Mouvements populaires spontanés ou non?

par Alain Guilbert

Partout dans le monde, on semble se réjouir des manifestations « populaires » qui se produisent tant en Tunisie qu’en Égypte et qui visent à mettre fin à des régimes dictatoriaux pour les remplacer par des régimes démocratiques. C’est du moins ce que semblent croire la plupart des journalistes et des citoyens qui expriment leurs commentaires un peu partout dans les médias, tant traditionnels que sociaux, depuis les derniers jours.

Mais s’agit-il vraiment de manifestations « populaires » et assistera-t-on à la mise en place de véritables régimes « démocratiques ».

Personnellement, j’en doute beaucoup. Je crois plutôt que ces manifestations « spontanées » sont provoquées et animées par des groupes religieux intégristes. En Tunisie, par exemple, maintenant que la famille de Ben Ali a été évincée du pouvoir et remplacée par un nouveau gouvernement, le chef islamique Rached Ghannouchi est rentré triomphalement au pays dimanche matin (hier) après un exil de plus de 20 ans au Royaume-Uni. Même s’il a affirmé qu’il n’entendait pas diriger le pays, mais laisser la place à des plus jeunes, ne nous faisons pas d’illusion : ce seront les islamistes fondamentalistes ou intégristes qui seront les vrais détenteurs du pouvoir. Et la population risque finalement de ne pas être plus « libre » qu’elle ne l’était sous Ben Ali.

En Égypte, après être demeurés à l’écart des premières manifestations, les Frères Musulmans ont maintenant fait une apparition remarquée. Tout en réclamant le départ de Moubarak pour aujourd’hui, ce sont eux qui ont rejeté les changements que le dictateur avait proposés.

Et qui sont les Frères Musulmans? Selon Wikipédia, il s’agit « d’une organisation panislamiste fondée en 1928 en Égypte avec comme objectif une renaissance islamique, la lutte contre l’influence occidentale et l’instauration de la charia. » Parions que ce sont eux qui contrôleront le gouvernement d’ici quelques jours, voire quelques semaines. Cela n’augure rien de bon pour ceux et celles qui rêvent sincèrement de liberté et de démocratie après toutes ces années de dictature.

Et après la Tunisie et l’Égypte, le mouvement ne s’arrêtera pas. Les Frères Musulmans, qui sont présents dans la plupart des pays du Moyen-Orient ainsi qu’au Soudan, tiendront une place de choix dans le nouveau Sud Soudan indépendant (aux dernières nouvelles, plus de 98 % de la population s’est prononcée en faveur de la séparation du Nord Soudan). Puis ce sera au tour de du Maroc, où on voudra mettre fin à la monarchie, et du Yémen, où les islamistes radicaux sont aussi à l’œuvre, et sans doute d’autres pays aussi. Dans quelques années, on risque de se retrouver avec une foule de pays dominés par les islamistes fondamentalistes ou intégristes. Rappelez-vous ce qui s’est passé en Iran (l’ex-Empire perse) quand le peuple a réclamé et obtenu le départ du Shaw et de sa famille en 1979. Écrasés par la famille Palavi depuis des années, les Iraniens se sont rapidement retrouvés sous la gouverne des ayatollahs (des islamistes intégristes), ceux-là mêmes qui avaient alimenté les soulèvements populaires. Le rêve de liberté des Iraniens s’est éteint aussi rapidement qu’il s’était allumé. Et la situation ne semble pas près de changer.

Et cette domination d’un grand nombre de pays par les islamistes intégristes n’annonce rien de bon pour les citoyens de ces pays, mais aussi pour les pays occidentaux, particulièrement les États-Unis, de même que pour Israël. À suivre.

Portraits d’objets : opus 6

J’ai pondu ce portrait au début de juin 1996.

Il y a de multiples façons de la décrire. Une fenêtre sur notre vie. Un instant à tout hasard. Un souvenir personnel. Un mémento familial. Mille mots.

Si nos ancêtres de l’humanité avaient pu compter sur sa présence, nos vies en seraient depuis longtemps transformées. Aujourd’hui, dans nos chroniques de la vie quotidienne, n’importe où sur notre planète et même en son orbite, elle nous plonge dans la réalité de l’instant. Parfois elle bouge. Plus souvent, elle est statique. Statique mais vivante.

Vivante par ce qu’elle représente. Elle ne nous laisse rarement indifférente. Parce qu’elle sait attirer sur elle toute l’attention. Plus grande est sa qualité, plus grande est son éloquence.

Parce qu’elle parle. Mais elle ne parle pas par la voix. Elle parle par la lumière, par la nuance des ombres et des couleurs. Ce ne sont pas nos oreilles qui l’entendent. Ce sont nos yeux qui l’écoutent. Parfois, elle n’est que murmures. Souvent, elle nous crie à tue-tête tellement les mots qu’elle traduit sont puissants.

