Boogie-Woogie 47 avec Larry-Michel et Marc

Je vous avais déjà parlé de Larry-Michel Demers, un jeune de Hawkesbury qui voulait faire carrière dans le milieu artistique. Il y réussissait. Dans l’édition du journal Le Carillon du 7 mai 1980, nous apprenons qu’il sera « une des vedettes d’une nouvelle télésérie qui sera en ondes à Radio-Canada ». Larry-Michel serait de la distribution de « Boogie-Woogie 47 de Claude Jasmin ». Le journal Échos-Vedettes « a prédit que Boogie-Woogie fera découvrir Larry-Michel Demers et Marc Labrèche (un jeune comédien lui aussi), comme La petite patrie avait fait découvrir le talent de Jacques Thisdale et Vincent Bilodeau ». Larry-Michel est tristement décédé il y a plusieurs années et tout le monde connaît Labrèche aujourd’hui.

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Nous étions à la veille du premier référendum sur l’avenir du Québec et les forces fédéralistes s’étaient donné la main pour faire campagne dans la province voisine. Denis Ethier, le député libéral de Glengarry-Prescott-Russell, s’était lui aussi déplacé pour rencontrer des Québécois. On l’apprend dans le journal du 14 mai 1980. En fait, Ethier se demandait « si les Québécois ont moralement le droit de vouloir la destruction du Canada ». Il avait expliqué qu’il participait à la campagne « à titre de député d’une circonscription majoritairement francophone, mais aussi à titre de citoyen canadien ‘né au Québec, élevé au Québec, marié à une fille du Québec et dont les enfants sont nés au Québec’, et que les circonstances ont fait en sorte qu’il devienne résidant de l’Ontario ». Et dans un commentaire qui explique peut-être l’attrait du NPD auprès d’un certain segment de la population lors des élections fédérales de 2011 au Québec, le député Ethier avait « reproché au Nouveau parti démocratique sa neutralité dans le présent débat référendaire, affirmant que les néo-démocrates se rapprochent surtout des tenants du ‘oui’ et qu’ils ne pensent pas en fonction d’un Canada uni ».

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En tout cas, le gouvernement fédéral ne craignait manifestement pas ce premier référendum puisqu’il inaugurait le nouveau Collège des douanes et de l’accise à Rigaud la semaine précédant le vote. Le journal du 14 mai 1980 nous apprend que ce collège « injecte 100 nouveaux emplois dans la localité, soit le transfert de 60 employés permanents et l’embauche de 40 autres personnes sur le marché du travail local ». Le collège occupait deux locaux temporaires à Ottawa depuis 1977. « La masse salariale annuelle se chiffre par quelque 1,17 million de dollars. Cet investissement profitera sans aucun doute aux marchands locaux, aux restaurateurs et autres industries de services de la région. » Le collège est toujours là et a profité de quelques expansions au fil des ans.

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L’école secondaire de Rockland s’appellerait dorénavant « L’Escale ». Le Conseil d’éducation de Prescott-Russell avait accepté la suggestion du comité étudiant de l’école. Le parrain du nom avait expliqué son choix : « J’ai choisi ce nom car la vie d’un étudiant ressemble au trajet d’un avion. Il y a le point de départ, puis l’escale avant d’arriver à destination, tout comme l’étudiant qui commence à l’école primaire, puis s’arrête à l’école secondaire pour apprendre encore plus, pour corriger ses erreurs et se préparer à repartir afin d’atteindre son but. »

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Le Rang du fermier… un projet touristique

C’était un projet touristique qui aurait bien reflété la région à vocation fortement agricole. Comme on peut le lire dans Le Carillon du 2 avril 1980, le projet « Le Rang du fermier » serait présenté au ministère de l’Industrie et du tourisme de l’Ontario et nécessiterait une subvention de 65 000 $ pour fins d’étude sur ses possibilités de réalisation. Le maire Robert Racine, de Casselman, se faisait le promoteur de l’idée.

« Le Rang du fermier serait construit près de l’éboulis sur la rivière Nation, dans le canton de Cambridge, près de Lemieux. Il présenterait différents types d’agriculture et de modes de vie, allant de l’ère indienne à la ferme ultramoderne. On pense aussi à y aménager des pistes de ski de fond, de bicyclette et des sentiers de nature, une voie ferrée pour une locomotive à vapeur entre Ottawa et le centre, un bureau touristique et une reconstitution de l’hôtel de villégiature Caledonia Springs (démoli en 1920). » Racine avait comparé le projet au Village du Haut-Canada près de Morrisburg. Le projet n’est jamais allé de l’avant.

