Je m’attendais au pire

par Alain Guilbert

Dans un tout récent texte, j’ai raconté l’incident survenu lors de ma première campagne électorale comme journaliste. Je devais écrire trois feuillets de 25 lignes chacun sur l’assemblée du candidat libéral de Stanstead, Georges Vaillancourt… alors que celui-ci, qui en était au premier discours public de sa vie, s’était contenté de parler 30 secondes. Comme je le disais, ce texte aura été une véritable « œuvre de création » du début à la fin. Mais au cours de cette même campagne électorale de 1960, il m’est arrivé une autre aventure qui aurait pu facilement mettre fin à ma carrière journalistique.

J’avais fait mes débuts à La Tribune, le quotidien de Sherbrooke, à la fin d’août 1959, quelques jours seulement avant d’entreprendre ma première année de droit à l’Université de Sherbrooke. Ma première campagne électorale comme journaliste a eu lieu moins d’une année plus tard, le scrutin s’étant déroulé le 22 juin 1960.

Comme je l’ai expliqué dans le texte précédent, le journal s’était engagé à « couvrir » trois assemblées publiques de chacun des candidats, le choix de ces assemblées étant laissé au choix des candidats.

J’avais été affecté à deux de ces assemblées le même jour, dans le comté de Wolfe, où le candidat de l’Union nationale, René Lavoie, faisait face au candidat libéral, le Dr Gérard Lemieux. L’assemblée de René Lavoie avait lieu à Disraeli, le dimanche après-midi, et celle du Dr Lemieux, le dimanche soir à Ham Sud.

Je n’avais physiquement pas le temps de revenir à Sherbrooke après la première assemblée pour écrire mon texte puis de retourner à temps à Ham Sud pour l’assemblée de la soirée. À l’époque, il n’était pas encore question d’ordinateurs. Il fallait écrire sur une bonne vieille machine à écrire. Pas question non plus de transmettre un texte à distance à partir d’un village en région « éloignée ».

Il fallait avoir recours au système « D » (D pour Débrouillardise). Ainsi, à la fin de l’assemblée de Disraeli, j’ai demandé à un organisateur du candidat Lavoie s’il pouvait m’accueillir dans un local quelconque et mettre une machine à écrire à ma disposition pour que je puisse écrire mon texte avant de m’arrêter à Ham Sud, puis de rentrer à Sherbrooke.

L’organisation politique s’est fait un plaisir de me venir en aide. On m’a accueilli presque chaleureusement au local de campagne électorale, et on m’a installé dans un coin isolé devant une machine à écrire. L’organisateur principal de René Lavoie était un avocat de Thetford Mines, Gabriel Loubier, qui devait quelques années plus tard devenir le chef de l’Union nationale après le décès de Daniel Johnson (le père) et le départ de
Jean-Jacques Bertrand, son successeur. J’avais eu le plaisir de rencontrer Me Loubier précédemment lors d’un reportage à Thetford Mines. Celui-ci m’a reconnu et été fort gentil avec moi. Il s’est même fait un devoir de me faire parvenir quelques verres de « coca cola » pendant que je peinais à écrire mes trois feuillets. Je n’ai pas vraiment réalisé que le brun liquide était bien arrosé de rhum, et quand je suis parti à 19 heures avec mon texte sous le bras pour me diriger vers Ham Sud, j’avais la tête qui tournait un peu… pas mal.

Inutile de dire que l’assemblée m’a paru super longue et que j’avais bien hâte de rentrer à Sherbrooke pour écrire mon second texte et aller prendre un repos bien mérité. Je suis finalement revenu vers les 23 heures et j’ai complété mon second texte vers minuit. Le lendemain matin, disons que j’avais « oublié des bouts de ma soirée de la veille » et que je n’étais pas très fier de moi quand j’ai relu mon texte dans le journal.

L’équipe du Dr Lemieux n’était pas plus satisfaite que moi de ce texte qui était, je l’avoue, « plutôt flou ». L’organisation libérale n’a d’ailleurs pas hésité à s’en plaindre dès le lundi matin au directeur général de La Tribune, Wilfrid Stebenne, celui-là même qui m’avait embauché l’année précédente. J’ai été aussitôt convoqué à son bureau. C’était la première fois depuis mon entrée à La Tribune que j’étais convoqué au bureau du directeur général. Je me doutais bien de la raison pour laquelle je l’étais et je m’attendais au pire.