Dans nos mains, ce qui permet de la réaliser devient soudainement un crayon, un pinceau, une scie qui ouvre une fenêtre dans le temps pour que nous puissions en capter l’instant. Soigneusement conservée, elle est le rappel des grands événements de notre vie. Des événements souvent heureux, la plupart du temps.

Mais la vie n’est pas faite que de moments heureux. Souvent, elle remet devant nos yeux les souvenirs d’épisodes que nous aurions préféré oublier. Mais la vie est faite de souvenirs heureux et malheureux. L’objet les capte. Les ramène le moment voulu. Pour la génération présente, mais surtout pour les générations qui nous suivent.

Absente pendant des millénaires, elle est aujourd’hui omniprésente. La technologie la transforme, la modifie, l’influence, la perpétue dans un univers d’octets et de méga-octets. Elle est maintenant numérisée. On la place dans nos documents. On peut même changer sa nature et faire oublier.

Mais où qu’elle soit, quoi qu’elle dise, quoi qu’elle représente, elle est pour chacun de nous source de mémoires, mémoires individuelles, mémoires familiales, mémoires professionnelles. C’est beaucoup pour un petit bout de papier… une simple photographie.

Carnets de voyage : France – 1 au 16 octobre 1999

Troisième partie : 7, 8 et 9 octobre.

7 octobre — Après avoir quitté le Novotel de Rennes, en une heure à peine nous sommes à celui de Nantes, logé dans le Cité des congrès, voisin du Grand Auditorium (l’équivalent de notre CNA en plus petit). Nous déjeunons au Novotel où nous savourons un vin local… de la Loire. Nous pensions que Nantes était en Bretagne, Tout indique que nous y sommes : il y a le Château des ducs de Bretagne, la cathédrale où est enterré Marguerite de Bretagne et François Deux, duc de Bretagne. – Notre serveur nous ramène à la réalité politique de 1999. Nantes était déjà, jusqu’au début du siècle, de la Bretagne. Aujourd’hui, il y a eu « séparation » politique et Nantes est en Loire-Atlantique. Notre serveur nous explique que 50 % des Nantais croient encore qu’ils sont de la Bretagne; lui, il est de l’autre 50 %. Nous le rassurons et adoptons sa vision politique. Nous sommes donc en Loire-Atlantique. Quoi qu’il en soit, la demi-bouteille de rouge était délicieuse. Un saint-nicolas-de-bourgueil du Domaine des Coteaux de la Gardière. – Nous commençons notre longue marche quotidienne par une visite de la célèbre cathédrale St-Pierre et St-Paul. Il a fallu 457 ans pour la construire. Les marques du temps sont présentes à l’extérieur, les pierres s’effritent. L’intérieur a été entièrement restauré après le grave incendie de janvier 1970. Il a fallu 13 ans pour la restauration. – Presqu’à côté, le vieux château des ducs de Bretagne. L’État est en train de tout restaurer pour en faire un musée de l’histoire de Nantes quelque temps en 2008. Nantes remonte au Moyen-Âge. La largeur des rues en est la démonstration. Le « vieux » Nantes, très commercial comme dans toutes ces villes qui y ont vu les millions de touristes. Nous revenons tôt à l’hôtel. La fatigue nous rattrape bien malgré nous. Nous décidons d’acheter des billets demain matin pour un concert de l’Orchestre nationale des pays de la Loire, en soirée. Au programme, de la musique de Strauss et Mendelssohn.