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« Les lots du coin de Cameron, soit les lots 154 et 155, ont été vendus par arrêté municipal le 16 février 1971 et le contrat entre le Conseil municipal et l’Imprimerie Prescott & Russell Ltée avait été signé le 15 mars 1971. (…) L’option d’achat avait été prise au début de 1969. » En avril 1980, quasiment dix ans plus tard, le Conseil municipal avait songé à récupérer ce terrain inutilisé parce que deux entrepreneurs « avaient soumis à la ville un projet de construction de club sportif dans le parc industriel ». Gerald Struth et Serge Lacelle avaient une parcelle de terrain, mais voulait une plus grande superficie pour réaliser leur projet ambitieux qui comprendrait « deux courts de tennis, deux courts de squash, deux courts de racquetball, deux courts de badminton et une salle d’exercice ». Le projet ne sera jamais réalisé et le terrain coin Cameron-Aberdeen est demeuré propriété de l’Imprimerie. Aujourd’hui, ce terrain est occupé par les bureaux commerciaux, l’imprimerie et le centre de distribution des Éditions André-Paquette. C’est précisément pour ça qu’il avait été acheté, mais il aura fallu de nombreuses années et de meilleures circonstances économiques pour réaliser le tout. Tout ça dans le journal du 2 avril 1980.

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Le député fédéral libéral Denis Ethier avait été catégorique : « Tous les francophones de l’extérieur du Québec devront dire NON de façon catégorique, en ce qui concerne la campagne référendaire au Québec. » C’est ce qu’on peut lire dans le journal du 5 avril 1980. Ethier ne comprenait pas les hésitations de la Fédération des francophones hors Québec, ni de la Fédération des Acadiens du Nouveau-Brunswick, qui demeuraient indécises. L’Association franco-manitobaine avait déjà déclaré « qu’elle se rangeait du côté du OUI, accordant ainsi son appui à l’indépendance du Québec ». Et si l’ACFO décidait de faire de même? « Je la défierai de prouver que les Franco-Ontariens de ma circonscription sont en faveur du OUI », avait-il déclaré.

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« Le Club Seigniory de Montebello fêtera cet été ses cinquante ans d’existence au Château Montebello. Ses membres actifs et ses anciens membres, qui sont au nombre de 900, s’y réuniront du 27 juin au 1er juillet. » Un court article en parle dans le journal du 9 avril 1980. Je ne savais pas que ce club privé comptait tant de membres à l’époque.

« Il y en a bien peu qui l’embrassent »

« Bien des gens couchent avec le rapport Price-Waterhouse, mais il y en a bien peu qui l’embrassent. » C’était la conclusion du conseiller municipal Edward Mullin. Comme on peut le lire dans Le Carillon du 19 mars 1980, Mullin réagissait à la proposition d’embaucher l’entraîneur des Hawks, Mac MacLean, « à titre de gérant du complexe et promoteur d’activités ». Mullin et quelques autres croyaient que cette nomination ne respectait pas les procédures recommandées dans le rapport de Price Waterhouse sur l’administration municipale. Ainsi, le directeur des loisirs, Gilles Lefort, n’aurait même pas été consulté, ni l’administrateur Raymond Lacroix. Vous aurez conclu, si vous suivez mes billets, que c’était encore une fois une manigance du conseiller Claude Demers, et Lefort ne s’était pas gêné pour le lui reprocher. Il y avait aussi l’épineuse question de l’unilinguisme de MacLean. Ce dernier ne serait pas embauché en fin de compte.

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C’est le problème typique des petites communautés, aujourd’hui comme il y a 30 ans… la qualité de l’eau. Dans le journal du 26 mars 1980, on apprend que le village de L’Orignal devra retarder le développement domiciliaire dans son territoire à cause des problèmes de qualité de l’eau. Le ministère ontarien du Logement avait conclu que « le Conseil doit accorder une grande cote de priorité aux problèmes de chlorure dans l’eau potable du village ». Un document du ministère souligne que « L’Orignal compte présentement 384 habitations privées et 128 logis loués. D’ici 1984, il y aura 97 résidences privées de plus et 48 logis loués additionnels. La population devrait avoir passé de 1669 à 2238 pendant la même période, tandis que le nombre de foyers devrait être de l’ordre de 662 en 1984 comparativement à 512 aujourd’hui. D’ici là, la croissance sera limitée à 40 nouveaux logements par année au plus. » Cela n’avait aucune incidence sur les projets de développement déjà autorisés et il y en avait quelques-uns. L’Orignal devait régler ce problème si la communauté voulait croître davantage.