Bien sûr, j’ai eu droit à un sermon en règle… et j’étais certain que je quitterais son bureau sans mon emploi. Mais sur ma promesse solennelle de ne plus recommencer, il m’a donné une chance… mais en me jurant que « la prochaine fois, ce sera la porte ». Ce qui m’a sans doute sauvé, c’est que lui-même agissait comme annonceur officiel lors des spectacles de lutte professionnelle le samedi soir à l’aréna de Sherbrooke et qu’un soir récent où il avait pris un verre de trop, il s’est mêlé toute la soirée dans les noms des lutteurs. Sur promesse de ne plus recommencer (lui aussi), il avait pu conserver cet emploi à temps partiel.

Mais il reste que la leçon a servi… En effet, à la suite de cet événement, je n’ai plus jamais pris un verre (ou deux!!!) avant que mes textes ne soient rédigés et remis à mon chef des nouvelles. Et ainsi, une carrière qui avait démarré moins d’une année avant cet incident a pu se poursuivre pendant encore de nombreuses années.

Carnets de voyage : Italie – 28 août au 12 septembre 2003

Sixième et dernière partie : du 9 au 12 septembre.

9 septembre — Nous voulions visiter le David ce matin. En arrivant, il y avait une lignée de gens et nous n’avions pas la patience d’attendre plus d’une heure.
– Nous optons pour le Ponte Vecchio. Un pont qui traverse l’Arno et qui est plein de boutiques d’orfèvres. Louise y trouve son cadeau de fête. Comme me faire remarquer une touriste anglaise : « Women and their gold… It’s beautiful! ». À faire rêver les hommes aussi.
– Cette fois, nous avions nos imperméables et nos parapluies. Nous en avons eu besoin de la matinée jusqu’en après-midi.
– Après le lunch dans un resto avec vue sur le pont, nous nous rendons au Palazzo del Pitti et ses Giardini de Boboli (Jardins de Boboli). Nous visitons le Musei degli argenti (le Musée de l’argent). Je m’imagine le nombre d’éléphants qu’il a fallu abattre à la Renaissance pour faire tous les chefs-d’œuvre en ivoire qui y sont exposés. Promenade dans les jardins… Nous nous rappelons Versailles dix ans plus tôt. Regrettable que le ciel était si gris.
– Nous n’avons pas eu le courage de grimper la colline pour nous rendre au Musée de la porcelaine.
– Observation : À Florence, comme à Rome, des distributrices de condoms à plusieurs coins de rue, habituellement près des farmacia.
– Rappel : Sienne est construit sur sept collines, comme Rome. Le symbole de la louve y est partout. Les rivalités entre Sienne et Florence étaient violentes et sanglantes au Moyen-Âge.
– Remarque de Louise : Nous avons peu dépensé à Rome, nous nous sommes repris à Florence!
– Observation : Le changement d’horaire de repas déséquilibre mon taux de glycémie. Il faudra reprendre la discipline au retour de vacances.
– Souper à l’Antica taverna del Boticelli. Nous partageons un steak florentin d’un kilo (25 euros). Un tartufo pour dessert (crème glacée à la vanille enrobée de crème glacée au chocolat, le tout enrobé de poudre de chocolat. Écœurant!) (Note du blogueur : Nous n’avons jamais retrouvé dans les restaurants d’ici, de Montréal ou de Québec, un tartufo équivalent. Nous avions demandé à notre serveur polyglotte de nous proposer son dessert favori. C’était aussi notre troisième repas à ce restaurant.)

10 septembre — Au point Internet hier, il en coûtait 2,30 euros la demi-heure et fallait montrer une preuve d’identité. – Dernière journée complète à Florence. Le ciel est encore couvert. Le soleil sort, mais les nuages menaçants restent. Pas besoin d’ouvrir nos parapluies.
– Nous nous rendons voir le célèbre David. Attente d’à peine 15 minutes. Il faut voir pour croire. Nous comprenons pourquoi cette sculpture a une telle réputation.
– Lunch à Le Botteghe di Donatello. Dégustation d’une soupe toscane aux légumes. Extraordinaire. Il faudra dénicher la recette sur Internet.
– En après-midi, nous nous rendons à la Piazza Signoria où était le David avant 1873. Il y a une réplique à la place. Nous traversons la colonnade de la Piazza Le D. Uffizi… une ruche d’activités. On ne sait plus où tourner la tête.
– Chemin de retour à l’hôtel, arrête pour acheter les quatre bouteilles de vin que nous pouvons rapporter.
– Vus visitant le David : dix groupes de vendeuses étoiles Mary Kay, accompagnées de leurs conjoints, et toutes maquillées sûrement avec les produits de ce nom. De petits rubans précisent si c’est leur « First trip » ou leur « 7th trip ». Conclusion : Mary Kay a nolisé un avion et prend sûrement deux hôtels au complet. Nous pensons à Marie-Claude…
– Souper au Libero di Giampelligrini. Bon, mais ordinaire. Vers la fin, un trio de musiciens ambulants (guitariste, saxophoniste et accordéoniste) vient jouer. Un client du restaurant s’improvise et emprunte la guitare et se joint à l’accordéoniste. Il était tout fier après les applaudissements des clients.

