Une incitation à abandonner le chauffage à l’huile

« Obtenez jusqu’à 800 $ pour vous aider à abandonner le chauffage à l’huile. » C’était le titre d’une grande publicité publiée dans Le Carillon du 10 juin 1981 et qui reflétait bien le contexte du temps, celui de la crise de l’énergie. « Autrefois, le pétrole était abondant et peu coûteux, et beaucoup de Canadiens avaient recours à cette source d’énergie pour chauffer leurs demeures. Mais aujourd’hui, les sources de pétrole sont plus incertaines, et l’huile à chauffage coûte de plus en plus cher. Il importe donc que nous nous tournions vers des énergies renouvelables, ou à tout le moins vers des énergies qui abondent chez nous. L’une des pierres d’angle du Programme énergétique national, le Programme canadien de remplacement du pétrole vise à promouvoir l’utilisation de sources d’énergie que le Canada possède en grande quantité, et ainsi à amoindrir notre dépendance à l’égard du pétrole. Il a pour but d’aider les propriétaires de maison, d’un bout à l’autre du pays, à réduire à 10%, d’ici 1990, la part qu’occupe l’huile à chauffage dans la consommation énergétique totale des résidences. (…) Fondamentalement, dans le cas des particuliers, le programme prévoit ceci : une subvention égale à 50 pour cent des frais de remplacement de votre système de chauffage à l’huile par un système utilisant le gaz naturel, l’électricité, le propane ou des sources d’énergie renouvelables, telles le bois et le soleil, et ce, jusqu’à concurrence de 800 $. La subvention est imposable. » Plusieurs années plus tard, on nous dira de réduire notre consommation d’électricité et, à toutes fins utiles, le chauffage au bois est déconseillé à cause de la pollution.

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Gilles Léger était originaire de Cornwall et était devenu l’adjoint du directeur-gérant des Nordiques de Québec, Maurice Filion. Il avait été le conférencier invité au 16e banquet sportif annuel du Club Lions d’Alexandria et il en question dans le journal du 10 juin 1981. Le banquet avait eu lieu le lundi soir et le samedi précédent, Marian Stastny, « l’aîné des trois talentueux hockeyeurs tchèques, a foulé le sol canadien ». La défection de ses deux frères, Peter et Anton, avait fait les manchettes l’année précédente et la direction des Nordiques avait tout fait pour négocier avec les autorités tchèques. Le reste, pour reprendre le cliché, fait partie de l’histoire.

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Il y a longtemps que les Franco-Ontariens attendaient une telle nouvelle. Dans le journal du 13 juin 1981, on peut lire en effet que « le palais de justice de L’Orignal a été la scène, mercredi et vendredi de cette semaine, d’un précédent dans les annales juridiques ontariennes. La Cour a tenu son premier procès civil devant jury, avec les délibérations entièrement dans la langue française. C’est le juge Robert Cusson, de la Cour du comté, qui a présidé les audiences, après que les parties eurent consenti, par écrit, à ce que tout déroule en français. Une telle procédure n’est pas prévue par la loi ontarienne présentement, mais un juge peut accepter si les parties concernées y consentent. Le juge Cusson a déjà présidé des audiences en français, devant juge seulement, mais c’est la première fois que cela se fait en présence d’un jury dont les six membres sont francophones. La cause était un cas de poursuite en dommages et intérêts conséquente à un accident d’automobile. »

Une affaire de famille depuis 100 ans

Un bureau de poste de générations en générations. Une telle chose ne pouvait se produire qu’au Canada rural, où c’était monnaie courante. Dans Le Carillon du 30 mai 1981, un article retrace la carrière de Thérèse Pilon, la maîtresse de poste de Ste-Anne-de-Prescott et la « sixième d’une famille qui dirige le bureau de poste depuis 100 ans ». Le directeur du district de l’est ontarien pour le ministère des Postes lui avait remis un certificat pour souligner le centenaire de ce bureau de poste. Elle-même était maîtresse de poste depuis 21 ans. Elle occupait cette fonction depuis le 17 décembre 1959. Elle était la descendante du premier maître de poste, Robert Brassard. « Le premier mars 1880, celui-ci mit en opération un bureau de poste dans un minuscule petit village, ou plutôt poste de commerce, appelé Beaver Creek, à environ deux milles à l’ouest du village actuel de Ste-Anne-de-Prescott. Robert Brassard, grand-père de Thérèse Pilon, devait être maître de poste pendant l’incroyable total de 54 ans, un record dans la région de l’avis du directeur de district du ministère des Postes, Pierre Poulin. Le pionnier des postes à Ste-Anne-de-Prescott est venu s’établir dans ce village en 1883, dans un édifice situé chemin de comté numéro 14. (…) Lorsqu’il prit sa retraite en 1934, son fils Albert Brassard lui succède. Il fut le premier d’une série de descendants du pionner à prendre la relève. Après Albert Brassard, les maîtres de poste furent Arthur Brassard (1942-1944), Elizabeth Brassard (1944-1956), Thérèse Fournier (1956-1959) et Thérèse Pilon. »

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L’organisation d’un festival ou d’un grand rassemblement sous-entend une multitude de ressources. Charles Burroughs parle d’un en particulier dans sa chronique du 3 juin 1981.