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Jusque-là, les automobilistes ontariens pouvaient verser 150 $ au Fonds d’indemnisation des victimes d’accidents d’automobile et pouvaient conduire un véhicule immatriculé sans assurance. Le gouvernement ontarien venait de changer la loi pour rendre l’assurance-automobile obligatoire dans la province pour tous les propriétaires de véhicules. Le lecteur retrouvait les explications à cet effet dans le journal du 26 mars 1980. « Les automobilistes sont tenus de porter sur soi la carte rose d’assurance responsabilité civile lorsqu’ils conduisent. » Tiens, tiens, j’ai toujours cru qu’il fallait simplement l’avoir dans son auto.

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Sa décision n’avait rien à voir avec l’affaire MacLean, mais sa démission se produisait quasiment en même temps que le débat était devenu public. Dans le journal Le Carillon du 29 mars 1980, on apprend que « l’administrateur de la ville de Hawkesbury, M. Raymond Lacroix, a remis sa démission mardi après-midi, mettant ainsi fin à une carrière de plus de vingt ans dans la fonction publique locale et régionale ». C’est que Lacroix avait acheté l’entreprise du maire Laurent Cayen, Cayen Steam Laundry. Le maire en était propriétaire depuis 1968, quand il l’avait acheté de son père. Devenir homme d’affaires était un rêve de Lacroix. « M. Raymond Lacroix a été surintendant municipal de la ville de Hawkesbury pendant douze ans, avant d’occuper le poste de préposé aux achats au Conseil d’éducation de Prescott-Russell et d’adjoint à l’administrateur des affaires au sein de cet organisme, pendant près de six années. C’est ce poste qu’il occupait quand il a accepté la responsabilité d’administrateur municipal, en 1976. »

Télidon! Ça vous rappelle quelque chose?

Au début de 1980 nous étions encore très loin de l’Internet grand public qui n’arriverait qu’une quinzaine d’années plus tard. Cela n’avait pas empêché l’émergence de Télidon le 1e février 1980. Cette initiative du ministère fédéral des Communications et de l’Office de la télécommunication éducative de l’Ontario (TVOntario) était en fait une première mondiale. Le Carillon du 1er mars 1980 expliquait de quoi il s’agissait. « Il s’agit d’une innovation technologique remarquable qui, bientôt, bouleversera nos loisirs, nos modes de communication, notre vie tout entière. Ce système transforme le téléviseur classique en un appareil capable de fournir instantanément et sur commande, toutes sortes de renseignements sous forme de textes et de représentations graphiques. Grâce à Télidon, les abonnés pourront, dans un avenir rapproché, avoir accès à de gigantesques banques d’information, recevoir des messages électroniques, suivre des cours, etc. Les versions ultérieures du Télidon feront du téléviseur un émetteur autant qu’un récepteur d’information: l’usager pourra s’en servir pour enregistrer des messages, traiter des affaires, acquitter des factures, vendre des idées, ou communiquer avec d’autres abonnés. » L’objectif était essentiellement pédagogique et son utilisation devait révolutionner l’enseignement. En 1980, il était plutôt question d’essai du système Télidon. L’ordinateur personnel en est alors à ses premiers balbutiements.

J’avoue ne pas trop m’en souvenir et encore moins de ce qu’il en est advenu. Par contre, j’aurais aimé m’en souvenir au début des années 90 quand, à Postes Canada, un de mes dossiers de relations avec les médias touchait une expérience plutôt similaire, celle du projet UBI en collaboration avec Vidéotron, la Banque Nationale, Hydro-Québec, Loto-Québec, Hearst Corporation. Postes Canada et ses partenaires avaient une vision d’un service très semblable à la description que le journal faisait de Télidon dix ans plus tôt. Évidemment, le World Wide Web allait tout chambarder ces belles intentions.

