Contributeurs : Souvenirs

Par Alain Guilbert

Mon ex-collègue et toujours ami Jean-Maurice Filion produit un blogue personnel depuis maintenant deux semaines. Des textes bien intéressants et écrits d’une main (ou devrais-je dire d’une plume!) de maître. Jean-Maurice possède l’extraordinaire talent de maîtriser non seulement la langue française, mais également la langue anglaise, ce qui en faisait un fameux directeur des services linguistiques à Postes Canada, là où je l’ai connu. Ses textes sont de véritables bijoux d’écriture.

Il m’est arrivé de commenter certains de ses écrits sur son blogue que je reçois avec beaucoup de plaisir. À la suite d’un de ces commentaires, il m’a invité à joindre son blogue plutôt que d’en démarrer un par moi-même, ce qui enrichirait le sien (m’a-t-il dit… même si j’en doute encore) et qui m’éviterait les problèmes d’en créer un moi-même. J’ai donc accepté son invitation et me voici aujourd’hui pour la première fois, en souhaitant que ce ne soit que le début d’une longue et fructueuse collaboration.

De quoi vais-je parler? D’abord de souvenirs personnels, mais aussi des médias, un domaine qui m’a passionné pendant plus de 45 ans de vie professionnelle et qui me passionne encore autant, même si je suis à la retraite depuis plus de cinq ans. Bien sûr, je me réserve la possibilité d’aborder d’autres sujets. N’est-ce pas la grande qualité d’un blogue, celui de nous ouvrir toutes les portes sans exception et de nous donner la liberté absolue.

Mon premier texte s’inscrit dans ce que j’appellerais le volet « souvenirs ».

Nous sommes tous confrontés à des événements que nous n’oublierons jamais, des événements qui ont marqué notre vie d’une certaine façon, des événements dont non seulement nous nous rappelons, mais qui nous rappellent aussi l’endroit ou le contexte où nous nous trouvions lorsqu’ils se sont produits.

L’assassinat de John Kennedy en novembre 1963 en est un parfait exemple. Tous ceux et celles qui sont assez âgés se souviennent de cet événement historique, de l’endroit où ils se trouvaient au moment où il est survenu, des sentiments qu’ils ont éprouvés à cette occasion.

Parmi ces évènements « marquants », du moins pour moi, je pourrais mentionner la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Montréal le 17 juillet 1976, les premiers pas de l’homme sur la lune à l’été 1969, le premier match de la série de hockey du siècle entre le Canada et l’Union Soviétique en 1972, match auquel j’ai eu le privilège d’assister, le but vainqueur de Paul Henderson à la fin du 7e match de cette même série, but que j’ai vu à la télé, comme tout le monde, l’attentat contre les tours du World Trade Center un certain 11 septembre, mon premier saumon capturé en juillet 1984, sans oublier mon mariage le 10 juillet 1965 et la naissance de mes enfants le 4 juillet 1967 et le 28 novembre 1969, etc.

Hier, c’était l’anniversaire de l’un de ces événements qui m’ont marqué… En effet, c’était il y a 25 ans, le 28 janvier 1986, que la navette Challenger explosait en plein ciel, quelques secondes après son départ, entraînant dans son sillon la mort de sept astronautes, dont cinq hommes et deux femmes. C’était la première fois que les Américains perdaient des astronautes en plein vol. Il y avait eu précédemment quelques pertes de vie au sol, mais jamais en vol.