« Qu’est-ce qui, selon vous, nécessite, dans un terrain vaste et vague, 6 km de clôture, 125 agents de sécurité, 100 bénévoles, 12 infirmiers, 75 salariés, 11 roulottes, 4 tentes, 9 scènes, 1 chapiteau et 103 voyages de sable? Si on y ajoute 6 tonnes de papier, 42 000 hot dogs, 10 000 affiches, 25 000 watts de son, 200 000 watts d’éclairage, 6 000 chaises, 1 montgolfière, 138 projecteurs, 123 km de fils électriques, 16 lignes de téléphone, 14 tondeuses à gazon et 52 lampions pour le beau temps, il est évident que l’on parle de la deuxième édition de La Grande Virée, qui a remporté un succès incalculable à Lachute l’été dernier. Ces statistiques sont contenues dans un communiqué de presse que les dynamiques organisateurs ont fait parvenir aux médias en prévision de l’événement qui se déroulera du 23 au 26 juillet prochain où 80 00 spectateurs attendus verront et entendront 90 spectacles, 125 chanteurs et musiciens, 40 danseurs, 32 comédiens, 40 amuseurs publics, 60 artisans et un chien savant. »

Le projet de Gilbert Rozon… avant qu’il ne mettre à rire!

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Un petit entrefilet comique dans le journal du 6 juin 1981. Je ne répète pas les noms de famille qui s’étaient quand même retrouvés dans l’article en question.

« Un couple de Hawkesbury, qui s’était marié dans la journée de lundi, a choisi de passer sa lune de miel au poste de la Sûreté municipale de Hawkesbury… dans deux cellules voisines mais distinctes. Gérard et Janine s’étaient mariés en avant-midi et avaient célébré toute la journée jusqu’au moment se cherche abri vers 22 h. Sans logement et presque sans argent, le couple a eu l’heureuse idée de se rendre au poste pour y demander hospitalité, à un endroit habituellement peu populaire. D’abord surpris par la requête, l’agent de faction ce soir-là s’est finalement apitoyé sur le sort des nouveaux mariés leur prêtant l’hospitalité des cellules pour cette nuit de noces. L’agent a avoué qu’il a donné quelques coups de balai dans chacune des cellules avant de prier les locataires d’entrer à leur appartement d’une nuit. Les nouveaux mariés sont repartis tôt le lendemain matin sans commenter et sans demander leur reste. »

Un train léger via Hawkesbury

Je vous parle souvent de tous ces beaux projets grandioses que promettaient des gouvernements ou des entreprises privées. Dans Le Carillon du 20 mai 1981, c’est de tout un projet dont il est question. « Le projet du service de train LCR entre Montréal et Toronto, de Via-Rail, et qui passerait dans la région entre Vankleek Hill et Hawkesbury, en passant par-dessus la rivière des Outaouais, en est à l’étape de projet et attend le feu vert du gouvernement fédéral. » Ce train léger, confortable, rapide (LCR) permettrait de franchir le trajet à la vitesse de 220 km à l’heure. « Le tracé en ébauche va d’un tunnel sous le Mont-Royal, traverse la région de Deux-Montagnes, raccorde le service à Mirabel, compte sur un à l’est de Hawkesbury sur la rivière des Outaouais, et va rejoindre la ligne du Canadien Pacifique entre Vankleek Hill et Ottawa, pour ensuite aller vers Toronto. » Un beau rêve d’un milliard de dollars et de dix ans qui ne verrait jamais le jour.

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Ce n’est pas la bonne nouvelle que les anciens employés de l’école Champlain d’Alfred attendaient. Dans le journal du 20 mai 1981, on apprend que « seulement 9 des 72 employés de l’école sont transférés au collège de technologie agricole et alimentaire ».

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Si je comprends bien ce texte vieux de 31 ans et rédigé par une certaine Aline Champagne, toutes ces contraintes que l’on nous impose afin de redresser l’économie n’aboutissent finalement à rien. Lisez ce texte du 23 mai 1981 en tenant compte du contexte de 2012… Ce n’est pas encourageant!