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Tiens, c’est intéressant de retrouver les noms de ces politiciens très connus à l’époque. Le journal du 5 mars 1980 publiait la liste des noms des membres du nouveau cabinet des ministres que Pierre Elliott Trudeau venait de former au lendemain de sa récente victoire électorale. Jeanne Sauvé, future gouverneure générale, était la présidente de la Chambre des communes. Voici les noms de ces ministres, si ça vous rappelle autant de souvenirs : Pierre Elliott Trudeau, bien sûr, et Allan MacEachern, son bras droit de l’époque et vice-premier ministre. Les autres étaient (par ordre de préséance, comme ils disaient) : Jean-Luc Pépin, Jean Chrétien, John Munro, Bud Olson, Herb Gray, Eugene Whelan, André Ouellet, Daniel MacDonald, Marc Lalonde, Ray Perrault, Roméo LeBlanc (un autre futur gouverneur général), John Roberts, Monique Bégin, Jean-Jacques Blais, Francis Fox, Gilles Lamontagne, Pierre De Bané, Hazen Argue, Gerald Reagan, Mark MacGuigan, Bob Kaplan, Jim Fleming, Bill Romkey, Pierre Bussières, Charles Lapointe, Ed Lumley, Yvon Pinard, Donald Johnson, Lloyd Axworthy, Paul Cosgrove et Judy Erola. J’ai eu l’occasion de rencontrer l’un ou l’autre lorsqu’ils se rendaient dans Glengarry-Prescott-Russell. Et bien sûr, 20 ans plus tard, André Ouellet serait mon grand patron à Postes Canada.

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« Amoco Fabrics – Les négociations sont dans une impasse » et « le recours à la grève n’est pas écarté » peut-on lire dans le journal du 12 mars 1980. Signe avant-coureur de ce qui s’en venait à cette usine locale. Triste chapitre à suivre.

Une solide majorité cette fois

À l’échelle nationale, les Canadiens n’avaient pas apprécié un gouvernement minoritaire et encore moins un gouvernement minoritaire conservateur. Au scrutin du 18 février 1980, les Libéraux de Pierre Elliott Trudeau retournent au pouvoir, cette fois avec une solide majorité et 147 sièges. Les conservateurs s’en tirent quand même avec 102 sièges, alors que le Nouveau parti démocratie en obtient 32. Le Crédit social a été éliminé de la carte, ne faisant élire aucun député. Dans Glengarry-Prescott-Russell, la victoire du libéral Denis Ethier était inévitable et il a solidifié sa réputation avec une majorité écrasante de 20 076 voix sur son adversaire conservateur Gordon Johnson, qui n’obtenait que 8107 votes, quasiment 2000 de moins qu’à l’élection précédente de mai. Le néo-démocrate Claude Dion avait augmenté l’appui à son parti avec 4705 votes. Quant au marxiste-léniniste Gary O’Brien, il s’est consolé avec 88 votes. Le peuple avait parlé.

« Dans Glengarry-Prescott-Russell, la population a ‘embarqué’ dans cette vague anti-Clark (ou anti-Alberta) – selon ses convictions – parce que c’est la seule justification à cette écrasante majorité de plus de 20 000 votes. Cela explique sans doute, aussi, pourquoi le conservateur Gordon Johnson a récolté beaucoup moins qu’en mai et pourquoi le néo-démocrate Dion a récolté plus. » Tout ça et beaucoup d’autres textes à saveur électorale dans Le Carillon du 20 février 1980.

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Je ne sais pas si cette banque de données existe encore. Dans le journal du 23 février 1980, il est question du collège Algonquin qui vient de mériter « une subvention de l’ordre de $14,900 afin de mettre sur pieds un système de documentation à partir de découpures de journaux ». Le projet du ministère de l’Éducation de l’Ontario s’intitule « Rapatriement de documents journalistiques » et est destiné à faciliter la tâche des recherchistes. Richard Hudon et Aline Groulx, du collège, étaient responsables du bon fonctionnement du projet d’une durée de six mois.

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Contexte du temps

Sinclair Construction annonce « le Briarwood », un bungalow neuf de trois chambres à coucher et de 864 pieds carrés au prix de 31 950 $. – Capri Realties Ltd vend une quarantaine de nouveaux lots dans la subdivision Chartrand à Hawkesbury au prix unitaire à partir de 11 900 $. – Chez Ameublement Sarault et fils, à Clarence Creek et Casselman, vous meublerez votre chambre à coucher au complet pour 1 695,95 $. « Tête de lit avec miroir et lumière, radio AM/FM 8 pistes, 2 tables de nuit, contour de lit, bureau triple et miroir et couvre-lit. » – Un alignement de roues coûtait 12,95 $ au centre Goodyear.

