Carnets de voyage : France – 1 au 16 octobre 1999

Quatrième partie : 10 et 11 octobre.

10 octobre — Il fait plus 22 degrés Celsius à Bordeaux. Une journée d’été… plutôt difficile à croire. Les terrasses (les quelques-unes qui sont ouvertes).Il fait très chaud en marchant. Bordeaux, le dimanche, c’est plutôt endormi. Tout est fermé ou presque. Nous avons quand même vu de beaux coins. Depuis hier, nous notons que les sirènes de police sont fréquentes. En sortant de la cathédrale Saint-André, nous avons vu les camions des sapeurs-pompiers devant l’hôtel de ville, en face. – Notre hôtel est à deux coins de la cathédrale, église titulaire du cardinal de Bordeaux. Y sont enterrés entre autres, le cardinal Lecôt et le cardinal Guilbert. (Note du blogueur : La famille voisine de ma femme à Hawkesbury, celle du chef de police de l’époque, était une Lecôt; mon vice-président à Postes Canada, à l’époque du voyage, était un Guilbert… celui-là qui est maintenant mon contributeur invité.) Nous assistons à la messe, surtout pour écouter les grands orgues. Deux messes en moins d’une semaine. (Ce vin a un drôle d’effet.) – Quelques calculs mentaux : j’ai l’impression qu’on peut placer à l’intérieur de cette énorme cathédrale trois églises d’Embrun (clochers en moins bien sûr). Tout autour du chœur, une série de chapelles secondaires, dont une tout de marbre sculpté. À l’extérieur, des travaux de nettoyage sont en cours. Les murs noirs contrastant avec la devanture déjà restaurée. – Près de l’Office du tourisme, le Grand Théâtre de Bordeaux, qui remonte à 1733. On y annonce des prochains spectacles de Julien Clerc et la comédie musicale « Hello Dolly ». À l’Office du tourisme, nous réservons nos places pour la visite guidée de vignobles, lundi après-midi. Il est évident que nous ne pouvons tout voir. Notre serveur au café Le Cintrat nous parle du carrousel d’en face. Valeur de 8 millions de francs. Son constructeur en a quatre. Pour voir plusieurs vignobles, il faudrait passer une semaine et effectuer plusieurs visites guidées puisque des régions différentes sont visitées chaque jour. L’hôte dit qu’il y a 14 000 châteaux autour. Ou bien il exagère. Ou bien il est ignorant. Ou bien j’ai mal compris. Selon les indications, il y en a des centaines. Chaque petit village cache plusieurs vignobles et la carte routière en montre des milliers de ces petits villages ou hameaux. – Notre serveur au petit déjeuner était si mal engueulé que nous ne lui demanderons pas conseil, comme à ceux de Rennes et de Nantes. Je remplirai le sondage pour le faire savoir à Novotel. C’est là que le « service compris » a ses inconvénients. Nous remarquons que les Français ne boivent pas leurs boissons gazeuses ou leurs eaux minérales froides. Il faut toujours demander des « glaçons », quand on y pense. Le Coca Light est affreux quand il est tiède. Par contre, le vin blanc est toujours bien frais, comme souvent le rouge. Nous avons repris notre habitude de 1993… celle de la Badoit quotidienne. S’il est vrai que le vin en modération est bon pour la santé, nous avons de beaucoup prolongé notre espérance de vie pendant ce voyage! – Nous prenons la soirée pour nous reposer et nous allons aux Cinémas Gaumont voir le dernier film de Claude Berri, avec Berri, Fanny Ardant et Claude Brasseur. On y annonce l’arrivée en France, mardi de cette semaine, de Star Wars, l’épisode 1, que nous avons sur nos écrans depuis mai dernier (ou juin?). Ils verront le prochain James Bond un mois plus tard que nous. Nous avons au moins ça d’avance sur eux. Par contre, dans le bar du Novotel, ce soir après le film, nous regardons la nouvelle télé numérique sur écran panoramique. – Notre serveur (beaucoup plus sympathique que celui de ce matin) nous apprend que nous sommes à moins de deux heures et demie de l’Espagne, en longeant la côte par Biarritz. Ce qui veut dire que nous pourrions revenir plus tard et aller faire une petite visite aller-retour d’une journée dans le nord-ouest de l’Espagne. Même pas besoin de franchir les Pyrénées par la route de la côte. – J’ai oublié de mentionner le film de Berri… « La Débandade », un titre qui se passe de commentaires ou d’explications.