« L’industrie, les conseils de ville, les instances sociales et scolaires ferment la main année après année. Les journaux, la radio, la télé nous parlent chaque jour de coupures budgétaires, de restrictions de fonds. Combien d’entre nous serrons les doigts devant le cauchemar de l’insécurité ou de rationnement? Serait-ce que le monde de consommation est en train d’éclater?

Mais on vit d’espoir. Ne sommes-nous pas dans la zone favorisée de la planète? Le gouvernement va quand même finir par réussie à nous équilibrer un budget. La terre, l’univers aussi sont féconds; on n’a pas fini de l’explorer, de l’exploiter. Et la course au chacun pour soi continue. Nos mains sont tendues vers la corne d’abondance qui nous apportera à tous et à chacun… la satisfaction. »

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« Les juges et avocats de la région s’étaient donné rendez-vous au Club de golf de Lachute, lundi soir, afin de rendre hommage à celui qui fut procureur de la couronne dans Prescott et Russell au cours des vingt dernières années. » Comme le rapporte le journal du 27 mai 1981, « les invités en ont profité pour retracer les grandes lignes de la longue carrière de Me Henri Proulx, de L’Orignal, depuis ses débuts comme avocat en 1932, en passant par sa nomination comme conseiller de la reine en 1950 et comme procureur de la couronne en 1961, jusqu’à sa récente retraite ».

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Une rumeur circulait dans la circonscription à l’effet que le député libéral Denis Ethier démissionnerait et qu’il aurait déjà choisi son successeur, soit Robert Racine, de Casselman. « Il n’y a rien de plus erroné! Je nie fortement! », nous avait déclaré Ethier et nous reproduisons ses affirmations dans le journal du 30 mai 1981. « Jamais personne ne m’a approché pour ma succession comme député et si je devais prendre ma retraite, je promets à la population de ne pas endosser de candidat; il sera choisi librement. » Son récent infarctus était sans doute à la source de cette rumeur.

Les comtés : grands consommateurs de services à l’enfance

J’ai l’impression que ce n’était pas une bonne nouvelle. Dans l’édition du 2 mai 1981 du journal Le Carillon, la coordonnatrice des services à l’enfance de Prescott-Russell, Renée Bertrand, mentionne que les comtés, « sur une base de population, sont au sixième rang de la province comme consommateurs de services à l’enfance ». Elle avait expliqué que la région « comptait 17 000 enfants ou 11 860 familles en 1976 et en 1980, le gouvernement provincial a versé un total de $1 699 703 en subventions pour les services à l’enfance dans les comtés, soit $152 per capita ». Et pourquoi cela était-il? « Tant que la situation socio-économique restera identique, les problèmes qui en découlent continueront à se produire. Il est nécessaire, pour y remédier, de créer des emplois et de réduire ainsi le taux de chômage; d’inciter les industries à s’établir dans les comtés; d’assurer des cours de formation pour la main-d’œuvre; de mettre à la disposition des familles qui sont dans le besoin des logements à prix modique. » C’est à se demander jusqu’à quel point tous les efforts de la fin des années 60 avaient été utiles.

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Le personnel de l’école Champlain avait souhaité une certaine cohabitation avec le futur collège de technologie agricole et alimentaire d’Alfred. Le journal du 6 mai 1981 nous apprend que « le ministère des Services sociaux et communautaires a décidé de fermer l’école Champlain, de relocaliser les pensionnaires non gradués dans d’autres complexes correctionnels ailleurs dans la province avant le 1er juillet, et de laisser partir des employés à la mi-août ». Le directeur régional du ministère avait « donné l’assurance au personnel de l’école Champlain que tous les efforts seraient tentés pour récupérer les employés permanents dans d’autres services du ministère mais ailleurs dans la province ». Réaction du président du syndicat des employés : « C’est un coup de cochon… on ne sait plus quoi faire. (…) On ne sait plus quoi penser! C’est l’industrie première du village d’Alfred qui est éliminée, puisque la majorité des employés étaient d’Alfred. » Bien sûr, le nouveau collège deviendrait rapidement « l’industrie première du village ».

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Pas besoin d’ennemis quand on a des amis comme ça. C’est dans le journal du 6 mai 1981. « Le groupe rock québécois de renommée, Corbeau, se produira vendredi à l’école secondaire de Vankleek Hill malgré le conseil étudiant composé majoritairement de francophones qui croient toujours que les groupes anglais constituent une meilleure attraction. » Le président du regroupement d’étudiants francophones des écoles secondaires de Prescott-Russell, l’Inter Franco scolaire, avait tenu son bout du bâton. Pas moins de 300 personnes répondront à l’invitation et iront écouter la musique de Corbeau et de sa soliste Marjolaine Morin… que l’on connaît mieux aujourd’hui sous le nom de Marjo.