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Dans le journal du 27 février 1980 : « Dans son discours inaugural pour l’année 1980, le maire du village de Casselman, Robert Racine, a promis à ses contribuables l’établissement de 10 industries et la création de 300 emplois dans la municipalité pour la prochaine année. » Rêver… que c’est beau! Rien de ça ne s’est matérialisé bien sûr.

Mayer avait failli perdre son contrat

La firme René Mayer s’occupait du prélèvement des ordures à Hawkesbury depuis plus de 30 ans et lors d’une demande de soumissions, c’est l’entreprise Ernest Lacombe jr qui soumettait le meilleur prix, en fait, 24 000 $ de moins que la firme Mayer. Les autorités municipales n’avaient d’autre choix que de lui accorder le contrat, mais sans exiger au préalable « une garantie de performance ». La demande de garantie avait été présentée aux deux seuls soumissionnaires. Et ce qui devait arriver, arriva; Mayer avait présenté cette garantie, mais Lacombe non. L’enlèvement des ordures serait donc encore assuré par la firme Mayer pendant longtemps d’ailleurs. On apprend tout ça dans l’édition du 6 février 1980 du journal Le Carillon.

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Une lettre au rédacteur retient mon attention dans le journal du 6 février 1980. La lettre n’a rien d’extraordinaire, en soi, bien qu’elle soit signée par Claudette Larocque, de Hawkesbury. Cette femme allait devenir une contributrice régulière de notre page des lecteurs pendant au moins les sept années suivantes. Elle nous arrivait au bureau avec ses lettres écrites sur tout papier sur lequel elle pouvait mettre la main : serviettes, napperons, et ainsi de suite. Les déchiffrer était souvent un travail de détective. Elle était très colorée. Vers la fin des années 1980, elle deviendrait membre du Conseil municipal de Hawkesbury.

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C’était une excellente idée à l’époque. Les autorités municipales du Canton de Russell, qui avaient déjà acheté le droit de passage de la voie ferrée du New York Central pour une somme nominale, visaient un peu plus haut. Elles avaient acheté, également pour 1 $, « la vieille gare du New York Central à Berwick » avec l’intention de la déménager dans le village. Cette gare était abandonnée depuis 1957 et était la proie des vandales. « Sous la gouverne du Conseil municipal, peut-on lire dans le journal du 13 février 1980, la vieille gare sera rénovée et remise en état et pourra éventuellement accueillir un musée ferroviaire, qui mettra en valeur le rôle du chemin de fer dans le développement de la région. » La vieille gare a bel et bien été installée sur la rue Notre-Dame à Embrun, mais elle est une résidence particulière. Elle a conservé son allure de vieille gare. Il n’y a jamais eu de musée par contre; je ne crois pas, en tout cas.

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Je ne me souviens pas si cette promesse électorale faisait partie du programme national du Parti progressiste-conservateur. Le candidat Gordon Johnson fait référence à Petro-Canada. « Petro-Canada, est-ce votre affaire? » se demande-t-il dans une demi-page de publicité. « Cela le sera si vous votez Johnson P.C. 5 actions vous seront données gratuitement. Lorsque vous détenez des actions, c’est vraiment votre affaire. Vous possédez déjà le CN et Air Canada, mais vous ne pouvez rien y faire. Ne laissez pas Petro-Canada tomber dans la même catégorie. » Je me demande ce que vaudraient bien mes actions si cette idée s’était matérialisée.

Ethier ne l’avait pas vu venir

Avec deux députés consécutifs aux Communes, la dynastie familiale des Ethier semblait assurée. Le député sortant Denis Ethier, « à sa grande surprise et à celle de la plupart des militants libéraux réunis à St-Isidore lundi soir », n’avait pas anticipé de concurrence lors de la réunion d’investiture en vue de l’élection du 18 février. Comme on peut le lire dans Le Carillon du 23 janvier 1980, Ethier n’avait pas été le choix unanime des délégués, puisqu’une « dame originaire de Plantagenet, Mme Kathleen McCormick Andrews » avait décidé de lui faire la lutte. Le résultat du vote parmi les 1500 délégués n’avait pas été rendu public, mais Ethier savait au moins qu’il était encore le candidat de son parti dans Glengarry-Prescott-Russell. « Je ne suis pas obligé d’énumérer ce que j’ai fait depuis huit ans, les faits parlent par eux-mêmes » avait-il déclaré au cours de la soirée. La candidature de Robert Racine, le maire de Casselman, avait également été proposée, mais celui-ci s’était désisté en faveur du député sortant.