J’étais alors rédacteur en chef du Soleil, à Québec, et j’étais fasciné depuis toujours par les étapes de la conquête de l’espace, par la lutte que se livrait les Américains et les Soviétiques pour s’assurer la suprématie de cet espace à peu près inconnu. J’étais « accro » au lancement des fusées, particulièrement depuis le débarquement sur la lune plus de 15 ans auparavant. À cause de mes fonctions, j’avais droit à un poste télé dans mon bureau, ce qui constituait un privilège à l’époque. Aujourd’hui, tout le monde a une télé dans son bureau, mais ce n’était pas le cas il y a un quart de siècle. J’avais donc ouvert l’appareil télé  pour garder un œil sur le départ du Challenger vers le ciel. Quelques secondes après le « take off » qui semblait bien normal, un immense feu d’artifice est apparu dans le ciel. Il n’aura fallu que quelques secondes pour réaliser l’ampleur du drame: la fusée venait d’exploser, entraînant dans la mort les sept astronautes à bord. Aussitôt, j’ai invité les collègues à me rejoindre dans mon bureau pour voir le drame de leurs propres yeux. Nous étions tous stupéfiés, tout comme les animateurs télé, incapables eux aussi de comprendre ce qui venait de se produire. Malgré les dizaines et dizaines de reprises du drame tout au long des heures, nous demeurions rivés à la télé, pétrifiés par l’ampleur du drame… jusqu’au moment où il a bien fallu se mettre au travail pour préparer l’édition du journal du lendemain et prévoir la place et le contenu que nous donnerions à cet événement qui s’inscrivait dès lors comme la page la plus triste de l’histoire de la NASA.

Et voilà… j’aurai sûrement l’occasion de revenir sur d’autres événements qui sont inscrits pour toujours dans ma mémoire depuis le moment où ils se sont produits.

Contributeurs invités

Un blogue s’inscrit dans le contexte des nouveaux médias. Un média traditionnel comprend des textes de journalistes-maison, mais aussi de contributeurs externes qui soumettent leurs textes ou qui sont invités à le faire. Après avoir consulté l’excellent blogue professionnel de Pierre Duhamel, j’ai trouvé que mon blogue amateur s’enrichirait de telles contributions. J’ai invité un ami, lui aussi ayant accumulé un long bagage d’expériences dans les médias traditionnels, à participer à mon blogue. Il a accepté l’invitation avec joie. Il devient donc mon premier contributeur et j’espère que ce sera le premier d’une série. Vous retrouverez leurs textes sous le titre « Grands thèmes » de la colonne de droite, en fonction de leur prénom. Dans le cas présent, le thème de mon premier contributeur s’intitulera « Par Alain ». Bonne lecture!

Carnets de voyage : France – 1 au 16 octobre 1999

Deuxième partie : 5 et 6 octobre.

5 octobre — La journée commence mal. Au comptoir d’Hertz, attente de 45 minutes. Mon dossier n’avait pas été créé et la jeune fille qui s’occupait de moi semblait nouvelle et en formation. J’y oublie le bon d’échange pour l’hôtel, en date du 14, pour notre retour à Paris. Entre temps, Louise attend toujours dans le hall de l’hôtel. Chez Hertz, on compense en me louant une Mercedes Benz… ni plus, ni moins. Quelques minutes pour figurer tous les boutons-poussoirs. Retour à l’hôtel pour chercher Louise et les bagages. Il est 12 h 20. J’étais parti à 11 heures. L’hôtesse nous donne de bonnes indications pour sortir de Paris et nous diriger vers Rennes. – Nous nous égarons le long de la Seine et devons rebrousser chemin pour retrouver la route. Nous devrons faire le même exercice un peu plus loin à Sèvres. Nous continuons sur l’autoroute (145 FF de péage finalement) jusqu’à Rennes. Plus loin que prévu… cinq heures de route. Nous passons à Chartres et Le Mans sans rien voir… trop vite. Je roule à 145-150 km/heure au volant de la Mercedes E-2000… dans la voie de droite. – Arrivée à Rennes vers 17 h 30… léger détour comme nous avons fait en sortant de Paris. Le Novotel est superbe comme tous les Novotels. Nous décidons de prendre la soirée pour reposer nos jambes. Nous nous rendons au Centre commercial de l’Alma. Nous trouvons deux livres et Louise s’achète un sac à dos pour remplacer le sien, trop pesant à porter. Retour au Novotel pour dîner (vers 20 h 30). Une salade aux tomes, au jambon de Bayonne et à la mozzarella. Sélection de fromages pour dessert : Crottin de Chavignol, fromage de chèvre cendré, Colonel Livarot au goût prononcé. – Sous l’effet de la Kronenbourg 1024 et des 50 cl de blanc, Louise rit de moi! Je prends la décision de consigner mes souvenirs, mes impressions, mes observations, le jour de la naissance du bébé de Dodo… En rédigeant ce journal de voyage, j’ai pris le goût d’écrire un journal un peu à la manière des mémoires de Jean-Paul Desbiens, que je lis, par bribes, depuis plusieurs années déjà. Louise et moi on se rappelle pourquoi on s’aime tant!!!