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Je dois avouer ne pas me souvenir de cet épisode qui aurait duré six mois au moins au début de 1981: une grève de Radio-Canada/CBC… d’abord de leur services de nouvelles, puis des séries éliminatoires du hockey printanières. J’y fais référence dans le journal du 6 mai 1981.

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Le concept était relativement nouveau et le président de la société de gestion qui porte son nom en était particulièrement fier. Le Carillon consacre sa pleine première page du 13 mai 1981 à la nouvelle. L’entreprise avait alors 34 ans. La nouvelle était à l’effet que les employés étaient devenus actionnaires de la Société de gestion André Paquette et Associés Inc., qui chapeauterait l’Imprimerie Prescott & Russell (impressions commerciales), la Compagnie d’édition André Paquette (éditrice des journaux Le Carillon et Journal de Cornwall) et la compagnie Co-Web Inc. (spécialisée dans l’impression des journaux et circulaires). J’étais bien sûr un de ces 23 nouveaux actionnaires (l’ancienne société en comptait déjà cinq, dont André Paquette). L’initiative permettait aux employés actionnaires de participer aux profits de l’entreprise. Cela me permettrait un peu plus tard de cumuler de nouvelles responsabilités, soit celle de secrétaire de la société-mère et de vice-président de la Compagnie d’édition.

Bye, bye, la vieille piscine!

À Hawkesbury, le nouveau complexe sportif était populaire, surtout sa piscine. Il n’était donc pas surprenant de lire dans Le Carillon du 22 avril 1981 que « la piscine extérieure du Centre Mémorial de Hawkesbury sera fermée cet été, à cause de sa non-rentabilité et à cause la détérioration progressive de cette installation ». Les autorités municipales avaient conservé la vieille piscine, sans doute pour calmer certains critiques, mais son entretien devenait coûteux et « l’Unité sanitaire de l’Outaouais aurait recommandé au Conseil de fermer la piscine extérieure pour des raisons de sécurité et d’hygiène ». La piscine serait démolie.

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Le nouveau député provincial Don Boudria n’a pas mis de temps à se placer les pieds. Stuart Smith, son chef, l’a nommé critique des services gouvernementaux dans son cabinet fantôme de l’Opposition. Boudria, après tout, avait été « acheteur en chef du parlement à Ottawa avant son élection » et s’y connaissait donc en « services gouvernementaux ». Cela lui permettrait aussi de se faire valoir plus rapidement comme une épine pour Davis et Cie. C’est dans le journal du 22 avril 1981.

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Un détail que j’avais oublié. On le voit dans le journal du 25 avril 1981 en train de pointer une illustration de ce qui deviendra le nouvel Hôpital général de Hawkesbury et la région. La photo avait été prise en 1976, mais il venait de renouveler son engagement à être le président d’honneur de la campagne de souscription pour le nouvel hôpital. Jean Chrétien était alors ministre fédéral de la Justice. Claude Bennett, le ministre ontarien du Logement, était le vice-président honoraire. Je note que le directeur général de la campagne de souscription était André W. Tessier, qui deviendrait éventuellement responsable des communications pour Chrétien lorsque celui-ci deviendra chef libéral plusieurs années plus tard.

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Dans le journal du 29 avril 1981, une pleine page consacrée à la soirée-hommage à Georgette Paquette. « Environ 200 personnes se sont réunies au motel Holiday de Hawkesbury, samedi soir, afin de participer à un banquet célébrant de façon particulière les quarante années de dévouement de Mme Georgette Paquette dans le mouvement des guides et des jeannettes de Hawkesbury. » Le mouvement guide était populaire à l’époque. « La première compagnie guide catholique française à Hawkesbury fut fondée » en 1945, « après trois ans de préparations ».

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Je vous avais dit que l’organisateur conservateur Jean-Maurice Demers n’avait pas du tout apprécié notre intervention éditoriale lors de la dernière élection provinciale qui avait vu son parti perdre la circonscription aux mains de Don Boudria. Nous n’avions donc pas été surpris de recevoir cette lettre de lui : « Vous savez sans doute que la pollution affecte l’air, l’eau et l’environnement, causée par différentes sources. Alors, votre journal par son éditorial est devenu une autre source nouvelle de pollution que je ne peux plus tolérer dans notre demeure. » Bon, voilà, j’étais un pollueur! Heureusement, quelques lecteurs viendraient à ma défense au cours des semaines suivantes.