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La population était habituée à voir une religieuse à la tête de l’Hôpital général de Hawkesbury. Au début de 1980, c’est sœur Marie-Reine Perron, des Sœurs de la charité d’Ottawa, qui en est l’administratrice générale. Mais à compter du 18 janvier, cette responsabilité a été confiée à Mme Cécile Dagenais. « Cette docteure en sciences administratives et diplômée en santé publique possède une longue expérience dans le domaine de la gestion des services hospitaliers ou infirmiers. Elle avait d’ailleurs fondé l’hôpital Ste-Rose de Laval en 1957. » La construction du nouvel hôpital général de Hawkesbury devait d’ailleurs commencer le printemps suivant. On en parle dans le journal du 26 janvier 1980.

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Un commentaire bizarre en rétrospective. Dans ma chronique du 26 janvier 1980, j’écris ceci : « Vous ne trouvez pas drôle que les politiciens et les médias nationaux n’ont pas donné suite aux récents propos de l’ex-Shah d’Iran, à l’effet que sa déchéance aurait été provoquée par un complot des grandes compagnies de pétrole qui auraient voulu provoquer une réduction de la production du pétrole iranien afin de pouvoir majorer les prix? » Une théorie de conspiration s’il n’en était une.

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Une centaine de personnes s’étaient donné rendez-vous à l’hôtel de ville de Hawkesbury pour une visite de Maureen McTeer. Elle s’y était arrêtée dans le cadre de la campagne électorale fédérale et du lancement officiel du Fonds John McTeer Memorial, en l’honneur de son père. Ce Fonds verserait des bourses d’études afin de faciliter l’accès à des congrès ou à des études en sciences politiques par de jeunes conservateurs. Maureen McTeer, la femme du premier ministre Joe Clark, « avait été élue la première présidente de la Jeunesse conservatrice de Prescott et Russell, à la salle des Chevaliers de Colomb de Hawkesbury, le 25 septembre 1968 ». Elle l’avait d’ailleurs souligné dans son discours. Il en est question dans le journal du 26 janvier 1980.

Il avait fait plus que son possible

Il était âgé de 74 ans et il voulait enfin s’accorder quelque temps de loisirs. Louis-Pierre Cécile avait été député et ministre dans différents gouvernements conservateurs en Ontario avant de prendre sa retraite et d’être nommé juge. Après 13 ans à son poste de juge, il décide de prendre une retraite méritée. Après une carrière politique de 25 ans et toutes ces années comme juge, Louis-P. Cécile avait décidé qu’il en avait assez fait. Comme on peut le lire dans Le Carillon du 26 décembre 1979, « maintenant je crois avoir fait plus que mon possible pour les comtés et c’est peut-être un peu pourquoi je prends une retraite complète ». Peut-être que la cause de la CIP et les répercussions que cela avaient sous-entendues avaient été trop pour lui.

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Jacques Martin avait démissionné tout juste avant les Fêtes parce qu’il ne réussissait plus à motiver ses joueurs des Nationals de Rockland. Dans le journal du 2 janvier 1980, nous apprenons que Robert Hartley a été échangé par les Glens d’Alexandria aux Aigles de St-Isidore de la Ligue junior ‘B’ du district d’Ottawa. Hartley avait été gardien des buts des Hawks de Hawkesbury en 1977-1978. J’en parle parce que mes lecteurs connaissent bien le cheminement professionnel de ces deux-là.

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Dans l’édition du 5 janvier 1980, on retrouve un long texte en référence aux « disparus des années 1970 » dans la région. « L’ancien député libéral Raymond Bruneau, le 5 juillet 1971; le conseiller municipal de Hawkesbury Jean-Charles Thériault, le 16 janvier 1972; l’ancien maire de L’Orignal Charlemagne LeCours, le 27 mars 1973; l’ancien maire de Hawkesbury Victor Bruneau, le 1er février 1974; le maire du canton de Hawkesbury-Est Daniel Brunet, le 25 janvier 1975; l’abbé André Deguire, de Casselman, le 10 janvier 1976; l’éducateur bien connu Horace Dubois, le 10 novembre 1977; l’ancien député libéral Viateur Ethier, le 19 juillet 1975; le maire du canton de Plantagenet-Sud J.-Henri Séguin, le 4 septembre 1978. » Les plus connus, bien sûr.