8 octobre — Après le petit-déjeuner, je vais acheter des billets pour le concert. Nous serons à la corbeille de gauche (L25-L27). Notre serveur nous suggère de nous rendre sur la côte. Des châteaux, il y en aura plus loin. Nous suivons ses conseils et nous aboutissons à Pornic, sur l’Atlantique, à 50 km de Nantes. Une petite ville côtière très pittoresque. Nous prenons le déjeuner au café Au Godille. Louise ne peut résister aux Moules Godilles à la crème et aux fines herbes. J’opte pour le potage de l’Atlantique (souper aux poissons et aux moules) et l’andouillette de Troyes grillée. Je manque n’importe quoi… c’est inquiétant!!! – Nous remontons vers Saint-Nazaire afin de nous rendre aux deux autres suggestions du serveur : La Baule et Le Croisic. Saint-Nazaire est à 50 km. En traversant l’énorme pont de Saint-Nazaire, au-dessus de l’estuaire de la Loire, nous voyons que nous sommes dans une grande région maritime, un port de mer (un vrai) et un chantier naval. À gauche, nous voyons le squelette d’un futur gros bateau de croisière; un peu plus à gauche, un bateau de croisière presque terminé. – Nous nous rendons à La Baule, une ville où bains de mer, centres de santé et de thalassothérapie sont aménagés dans de grands et luxueux hôtels d’une époque ancienne. Les rues, les maisons, tout y est beau. J’oublie de prendre des photos. Nous nous arrêtons à Batz-sur-Mer pour quelques photos des falaises de la Bretagne. Ces falaises se succèdent les unes après les autres, bien au-delà de Le Croisic où nous reprenons la route de Nantes. Par la côte sauvage de Le Croisic, mini-châteaux, manoirs, hôtels et « chalets anciens » défilent et nous tentent. Nous voulons à tout prix gagner la loterie pour nous y payer un ou deux mois de vacances. Paysages à couper le souffle. Tellement éblouissant qu’on oublie de nous arrêter pour des photos. Pas grave! Elles sont dans nos têtes. – Nous nous pressons parce que nous devons revenir pour le concert. Le Grand Auditorium de La Cité des Congrès est de toute beauté illuminé. Nous ne l’avions pas vu comme ça encore. Louise fait le « sacrifice » de m’y accompagner. Un excellent orchestre, une centaine de musiciens, sous la direction de Kazuyasho Akiyama. Et une soliste invitée, la violoniste Miyo Umezu. (Elle logeait d’ailleurs à notre hôtel. Nous l’avions vue la veille, sans savoir qui elle était.) Le Strauss annoncé n’était pas Johann mais plutôt Richard. C’est quand même bon. – La première pièce était pour les habitués. Un mouvement de symphonie de Mendelssohn qui était approprié pour l’associer à notre visite de la côte bretonne. La musique nous faisait vivre une tempête sur la mer, avec les vents qui soufflaient et les vagues qui claquaient, en plus de la foudre qui éclatait. J’imaginais une tempête à Le Croisic (depuis un « chalet » que nous louerions) et dont nous serions témoins. La soliste était extraordinaire. Louise a survécu.

9 octobre — Journée surtout passée sur l’autoroute A10/13 vers Bordeaux. Les énormes champs de tournesols précèdent les vignobles à perte de vue. De Nantes, surtout des fermes… comme dans nos Prairies. À la hauteur de La Rochelle, ce sont les vignobles et les régions viticoles qui se succèdent : Cognac, Vendée, Charentes et le Bordelais. – Nous rentrons dans Bordeaux avec confiance et assurance, jusqu’à ce que nous manquions un virage à droite. Il nous faudra près d’une heure pour nous retrouver à notre point de départ et nous rendre au Novotel. Entre temps, nous avons vu quelques vignobles extraordinaires (châteaux, hautes clôtures en fer forgé) de Pessac-Léognan. C’est là que nous avons rebroussé chemin puisque nous n’étions plus dans Bordeaux (de toute évidence!!). – Le « raccourci » nous a permis malgré tout de voir des coins de Bordeaux que peu de touristes voient. Tous ne sont pas riches dans la France hors-touristique. Demain, nous irons voir ce qu’on offre comme visites de vignobles. C’est probablement trop facile de se perdre dans un si grand nombre de vignobles. – Cet après-midi, nous avons téléphoné à un couple d’amis à Hawkesbury. Notre ami subira quatre pontages coronariens le jour où nous retournerons à Paris. – Il fait 18,5 degrés le jour depuis maintenant près d’une semaine. C’est la première journée depuis que nous sommes en France au cours de laquelle nous n’entendons pas « Mambo No 5 » quelque part. Nous l’avions même entendue au Mont Saint-Michel. Nous avons adopté la radio « Nostalgie ». – Je dois répéter souvent à Louise qu’elle est belle. Elle avait remarqué, il y a quelques jours, que sa beauté était proportionnelle au nombre de coupes de vin que je consommais! Au dîner, une demi-bouteille de Château du Pavillon Canon-Fronsac 1993.

Contributeurs : Souvenirs

Par Alain Guilbert

Mon ex-collègue et toujours ami Jean-Maurice Filion produit un blogue personnel depuis maintenant deux semaines. Des textes bien intéressants et écrits d’une main (ou devrais-je dire d’une plume!) de maître. Jean-Maurice possède l’extraordinaire talent de maîtriser non seulement la langue française, mais également la langue anglaise, ce qui en faisait un fameux directeur des services linguistiques à Postes Canada, là où je l’ai connu. Ses textes sont de véritables bijoux d’écriture.

Il m’est arrivé de commenter certains de ses écrits sur son blogue que je reçois avec beaucoup de plaisir. À la suite d’un de ces commentaires, il m’a invité à joindre son blogue plutôt que d’en démarrer un par moi-même, ce qui enrichirait le sien (m’a-t-il dit… même si j’en doute encore) et qui m’éviterait les problèmes d’en créer un moi-même. J’ai donc accepté son invitation et me voici aujourd’hui pour la première fois, en souhaitant que ce ne soit que le début d’une longue et fructueuse collaboration.