Gabrielle Miner… le symbole du bénévolat

J’écoutais une entrevue à l’antenne de la première chaîne de Radio-Canada le lundi 15 octobre dernier avec la personnalité de la semaine, une femme reconnue pour l’intensité de son bénévolat depuis de très nombreuses années. Dans Le Carillon du 11 avril 1981, nous avions publié un long reportage sur une bénévole connue assurément de tous à Hawkesbury et dans la région. « Propriétaire d’un service de pourvoyeur durant 29 ans, restauratrice pendant presque aussi longtemps, Mme Gabrielle Miner » avait également accumulé pas moins de 43 années de bénévolat auprès d’au moins une dizaine d’organismes. « Si je ne fais rien, je me sens inutile » avait-elle déclarée à notre journaliste Louise Bellec, une stagiaire du cours de journalisme du collège Algonquin. Mme Miner avait déploré que « de plus en plus, les gens d’aujourd’hui, s’ils ne sentent pas la ‘piasse au bout’, contribuent de moins en moins de leur temps libre au bénévolat. » Tous ceux qui fréquentaient le complexe sportif la connaissaient : elle y était responsable du fonctionnement des deux casse-croûte. Les organismes qui profitaient de ses largesses et de ses temps libres étaient très nombreux, dont les Auxiliaires de l’Hôpital général, les Auxiliaires de la Légion canadienne et le cercle de l’Association des fermières de l’Ontario. Il y avait aussi le Cercle d’artisanat, le Club 50 de l’âge d’or, les Dames conservatrices de Prescott-Russell et les Femmes chrétiennes » Et il ne faut pas oublier la chorale de la paroisse St-Alphonse-de-Liguori, la Société canadienne de la Croix-Rouge, la Société canadienne du cancer, la Fondation canadienne des maladies du cœur et l’Association canadienne de l’arthrite. Pourquoi? « C’était pour sa satisfaction personnelle, car elle voit dans le bénévolat la nécessité de faire le bien. » Elle était souvent au journal pour nous faire la promotion de sa plus récente cause. Au moment du reportage, elle avait 63 ans.

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Le Parti québécois est reporté au pouvoir lors des élections provinciales du 13 avril 1981 avec 80 députés. Les libéraux de Claude Ryan en font élire 42. L’Union nationale est pratiquement disparue, sans député, et avec à peine 4 p. cent du vote populaire. Le journal du 15 avril 1981 en parlait surtout parce que Ryan était le député du comté d’Argenteuil et il avait été réélu avec une confortable majorité, mais moindre que l’élection précédente.

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La journaliste Monique Castonguay réalise un reportage abondamment illustré dans le journal du 18 avril 1981 sur l’ouverture d’une nouvelle industrie à Embrun, spécialisée dans la fabrication de tuyaux de drainage pour les fermes surtout. Jean-Guy Lapointe, qui installait de tels drains depuis une douzaine d’années, avait jugé bon d’invertir un million de dollars afin de fabriquer les tuyaux dont il avait besoin. Cette nouvelle industrie créerait une douzaine de nouveaux emplois. Cette usine est toujours là. Lapointe a également diversifié ses activités au fil des années et est devenu entrepreneur et lotisseur. C’est lui qui nous a vendu notre maison quand nous sommes déménagés à Embrun en 1989 dans sa toute nouvelle subdivision.

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La guerre des colas n’est pas d’aujourd’hui. Dans le journal du 18 avril 1981, Coca-Cola publie une pleine page de publicité montrant une bouteille de son produit bien connu et affirmant que « Depuis l’enquête de Pepsi en mai 1980, Coca-Cola a doublé son avance sur Pepsi en matière de ventes nationales, bien que Pepsi vous ait raconté qu’un grand nombre de buveurs de Coke soient passés à Pepsi. La popularité du cola préféré au pays continue de s’accroître. » Leur affirmation était basée sur les « ventes au gallon, selon la plus récente enquête effectuée dans les marchés d’alimentation ».

Ils sont partout ces Franco-Ontariens

Dans Le Carillon du 28 mars 1981, l’Assemblée des centres culturels de l’Ontario, dont le secrétaire général était André Sarazin, de Rockland, publiait deux pages dans laquelle elle faisait la promotion de ses nombreux membres. Il était surprenant de découvrir l’existence de certains d’entre eux. L’Ontario n’en comptait pas moins de 13. Il y avait bien entendu le centre Le Chenail de Hawkesbury et La Ste-Famille de Rockland, que les lecteurs connaissaient bien. Mais il y avait aussi La chasse-galerie de Willowdale, La Ronde de Timmins, le Centre des jeunes de Sudbury, Le Centre communautaire francophone de Toronto, Le Patro d’Ottawa, le Centre d’activités françaises de Penetanguishene, Les Trois p’tits points d’Alexandria, Les Compagnons des francs loisirs de North Bay, le centre Les Copains d’Iroquois Falls, Le Griffon de St. Catharines et le Centre régional de loisirs culturels de Kapuskasing. Ça suffisait pour démontrer que des Franco-Ontariens, il y en avait dans tous les coins de la province.