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Le Conseil d’éducation de Prescott-Russell occupait des bureaux vieillots sur la rue Bertha à Hawkesbury depuis sa création en 1969 et il cherchait une solution depuis de longs mois. Le terrain de l’ancienne école publique de Hawkesbury, rue Nelson, était idéal. Mais voilà, il y avait un hic! La famille Higginson avait précisé, en léguant son terrain en 1926 que les « terrains soient utilisés pour des fins strictement éducatives ». La famille sous-entendait manifestement pour une école, mais le CEPR avait porté sa cause devant les tribunaux. Les conseillers scolaires étaient sûrs que le juge George Stiles leur donnerait raison et avaient donné le feu vert à leur projet. Dans le journal du 5 janvier 1980.

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Le député fédéral Denis Ethier a piqué une sainte colère devant les membres du Conseil des comtés unis de Prescott-Russell contre les « animateurs-agitateurs » à l’œuvre dans sa circonscription. Il faisait allusion aux démarches entreprises afin de régler un problème de logement de la famille d’Edward Burton, de Hawkesbury, « Selon moi, un animateur communautaire dans une région donnée devrait identifier les problèmes, les évaluer, s’allier les personnes ressources des gouvernements municipaux, régionaux, chefs religieux, agences de service social et publics, et autres; ça ne devrait pas être d’aller tout de suite à publiciser l’événement par des dénonciations. » Ethier faisait référence à Richard Hudon, l’animateur communautaire du Collège Algonquin à Hawkesbury et dans la région, qui était maître dans l’art d’utiliser les médias pour faire valoir les causes qu’il défendait. Il avait forcément conclu que c’était plus efficace et plus rapide que passer par des démarches longues et laborieuses qui ne menaient parfois nulle part. Ça aussi c’était dans le journal du 5 janvier 1980.

Les agriculteurs l’attendaient depuis longtemps

C’est ce que la population d’Alfred et les agriculteurs du coin souhaitaient entendre depuis longtemps. « Le Conseil des ministres de l’Ontario a appuyé le projet de l’école francophone de technologie agricole en Ontario, mercredi, en demandant une étude sur sa viabilité. » Le texte de Monique Castonguay est à la une du journal Le Carillon du 15 décembre 1979. Une bonne nouvelle pour terminer l’année. Ainsi, le ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation, en coopération avec le Conseil des affaires franco-ontariennes (CAFO), devait « entreprendre un sondage sur les besoins d’un collège d’agriculture, la demande chez les étudiants dans ce domaine d’études postsecondaires et les possibilités d’établir cette école dans les locaux du Centre de réhabilitation Champlain à Alfred ». Le député Albert Bélanger et l’animateur régional de l’ACFO, Jean Poirier, s’en réjouissaient forcément. Le président du CAFO, Omer Deslauriers, avait été un de ceux qui exerçaient des pressions dans les coulisses de Queen’s Park. Après l’annonce, il avait expliqué « que le collège d’agriculture constituerait un apport économique appréciable dans la région, pour les propriétaires de logis ou maisons de chambres pour les étudiants, entre autres. » Ce n’était donc plus qu’une question de temps. J’y reviendrai.

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J’y avais fait référence récemment. Le journal du 19 décembre 1979 nous apprend que le juge Louis-P. Cécile, de la Cour provinciale, division criminelle, « a lavé la Compagnie internationale de papier de l’accusation de désobéissance aux normes anti-pollution qu’avait déposée contre elle le ministère de l’Environnement de l’Ontario ». Cécile avait jugé que « la CIP avait agi raisonnablement en assumant qu’elle bénéficierait d’un délai de la part du gouvernement en rapport avec l’échéancier déjà fixé ». La CIP avait menacé de fermer l’usine si elle n’obtenait pas gain de cause. Ce n’était que partie remise.

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À peu près tous les observateurs l’avaient prévu. Dans le journal du 19 décembre 1979, il est question du renversement du gouvernement minoritaire conservateur de Joe Clark élu le 22 mai précédent. « Après le 22 mai, les critiques disaient qu’il fallait ‘donner une chance’ à Joe Clark. Il n’a pas su profiter de cette chance, a multiplié les gaffes et maladresses, a rapidement perdu le peu de crédibilité qu’il avait. Il a même manifesté quelques signes de ‘l’arrogance’ qu’il reprochait tant aux libéraux. » À suivre.