De quoi vais-je parler? D’abord de souvenirs personnels, mais aussi des médias, un domaine qui m’a passionné pendant plus de 45 ans de vie professionnelle et qui me passionne encore autant, même si je suis à la retraite depuis plus de cinq ans. Bien sûr, je me réserve la possibilité d’aborder d’autres sujets. N’est-ce pas la grande qualité d’un blogue, celui de nous ouvrir toutes les portes sans exception et de nous donner la liberté absolue.

Mon premier texte s’inscrit dans ce que j’appellerais le volet « souvenirs ».

Nous sommes tous confrontés à des événements que nous n’oublierons jamais, des événements qui ont marqué notre vie d’une certaine façon, des événements dont non seulement nous nous rappelons, mais qui nous rappellent aussi l’endroit ou le contexte où nous nous trouvions lorsqu’ils se sont produits.

L’assassinat de John Kennedy en novembre 1963 en est un parfait exemple. Tous ceux et celles qui sont assez âgés se souviennent de cet événement historique, de l’endroit où ils se trouvaient au moment où il est survenu, des sentiments qu’ils ont éprouvés à cette occasion.

Parmi ces évènements « marquants », du moins pour moi, je pourrais mentionner la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Montréal le 17 juillet 1976, les premiers pas de l’homme sur la lune à l’été 1969, le premier match de la série de hockey du siècle entre le Canada et l’Union Soviétique en 1972, match auquel j’ai eu le privilège d’assister, le but vainqueur de Paul Henderson à la fin du 7e match de cette même série, but que j’ai vu à la télé, comme tout le monde, l’attentat contre les tours du World Trade Center un certain 11 septembre, mon premier saumon capturé en juillet 1984, sans oublier mon mariage le 10 juillet 1965 et la naissance de mes enfants le 4 juillet 1967 et le 28 novembre 1969, etc.

Hier, c’était l’anniversaire de l’un de ces événements qui m’ont marqué… En effet, c’était il y a 25 ans, le 28 janvier 1986, que la navette Challenger explosait en plein ciel, quelques secondes après son départ, entraînant dans son sillon la mort de sept astronautes, dont cinq hommes et deux femmes. C’était la première fois que les Américains perdaient des astronautes en plein vol. Il y avait eu précédemment quelques pertes de vie au sol, mais jamais en vol.

J’étais alors rédacteur en chef du Soleil, à Québec, et j’étais fasciné depuis toujours par les étapes de la conquête de l’espace, par la lutte que se livrait les Américains et les Soviétiques pour s’assurer la suprématie de cet espace à peu près inconnu. J’étais « accro » au lancement des fusées, particulièrement depuis le débarquement sur la lune plus de 15 ans auparavant. À cause de mes fonctions, j’avais droit à un poste télé dans mon bureau, ce qui constituait un privilège à l’époque. Aujourd’hui, tout le monde a une télé dans son bureau, mais ce n’était pas le cas il y a un quart de siècle. J’avais donc ouvert l’appareil télé  pour garder un œil sur le départ du Challenger vers le ciel. Quelques secondes après le « take off » qui semblait bien normal, un immense feu d’artifice est apparu dans le ciel. Il n’aura fallu que quelques secondes pour réaliser l’ampleur du drame: la fusée venait d’exploser, entraînant dans la mort les sept astronautes à bord. Aussitôt, j’ai invité les collègues à me rejoindre dans mon bureau pour voir le drame de leurs propres yeux. Nous étions tous stupéfiés, tout comme les animateurs télé, incapables eux aussi de comprendre ce qui venait de se produire. Malgré les dizaines et dizaines de reprises du drame tout au long des heures, nous demeurions rivés à la télé, pétrifiés par l’ampleur du drame… jusqu’au moment où il a bien fallu se mettre au travail pour préparer l’édition du journal du lendemain et prévoir la place et le contenu que nous donnerions à cet événement qui s’inscrivait dès lors comme la page la plus triste de l’histoire de la NASA.

Et voilà… j’aurai sûrement l’occasion de revenir sur d’autres événements qui sont inscrits pour toujours dans ma mémoire depuis le moment où ils se sont produits.

Contributeurs invités

Un blogue s’inscrit dans le contexte des nouveaux médias. Un média traditionnel comprend des textes de journalistes-maison, mais aussi de contributeurs externes qui soumettent leurs textes ou qui sont invités à le faire. Après avoir consulté l’excellent blogue professionnel de Pierre Duhamel, j’ai trouvé que mon blogue amateur s’enrichirait de telles contributions. J’ai invité un ami, lui aussi ayant accumulé un long bagage d’expériences dans les médias traditionnels, à participer à mon blogue. Il a accepté l’invitation avec joie. Il devient donc mon premier contributeur et j’espère que ce sera le premier d’une série. Vous retrouverez leurs textes sous le titre « Grands thèmes » de la colonne de droite, en fonction de leur prénom. Dans le cas présent, le thème de mon premier contributeur s’intitulera « Par Alain ». Bonne lecture!