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C’était un entrefilet dans le journal du 4 avril 1981. « Le bureau de direction de la section locale 28 du Syndicat canadien des travailleurs du papier profitera de la Fête du travail, en septembre, pour commémorer le 40e anniversaire de l’union dans l’usine de la Compagnie internationale de papier (CIP) à Hawkesbury. » Le local 28 ne célébrera jamais son 42e anniversaire!

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L’éducation a toujours été le sujet de débats et d’analyses et de transformations. Au printemps de 1981, dans Prescott-Russell, c’est le projet d’écoles secondaires catholiques qui retenait l’attention. Aux États-Unis, il était aussi question de refondre le système scolaire secondaire et dans Le Carillon du 8 avril 1981, j’avais justement reproduit douze suggestions du journaliste américain Henry Grunwald, du magazine Time, dans le cadre d’une série sur le renouveau américain. Les voici :

« (1) Promotion en fonction de la réussite – Décerner le diplôme seulement à ceux qui auront réussi à maîtriser les matières; les autres recevraient un certificat de participation. Cela redonnerait de la valeur au diplôme. Une société qui ne connaît pas l’échec ne peut connaître la réussite.

(2) Les éducateurs doivent fixer les programmes – Les programmes doivent répondre aux besoins de la société en général et non aux goûts des individus.

(3) Les examens sont essentiels – La préparation d’un test objectif représente un véritable défi pour l’étudiant.

(4) Admettre que les enfants diffèrent – Il y a des talentueux et des plus lents. Il faut grouper les jeunes selon leurs besoins communs, leurs forces ou leurs faiblesses. Le but: une éducation de qualité pour chaque enfants et non pas une éducation uniforme.

(5) La discipline est nécessaire – On ne doit pas tolérer ceux qui intimident ou dérangent les autres et la direction des écoles doit avoir toute l’autorité nécessaire pour y remédier. Les écoles ne sont pas des garderies pour délinquants; ce sont des centres pour apprendre.

(6) Célébrer l’excellence – Rétablir les prix, bourses et trophées pour les meilleurs; les recommandations. Les enfants ont ainsi une récompense à viser.

(7) Récompenser les bons enseignants – Les payer bien pour stimuler l’excellence. Leur laisser la liberté de se concentrer sur leur enseignement et non pas sur la paperasse. Les communautés qui traitent leurs enseignants comme des professionnels auront sans doute des enseignants qui agiront comme des professionnels.

(8) Les devoirs à la maison sont utiles – Les enfants peuvent pratiquer ce qu’ils ont appris à l’école, ce qui permet en même temps de meilleurs contacts entre les parents et les enfants, et un remède aux ‘déchets télévisés’.

(9) Les écoles sont pour éduquer – Ignorer les groupes d’intérêt et concentrer sur la lecture, la grammaire et les mathématiques. Pour les besoins spéciaux, organiser des programmes après les heures de classe ou les samedis.

(10) Réduire le contrôle gouvernemental – Éliminer la paperasse inutile et coûteuse. Laisser aux conseils scolaires et aux parents la gestion dans les communautés.

(11) Le pluralisme est désirable – Créer diverses sortes d’écoles, selon les besoins, où tous pourraient s’inscrire, à leur choix, sans restrictions.

(12) Viser le raisonnable – Améliorer la connaissance afin de réduire la pauvreté et la discrimination. Cela peut signifier fouiller davantage dans les poches du public, mais ce ne sera peut-être pas nécessaire quand la paperasserie et les choses inutiles auront été éliminées. »

Voilà, la perspective d’un individu il y a 31 ans, mais plusieurs éléments me semblent toujours pertinents.

Un fardeau lourd à porter…

C’était le titre d’un commentaire dans la chronique « de choses et d’autres » de Charles Burroughs dans Le Carillon du 25 mars 1981. Charles écrivait ceci : « Don Boudria, qui est devenu un des plus jeunes représentants à Queen’s Park jeudi dernier (…) aura certainement un fardeau lourd à porter. Un des seuls députés francophones de l’Assemblée législative, et par surcroît dans l’Opposition, il devra faire preuve d’un entêtement exceptionnel s’il entend réaliser ses promesses électorales, dont certaines iront certainement à l’encontre de l’attitude conservatrice démontrée jusqu’ici par le gouvernement conservateur, maintenant majoritaire. On pense à l’inclusion de l’article 133 de la Constitution et à la loi-cadre sur la langue française en Ontario (le bill 89 d’Albert Roy), deux mesures qui sont réclamées depuis longtemps par les leaders de la francophonie ontarienne. M. Boudria a plus de chance de voir passer sa promesse de réduire la différence de 29% entre les taux d’électricité ruraux et urbains, promesse qui a également été faite par M. Davis l’automne dernier. De toute façon, il sera très intéressant pour les voteurs de ma génération de voir agir un député siégeant dans l’Opposition pour Prescott-Russell, chose que l’on n’avait pas vue depuis près de 30 ans. »