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Les négociations entre la direction des Canadiens et l’avocat d’Yvan Joly se prolongeaient depuis plusieurs mois et tous se demandaient si Joly porterait un jour les couleurs de l’équipe montréalaise. Le Carillon du 22 décembre 1979 nous apprend que Joly a finalement signé son contrat. Le directeur-gérant du Tricolore était alors Irvin Grundman. Il restait maintenant une dernière étape avant de réaliser son rêve… joueur une partie avec les Canadiens. D’ici là, il poursuivrait son apprentissage dans les rangs juniors.

Et si ça se produisait chez nous?

Le déraillement d’un convoi ferroviaire de produits chimiques à Mississauga avait semé l’inquiétude dans toutes les villes traversées par un chemin de fer et Hawkesbury ne faisait pas exception. Comme il en question dans Le Carillon du 5 décembre 1979, « la récente tragédie de Mississauga nous a fait réfléchir sur certains points de sécurité dans les limites de la ville de Hawkesbury ». Les convois ferroviaires de produits chimiques étaient fréquents en direction de l’usine de la CIP ou d’autres usines locales (Amoco, IKO, Duplate). Le conseiller André Tessier avait soulevé la question à la table du Conseil et il était « important que la population soit alertée sur les procédures qu’il faudrait prendre dans l’éventualité d’un incident du type de Mississauga ». La question était d’autant plus importante que l’Organisation des mesures d’urgence de Prescott-Russell, qui avait développé une certaine expertise pour de telles situations, n’existait plus.

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« Le Conseil municipal du canton de Russell a fait l’achat de l’ancienne voie ferrée du New York Central pour la transformer en piste de ski de fond, pour la somme de $1. » En fait, la piste est devenue beaucoup qu’une piste de ski de fond. Au fil des années, le Canton de Russell a réaménagé la piste pour la rendre cyclable et propice aux marcheurs qui l’utilisent abondamment. La piste, une véritable fierté locale, relie les deux villages d’Embrun et de Russell sur une distance d’environ six kilomètres.

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La ville de Hawkesbury voulait empêcher la construction de centres commerciaux dans la municipalité voisine de Hawkesbury-Ouest et avait même demandé au Conseil municipal de ce canton d’adopter les règlements nécessaires pour s’en assurer. Le journal du 12 décembre 1979 nous apprend que ce ne sera pas nécessaire en fin de compte. « En effet, depuis 1974, le canton de Hawkesbury-Ouest est sous la juridiction d’un arrêté ministériel interdisant tout développement commercial de plus de 5 000 pieds carrés dans les limites de sa municipalité. » Cet arrêté avait été gardé bien secret pendant toutes ces années. Mais l’arrêté ne s’appliquait pas seulement à Hawkesbury-Ouest. Il « s’appliquerait à toutes les municipalités rurales voisines des secteurs urbains ». Hawkesbury-Ouest entourait les villes de Hawkesbury et de Vankleek Hill.

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Il n’avait que 20 ans et le précisait dans une lettre aux lecteurs du journal Le Carillon du 12 décembre 1979. Je reprends les quatre premiers paragraphes de sa longue lettre, en me rappelant que Richard Nadeau, de Hawkesbury, est éventuellement devenu député du Bloc québécois aux Communes :

« Un petit mot d’un confrère francophone qui vit toujours sans pays.

C’est très bien connu, pour nous, francophones hors Québec, nous devons combattre, non pas pour notre évolution mais, malheureusement, pour sortir du gouffre de l’assimilation.

Le Canada anglais (car, à part le Québec, soyons réalistes, le Canada est anglais) attend qu’une chose: ne rien faire pour l’unité canadienne et ainsi nous assimiler.

Moi, Richard Nadeau, je ne crois plus dans le pays dit Canada, car, ce dit pays ne fait rien de concret pour que nous, francophones du Canada, soyons respectés selon la Constitution. C’est-à-dire, se sentir chez-nous d’un océan à l’autre et être respecté dans notre langue comme nous, nous respectons les anglophones dans leur langue. »

Il faut préciser qu’il était alors question du référendum sur lequel les Québécois devraient se prononcer au printemps de 1980. Nadeau demandait aux gens de voter « Oui ». Le « Non » gagnerait comme on le sait.