Carnets de voyage : France – 1 au 16 octobre 1999

Deuxième partie : 5 et 6 octobre.

5 octobre — La journée commence mal. Au comptoir d’Hertz, attente de 45 minutes. Mon dossier n’avait pas été créé et la jeune fille qui s’occupait de moi semblait nouvelle et en formation. J’y oublie le bon d’échange pour l’hôtel, en date du 14, pour notre retour à Paris. Entre temps, Louise attend toujours dans le hall de l’hôtel. Chez Hertz, on compense en me louant une Mercedes Benz… ni plus, ni moins. Quelques minutes pour figurer tous les boutons-poussoirs. Retour à l’hôtel pour chercher Louise et les bagages. Il est 12 h 20. J’étais parti à 11 heures. L’hôtesse nous donne de bonnes indications pour sortir de Paris et nous diriger vers Rennes. – Nous nous égarons le long de la Seine et devons rebrousser chemin pour retrouver la route. Nous devrons faire le même exercice un peu plus loin à Sèvres. Nous continuons sur l’autoroute (145 FF de péage finalement) jusqu’à Rennes. Plus loin que prévu… cinq heures de route. Nous passons à Chartres et Le Mans sans rien voir… trop vite. Je roule à 145-150 km/heure au volant de la Mercedes E-2000… dans la voie de droite. – Arrivée à Rennes vers 17 h 30… léger détour comme nous avons fait en sortant de Paris. Le Novotel est superbe comme tous les Novotels. Nous décidons de prendre la soirée pour reposer nos jambes. Nous nous rendons au Centre commercial de l’Alma. Nous trouvons deux livres et Louise s’achète un sac à dos pour remplacer le sien, trop pesant à porter. Retour au Novotel pour dîner (vers 20 h 30). Une salade aux tomes, au jambon de Bayonne et à la mozzarella. Sélection de fromages pour dessert : Crottin de Chavignol, fromage de chèvre cendré, Colonel Livarot au goût prononcé. – Sous l’effet de la Kronenbourg 1024 et des 50 cl de blanc, Louise rit de moi! Je prends la décision de consigner mes souvenirs, mes impressions, mes observations, le jour de la naissance du bébé de Dodo… En rédigeant ce journal de voyage, j’ai pris le goût d’écrire un journal un peu à la manière des mémoires de Jean-Paul Desbiens, que je lis, par bribes, depuis plusieurs années déjà. Louise et moi on se rappelle pourquoi on s’aime tant!!!

6 octobre — Début d’une journée qui s’avérera très intéressante. Nous sommes maintenant des habitués de la route. Nous empruntons la Rocade ouest, direction Mont St-Michel. Nous y arrivons moins d’une heure plus tard, en passant de magnifiques petits villages ruraux à l’architecture photographique. Nous traversons un petit village du nom de Tremblay. (Note du blogueur : Tremblay est le nom de mon gendre.) Nous y pensons trop tard, mais il aurait fallu photographier au moins la pancarte d’accueil. Nous nous croyons en Bretagne, mais nous sommes plutôt au bout de la Normandie. – La splendeur du Mont St-Michel nous apparaît à l’horizon, bien avant que nous arrivions au stationnement. Les images ne rendent pas justice à ce monument de l’humanité. Nous y passerons finalement près de quatre heures, à grimper des centaines de marches. Le niveau du bas est une véritable ruelle de boutiques et de restaurants (on y entend le tube populaire « Mambo number 5 »), mais le niveau de l’abbaye est du genre « faut voir pour croire ». Nous nous arrêtons à l’église paroissiale Saint-Pierre, où nous allumons deux lampions à saint Michel aux intentions de Dominique et de Jean-François. Nous sentons la présence de plus de dix siècles d’histoire. Le Mont était déjà un sanctuaire même avant l’époque du roi Arthur et des Croisades de Louis IX (ce roi qui a fait construire la Sainte Chapelle de Paris), même si l’abbaye actuelle n’a que quelques siècles. – Nous arrivons à la basilique abyssale à temps pour la messe quotidienne de 12 h 15. Le célébrant, un bénédictin, est aidé d’un moine dominicain et d’une religieuse (bénédictine?). À eux trois, ils font vibrer la basilique de leurs voix « sublimes ». Nous sommes à peine une douzaine dans le chœur avec le célébrant. Le bénédictin avait fait remarquer dès le départ que ce n’est pas le nombre qui compte. Il a noté que nous représentions toutes les communautés catholiques de nos pays respectifs. Le cloître, le réfectoire, le scriptorium, etc., les salles se suivent et éblouissent. Et dire que du temps de la Révolution, on en avait fait une prison puisque les ordres religieux étaient interdits en France. – En redescendant, notre appétit est aiguisé et nous nous arrêtons aux Terrasses Poulard. Louise savoure une salade océane et une brochette de volaille moins savoureuse. Je déguste une assiette de crevettes (36) et des moules/frites. – Nous nous dirigeons ensuite vers Saint-Malo à 50 km de là. Nous sortons de la Nationale et nous nous y rendons par la côte. Un petit village n’en attend pas un autre. Nous atteignons le port de Saint-Malo. Le « vieux Saint-Malo » se dresse devant nous, au-delà des remparts. (Nous apprendrons de notre serveur au Novotel, en soirée, que les bombardements des Allemands avaient détruit une bonne partie et que l’on a pu reconstruire grâce aux sous des GI américains.) Dans la cathédrale, une plaque au plancher nous rappelle que c’est là que s’est agenouillé Jacques Cartier pour demander la bénédiction avant de partir à la découverte d’on sait quoi! Une deuxième note fait référence à la visite d’Honoré Mercier, en 1891, alors premier ministre du Québec. Le Canada et le Québec inséparables sur le plancher de la cathédrale de nos découvreurs. Fascinant! – Saint-Malo nous fait mieux comprendre pourquoi le Vieux-Québec et le Vieux-Montréal ont l’air de ce qu’ils ont l’air. Notre serveur nous dit que Dinan est encore plus beau. Faudra revenir dans quelques années.