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Dans mon éditorial de la même édition, je notais d’ailleurs que « Don Boudria se rendra à Toronto avec un mandat ferme et un vote de confiance des Franco-Ontariens de sa circonscription. Une analyse des résultats indique en effet que le député sortant Albert Bélanger n’a été victorieux que dans 28 bureaux de scrutin, comparativement aux 148 de Boudria. Ce qui est éloquent, c’est que les bureaux gagnés par Bélanger sont principalement dans des secteurs où il y a concentration de familles anglophones. » Prescott-Russell est représenté par un libéral depuis cette élection-là. Ce serait intéressant de suivre Boudria à Queen’s Park où il se taillera rapidement une réputation. À suivre, évidemment.

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Ah oui, dans Ottawa-Est? Albert Roy n’avait fait qu’une bouchée d’Omer Deslauriers, à qui les conservateurs de Bill Davis avaient confié la tâche de déloger cette épine libérale franco-ontarienne. Roy avait amassé 14 131 voix contre les 4 312 de Deslauriers. Roy et Boudria feraient un beau tandem.

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Le ministère du Travail publie une annonce liée aux nouveaux salaires minimums qui seraient en vigueur en Ontario à compter du 31 mars 1981. Le taux horaire général sera de 3,30 $ au 31 mars et passera à 3,50 $ le 1er octobre suivant. Le taux horaire du bâtiment sera de 3,55 $ puis de 3,75 $. On n’irait pas loin avec ça aujourd’hui! Par contre, au 1er avril, la « pension de base de la sécurité de la vieillesse passera de $202.14 à $208.20 » par mois et par le fédéral cette fois. Les deux éléments sont dans le journal du 25 mars 1981.

« Nous avons un message à transmettre »

« Et si la circonscription électorale de Prescott-Russell changeait son fusil d’épaule demain; optait pour autre chose que le parti progressiste-conservateur? Pourquoi pas! » Je commençais mon éditorial du 18 mars 1981 de cette façon parce que Le Carillon, comme à chaque élection municipale, provinciale ou fédérale, faisait valoir son point de vue sur les différents candidats en lice et proposait son choix ou expliquait sa neutralité, le cas échéant. « Depuis trop longtemps, le parti conservateur considère notre région comme un ‘droit acquis’ (…) Un bon député saura de toutes façons à quelles portes il faut frapper. » Je n’avais toujours pas digérer les obstacles systématiques pour empêcher Saputo de s’installer à Hawkesbury et je trouvais qu’il ne s’en faisait pas encore assez en Ontario pour nous reconnaître, les Franco-Ontariens. J’avais donc incité les électeurs à opter pour Don Boudria. « Si vous êtes un lecteur assidu du Journal des débats de l’Assemblée législative de l’Ontario, vous aurez été insulté de voir d’autres députés user de sarcasme envers le vôtre le peu de fois qu’il s’est levé. Même aux réunions des comités, il a été silencieux. C’est beau le travail ‘en coulisse’, mais une minorité a besoin de plus que cela. » Et je concluais que « nous avons un message à transmettre. Nous souhaitons des changements. Nous utiliserons notre droit de vote pour le faire savoir à tout le monde! »

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Le soir des élections, alors que je retournais chez moi à pied, quelques automobilistes m’avaient crié qu’ils avaient suivi mes conseils. Ils n’étaient pas les seuls. « Les libéraux de Prescott-Russell ont savouré tous les instants d’une victoire qui leur échappait depuis 1948, jeudi soir (le 19) à leur quartier général du complexe commercial Hawkesbury Centre à Hawkesbury. » Don Boudria, un conseiller municipal de Cumberland et fonctionnaire fédéral, « a remporté le siège de Prescott-Russell avec une surprenante majorité de 5 240 votes sur le député conservateur sortant J.-Albert Bélanger qui régnait à Queen’s Park depuis 1967 ». Boudria avait récolté 15 142 votes, alors que Bélanger en obtenait 9 902; le néo-démocrate Claude Dion devait se contenter de 1 828 votes. Soixante pour cent de l’électorat s’était prévalu de son droit de vote, comparativement à 55 % à l’échelle de la province. Par contre, Boudria se retrouverait dans l’opposition officielle à Queen’s Park, Bill Davis ayant obtenu 70 sièges comparativement aux 34 des libéraux de Stuart Smith et aux 21 des néo-démocrates de Mike Cassidy. Chez les conservateurs, on ne m’aimait pas trop. L’accès au quartier général de Hawkesbury avait même été interdit aux journalistes. C’était tout dire! Tous les résultats avaient été publiés dans le journal du 21 mars 1981. J’ajoute que Boudria faisait campagne depuis trois années. Ça victoire était évidente avant les élections.