6 octobre — Début d’une journée qui s’avérera très intéressante. Nous sommes maintenant des habitués de la route. Nous empruntons la Rocade ouest, direction Mont St-Michel. Nous y arrivons moins d’une heure plus tard, en passant de magnifiques petits villages ruraux à l’architecture photographique. Nous traversons un petit village du nom de Tremblay. (Note du blogueur : Tremblay est le nom de mon gendre.) Nous y pensons trop tard, mais il aurait fallu photographier au moins la pancarte d’accueil. Nous nous croyons en Bretagne, mais nous sommes plutôt au bout de la Normandie. – La splendeur du Mont St-Michel nous apparaît à l’horizon, bien avant que nous arrivions au stationnement. Les images ne rendent pas justice à ce monument de l’humanité. Nous y passerons finalement près de quatre heures, à grimper des centaines de marches. Le niveau du bas est une véritable ruelle de boutiques et de restaurants (on y entend le tube populaire « Mambo number 5 »), mais le niveau de l’abbaye est du genre « faut voir pour croire ». Nous nous arrêtons à l’église paroissiale Saint-Pierre, où nous allumons deux lampions à saint Michel aux intentions de Dominique et de Jean-François. Nous sentons la présence de plus de dix siècles d’histoire. Le Mont était déjà un sanctuaire même avant l’époque du roi Arthur et des Croisades de Louis IX (ce roi qui a fait construire la Sainte Chapelle de Paris), même si l’abbaye actuelle n’a que quelques siècles. – Nous arrivons à la basilique abyssale à temps pour la messe quotidienne de 12 h 15. Le célébrant, un bénédictin, est aidé d’un moine dominicain et d’une religieuse (bénédictine?). À eux trois, ils font vibrer la basilique de leurs voix « sublimes ». Nous sommes à peine une douzaine dans le chœur avec le célébrant. Le bénédictin avait fait remarquer dès le départ que ce n’est pas le nombre qui compte. Il a noté que nous représentions toutes les communautés catholiques de nos pays respectifs. Le cloître, le réfectoire, le scriptorium, etc., les salles se suivent et éblouissent. Et dire que du temps de la Révolution, on en avait fait une prison puisque les ordres religieux étaient interdits en France. – En redescendant, notre appétit est aiguisé et nous nous arrêtons aux Terrasses Poulard. Louise savoure une salade océane et une brochette de volaille moins savoureuse. Je déguste une assiette de crevettes (36) et des moules/frites. – Nous nous dirigeons ensuite vers Saint-Malo à 50 km de là. Nous sortons de la Nationale et nous nous y rendons par la côte. Un petit village n’en attend pas un autre. Nous atteignons le port de Saint-Malo. Le « vieux Saint-Malo » se dresse devant nous, au-delà des remparts. (Nous apprendrons de notre serveur au Novotel, en soirée, que les bombardements des Allemands avaient détruit une bonne partie et que l’on a pu reconstruire grâce aux sous des GI américains.) Dans la cathédrale, une plaque au plancher nous rappelle que c’est là que s’est agenouillé Jacques Cartier pour demander la bénédiction avant de partir à la découverte d’on sait quoi! Une deuxième note fait référence à la visite d’Honoré Mercier, en 1891, alors premier ministre du Québec. Le Canada et le Québec inséparables sur le plancher de la cathédrale de nos découvreurs. Fascinant! – Saint-Malo nous fait mieux comprendre pourquoi le Vieux-Québec et le Vieux-Montréal ont l’air de ce qu’ils ont l’air. Notre serveur nous dit que Dinan est encore plus beau. Faudra revenir dans quelques années.