La politesse est-elle disparue de notre société?

À l’émission de Christiane Charette de ce matin du 20 janvier, une longue discussion intéressante sur les « mots » ou les « maux » courants. À la toute fin, la panéliste Denise Bombardier a souhaité le retour de la « politesse » dans notre société.

C’est vrai qu’être poli n’a plus la même importance que dans ma jeunesse. Mais notre société a changé depuis. Vous aurez remarqué que je n’ai pas utilisé le mot « évolué » pour décrire notre société, parce que dans le contexte de la politesse, je ne suis pas sûr que l’on puisse parler d’évolution.

Quoi qu’il en soit, la question porte à réflexion. L’encyclopédie en ligne Wikipédia la définit ainsi :

Elle demeure un ensemble de règles acquises par l’éducation. Elle comporte une double finalité : faciliter les rapports sociaux en permettant à ceux qui en usent d’avoir des échanges respectueux et équilibrés ; faire la démonstration de son éducation et de son savoir-vivre. Au cours des siècles, certaines règles de politesse se sont figées alors que d’autres évoluaient. De tous temps, des auteurs ont formalisé et rassemblé ces règles dans des traités dits « de civilité » (autrefois) ou « de savoir-vivre » (aujourd’hui).

La politesse se traduit tous les jours par l’utilisation de certains termes comme bonjour, au revoir, bienvenue, s’il vous plaît, ou merci, et par des attitudes spécifiques : sourire à qui vous parle, adapter sa tenue aux circonstances…

Vous aurez remarqué que le discours « poli-tique » est devenu un exemple flagrant d’impolitesse. Si c’est bon pour les leaders politiques, c’est forcément bon pour ceux et celles qui les élisent; oui ou non?

Au magasin, on se bouscule pour devancer la personne devant soi. Les portes s’ouvrent souvent seules; donc, on a pris l’habitude de ne plus ouvrir la porte pour la personne qui nous suit là où elles ne sont plus automatiques.

Je pourrais m’éterniser, mais vous aurez assurément fait les mêmes constatations.

L’âge d’or

Pour rester dans le même thème du vieillissement, voici ce que je crois être le premier poème que ma mère avait pondu, en août 1984, après notre conversation à l’hôpital. Elle avait eu 80 ans le 3 juillet précédent. Elle y fait référence à ses arrière-petits-enfants. Il m’arrive souvent de songer à elle et à mes quatre petits-enfants. Mon Dieu qu’elle les aurait adorés! Le titre, encore une fois, est le sien comme ce sera toujours le cas quand je vous en offrirai un. En passant, vous remarquerez qu’il s’agit d’un acrostiche à partir de ses prénom et nom.

C’est merveilleux avoir quatre-vingts ans!
Est-ce que l’on pense à ce qu’on a vraiment?
C’est en tout cas, avoir plus de sagesse,
Infiniment mieux, qu’avoir la richesse.
Les jours s’enfuient, les bons moments aussi,
Et l’on voit la famille qui s’agrandit,
Faire le compte des arrière-petits-enfants,
Il en arrive presqu’à tous les ans,
Les voir grandir, parler de leur avenir
Illumine nos plus précieux souvenirs.
Oublier nos peines, même nos cheveux blancs,
N’est-ce pas ainsi que l’on vieillit doucement?

Portraits d’objets : opus 2

Rédigé vers le 22 juin 1994.

Les Romains, les Grecs, les Égyptiens, les descendants des Mayas protègent leurs ruines. Ce sont les symboles «spectaculaires» de leurs grandes civilisations millénaires.

Notre civilisation nord-américaine se mesure encore en siècles. Nos ruines, nous les rasons. De toute façon, il n’y en a pas beaucoup de grande valeur.

Il y a pourtant de ces ruines que nous semblons chérir. Je vous en dessine d’ailleurs un portrait. Elles sont là, en pleine nature, attendant que les archéologues du XXIIesiècle les brossent de leurs poussières pour révéler les secrets de leur époque.

Ces ruines sont le symbole du XXesiècle. Certains s’y réfèrent comme étant des carcasses. Une carcasse, c’est charnel; une ruine, c’est matériel. Il n’y a pas de vie dans celle que je vous décris. Quoiqu’elle ait servi à porter l’être humain.

Pourtant son cœur nous a rapprochés. Et plus nous lui avons appris à battre plus vite, plus il réduisait l’éloignement.

Dans certaines occasions, ces ruines sont dépouillées de tout. Marquées de signes du passage du temps. Reflétant les abus d’une race insouciante. Les Antiques érigeaient des monuments à leur civilisation, pour qu’ils durent éternellement. Nos ruines n’ont pas vécu longtemps. Elles ne vivent pas longtemps.

Mais c’est ce qui nous reste. Sur la route de Percé, l’autre jour, j’en ai vues des centaines, sinon des milliers, qui jonchaient le paysage. (Je ne les ai pas comptées, il y en avait trop.) Ce ne sont pas symboles de grandeur. Mais symbole de déchéance. De négligence. Une insulte à la Nature.

J’oserais dire une insulte à l’être humain que nous sommes. J’avoue ne pas comprendre pourquoi nous y laissons ces ruines… ces «carcasses» de vieilles automobiles abandonnées.