11 septembre — La télé ce matin fait référence au deuxième anniversaire de l’attaque du World Trade Center.
– Nous quittons Florence à l’heure prévue. Il faut moins de quinze minutes entre l’arrivée du train et son départ.
– Note : Lors de notre voyage à Sienne et aujourd’hui, nous voyons souvent sur le bord de la route ou de la voie ferrée des « cabanes » (« shacks » diraient nos compatriotes) qui sont habitées. Chacune semble avoir son jardin! Serait-ce les gitans dont les serveurs et vendeurs de magasins de Rome et de Florence nous parlent et de qui ils nous préviennent?
– Encore quelqu’un avec deux cellulaires.
– Les vignes et le « blé d’Inde » côte à côte… ça fait drôle! En magasin, le maïs est laid. Les pêches sont le double de grosseur de chez nous.
– Arrêt du train à Pise; très court. Nous apercevons la tour… le temps de ne pas clignoter les yeux!
– À Sazana, sur le bord de la voie ferrée, une usine de préparation du marbre qui provient sûrement des montagnes sans arbres que nous voyons au loin. Il y en a plein.
– Long arrêt de cinq heures à Gênes (Genova) que nous n’avions pas prévu si long. Nous prenons le temps de visiter le Palazzo di Principe Andrea Doria. Ce prince commandait déjà une importante flotte de l’Armada espagnole. Visite intéressante sur la « petite histoire génoise » du temps de Christoforo Colombo.
– Avant de reprendre le train pour Nice, nous découvrons un élément important que notre « ex-agent de voyage » avait oublié de préciser. Le train arrête à la frontière de Monaco et nous ne savons pas si c’est un autre train ou un autobus qui nous amènera à Nice. Quelle autre surprise notre « ex-agent » nous a-t-il réservée d’ici demain après-midi?
– Gênes est très grosse : deux gares, un métro. La ville est érigée en étages. Malheureusement, nous n’avons pu apprécier à sa juste valeur.
– Nous avons vu maintenant d’où sont partis Colomb (Gênes) et Cartier (St-Malo).
– Il nous faut plus d’onze heures pour atteindre Nice où nous arrivons à 20 h 15. En fait, c’est douze heures après avoir quitté l’hôtel San Giorgio.
– En route, paysages spectaculaires. Villages et villes sur flancs de montagnes. Plages sur plages.
– À Nice, le chauffeur de taxi doit laisser son coffre arrière ouvert. Ne peut figurer comment placer deux grosses valises dans sa Mercedes Benz.
– L’hôtel West End (Best Western quatre étoiles) est superbe d’apparence. Féérique. La chambre est petite, deux lits simples jumeaux, pas de débarbouillettes.
– Par contre, restaurant digne des grands. Louise prend une niçoise Riviera et moi, un millefeuille aux légumes au fromage petit chèvre aux herbes. Les deux nous prenons un superbe magret de canard. Le tout arrosé d’un Bandol Domaine de Frégate 1998. Jamais goûté auparavant, mais faut maintenant acheter.
– À la table voisine, trois couples ont un plaisir fou. Deux couples de Toronto s’étaient installés pour souper quand un troisième couple passe sur le trottoir… Tout ce beau monde s’installe à la même table. Je prends une photo des six pour eux. Ces six s’en vont ensuite en Italie. Un à Rome; les deux autres à Sanremo et à un endroit dont j’oublie le nom sur la Riviera italienne.
– Dernier repas mémorable en Europe. Mais nous sommes totalement épuisés de la longue journée.
– Une coupe de champagne Veuve Amiot gracieuseté de l’hôtel, au restaurant.

12 septembre — Anniversaire de Louise. Je n’ai pas de carte! Elle a déjà son cadeau heureusement.
– Marche le long de la Promenade des Anglais en allant prendre le petit-déjeuner.
– Direction aéroport de Nice et retour à la maison!