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« La fiesta, c’est fini Plus d’alcool aux comtés unis » peut-on lire comme titre dans le journal du 18 mars 1981. « Insidieusement, jeudi matin, l’ère de la grande sécheresse s’est installée au centre administratif des comtés unis de Prescott-Russell, à L’Orignal. Le stock de boissons alcooliques constitué par les membres pour leur propre usage lors des sessions régulières du Conseil a été déménagé, et il n’est pas question pour l’instant que cette pratique, vieille de 13 ans, recommence à brève échéance. » Après un incident en janvier, « l’administrateur en chef Raymond Ouimet a tout simplement décidé de ne plus s’en mêler ». La réserve avait été constituée parce que les élus, à l’heure du lunch, s’absentaient et revenaient tard pour la session d’après-midi. « Avec un bar ouvert à l’intention des membres, cette pratique a été abandonnée et il était beaucoup plus facile de les garder sur les lieux pour des réunions de comités et pour la session d’après-midi, qui début à 14 heures. » Eh oui, les sessions d’après-midi étaient toujours plus animées!

Il fallait être déterminé

Nous sommes encore au début de 1981 et des événements de la sorte sont tellement rares dans notre région. Ils sont encore plus rares quand ils concernent « un jeune homme de 32 ans de la paroisse de Treadwell ». Le journaliste Yves Rouleau raconte son histoire dans Le Carillon du 28 février 1981. « Jean-Pierre Fredette participera le dimanche premier mars à une cérémonie religieuse devenue de plus en plus rare. Jean-Pierre Fredette sera ordonné diacre à cette date, c’est-à-dire la dernière étape avant l’ordination en tant que prêtre. » Jean-Pierre était ce que l’on qualifie de vocation tardive. « Membre d’une bonne vieille famille canadienne-française d’une époque déjà révolue, avec ses 13 enfants, le fils de M. et Mme Josephat Fredette a toujours assisté avec intérêt aux cérémonies religieuses, sans toutefois laisser présager une future vocation. » Contrairement aux habitudes, il n’avait pas fréquenté le séminaire dès la fin du primaire, ni la fin du secondaire. En fait, « il a décroché un emploi au ministère de l’Environnement, pendant 10 ans il y a gagné sa vie ». Jean-Pierre sera ordonné prêtre. Il a été curé à Embrun quelques années pendant que j’y habitais. Tout récemment, il était curé des paroisses unifiées de Hawkesbury. Il est maintenant curé aux paroisses Saint-Sébastien et à la paroisse Saint-Louis-Marie-de-Montfort à Ottawa.

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« Du haut de la montagne artificielle du parc d’attractions Wonderland, la vue s’étend jusqu’à la tour du centre-ville de Toronto, à 32 km de distance. » Un long texte fait référence à « ce monde de fantaisie de 144 hectares construit au coût de $115 millions (…) situé à une demi-heure au nord-ouest de Toronto (…) qui sera inauguré au printemps de 1981 et qui devrait accueillir de deux à trois millions de visiteurs durant sa première saison » dans le journal du 28 février 1981. Nous nous y étions rendus avec nos deux enfants. Wonderland est toujours là bien sûr… plus imposant que jamais; nous y sommes retournés avec trois de nos petits-enfants.

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Il s’en est fallu de peu. Depuis plusieurs mois, les enseignants à l’emploi du Conseil des écoles catholiques de Prescott et Russell menaçaient de déclencher la grève et avaient donné un mandat approprié à leurs négociateurs. La grève devait être déclenchée le mardi 10 mars. Une entente de principe est survenue le samedi précédent et les enseignants la ratifiaient le lundi soir juste avant l’échéance. L’article est dans le journal du 11 mars 1981. Je m’en souviens parce que ma femme aurait été au nombre des grévistes. En fait, les piquets pour ses collègues de l’école Paul VI de Hawkesbury étaient dans son auto parce que nous avions été les chercher à Wendover cette fin de semaine-là. Tous étaient prêts et déterminés.

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La campagne électorale ontarienne bat son plein en ce 11 mars 1981 et le journal brosse un portrait des trois candidats « Bélanger: Un travailler social acharné », « Boudria: Celui qui veut être roi… » et « Dion: La sincérité… ». Albert Bélanger, Don Boudria et Claude Dion, respectivement candidats conservateur, libéral et néo-démocrate. À suivre, bien entendu.