Carnets de voyage : France – 1 au 16 octobre 1999

Première partie : du 1er au 4 octobre. Ce voyage de 15 jours nous a menés de Paris à Rennes, Nantes, Bordeaux, Orléans, puis retour à Paris.

1er octobre — Jour de départ. Avion retardé d’une heure à Mirabel. Une lumière s’était allumée au moment du départ et le pilote ne voulait pas prendre de chance. Nous sommes quatre dans la section Club Transat. Nous passons notre temps à boire ou à manger. Sommeil difficile sinon impossible. Film à l’affiche : « Tea with Mussolini ». Vu à yeux mi-fermés.

2 octobre — Nous apercevons le lever du soleil vers 3 h 25 heure d’Embrun. Malgré l’heure de retard, nous arrivons à l’heure prévue à l’aéroport Charles-de-Gaulle : 11 h 45 heures de Paris. Valises endommagées par Air Transat. Il pleut et il pleuvra le reste de la journée. Souper aux moules au Bistro du vivier. Arrêt au Shopit pour Badoit et pommes. Bel hôtel, mais notre chambre 413 est très petite. Salle de bains aussi grosse que la chambre! Dodo à 21 h 30… très fatigués.

3 octobre — Petit-déjeuner à l’hôtel Le Bourdonnais. Marche vers l’Île de la Cité; grand détour dans le sens contraire d’où nous voulons aller. Nous nous en apercevons à temps… Nous tournons en rond et nous nous retrouvons aux Invalides. Déjeuner au café La Corona. – Nous sommes ensuite allé visiter la Sainte Chapelle dans la cour du Palais de Justice. Chapelle construite par Louis IX au temps de la septième Croisade. Une série de 15 vitraux géants, hauts de quelques étages et qui racontent l’histoire religieuse depuis la Création jusqu’au règne de Louis IX. Indescriptible! L’accès est aussi difficile qu’à l’aéroport. Rayons-X pour les sacs, senseurs pour les métaux. Quelques gendarmes sur place. La Sainte Chapelle a une valeur historique et artistique inestimable. Faut voir pour croire. Impossible de prendre des photos de l’extérieur. Pas de place entre les murs du Palais de Justice. – Sur le chemin de retour à l’hôtel, pause dans le Quartier Latin à un salon de thé dont j’ai oublié le nom « La fleur de… »; 150 F pour deux thés et deux morceaux de gâteau au chocolat. À l’hôtel, nous réservons pour lundi soir au restaurant « La Cantin des Gourmets », voisin de notre hôtel du 7e arrondissement. – En soirée, nous mangeons au restaurant Le Tourville. Le serveur dit nous reconnaître de notre dernière visite en 1993. Il se vante de sa mémoire des clients; il est là depuis 24 ans. Il avait raison. Nous avions alors pris place à la terrasse. Nous avons été fascinés par les camions de La Poste, toutes grosseurs, qui empruntaient alors l’une des cinq rues qui rayonnaient en face, dont le rue de notre hôtel. Nous conversons avec des retraités américains, voisins de notre table. Les deux avaient savouré le cassoulet du Tourville et nous leur avons demandé leurs impressions. Des gens de Los Angeles qui en étaient à leur quatrième visite au Tourville. Sa femme et l’époux de sa « compagne de repas » n’avaient pas faim et étaient restés à l’appartement qu’ils avaient loué pour deux semaines. Les deux couples s’en allaient ensuite en Normandie. Je mange une entrecôte, frites et Louise, une super salade au canard, au foie gras, aux gésiers confits, etc.