11 octobre — La journée commence plutôt mal; pas pour nous, mais pour un adolescent en rouli-roulant derrière nous. À une intersection, il se fait happer par une voiture. Heureusement, nous n’avons entendu que le coup. En nous retournant, il était déjà affaissé le long de la rue, tête sur le trottoir. Nous assumons qu’il s’en sortira. Faire du rouli-roulant sur un boulevard de Bordeaux, c’est tenter le sort. – Nous allons chercher nos billets pour la visite des vignobles de l’après-midi. À la Maison du Vin, on nous suggère de parler au Syndicat aux négociants des vins de Bordeaux pour savoir comment faire envoyer du vin au Canada. La réponse : le Canada, comme les États-Unis, sont des pays monopoles. Il faut passer par la SAQ ou la LCBO. Sinon, on s’en tient aux trois bouteilles par personne pour rapporter au Canada. – Déjeuner : confit de canard pour Louise, magret d’oie rôti pour moi. – Nous prenons place dans l’autobus de l’Office du tourisme, mais seulement après avoir pris des gros plans du fameux Monument des Girondins. Deux sculptures extraordinaires. Première destination… Château de Ségonzac dans le Côte-du-Blaye. Un vignoble de 32 hectares propriété d’un couple suisse. Récolte à la machine. Vinification en fût de béton. Visite très intéressante. Notre guide nous explique les divers processus et ce qu’est l’appellation d’origine contrôlée. Tous les vins de la région du Bordeaux sont des AOC et des vins dits « de garde », c’est-à-dire pour conserver longtemps. – Avec nous dans l’autobus, un jeune couple australien et une Japonaise, en France pour visiter sa fille qui y suit des cours d’immersion. Objets de curiosité : un sexagénaire avec sa compagne qui a l’air beaucoup plus jeune mais qui en est une imitation. Ses rides trahissent son âge, malgré les cheveux blonds et les jeans serrés. – Nous dégustons une cuvée 1997 (vieillie en fût de ciment) et une cuvée 1996 (vieillie en fût de chêne). Aucun ne nous pousse à en acheter pour rapporter. À Blaye, une superbe citadelle médiévale. Nous passons sans nous y arrêter. – Prochain vignoble… Château de Tayac en Côte-de-Bourg. (Plus tard, le type de la Vinothèque nous dira que c’est le meilleur vin Côte-de-Bourg.) La châtelaine nous accueille personnellement dans son vignoble. Des ouvriers s’affairent à restaurer le château vieux du XIXe siècle. Ce vignoble remonte à plus de vingt siècles, le plus vieux vignoble du Bordelais. Les Romains y ont planté les premières vignes. (Les vignes durent rarement plus de 50 ans.) Au Moyen-âge, le Prince Noir, fils du roi Édouard III, y construit des tours et un château. Une tour est toujours là. Le château a disparu depuis longtemps. La vue panoramique derrière le château actuel est superbe. C’est là que la Garonne et la Gorgone deviennent le Gironde. De l’autre côté de la rivière, la fameuse région de Margaux, source des meilleurs vins du monde nous dit-on. Au Château de Tayac, nous dégustons trois vins : le Ruby Prince Noir, le Réserve et le Prestige. Les deux premiers sont surtout à base de cépage Merlot, tandis que le troisième est surtout composé de Cabernet-Sauvignon. Nous achetons deux bouteilles de Prestige. Ce vins se conserveront pendant au moins quinze autres années. (Note du blogueur : Nous n’avons pas eu une telle patience!) Dès que vous produisez du vin d’AOC (et ce n’est que ça dans la région de Bordeaux), votre propriété est un « château » que ce soit un vrai ou une simple maison. Ce qui explique le commentaire d’hier à propos des 14 000… – De retour à la Vinothèque (voisine de l’Office du tourisme), nous demandons des suggestions d’excellents vins à rapport au Canada, que nous pourrions conserver pour de grandes occasions. Nous achetons donc un Château Léhoul 96 (Graves), un Château Guillemin La Gaffelière 95 (Saint-Émilion Grand Cru) et un Terre du Lion 1996 (Saint-Julien). En nous rendant au premier château, nous avons passé à côté d’un énorme bunker en béton, construit par les Allemands lors de la Deuxième Guerre mondiale comme base de sous-marins. (Note du blogueur : J’ai appris par la suite que ce bunker avait été utilisé dans un film de James Bond.)

Une réflexion sur “Carnets de voyage : France – 1 au 16 octobre 1999

  1. Je me souviens de M. Lecot. Très belle description. J’ai souvent l’impression d’être sur les lieux. T’as une très belle plume et une source qui ne tarit jamais… À quand ton premier roman ?

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