 ans.) Au Moyen-âge, le Prince Noir, fils du roi Édouard III, y construit des tours et un château. Une tour est toujours là. Le château a disparu depuis longtemps. La vue panoramique derrière le château actuel est superbe. C’est là que la Garonne et la Gorgone deviennent le Gironde. De l’autre côté de la rivière, la fameuse région de Margaux, source des meilleurs vins du monde nous dit-on. Au Château de Tayac, nous dégustons trois vins : le Ruby Prince Noir, le Réserve et le Prestige. Les deux premiers sont surtout à base de cépage Merlot, tandis que le troisième est surtout composé de Cabernet-Sauvignon. Nous achetons deux bouteilles de Prestige. Ce vins se conserveront pendant au moins quinze autres années. (Note du blogueur : Nous n’avons pas eu une telle patience!) Dès que vous produisez du vin d’AOC (et ce n’est que ça dans la région de Bordeaux), votre propriété est un « château » que ce soit un vrai ou une simple maison. Ce qui explique le commentaire d’hier à propos des 14 000… – De retour à la Vinothèque (voisine de l’Office du tourisme), nous demandons des suggestions d’excellents vins à rapport au Canada, que nous pourrions conserver pour de grandes occasions. Nous achetons donc un Château Léhoul 96 (Graves), un Château Guillemin La Gaffelière 95 (Saint-Émilion Grand Cru) et un Terre du Lion 1996 (Saint-Julien). En nous rendant au premier château, nous avons passé à côté d’un énorme bunker en béton, construit par les Allemands lors de la Deuxième Guerre mondiale comme base de sous-marins. (Note du blogueur : J’ai appris par la suite que ce bunker avait été utilisé dans un film de James Bond.)