4 octobre — Après le petit-déjeuner à l’hôtel, début de la marche vers les Champs-Élysées. Apparence de pluie… rien de nouveau. Nous visitons quelques boutiques. Beaucoup de belles choses. Nous achetons un petit pyjama de toute beauté pour le bébé qu’attend notre fille Dominique. – Déjeuner au café Vesuvio, à deux pas de l’Arc de triomphe, où nous nous rendons par la suite. Pas question de monter les escaliers pour nous rendre au sommet. Nous nous contentons d’admirer par en-dessous. Je prends de nombreuses photos des divers éléments de l’Arc. Nous empruntons ensuite la rue du Faubourg St-Honoré. Nous ne savons pas que c’est rue de l’Élysée, la résidence du président Chirac. La présence des gardes et des gendarmes nous le rappelle. À côté, ce sont les grands couturiers : Versace, Cardin, Saint-Laurent, Azzaro, Lacroix… très impressionnant. Dans la vitrine d’une bijouterie, des bijoux à près d’un demi-million de francs… près de 100 000 $ canadiens. Pour nos yeux seulement! – La pluie quotidienne s’annonce et nous nous réfugions au café de l’Ambassade. Nos voisins de la table d’à côté… encore des Américains. Après les visiteurs de Los Angeles, la veille, ce sont cette fois des gens de la côte est… Cape Cod, Massachussetts. Nous remémorons nos vacances à Ogonquit en 1997. – En prenant des photos de l’Élysée, je note que la caméra est déréglée. Je crois avoir pris un film au complet en mode « focus manuel » au lieu d’automatique. Je croyais que c’était mes yeux ou mes lunettes. Les photos de la Sainte Chapelle seront donc hors foyer. Malheur!!! Erreur de caméra remarquée à temps pour la « visite » de Sculpture 2000. Des créations « modernes » des deux côtés des Champs-Élysées, entre le Grand Palais et la Place de la Concorde. Heureusement, la pluie est arrêtée. – Nous voyons l’autoroute qu’a empruntée Diana le fameux soir… – Nous chronométrons le temps qu’il faudra pour me rendre de notre hôtel à l’Esplanade des Invalides, pour aller chez Hertz au terminal Air France, et y chercher l’auto de location demain matin… Quinze minutes plus ou moins. – Il est 19 heures. Nous nous préparons pour notre soirée à La Cantin des Gourmets. (Entre parenthèses, nous avons vainement tenté de téléphoner à Embrun d’un appareil public aux Champs-Élysées. Peine perdue. France Telecom n’accepte plus Visa et n’accepte pas les cartes de Bell dans les boîtes publiques.) – Il est 22 h 30. Nous revenons d’une courte marche de cinq minutes voir la tour Eiffel illuminée, après l’un des meilleurs repas gastronomiques jamais pris, avec la facture appropriée de 1255 francs. Au menu « surprise » du chef… a) potage Parmentier. Nous laissons le sommelier choisir le vin d’accompagnement étant donné que nous ne savons pas ce que nous dégusterons. Sa suggestion : un Saint-Véran, blanc de Bourgogne. Pavé de saumon accompagné d’un roulé de calmar et de haricots blancs et de lardons dans une sauce au coco. Avant, nous avions savouré des raviolis aux langoustines assaisonnés de ciboulette. Le vin rouge arrive : un Château Haut-Veyrac, Saint-Émilion, pour accompagner un plat de pigeonneau, accompagné de foie de pigeon en pâté et d’une fricassée de champignons et de légumes émincés confits. Pour dessert, un plat de prunes, d’un biscuit au gingembre chaud et caramélisé, avec glace maison et coulis de prunes. Avec la tisane aux cinq saveurs, trois délices, dont un au chocolat, un fourré au caramel et un de feuilleté sucré. La facture : dans un écrin d’argent sculpté, fond de velours noir! Un repas inoubliable. Jardin de rocaille agrémenter la table. À la table du coin, un « sugar daddy » avec sa jeune maîtresse. Louise note qu’elle prend soin de lui, puisque vers le milieu du repas, elle lui donne sa pilule… si ce n’est pas de la nitro, c’est du Viagra!

Série de carnets de voyage

Je commencerai à publier demain les carnets de voyage que j’ai accumulés au fil de nos voyages. Il faudra retenir qu’ils ont été rédigés pendant les voyages, au jour le jour. Il importera donc de tenir compte du passage du temps. À noter aussi que ce sont des observations personnelles. J’espère que vous apprécierez ces coups d’œil sur d’autres pays ou régions du Canada.

Je publierai ces carnets sous forme de feuilleton. En d’autres mots, il faudra revenir « au même poste » pour poursuivre leur lecture. Sinon, chacun serait trop long.

Portraits d’objets : opus 5

Ce portrait remonte à la mi-juillet 1995. J’ai adapté la deuxième phrase du dernier paragraphe pour tenir compte du passage du temps.

Il est là devant moi. Il contient toutes les idées du monde et de tous les temps. Les idées de l’avenir y sont là. Éparpillées, d’accord, mais elles sont là. Mon objet ne le sait tout simplement pas.

Tous les mots du français, de l’anglais, de l’italien, de l’espagnol, de l’allemand, du hongrois, sont là. Dans toutes leurs variantes. Dans toutes leurs significations. Il suffit de savoir comment les trouver. Parce que mon objet est le désordre total.

Encore là, c’est une façon de s’exprimer. Bien que les mots et les idées y soient dans le désordre, l’objet lui-même est symbole d’ordre. Avec lui, impossible de s’y tromper. Sa présence, son apparence, trahit immédiatement sa raison d’être. Avec lui, pas d’obstination. Qu’on lui tape dessus heure après heure, jour après jour, semaine après semaine, année après année, il abandonne rarement.

Mais il n’accepte pas qu’on le maltraite durement. Il déteste la saleté. En fait, il est plus facile de sortir les mots et les idées de lui si on le frôle légèrement. Et plus on le touche rapidement, plus il réagira rapidement. Il est, en fait, l’extension de celui ou de celle qui y appose ses doigts.

Dans la société d’aujourd’hui, mon objet est omniprésent. Que ce soit à la maison, au bureau, à l’usine, à l’hôpital, à l’école, et même chez le mécanicien du coin, mon objet est rapidement devenu essentiel. On ne peut tout simplement plus se passer de lui. Malheureusement, il n’éprouve aucun sentiment, bien qu’il réagisse toujours quand on fait appel à ses services. Sans rouspéter. Sans se plaindre de la charge de travail. Parfois malade, mais rapidement remis sur pied. Et il sait qu’il n’est pas irremplaçable.

Mais il est là. Il aime communiquer. Il est le prolongement du créateur de mots et d’idées. Mais il est foncièrement idiot. Vous le touchez un peu trop à gauche et vos idées deviennent uswwa; un peu à droite, ces idées deviennent ofrrd; un peu en bas, et c’est kcddx.

Sa version originale se retrouve déjà dans les musées des sciences de l’homme. La nouvelle version se transforme elle aussi. On l’adapte de sa forme traditionnelle à une forme dite plus ergonomique. Un grand mot. En fait, on veut qu’il puisse plus facilement sortir les mots et les idées quand l’humain le caresse de ses doigts.

Dans mon cas, il est beaucoup plus qu’un simple objet. Depuis maintenant quarante-cinq ans, il est le prolongement de mon être et de ma personnalité. Il trahit souvent mes sentiments. Il véhicule mes idées et mes opinions. Il vous fait rire et vous fait réfléchir. Même aujourd’hui je fais attention en lui tapant dessus. Que je l’aime mon c-l-a-v-i-e-r.

Une lettre

Celui-ci remonte au 5 juillet 1985. Ma mère est décédée en 1994, quand le World Wide Web est devenu grand public. Elle n’a pas connu l’existence du courriel qui nous unit aujourd’hui et qui a remplacé malheureusement la lettre dont elle parle. Par contre, ma femme est abonnée aux Lettres de Martha de l’écrivaine québécoise Marie Laberge. Aux deux semaines, elle reçoit cette lettre que Martha lui adresse; je la lis religieusement. Il paraît que nous sommes 42 000 à recevoir les lettres de cette grand-mère créée par Marie Laberge, dans une vraie enveloppe avec un vrai timbre et livrée par la poste.

Ce sont les mots de notre cœur
Que nos doigts tracent sur le papier,
Ces mots doivent être tout en douceur
Car nos pensées y sont enfermées.
Ça peut être des confidences
Allant vers des pays lointains,
Une communication en silence
Qu’on échange, ça fait du bien.

Une lettre, c’est un cadeau gratuit
Qu’on expédie à ceux qu’on aime,
L’absent nous manque et le temps fuit
On peut donc lui parler quand même.
Pas besoin de style recherché
Il faut de la simplicité avant tout
Un tout petit bout de papier
Apporte de la joie loin de nous.

Une lettre peut être surtout
Comme un ciment qui réunit
Les familles dispersées partout
Qui s’ennuient et même s’oublient.
Écrire c’est bon pour les jours de pluie
Et pour les jours de grand soleil,
Pour dire à ceux à qui ont écrit
Des mots tendres et doux comme le miel…